Skip to content
Fév 6 17

Formation and Significance of the Biblical Christian Canon (Bokedal,2015)

by areopage

J’avais acheté cet ouvrage de Tomas Bokedal simplement pour son chapitre 3 sur les nomina sacra, « The nomina sacra : Hightlighting the Sacred Figures of the Text » et sachez que cette partie de l’étude est désormais généreusement mis en ligne par son auteur. Mais au-delà du chapitre, tout l’ouvrage est particulièrement intéressant : Tomas Bokedal, The Formation and Significance of the Christian Biblical Canon – A Study in Text, Ritual and Interpretation (Bloomsbury, 2015).

Bokedal aborde la question du point de vue de la canonisation des Écritures et montre qu’il s’agissait de marquer visuellement une dévotion théologique clairement identifiable : par ces symboles, les chrétiens signifiaient clairement la nature chrétienne d’un document, tant pour le Nouveau Testament que pour l’Ancien.

(…) the system added an unmistakable Christian stamp to the texts containing them, especially as the scribal pattern for using the demarcations became relatively standardized and recognizable throughout the text corpora forming the New Testament. Most significantly, the scribal practice embraced both what came to be labelled the ‘Old’ and ‘New Testament’ writings – and thus textually-editorially placing old (the OT) and the new (the NT) Christian Scripture on a par from early on (p.84, je souligne)

La première section « General usage of nomina sacra in the biblical manuscripts » est l’occasion de rappeler quelques généralités et hypothèses : les quatre premiers termes à avoir été l’objet de cette pratique sont Jésus, Christ, Seigneur et Dieu, et l’usage est manifestement lié à la réflexion théologique des premiers chrétiens, avec un lien évident avec la révérence due au nom divin dans les écritures juives (p.85-86).

(…) finding a Christian identity in Jewish scribal treatment of the divine Name (p.86) (…) The relatively consistent Christian usage of the nomina sacra from the  first to fifteenth centuries meant that the Jewish practice of giving only the Tetragrammaton, YHWH, special graphic treatment in the biblical texts, from early on was modified by the church. (p.86-87)

Bokedal tente de lier cette pratique assez uniforme à une christologie élevée dès les temps primitifs (il cite notamment Bauckham, p.87 n13), mais ce faisant il néglige, sans explication ni arguments à ce stade, une piste non négligeable, que lui fournit pourtant Howard qu’il cite en note 12 p.87. De même, certaines références scripturaires sont prises à témoin avec une exégèse un peu rapide à mon sens : ainsi Philippiens 2.9-11 ou Jean 5.23 sont-ils invoqués pour appuyer l’idée selon laquelle : « God cannot be spoken of or honoured except by means of reference to Jesus » (p.87) et d’embrayer immédiatement sur une idée encore plus forte, mais qui n’est toujours pas liée aux arguments produits : « As Hurtado recently put it: `Early Christians thought God demanded Jesus worship` ».

Dans la section suivante, « Frequency of nomina sacra in the earliest manuscripts » (p.88), Bokedal soutient que la pratique est d’origine chrétienne plutôt que juive (car la thèse de l’origine juive a souvent été défendue) et qu’il ne visait ni un gain de temps, ni un gain d’espace, contrairement à des usages proches de l’époque, juifs ou hellénistiques (p.88). On trouvera certainement un peu cocasse la mention, p.90, « The suprascript line above the contraction had the function of drawing the reader’s attention – a warning that the word could not be pronounced as written (due to the strange letter sequence). » Cela ne vous rappelle-t-il rien ?

Dans la rubrique « Nomina sacra and canonization », Bokedal ressert le cadre chronologique en précisant que les quatre termes initiaux – Jésus, Christ, Seigneur et Dieu – ont du devenir noms sacrés dans un milieu judéo-chrétien pas plus tard qu’à la fin du premier siècle – début du second – avec une cohérence de 90% dans les manuscrits de cette période (p.91-92). Pour Bokedal donc, cet usage a eu cinq effets notoires sur le processus de canonisation des Écritures : 1. identifier graphiquement le tétragramme (en grec les termes Dieu et Seigneur) avec les termes Jésus et Christ, à l’origine d’un « binitarian pattern of deveotion » (p.92), 2. marquer le caractère chrétien des Écritures aux yeux de la synagogue, 3. affirmer l’unicité des Ecritures, 4. faire émerger une sorte de crédo (« embryonic creed of the first Church », p.93),  5. confronter pour ainsi dire les documents chrétiens aux documents juifs (ce dernier point est  moins clair : peut-être Bokedal veut-il dire par-là une définition de l’identité par l’opposition à la synagogue, ainsi que je l’évoque dans mon P52, p.30).

A l’intertitre, « On the origin of the nomina sacra : Three major models », Bokedal aborde ensuite les sempiternelles hypothèses entourant les origines de ce procédé, et s’en tient à celles de Hurtado qu’on pourrait résumer ainsi : une origine chrétienne, avec pour terme initial, Jésus (p.94) – ce qui me paraît pour le moins douteux (pour les raisons invoquées par Howard cité ibidem).

Puis vient le lien avec le nom divin « The Tetragrammaton and the nomina sacra » (pp.97-100). Et l’on colle toujours à Hurtado, puisqu’il s’agit maintenant d’expliquer pourquoi les termes Seigneur et Dieu seraient venus par la suite… Accrochez-vous, car c’est un peu laborieux. Il y a certainement des considérations valables, et intéressantes, mais elles ne me paraissent pas imposer que le terme Jésus ait été le premier de la liste.

