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Juin 11 17

Enquête sur le Jésus historique (Hutchinson, 2017)

by areopage

Enquête sur le Jésus historique – De nouvelles découvertes sur Jésus de Nazareth confirment les récits des Évangiles, de Robert J. Hutchinson (Salvator, 2017), est une traduction du populaire Searching for Jesus paru en 2015. Contrairement à ce que le titre pourrait suggérer, il ne s’agit pas d’un énième ouvrage anecdotique sur un sujet beaucoup débattu. J’avoue qu’au premier abord, j’ai haussé les épaules, et songé à ce fatras d’ouvrages fantaisistes ou plus ou moins érudits qui abordent depuis tant de siècles l’historicité de Jésus. Entre ceux qui pensent, et tentent médiocrement de prouver, que Jésus n’a jamais existé et n’est qu’un mythe, ceux qui qualifient les évangiles de fraude intellectuelle et réduisent l’historicité de Jésus au strict minimum et ceux qui abordent les évangiles de manière fondamentaliste, il y a un monde.

Tout est-il dit et vient-on trop tard ? Avec scrupule, méthode et science, les universitaires ont-il déjà bon ordre dans cette affaire-là ? En fait, pas du tout. Le « Jésus historique » est plus que jamais un sujet d’actualité et de recherche. Sans cesse paraissent des études, les unes à caractère sensationnaliste (Jésus n’est pas mort sur la croix, il a eu une descendance, on a trouvé son tombeau…), les autres à caractère révisionniste pour ne pas dire négationniste (Jésus est une pure invention, ou Rien de ce que disent les évangiles n’est authentique et Jésus est à jamais méconnaissable, ou encore Jésus est une « figure de papier » à caractère plus littéraire et exégétique que réel – cf. Charbonnel/Römer (préf.) 2017). Il y a de quoi en perdre son latin. Mais ce qui semble certain, c’est qu’il ne faut pas prendre pour parole d’évangile justement tout ce qui se dit et s’écrit, y compris sous des plumes universitaires et autorisées, car le constat est sans appel : la plupart des études se contredisent les unes les autres, et si l’on est pas au fait des arguments, de l’actualité, de l’archéologie, et d’un grand nombre de disciplines connexes, il est difficile de suivre, de comprendre et de trancher…

Heureusement certains ouvrages proposent parfois d’effectuer un état des lieux, et c’est le cas de l’ouvrage de Hutchinson. Il n’est pas tant question de « nouvelles découvertes », mais plutôt de ces innombrables découvertes qui jalonnent les dernières décennies, et tancent les minimalistes. Au menu, onze chapitres sous forme de questions : 1. Les Évangiles contiennent-ils des déclarations de témoins oculaires ? 2. Menteur, fou… ou figure de légende ? 3. Les Évangiles sont-il des faux ? 4. Les archéologues ont-il découvert la maison de Jésus ? 5. L’Eglise a-t-elle inventé l’idée d’un messie souffrant ? 6. Dans quelle mesure Jésus était-il casher ? 7. Jésus avait-il un message secret ? 8. Jésus était-il un révolutionnaire zélote ? 9. Jésus a-t-il planifié sa propre mort ? 10. Avons-nous des preuves de la résurrection ? 11. Jésus, Dieu et homme. Chaque rubrique se termine par un encart « Pour des lectures approfondies » (anglophones généralement) sélectif et bien à jour.

Le style est simple, direct, non pédant, et le propos bien documenté. Hutchinson soulève chaque fois un point controversé, et livre les différentes théories plus ou moins récentes sur le sujet. Puis il relève les contradictions, ou montre que des vues extrêmes qui avaient cours (Nazareth n’a jamais existé, Pilate non plus…) sont désormais totalement abandonnées. Et les déconvenues ne sont pas rares ! On comprend ainsi, à la revue d’un grand nombres d’exemples, combien il est sage d’accueillir avec la plus extrême suspicion les théories révolutionnaires qui contrediraient les évangiles. Jésus n’a pas existé ? Et pourtant les témoignages sont clairs, et bien plus nombreux que pour bien des figures historiques. Les évangélistes, des affabulateurs ? Et pourtant, leurs propos historiques, géographiques, ou culturels ne cessent d’être confirmés. La Bible en général, et les évangiles en particulier, sont-ils textuellement corrompus ? Et pourtant, la critique textuelle du NT bénéficie d’une abondance telle de manuscrits qu’il est garanti que le texte que nous possédons est absolument fiable dans son ensemble.