Bien au contraire, les événements se comprennent d’autant mieux qu’on postule (pour ainsi dire, mais en réalité les faits parlent d’eux-mêmes) un empreint à la pratique juive d’écrire le tétragramme en paléo-hébreu au sein du texte grec (ou hébreu carré, ou très rarement transcrit plus ou moins heureusement) – tétragramme que l’on ne prononçait pas comme il était écrit… Autrement dit : יהוה était écrit pratiquement tel quel dans les manuscrits grecs de la Septante, mais l’on disait Adonay en hébreu… et Kyrios en grec. Que les Chrétiens, en mettant la main sur la Septante, n’ait point voulu reprendre la pratique d’écrire en hébreu le nom divin, c’est un point dont on peut débattre en l’état actuel de notre documentation. Ce qui est certain, c’est qu’ils ont très rapidement utilisé des nomina sacra, procédé tout aussi curieux et homogène que pouvait l’être l’usage juif entourant le nom divin, un usage curieux mais homogène. C’est ainsi que l’on passe naturellement d’une pratique juive à une pratique chrétienne. Vouloir placer Jésus au centre dès la première heure me paraît prématuré : les judéo-chrétiens ont d’abord distingué Dieu (YHWH, Jéhovah) de Jésus, clairement et nettement. Peut-être en recourant, pour les premiers documents produits, à l’usage en hébreu du nom divin. Mais cet usage juif – cet usage trop juif en une époque d’opposition et d’auto-définition (cf. p.108) – n’avait rien pour plaire et il a ensuite été remplacé par une innovation bien sentie, les nomina sacra.

Ce scénario me paraît bien plus logique que celui proposé par Bokedal, et pour l’étayer, il n’est que de recourir au témoignage même des rabbins auquel Bokedal se réfère : les règles entourant la destruction des documents chrétiens avec les « mentions » qu’ils contenaient – les « mentions » du tétragramme (cf.p.109). Mais Bokedal va trop loin, et se demande même si ces « mentions » ne seraient pas, tout bonnement, des nomina sacra (p.110)… A l’appui de l’allégation hasardeuse, un argument des plus douteux : pourquoi un pluriel plutôt qu’un singulier ?

Je n’en dirai pas plus. L’ouvrage de Bokedal est assurément intéressant et éclairant à bien des égards. Ce chapitre en est un peu le clou, car les nomina sacra sont certainement un facteur important dans le processus de canonisation des écrits sacrés chrétiens. Les faits sont assez clairement exposés, mais le scénario pour les expliquer reste discutable, car peu naturel et peu logique. J’encourage néanmoins sa lecture car c’est un résumé bien documenté d’un sujet important.

Pour aller plus loin : Nomina sacra et Septante : qui et quand ? | Paap, Nomina sacra in the Greek papyri of the first five centuries A.D. | Le nom divin dans les premières copies de la Septante |  Ιαώ, θέος, κύριος ? Le Nom dans la LXX « originale » | La Septante, κύριος et יהוה : L.Hurtado ou la ré-hébraisation du monde gréco-romain | Romains 10.13 : Quiconque invoque le nom de… | Retrancher à l’Ecriture ?

 

Fév 4 17

Sommes-nous des sardines ?

by areopage

La Russie n’est pas connue pour être la patrie des droits de l’homme : en matière de liberté de culte, elle ne dément pas sa réputation, et la situation semble se dégrader de jour en jour.

Jan 31 17

Comparatif des quatre meilleurs logiciels bibliques (Minard, 2017)

by areopage

Timothée Minard a mis à jour il y a quelques jours son comparatif des quatre meilleurs logiciels bibliques pour l’exégèse : Accordance 12, Bible Parser 2015, BibleWorks 10 et Logos 7. J’ai déjà eu l’occasion de parler de ce comparatif (ici et ici), qui est à la fois unique en son genre et excellent. Cette troisième mise à jour, qui tient compte des dernières nouveautés des quatre logiciels respectivement, ne déroge pas à la règle : présentation claire et bien renseignée (et de surcroît très agréable à consulter). Je constate que Bible Parser y a gagné quelques points… pour ses améliorations en termes de critique textuelle, et de compatibilité.

Je suis d’accord sans réserve sur toutes les analyses et conclusions de Minard. J’ajouterai seulement quelques points (non pas qu’ils soient absents du comparatif mais parce que ce sont les points qui me viennent le plus naturellement à l’esprit) : Logos 7 est vraiment un logiciel exceptionnel, et agréable à consulter. Il vaut largement d’investir petit à petit. Par contre il faut une machine très puissante, et l’application mobile n’est pas terrible pour les langues bibliques (trop longue, et concrètement peu utile). Accordance est aussi un logiciel biblique remarquable, mais il est moins spectaculaire que Logos, à mon sens plus cher, et plus sujet aux ratés (eh oui il n’y a pas que Bible Parser qui a des bugs). Par exemple depuis que j’ai acheté – à grand-frais pour ce que cela représente – la version 12, plus rien ne fonctionne (ouverture, puis fermeture inopinée dès la moindre manipulation). Je n’ai pas eu l’occasion encore de contacter le support, mais à titre de comparaison, Logos qui m’accompagne depuis sa version 2 ne m’a jamais fait ce genre de coup… A décharge, l’application mobile d’Accordance est tout simplement exceptionnelle. Problème : pour l’optimiser, il faut posséder un certain nombre de modules hors de prix… Ah cruel dilemme d’investir deux fois dans les mêmes corpus… D’où l’intérêt du comparatif de Minard !

Vous pouvez aussi consulter ce comparatif directement en PDF : 

Je profite de cette occasion pour signaler deux nouveautés dans Bible Parser Web App, dont une qui m’a particulièrement coûté : 1) l’Etude de Mot fournit désormais des statistiques relativement fiables concernant la manière dont un terme grec de la Septante rend un terme hébreu ; surtout, il est désormais possible de repérer un passage où un terme grec ne traduit pas le terme hébreu le plus habituel, 2) les citations de l’AT dans le NT sont désormais parfaitement synchronisées en dépit des différences de versification, et les différences sont mises en exergue.

Pour le point 1) l’outil va encore significativement évoluer, mais les bases sont posées, et il sera même possible d’effectuer des requêtes croisées.

  

Dans le cas présent vous pouvez vous intéresser au terme ברא, et visualiser très facilement dans quels versets il ne traduit pas ποιέω mais plutôt κτίζω (ex. Dt 4.32).

Idem pour un terme grec, par exemple μορφή, vous pouvez vous faire une idée assez précise du terme hébreu le plus courant, ce qui peut vous renseigner utilement à bien des égards.

Pour arriver à un tel résultat, il a fallu lemmatiser la base de données Tov, The Parallel Aligned Hebrew-Aramaic and Greek Texts of Jewish Scripture (ce qui représente plus de 400 000 lignes de plusieurs mots, dans deux langues, à analyser…), ce qui a nécessité l’écriture du module le plus complexe de toute ma petite carrière de programmeur amateur… Mais le résultat est là, et il donne une bonne idée : par contre il retourne quelques curiosités dont je n’ai pas encore fait le tour ; et il reste à marquer plus clairement les cas où l’hébreu n’est pas traduit en grec, et les cas où le grec possède un texte différent, amplifié ou minoré. Quoi qu’il en soit j’ai lancé il y a quelques jours un script encore plus précis et élaboré, et les résultats seront d’autant plus fiables prochainement. Cependant, en raison de la nature même de cette base (générée semi-automatiquement), elle ne peut bien entendu pas servir à la recherche académique, et son intérêt vise d’abord à se rendre compte des proportions, ou visualiser un verset où un terme grec plus marginal est utilisé pour un mot hébreu. C’est déjà beaucoup ! Nota : pour l’instant, la recherche est faite à chaque consultation, si bien que cela ralentit un peu Etude de Mot. Sous peu, un base dédiée permettra un rendu quasi instantané.

 

La deuxième nouveauté concerne le volet Exégèse où il est désormais possible de visualiser plus facilement les citations AT / NT. Là aussi il ne faut pas demander à la machine d’être intelligente, mais les résultats sont plus qu’intéressants, et surtout les textes BHS / LXX sont synchronisés. Par exemple en Mt 22.44 (citant Ps 110[109].1) on repère tout de suite d’un côté ὑποπόδιον, de l’autre ὑποκάτω. Par ailleurs l’outil indique aussi les cas où le texte cité par le NT se conforme à la LXX contre le TM, les cas où c’est plutôt l’inverse, et les cas où LXX et DSS se rejoignent contre le TM. Quand il n’y a rien, c’est que, grosso-modo, TM = LXX = NT.

Jan 29 17

Ιαω dans le 4QpapLXXLevb (Vasileiadis, 2017)

by areopage

Dans un article à paraître dans la revue Vetus Testamentum et Hellas 4 (2017), « The god Iao and his connection with the Biblical God with special emphasis on the manuscript 4QpapLXXLevb », Pavlos D. Vasileiadis réexamine la thèse selon laquelle le manuscrit 4Q120, ou 4QpapLXXLevb, résulterait d’une tendance à ré-hébraïser le texte de la Septante.

The object of this article concerns the question whether the use of the Greek term Iao (Gr. Ιαω/̓Ιαώ) in place of the sacred Tetragrammaton within this manuscript is part of the primary, original translational activity (part of a more general Hellenizing process) or rather part of a secondary correctionnal Hebraizing tendency. p.2

J’ai déjà abordé ce sujet à diverses reprises sur ce blog (ex. Le nom divin dans les premières copies de la Septante,  Ιαώ, θέος, κύριος ? Le Nom dans la LXX « originale », La Septante, κύριος et יהוה : L.Hurtado ou la ré-hébraisation du monde gréco-romain, Nomina sacra et Septante : qui et quand ?) et fournit des arguments de bon sens remettant en cause la thèse de Pietersma ou Rösel sur le sujet. Vasileiadis en fournit d’autres, en s’attachant particulièrement à décrire le contexte culturel et idéologique dans lequel les faits se sont déroulés.

(…) there was no clear understanding of the personality of the Biblical God neither any comprehensible connection with the Hebrew Tetragrammaton. p.6

Ce faisant, force est de constater que l’emploi du vocable Iao s’est fait largement, dans un contexte plutôt mystique (pratiques magiques et gnosticisme), si bien que durant la période premier siècle avant J.-C. et premier siècle après J.-C., si l’usage du théonyme est fréquent, il se rapporte surtout à des « anges ou divinités subalternes » (p.5). On est loin du Dieu de la Bible ! Cependant cet usage n’est pas seulement mystique, et Vasileiadis recense les divers témoignages chez les premiers chrétiens (pp.22-33), en intégrant à sa recherche les résultats obtenus par Shaw.