La méthode de Hutchinson est authentiquement historique. A la manière d’un Hérodote, il mène son enquête. Pour éviter une averse de contestations et protestations (il n’est pas un expert du sérail, bien que ses études supérieures l’aient largement qualifié pour y voir assez clair), il ne fournit jamais ses propres analyses : il fait plutôt état des vues des uns et des autres, puis déniche une étude plus récente encore, qui conteste ou contredit les vues précédemment exposées. Se faisant il illustre avec brio combien les données évoluent, parfois rapidement, et surtout à quel point, pour l’essentiel selon lui, les évangiles sont des récits authentiques et fiables de la vie et de l’enseignement de Jésus.

Un des aspects les plus original de l’ouvrage concerne la partie consacrée à l’attente messianique en Palestine au Ier siècle. Sujet ô combien délicat et difficile… Il s’agit de déterminer si les juifs attendaient bien un messie à cette époque, et quel messie. Un messie conquérant et glorieux, qui supprimerait l’oppresseur romain ? Ou un messie souffrant, voire rédempteur ? Pour bon nombre d’universitaires le sujet est clos est la réponse pourrait se formuler ainsi : Jésus était un prophète, voire un fanatique, annonçant la fin des temps, qui n’est pas arrivée. Il se trompait et ce scandale a été contourné, déguisé, et maquillé a posteriori : après sa mort, on a creusé les Écritures et tenté de trouver des textes compatibles avec ce qui s’était passé. Autrement dit, on a bricolé les textes, car personne n’attendait de messie souffrant. A ce stade, il fait un certain écho au travail de Boyarin sur le sujet, par ex. p.163 :

La notion selon laquelle les disciples de Jésus l’ont déclaré post factum messie souffrant est toujours répétée de nos jours avec une certitude dogmatique dans nombre d’universités et de séminaires. Et pourtant, comme nous venons de le dire, elle est totalement fausse, selon Boyarin.

Evidemment, ce genre de sujet mériterait une analyse plus étendue que celle livrée par Hutchinson en quelques pages, mais en la matière la référence au travail de Boyarin est un début. J’ai évoqué (ici) ce travail de Boyarin, lequel m’agaçait un tantinet en s’estimant vox clamans in deserto, mais disons qu’effectivement il y a lieu de contester l’idée que le concept n’existait pas. De surcroît, même une réinterprétation de la vie de Jésus ex eventu n’a rien d’hétérodoxe : les disciples ont pu ne pas comprendre les événements, puis les interpréter ou les réinterpréter. Comme je l’ai signalé dans ma review de Boyarin, ils le confessent parfois. Il est donc inutile de surexploiter les textes : ce qui est certain, c’est que beaucoup attendaient le messie à une époque voire à une date très précise, et ce tout simplement en raison de données bibliques chronologiques. Quant à savoir le genre de messie attendu, cela a pu varier d’un individu à l’autre.

Ici Hutchinson livre un argument étonnant, et passablement douteux : la Révélation de Gabriel (cf. p. 152 sq.).

Il s’agit d’une tablette assez unique écrite en hébreu ancien, à l’encre, qui date du Ier s. ap. J.-C. (d’autres datent du Ier s. av. J.-C.) et qu’on a appelé « le manuscrit de la mer Morte sur pierre ». Sa particularité est de faire mention d’un homme que les Romains auraient tué, et qui aurait ressuscité au bout de trois jours… Je ne connaissais pas du tout ce document, et je constate sans étonnement que la traduction est débattue. A mon avis, l’argument est un peu tiré par les cheveux, et c’est le seul point vraiment douteux et marginal que je relève chez Hutchinson.

Comme il le signale en introduction, Hutchinson écrit pour deux types de public : d’un côté « des chrétiens engagés de nombreuses confession ayant un large éventail d’idées et de croyances sur la question de savoir si, et à quel degré, la Bible est inspirée et même si elle ne comporte pas d’erreurs », de l’autre « des lecteurs intéressés par Jésus de Nazareth et les débuts du christianisme, mais qui ne sont pas a priori convaincus que la Bible repose sur des événements réels » (p.22). Pour ménager ces deux publics, Hutchinson tente de trouver un équilibre entre « [respect] de l’orthodoxie chrétienne et scepticisme séculier » (ibid.) A mon avis le pari est réussi car, même si par  la nature et l’ordre des sujets et arguments avancés, on voit clairement où il entend mener les lecteurs, sa méthode est saine : exposition des thèses plus ou moins récentes, et mise en perspective avec les dernières données disponibles.