Avec le 4Q120 on touche à un sujet des plus intrigant : pour les savants, c’est un « excellent representative of the LXX » et un « typical exemplar of the LXX » (p.8). On est donc légitimement intrigué d’y voir le nom divin paraître sous une forme lisible, prononçable, grecque… Comment l’expliquer ? Le vocable était-il perçu comme un substitut ? un théonyme ? Était-ce une pratique courante ? marginale ? La question n’est pas anodine, puisque la période est précisément celle durant laquelle les auteurs du Nouveau Testament avaient le texte de la Septante entre les mains : que lisaient-ils ? Un texte avec κύριος, Seigneur ? Un texte avec le tétragramme en hébreu carré ? en paléo-hébreu ? Et que faisaient-ils lors de leurs citations ? Reprenaient-ils à leur compte la tradition de ne pas prononcer ce qui était écrit, au profit d’un substitut ?

The view of the « Hebraizing » restoration (or « re-Hebraization ») of the Hebrew Tetragrammaton within the Greek Bible text is based on the presupposition that the original text of the OG archetypes the surrogates κύριος and θέος (or δεσπότης) were used. But this is far from being proved. p.8

Texte biblique encore fluctuant, mentalités diverses : il serait aberrant de n’apporter qu’une explication monolithique aux pratiques encourant le nom divin : aussi Vasileiadis examine-t-il avec précaution les différentes perspectives. Passionnant !

Pour en savoir plus : Tov, « P. Vindob. G 39777 (Symmachus) and the Use of the Divine Names in Greek Scripture Texts » (qui cite cet article) | Le nom divin dans les premières copies de la Septante |  Ιαώ, θέος, κύριος ? Le Nom dans la LXX « originale » | La Septante, κύριος et יהוה : L.Hurtado ou la ré-hébraisation du monde gréco-romain | Nomina sacra et Septante : qui et quand ?

Jan 28 17

Grec biblique : quelques outils

by areopage

Les manuels pour apprendre le grec biblique ne manquent pas.  Cependant, il est beaucoup plus délicat de progresser. Je livre ici quelques pistes. La première concerne un ouvrage sorti l’année dernier, Köstenberger, Merkle et Plummer, Gooing Deeper with New Testament Greek (B&H Academic, 2016), qui est une parfaite illustration du genre d’usuel qui faisait cruellement défaut, et ce depuis longtemps : un manuel pratique visant à accompagnant les étudiants du niveau débutant (2 ans d’apprentissage de la langue) vers un niveau intermédiaire – c’est-à-dire capables d’utiliser efficacement leurs connaissances pour l’exégèse. Les 15 chapitres copieux rebalaient chaque fait de morphologie et de syntaxe, avec de nombreux exemples concrets, tableaux, lectures commentées, exercices, et une série de 40 mots de vocabulaire à mémoriser (l’objectif étant l’apprentissage des termes figurant 15x ou plus, soit 830 mots). C’est donc un ouvrage qui n’est pas une référence à consulter ponctuellement, mais bel et bien un manuel à lire d’un bout à l’autre (550p).

 

L’ouvrage est dense, il ne multiplie pas les catégories grammaticales ad nauseam, et surtout il met toujours l’accent sur la finalité de l’apprentissage : la lecture du NT grec et sa pleine intelligence. Par exemple au chapitre 14, « Word Studies », les principes fondamentaux de ce genre d’étude sont rappelés (ex. ne pas faire dire plus aux mots qu’ils ne disent, prioriser la synchronie à la diachronie, ne pas confondre les mots et les concepts ni sacraliser des outils potentiellement faillibles, etc. ; on croirait lire Silva, Carson ou Romerowski) – et ce n’est pas du luxe ! Le dernier chapitre prodigue des conseils très utiles pour progresser encore : la lecture assidue du texte lui-même bien sûr, mais aussi le recours à d’autres références : outils digitaux, commentaires, lexiques et grammaires, en adaptant les recommandations d’acquisition en fonction du profil de chacun. Cet ouvrage est un véritable bol d’air ! Evidemment, on trépignerait à l’idée d’un équivalent pour l’hébreu biblique… En précommande depuis quelques mois, l’ouvrage de R.T. Fuller, Invitation to Biblical Hebrew Syntax, à paraître en mai prochain, me paraît un bon candidat.

Un autre ouvrage, et non des moindres, pour progresser en grec biblique est celui de F. J. Long, Koine Greek Grammar (Κοινὴ Γραμματική). L’ouvrage étonne déjà par sa taille assez massive : 21,6 x 3,6 x 27,9 cm pour 610p. Les particularités de ce manuel sont nombreuses, disons que sa finalité est équivalente à celle de Köstenberger et al., à la différence près qu’une part plus grande est dédiée à l’explication des mécanismes grammaticaux. L’ouvrage introduit le vocabulaire figurant 50x ou plus dans le NT, et comprend de nombreux encarts touchant à des faits de civilisation, aux manuscrits, à l’histoire, et bien sûr à l’exégèse. L’ouvrage peut s’accompagner d’un cahier d’exercices avec corrigés.

On apprécie particulièrement les notes de vocabulaire, et les « case in point » ramenant le point étudié à son utilité pour la traduction et/ou l’interprétation d’un passage. Je dirais que le seul défaut ou presque de cet ouvrage, c’est qu’on ne peut pas l’amener au lit du fait de sa taille…

Pour ceux qui souhaiteraient aller encore plus loin, je conseille les volumes suivants :

   

  

  

Jan 25 17

Early Christian Manuscripts (Kraus & Nicklas, 2010)

by areopage

A l’occasion de la « Academic Book Week », du 23 au 28 janvier 2017 Brill met en ligne gratuitement quelques-uns de ses ouvrages : miracle. Non ce n’est pas un poisson d’avril, vous pouvez accédez gratuitement à cet ouvrage de Porter & Niclas (éd.), Early Christian Manuscripts (Brill, 2010), ordinairement vendu à 116€ (cliquez sur le bouton « Read »). Le titre est certes alléchant, mais en la matière, il faut toujours modérer ses ardeurs : il ne s’agit pas d’une monographie qui traiterait véritablement des premiers manuscrits chrétiens, mais plutôt d’une collection d’articles gravitant plus ou moins autour de ce sujet. D’un intérêt particulier sera l’article de Lincoln H. Blumell, « Is P. Oxy. XLII 3057 the Earliest Christian Letter ? » qui remet en question l’idée émise notamment par Ramelli qu’il s’agirait d’une lettre chrétienne, avec l’une des toute première occurrence d’un nomen sacrum sous la forme d’un trait surmontant le chi dans χαιρειν (cf. p.102).

J’ai évoqué ce sujet, qui est fondamental pour tenter de comprendre quand et comment son apparus les nomina sacra, dans mon P52, p.28 sq.

Brill propose d’autres ouvrages gratuits sur divers sujets. Χαίρετε !

Jan 25 17

Dictionnaire de théologie (Bergier, 1718-1790)

by areopage

Pour ceux qui souhaiteraient découvrir un produit théologique du XVIIIe s., passablement en conversation avec l’esprit des Lumières, pour ne pas dire parfois en polémique frontale avec lui, je vous invite à découvrir le Dictionnaire de théologie de l’abbé Nicolas-Sylvestre Bergier, en 8 volumes :

vol. 1 | vol. 2 | vol. 3 | vol. 4 | vol. 5 | vol. 6 | vol. 7 | vol. 8

Pour en savoir plus : La « femme » dans le Dictionnaire théologique de Bergier

Jan 22 17

Courte note sur 1 Corinthiens 10.9

by areopage

Christianiser l’Ancien Testament est un exercice périlleux. Certaines fois cependant, l’auteur inspiré nous y invite explicitement. En 1 Corinthiens 1.1-12, on peut lire d’après la version Louis Segond :

Frères, je ne veux pas que vous ignoriez que nos pères ont tous été sous la nuée, qu’ils ont tous passé au travers de la mer, 2 qu’ils ont tous été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer, 3 qu’ils ont tous mangé le même aliment spirituel, 4 et qu’ils ont tous bu le même breuvage spirituel, car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher était Christ5 Mais la plupart d’entre eux ne furent point agréables à Dieu, puisqu’ils périrent dans le désert. 6 Or, ces choses sont arrivées pour nous servir d’exemples, afin que nous n’ayons pas de mauvais désirs, comme ils en ont eu. 7 Ne devenez point idolâtres, comme quelques-uns d’eux, selon qu’il est écrit: Le peuple s’assit pour manger et pour boire; puis ils se levèrent pour se divertir8 Ne nous livrons point à l’impudicité, comme quelques-uns d’eux s’y livrèrent, de sorte qu’il en tomba vingt -trois mille en un seul jour9 Ne tentons point le Seigneur, comme le tentèrent quelques-uns d’eux, qui périrent par les serpents10 Ne murmurez point, comme murmurèrent quelques-uns d’eux, qui périrent par l’exterminateur11 Ces choses leur sont arrivées pour servir d’exemples, et elles ont été écrites pour notre instruction, à nous qui sommes parvenus à la fin des siècles. 12 Ainsi donc, que celui qui croit être debout prenne garde de tomber !

Ce court passage interroge à bien des égards : quel était ce rocher, et à quel point faut-il rapprocher ce propos de la légende juive sur le rocher abreuvant les Israélites au désert ? D’où Paul tient-il ce chiffre de 23 000 morts (cp. Nb 25.9) ? ou encore, que faut-il lire au verset 9 : « ne tentons point le Seigneur », ou « ne tentons point Dieu », ou bien « ne tentons point Christ » ?

C’est à cette dernière question que nous allons livrer quelques éléments de réflexion. Ce verset se lit ainsi dans le NA28 :

μηδὲ ἐκπειράζωμεν τὸν Χριστόν, καθώς τινες αὐτῶν ἐπείρασαν καὶ ὑπὸ τῶν ὂφεων ἀπώλλυντο.

C’est une lectio difficilior par excellence : on peut tout à fait expliquer les variantes κύριον et θεόν en imaginant des scribes être surpris par le segment ἐκπειράζωμεν τὸν Χριστόν, ils mirent Christ à l’épreuve. En effet, dans l’AT, l’expression plus consacrée, c’est mettre Jéhovah son Dieu à l’épreuve, par référence au passage bien connu de Deutéronome 6.16 (LXX) : οὐκ ἐκπειράσεις κύριον τὸν θεόν σου ὃν τρόπον ἐξεπειράσασθε ἐν τῷ Πειρασμῷ, tu ne mettras point Seigneur ton Dieu à l’épreuve, comme vous l’avez mis à l’épreuve à Épreuve (cp. BA 5 : 157). 