C’est donc un travail intéressant, qui par la variété des thématiques abordées saura certainement susciter bon nombre de questions chez le lecteur. Si tous ne se passionnent pas nécessairement pour l’archéologie, l’histoire ou la critique textuelle, il est difficile de ne pas trouver son compte parmi les sujets essentiels que Hutchinson aborde : Jésus a-t-il existé ? Son message est-il préservé dans le Nouveau Testament ? Correspond-il au profil du messie que l’on attendait ? Est-il vraiment mort sur la croix, ou a-t-il trouvé un subterfuge ? Et s’il est mort, est-il bien ressuscité d’entre les morts, ou peut-on penser à bon droit que les évangiles affabulent ?

Mai 19 17

Lexham Analytical Lexicon of the Hebrew Bible (Logos, 2017)

by areopage

Logos est en train d’élaborer un nouvel outil lexicologique, le Lexham Analytical Lexicon of the Hebrew Bible. Ils n’en sont pas à leur coup d’essai, puisque l’éditeur a déjà fait paraître un lexique pour le Nouveau Testament (Lexham Analytical Lexicon of the Greek New Testament, 2011et pour la Septante (The Lexham Analytical Lexicon to the Septuagint, 2012).

Comme on peut s’en rendre compte à l’usage, ces outils sont extrêmement précieux et facilitent significativement le travail quand on étudie l’usage d’un terme dans ces deux corpus. Pour le NT, les sens sont proposés d’après la nomenclature du Louw et Nida, et tous les versets sont rangés d’après l’une des catégories de ce manuel. Tous les dérivés sont listés, ainsi que toutes les formes, avec leur analyse. Pour la LXX, c’est encore plus élaboré, car les différents mots hébreux ou araméens correspondants à un mot grec sont proposés, et chaque verset est illustré. Un travail sidérant… qui rend de facto obsolète le Hatch & Redpath (et son complément par Muraoka) ! Bible Parser Web App et Bible Parser 2015 tentent de proposer un outil comparable (voir ici) mais comme le processus d’alignement est automatique, il est loin d’être aussi précis (depuis lors j’ai très largement utilisé l’outil, et constaté sa bonne fiabilité pour percevoir une tendance).

En plus des correspondances entre mots grecs et mots hébreux avec concordance (le « Hebrew/Aramaic Alignment ») l’outil pour la LXX propose aussi de classer les différents sens dans une rubrique nommée « English Gloss ». Le L&N n’est donc pas transposé, mais il est ainsi possible de consulter tous les versets où le terme grec figure, classé selon les différents sens du terme. Là encore, c’est un travail sidérant…

Bien entendu, tant pour le NT avec le L&N que pour la LXX avec ce système de gloses, les choix sont interprétatifs et il est loisible de les contester. Mais quel travail ! Quelle facilité ce faisant d’explorer rapidement tout le spectre des usages d’un terme !

Voilà donc que l’outil est en développement non plus pour le grec seulement, comme l’indique Mark Ward sur le blog de Logos, dans l’article « Why We Need a New Kind of Hebrew Lexicon« , mais aussi pour l’hébreu biblique.

The LALHB is unique in the field of Old Testament scholarship: while other analytical lexicons for the Hebrew OT do exist, they focus on a morphological analysis of every word in the Bible, arranged either by verse, or alphabetically by form. However, we have taken a data-driven, analytical approach to the next level by providing glosses for every word, and by organizing all occurrences of each lemma by Bible Sense Lexicon designation and by the Septuagint alignment (Old Testament in Greek) to its Hebrew original.

La nouvelle est réjouissante, et l’on apprend que les mêmes rubriques que dans les précédentes références sont proposées : sens bibliques (cette fois-ci depuis un autre outil incorporé à Logos, le Bible Sense Lexicon), les correspondances grecques avec concordance exhaustive, les dérivés, et l’analyse morphologique de chacune des formes.

L’outil n’a pas vocation à supplanter les outils traditionnels, mais il est évident qu’avec une telle richesse, il sera suffisant dans bien des cas, et s’avérera particulièrement utile pour comparer TM et LXX. La cerise sur le gâteau serait un système comparable au L&N, par exemple en utilisant le SDBH. Certes il est déjà possible, via le Bible Sense Lexicon et les outils intégrés à Logos, d’effectuer des recherches sur un sens, voire un concept, mais en l’occurrence il serait alors possible d’explorer plus facilement les mots et les versets associés. Quoi qu’il en soit, on ne peut qu’avoir hâte de la sortie de ce nouvel outil, que je recommande chaudement, et qui est actuellement en « Pre-pub » à un prix tout à fait modeste.

Enfin, et chauvinisme oblige, je dirais que si Bible Parser est loin d’égaler ce genre d’initiative, il n’a cependant rien à envier : pour le terme pris en exemple pour le lexique à apparaître chez Logos, מלכוה, BP propose pour sa part : sens, concordance, dérivés, champ sémantique (adapté du L&N !), synonymes, équivalents grecs avec concordance, formes et graphiques illustrant les instances, les équivalents grecs, les formes hébraïques, et l’usage (en anglais ou en français). What else ?

Mai 14 17

Sous les pierres, la Bible (Villeneuve, 2017)

by areopage

Pour qui s’intéresse aux découvertes archéologiques en lien avec les récits bibliques, l’ouvrage d’Estelle Villeneuve, Sous les pierres, la Bible (Bayard Editions, 2017) pourra s’avérer fort intéressant. Comme y habituent les éditions Bayard, l’ouvrage est d’excellente facture : superbes illustrations, mise en page impeccable. Chaque rubrique se termine par un encart bibliographique pour poursuivre la lecture.

 

  

L’introduction (pp.8-27) brosse un tableau des relations entre l’histoire de la Bible et l’archéologie. Des relations tumultueuses, comme celles d’un couple, dirait Villeneuve, qui va de l’idylle au désamour. Après avoir rappelé les premières heures de cette « archéologique biblique » – en cette époque où des savants allaient sur le terrain « une truelle dans une main, la bible dans l’autre » (cf. p.20) – elle en vient aux préoccupations modernes de l’archéologie (qui s’est donc débarrassé de l’encombrant adjectif « biblique »), à savoir la querelle des minimalistes et des maximalistes. Dans cette querelle parfois retorse, on trouve bien sûr la nouvelle archéologie défendue par Israël Finkelstein. Or Villeneuve fait bonne place aux vues de ce dernier.

C’est donc dans un âge d’or mythique aux couleurs de leur quotidien que les rédacteurs judéens auraient projeté les origines de la royauté, quand les deux royaumes du Nord (Israël) et du Sud (Juda) étaient réunis sous la couronne d’un Judéen, David. Façon pour eux d’appuyer les ambitions hégémoniques de Juda sur la Samarie conquise par les Assyriens en 722 av. J.C. (p.22)

Sur la conquête de Canaan, soutient Villeneuve, moins de débats que dans le cas de la royauté :

Les milieux savants étaient préparés et ont accepté, au moins dans les grandes lignes, le principe de l’apparition pacifique des Israélites en Canaan. En revanche, la mise en cause des origines de la monarchie a soulevé une ardente polémique – encore vive aujourd’hui. (pp.22-23)

Villeneuve admet toutefois que les résultats de l’archéologie, comme ceux de l’exégèse, sont par nature subjectifs :

En attendant, à l’heure de la postmodernité, les archéologues d’aujourd’hui prennent davantage conscience que ni les objets ni leurs contextes stratigraphiques, aussi précis soient-ils, ne sont des données objectives, totalement indemnes de leurs présupposés herméneutiques. Et dans le domaine du passé biblique, la charge affective des convictions politiques ou religieuses pèse certainement davantage ici que partout ailleurs. (p.23)

Le grand débat actuel de l’archéologie, qui a conclu dans les grandes lignes au caractère mythologique des patriarches, puis de la conquête de Canaan, est désormais de savoir s’il y a eu au Xe s. av. J.C. (Fer IIA) une monarchie unifiée forte, capable de produire des archives qui auraient par suite servi aux rédacteurs bibliques.

Voilà pour l’introduction, qui on le voit suscite bien des interrogations, voire des objections (cf. Pour en savoir plus infra), mais qui a le grand mérite de faire une synthèse historique commode tout en menant aux débats actuels.