The difficulty of explaining how the ancient Israelites in the wilderness could have tempted Christ prompted some copyists to substitute either the ambiguous κύριον or the unobjectionable θεόν. Metzger 2000 : 494

It is far more likely that « Christ » was changed to « Lord » (or, « God ») than vice-versa. Comfort 2008 : 507

Personnellement, j’entends ces arguments sans problème : il est possible en effet que Christ ait été substitué par Dieu, et plus souvent encore par Seigneur, parce que l’expression « tenter Christ » est étrange.

En 1 Corinthiens, Christ est clairement identifié à un « rocher spirituel » accompagnant les Israélites dans le désert, ce qui fait penser bien sûr aux fameuses expressions « ange de Jéhovah » (ex. Ex 3.2), « ange de sa Face » (Is 63.9, voir ici) ou même « ange de l’Alliance » (Mal 3.1), cf. Godet 1885 : 505. Quelques chapitres auparavant, Paul déclare sans ambages que toutes choses [ont été créées] par son intermédiaire (δι’ οὗ τὰ πάντα, 1 Co 8.6). Force est donc de constater que Paul fait allusion, à plusieurs reprises et explicitement, à la préexistence du Christ, à ses interventions dans l’histoire d’Israël ou de l’humanité. On peut ainsi rejoindre Allo, au moins partiellement, sur l’idée que notre locus est à noter « pour la christologie » (cf. Allo 1934 : 233-234).

Mais les choses ne sont pas aussi simples que cela, et l’on peut douter de cette leçon « tenter Christ » pour les raisons suivantes :

  • L’allusion à Deutéronome 6.16 est précise, et Paul, pourtant défenseur d’une christologie haute (voir ici), n’identifie pas Jésus à Dieu pour autant (c’est ce qui ressort du contexte, et notamment de 1Co 8.6),
  • Quand la tradition manuscrite est hésitante, voire déroutante, il faut redoubler de vigilance, et se remémorer les controverses christologiques qui secouèrent les II/IIIe – IVe siècles.

J’ai dressé en son temps une liste de curieuses variantes qui entrent exactement dans le cadre de notre verset : une variation entre les termes Dieu / Seigneur / Jésus / Christ, ou l’absence de l’un de ces termes. Il en ressort avec la plus parfaite évidence que les scribes ne s’attelaient pas seulement à éclaircir un passage, l’harmoniser avec un autre, ou occulter une difficulté, mais ils pouvaient bel et bien, à l’occasion, corrompre leur texte pour des motifs théologiques (Fontaine 2007 : 258-264). On trouve ce genre de variantes en 1 Corinthiens 5.5, 7.40, 10.5, et 10.9. Cela fait beaucoup. En 10.5 justement, le sujet Dieu est omis pour faire de Christ le sujet le plus évident…

Bart Ehrman a livré sur ce type de corruption une étude qui me paraît décisive, puisqu’elle montre l’effet des controverses christologiques sur la transmission du texte néotestamentaire : The Orthodox Corruption of Scripture – The Effect of Christological Controversies on the Text of the New Testament (Oxford University Press, 1993). Il traite ce passage pp.89-90. Ne sachant mieux dire, je vous y renvoie – mais l’étude est à appréhender dans sa globalité (et paraîtra d’autant plus convaincante qu’on jettera un petit coup d’œil, en parallèle, à ma liste – qui n’est d’ailleurs sans doute même pas complète, quoique déjà bien fournie !).

On pourra objecter : qu’est-ce à dire ? que le texte du Nouveau Testament serait corrompu ? Hérésie ! À ce stade, il faut faire preuve de bon sens. Par sa nature, une édition critique du NT fait des choix parmi les manuscrits – pour le GNT, le choix pour notre locus est noté avec une relative confiance d’un {B} – et de fait il n’y a pas de texte grec du NT qui serait « corrompu », puisque les deux éditions courantes, GNT5 et NA28, sont des reconstitutions savantes de ce texte, des patchworks… En revanche les manuscrits servant à cette reconstitution, oui, peuvent tout à fait être corrompus à des degrés divers…

J’ajoute qu’avant le NA26, on lisait couramment ἐκπειράζωμεν τὸν κύριον (ainsi Alford, Nestle 1904, Tischendorf, Tregelles, Merk, ou encore Westcott et Hort). Le choix de retenir un texte parlant de « tenter Christ » est récent, et par sa nature, peu anodin.

Si la majorité des traductions françaises se sont rangées derrière le consensus imposé par le texte du Nestlé-Aland ou du Greek New Testament, on remarquera toutefois que ce n’est pas le cas de toutes : ainsi TMN (fondée sur WH), LSG, NEG, PDV, TOB révisée, Pléiade, et même BJ, conservent la leçon κύριον.

Je concluerai sur les propos de ce commentaire que j’endosse à mon compte :

We may safely prefer τὀν Κύριον (א B C P 17, Aeth. Arm.) to τὸν Χριστόν (D E F G K L, Latt.) or τὸν Θεόν (A). No doubt Χριστόν, if original, might have been changed to Κύροιν or Θεόν because of the difficulty of supposing that the Israelites in the wilderness tempted Christ. On the other hand, either Χριστόν or Θεόν might be a gloss to explain the meaning of Κύριον. Epiphanius says that Marcion substituted Χριστόν for Κύριον, that the Apostle might not appear to assert the lordship of Christ. Whatever may be the truth about this, it is rash to say that ‘Marcion was right in thinking that the reading Κύριον identifies the Lord Jehovah of the narrative with the historical Jesus Christ’. It is safer to say with Hort on 1 Pet. 2:3, “No such identification can be clearly made out in the N.T”. But see on Rom. 10:12, 13 [ce passage s’explique en tant compte de l’exégèse particulière de Paul, voir ici]. In the N.T. ό Κύριος commonly means ‘our Lord’; but this is by no means always the case, and here it almost certainly means Jehovah, as Num. 21:4–9 and Ps. 78:18 imply. There seems to be no difference in LXX between Κύροις and ὀ Κὐριος, and in Nm.T. we can lay down no rule that Κύριος means God and ὀ Κύριος Christ. See Bigg on 1 Pet. 1:3, 25; 2:3; 3:15; Nestle, Text. Crit. of N.T. p. 307. ICC/NT

Pour en savoir plus : Bart Ehrman, The Orthodox Corruption of Scripture – The Effect of Christological Controversies on the Text of the New Testament | Fontaine, Le nom divin dans le Nouveau Testament (L’Harmattan, 2007 ; cf. pp.258-264) | Contra : Carroll D. Osburn, ‘The Text of 1 Corinthians 10:9,’ in New Testament Textual Criticism: Its Significance for Exegesis: Essays in Honour of Bruce M. Metzger, ed. Eldon Jay Epp and Gordon D. Fee (Oxford: Clarendon Press, 1981), pp.1-12 | Gordon D. Fee, Pauline Christology – An Exegetical – Theological Study (Baker Academic, 2007 ; cf. pp.97-98, 502-505) | Kuen, Encyclopédie des Difficultés Bibliques : Les lettres de Paul (Emmaüs, 2003 ; cf. pp.137-139)

Jan 21 17

Premiers écrits chrétiens (Pléiade, 2016)

by areopage

La Bibliothèque de la Pléiade s’est enrichie en fin d’année dernière d’un nouveau volume réjouissant, les Premiers écrits chrétiens, ample volume de 1648p édité sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini, avec un prix de lancement de 58€ jusque fin mai 2017, puis un prix catalogue de 66€. Je dois dire que je devais tant être plongé dans ma web app que je suis passé à côté de la nouvelle… Et pourtant quelle nouvelle : le volume, commandé le 19 et reçu le 21 (merci Amazon), est prometteur : une introduction conséquente, comme dans tous les volumes de cette collection (pp.xv-lii), un aperçu chronologique détaillant les faits historiques et littéraires pour la période de 31 av. J.-C. à 213 ap. J.-C. (pp.lii-lvii), des notices et notes conséquentes (pp.1157-1475), une bibliographie générale classée par thèmes (l’Empire romain, l’histoire du christianisme, la littérature chrétienne, les doctrines et spiritualités chrétiennes, christianisme et judaïsme, organisation communautaire et liturgie, les chrétiens et la Bible, christianisme, culture et philosophie) qui se révélera certainement des plus utiles (pp.1479-1484), et qui ne fait réellement que compléter les abondantes références bibliographiques présentes dans les notices et notes précédentes, et enfin un ensemble d’indexes : index des noms (pp.1489-1515), index des textes anciens (pp.1519-1533), un index thématique (pp.1537-1559) et la table détaillant le contenu des textes traduits (pp.1563-1579) ; on reconnait bien là ce qui fait l’excellence de cette collection : des textes traduits par d’éminents spécialistes, une présentation sobre et élégante, des notices détaillées présentant chaque oeuvre et chaque auteur, une abondance de notes utiles à la compréhension du texte et du contexte, le tout dans une qualité éditoriale impeccable. Le prix peut paraître élevé au premier abord, mais il est très largement justifié (et même dérisoire quand on pense à des éditeurs étrangers comme Brill, De Gruyter, Peeters…).

Quand on sait la vaste étendue de la première littérature chrétienne, surtout si l’on a tenté d’en prendre connaissance par les volumes des Sources Chrétiennes, on sait aussi que ce type d’anthologie, à moins d’un miracle, est nécessairement sélectif : que trouve-t-on donc dans ce volume ?

Les écrits présentés dans ce volume permettront au lecteur de se forger une idée de ce que furent les premières générations chrétiennes. Ils ont été composés entre les années 90 et les alentours de 200. Cela commence avec des hommes qui ont connu les apôtres et qui, après la disparition de ces derniers (disons vers l’an 70), veillent à leur tour sur des communautés de croyants. Cela finit avec des hommes qui ont fréquenté des disciples directs des apôtres; Clément de Rome fut proche de Pierre. Irénée de Lyon se réclamait de Polycarpe de Smyrne, qui lui-même avait connu Jean. (p.xv)

Bien entendu, on souhaiterait les œuvres complètes de Justin martyr, Clément de Rome et Clément d’Alexandrie, Irénée de Lyon, Tertullien ou pourquoi pas Origène… car il faut bien admettre que lire ces auteurs dans leur intégralité en français relève du défi. Mais ce n’est pas ce que propose ce volume : à la place, il invite à découvrir, par thèmes, ce que furent ces premiers écrits chrétiens : des textes sur la vie des communautés, des actes et passions de martyrs, des littératures apologétiques en grec ou en latin, des débats et controverses théologiques ou encore de la poésie.