Les reste de l’ouvrage (pp.28-255) est une succession de rubriques introduites chaque fois par une double page : date d’une découverte archéologique afférente à la Bible, localisation et illustration emblématique de la découverte. Puis suivent quelques pages de mise en contexte. Le format chronologique est assurément commode en ce sens qu’il permet de suivre année après année la progression de notre connaissance du Proche-Orient. Du relief de Sheshonq à Karnak aux tablettes d’Ougarit, de la tablette du déluge à Ninive aux évangiles interdits de Nag Hammadi, en passant par les manuscrits de la mer Morte,  la geniza du Caire, le cylindre de Cyrus ou encore le tunnel d’Ezéchias à Jérusalem, ce sont pas moins de 38 découvertes qui sont abondamment illustrées et documentées.

Un épilogue (p.256) clôture l’ensemble, suivi par une carte des lieux des découvertes (p.258), et un encart sur l’auteur (p.261).

L’ouvrage vaut largement sa lecture, car malgré l’introduction qui me paraît assez minimaliste, la suite de l’ouvrage montre, page après page, combien les excavations ont livré, parfois de manière directe, parfois en donnant la voix à des témoins tiers, une vibrante confirmation des récits et allégations de la Bible.

Pour en savoir plus : Cline 2015 | Richelle 2011Graves 2014 et 2015 | Hoerth & McRay 2009 | Millard 1998 |  Kuen 2012 | Sur la monarchie israélite : Gertoux 2015  | Toujours utile, la S21 avec notes d’étude archéologiques et historiques.

Mai 1 17

Jean 1.1 : sed perseverare…

by areopage

 

Quand on lit sur le blog de David Vincent – blog que j’apprécie par ailleurs – le post intitulé « Le prologue de Jean, les Témoins de Jéhovah et la grammaire grecque », on se demande : mais y a-t-il un professeur de grec pour sauver les TJ ? et incidemment : les TJ ignorent-ils ce que tous savent du grec koinè ?

Jean 1.1 encore. Dans un monde de plus en plus violent, cruel, immoral, matérialiste et athée, la querelle doctrinale est toujours de mise. Il est vrai, on ne perçoit pas son enjeu quand on rencontre les gens, et que l’on partage sa foi : les préoccupations, même spirituelles, sont pragmatiques et souvent très lointaines du dogme. La divinité du Christ cependant focalise souvent l’attention, pour la simple et bonne raison que les crédos successifs en ont fait en quelque sorte une condition sina qua non d’appartenance au christianisme. Les TJ qui rejettent le dogme trinitaire (mais pas la divinité du Christ) se voient donc refuser la qualité de chrétiens, et sont taxés de judéo-chrétiens quelques fois, de déviants ou marginaux d’autres fois, ou, quand l’imagination manque, de « mouvement » ceci ou cela (millénariste, apocalyptique, sectaire, extrémiste, ou… enfin, cela dépend de la direction du vent).

Puisque le sujet est de nouveau sorti du chapeau, il me faut réagir.

 Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ λόγος,

καὶ ὁ λόγος ἦν πρὸς τὸν θεόν,

καὶ θεὸς ἦν ὁ λόγος.

Au commencement était le Logos,

et le Logos était auprès de Dieu,

et dieu était le Logos.

Le Logos est un personnage nouveau. Ni les spéculations intertestamentaires, ni les élucubrations philoniennes, n’avaient présenté un vis-à-vis divin aussi précis et personnifié. Choisir de traduire l’expression ὁ λόγος par « la Parole » ou « le Verbe » est défendable. Mais cela donne l’illusion d’un lien assez net avec les ébauches antérieures, or Jean parle de Jésus-Christ, et cela, c’est parfaitement inédit.

Ce Logos est présenté : il s’agit d’un personnage situé auprès de Dieu le Père dans les sphères célestes. On ne le connait pas encore, mais Jean utilise l’article en grec, ce qui montre bien que cet article n’a pas vocation première à définir (et son absence, a contrario, à marquer l’indéfinité ; cf. Kostenberger et al. 2016 : 153 ; Wallace 2015 : 230).

Dieu, on ne le présente pas, il n’y en a qu’un (Jn 17.3 ; 1Co 8.6 ; Mr 12.29 etc.). Pas de problème de référence ni de contexte. L’utilisation de l’article dans le segment πρὸς τὸν θεόν n‘est pas vraiment signifiante, non plus que son absence (seule autre instance en Rm 4.2, πρὸς θεόν, qui indique seulement, si l’on en doutait, que θεός est assez défini par lui-même).

Quand on lit le premier verset du prologue, on remarque aussitôt un effet poétique évident.