Que l’on se rassure : ces grilles de lecture, imposées par des raisons pratiques – il faudrait certainement bien des volumes, et des années, pour réunir tous les écrits patristiques des trois ou quatre premiers siècles – permettent, en effet, d’avoir « une idée », une belle idée des commencements chrétiens : professions de foi, formules baptismales, fragment de Muratori, Clément de Rome, Didachè, Hermas, Ignace, Polygarpe, Méliton, Aristide, Justin (Apologie, Dialogue avec Tryphon, Sur la résurrection), Tatien, Athénagore (Supplique, Sur la résurrection des morts), Théophile d’Antioche, l’épître de Barnabé, celle à Diognète, Tertullien (Apologétique), Minucius Félix (Octavius), Ptolémée (Lettre à Flora), Théodote, Hégésippe, Irénée (Contre les hérésies – livre III, Démonstration de la prédication apostolique), Clément d’Alexandrie (Cantique de l’esprit d’enfance), Commodien, Pseudo-Hippolyte, des épitaphes, des hymnes, des fragments, sont autant de textes et d’auteurs qu’on pourra découvrir à loisir dans ce volume…

Ce volume ne se contente pas de rassembler tous ces textes : il propose aussi une rubrique originale sur les Témoignages juifs et païens sur Jésus et sur le premier christianisme (pp.3-26), où l’on trouvera de très utiles extraits : ceux biens connus de Josèphe sur Jacques, Jean le baptiste et Jésus, mais aussi ceux de Suétone, Pline le Jeune, Trajan, Epictète, Marc Aurèle, Galien, Aélius Aristide, Celse (court extrait p.17), et jusqu’à même les caricatures et satires d’Apulée, de Lucien de Samosate ou de Celse encore (p.20). Du côté des témoignages juifs, on appréciera la petite anthologie des témoignages sur Jésus tirés de la tradition rabbinique, avec des extraits de la birkat ha-minim (p.22), de la Mishna, de la Tosefta, et des deux Talmuds. En particulier deux fameux passages (p.24):

Les gilyonim et les livres des minim ne souillent pas les mains. Les livres de Ben Sira et tous les livres qui ont été écrits depuis lors ne souillent pas les mains. T. Yadaïm, 2, 13 (manuscrit de Vienne, f° 321 a)

Et un peu plus loin (p.25):

Les gilyonim et les rouleaux des minim : on ne les sauve pas de l’incendie mais ils brûlent sur place, eux et leurs « mentions ». Rabbi Yossi le Galiléen dit : « En semaine, on découpe les mentions et on les met à l’abri, et on brûle le reste ».

Les notes pp.1172 sq. apportent des précisions à la fois utiles et variées, tant sur les textes et leur datation que sur leur contenu, voire leur interprétation, par exemple (p.1176) :

Le passage qui suit, T. Shabbat, 13, 5, complète le précédent et nous fournit une précision importante : gilyonim et livres des minim contiennent des mention du Nom divin (le tétragramme : YHWH, pour Yahvé). Quoique tout travail soit interdit le jour du shabbat – y compris éteindre un incendie -, on peut néanmoins, ce jour-là, transporter les livres saints pour les sauver de la destruction. Les personnages qui interviennent dans cet échange sont bien connus : Yossi le Galiléen, Tarphon et Ismaël sont des rabbins palestiniens de la première moitié du IIe siècle. Contrairement à leur collègue, les deux derniers estiment qu’il faut abandonner aux flammes gilyonim et livres des minim malgré les mentions du Nom divin qu’ils contiennent. Ce passage est repris dans les deux Talmuds. Dans la version babylonienne, à la faveur d’un double calembour, le substantif gillayon est, cette fois, très clairement associé à l’Évangile (euanggelion). On y lit en effet : « Rabbi Meïr l’appelait ‘aven gillayon‘ [marge fallacieuse, fausse révélation]. Rabbi Yohanan l’appelait ‘avon gillayon‘ [marge d’iniquité, révélation d’iniquité]. Mais il s’agit d’un document très tardif.

On constate ainsi qu’en plus d’outiller le lecteur avec une ample sélection de textes des premiers écrits chrétiens, ce volume tente aussi de les mettre en perspective : témoignages extérieurs sur Jésus, vie des communautés, controverses… On n’en pouvait attendre mieux.

Cette première étape franchie : à quand un volume 2, avec d’autres textes d’époque ? Et pourquoi pas – et là je me permets de rêver éveillé – à quand les Talmuds dans la Pléiade ?

Pour rappel, la Pléiade propose un certain nombre de volumes utiles aux études bibliques :

La Bible

   

Les écrits intertestamentaires

Les écrits gnostiques (Nag Hammadi)

Les écrits apocryphes chrétiens

 

Les premiers écrits chrétiens

En savoir plus sur ce volume : France Culture | 

Jan 20 17

La réaction païenne (Pierre de Labriolle, 1934)

by areopage

Si les études sur les polémiques entre juifs et chrétiens ne manquent pas, les sommes sur les polémiques entre païens et chrétiens sont beaucoup plus rares. La plus connue est désormais librement accessible en ligne : Pierre de Labriolle, La réaction païenne – étude sur la polémique antichrétienne du Ier au VIe siècle (L’Artisan du Livre, 1934 ; rééd. 1948).

Je mets également en ligne une version en PDF : 

Suivre

Recevez une notification par email à chaque nouveau post.

Rejoignez les autres abonnés :