Dans le cas présent, cet effet poétique est servi entre autres par la structure en chiasme du premier verset, et par le recours à une concision des plus suggestive (cf. Fontaine, Évangile de Jean, p.3). C’est clairement une invitation à prêter attention à la forme et au fond. Mais une réserve s’impose : tous les choix lexicaux ou syntaxiques ne sont pas nécessairement signifiants (à plus forte raison dans de la poésie ou dans un langage relevé). Ils peuvent n’être utiles qu’à être beaux.

Ainsi l’on pourrait tergiverser sur l’absence d’article dans l’expression Ἐν ἀρχῇ : usage ? écho à Gn 1.1 ? idée d’origine absolue (non définie ni conceptualisée) ? tout à la fois ? ou rien du tout en fait ? C’est à la prudence que l’analyse de la syntaxe de l’article grec devrait conduire, et non au dogmatisme. Il y a la règle, et il y a l’usage. Il y a l’usage, et il y a le contexte. Il y a le contexte, et il y a le style.

Ces préliminaires étant posés, revenons au Disdascale.

Au tout début du prologue, Jean emploie à deux reprises le terme de « theos ». La première fois avec article pour dire que le « Verbe était auprès de Dieu » et la deuxième fois sans article pour dire que le « Verbe était Dieu».

Traduire θεὸς ἦν ὁ λόγος par « le Verbe était Dieu » est possible, mais insatisfaisant :

  • le Verbe : ce vocable est connoté. Un verbe, cela se conjugue. Avec une majuscule, on se dit bien qu’il s’agit d’une personnification : autrement dit on pense avoir affaire à la Parole de Dieu personnifiée, à sa Parole performative (ce qui va bien avec ce qui suit, πάντα δι᾽αὐτοῦ ἐγένετο, 1.3). Mais présenter le Logos sous ces seuls traits ne me paraît pas faire justice à l’innovation majeure introduite par l’évangéliste.

  • était Dieu : si le Verbe était Dieu, alors Dieu était le Verbe. C’est bizarre et c’est confus. C’est confus car cela donne l’impression que « Dieu » est défini (c’est ce que marque aussi la majuscule en français, Grevisse/Goose 1993, §96-100), or en grec ce n’est pas le cas (cf. Wallace 2015 : 295-296). Il faut donc des paradigmes nicéens pour décrypter, sinon c’est le contresens, voire le non-sens hérétique.

Pour les Témoins de Jéhovah, l’absence d’article marquerait donc une distinction entre « Dieu » et « le Logos ». Or, si on suit les règles de grammaire grecque, le sens est bien différent.

En effet, l’absence d’article s’explique tout simplement par sa position vis-à-vis du verbe. En grec koinè, la langue dans laquelle a été écrite l’évangile, un attribut situé avant le verbe ne prend pas d’article.

En soulignant le fait qu’il n’y a pas d’article dans le segment θεὸς ἦν ὁ λόγος, les TJ soutiennent que θεὸς caractérise le Logos, sans marquer une quelconque référence à Dieu [cf. : « non pas la notion d’identité, mais une caractéristique de la “ Parole ”. »] Il faudra étayer l’affirmation selon laquelle « le sens est bien différent » « si on suit les règles de grammaire grecque » (tiens pas d’article devant grammaire…).

Ce choix de placer l’attribut en tête, ce qui diffère de l’ordre habituel des mots, indique que l’auteur a voulu mettre cet attribut (théos) en valeur. Il y a donc une insistance sur le terme « théos ». Dans une traduction française, on pourrait rendre compte de cette insistance en ajoutant un adverbe, ce qui donnerait par exemple : « Le Verbe était vraiment Dieu ».

Vincent rappelle que le rôle des mots en grec est indiqué par leur déclinaison, et qu’une entorse à l’ordre attendu marque (nécessairement) une emphase. Mais il glisse ensuite vers une lecture théologique bien audacieuse du passage, qui est contestable.

Rappelons les deux faits saillants :

  • l’attribut qui précède la copule n’a pas d’article,
  • l’ordre des mots peut avoir du sens

Ces deux propositions sont exactes, mais présenter Jean 1.1c sous cet angle seulement est réducteur. Réfléchissons un instant. Que veut-on dire par « le Verbe était Dieu » ? ou « le Verbe était vraiment Dieu ». Que « le Verbe » = « Dieu » ?

Bien que cette hypothèse n’ait pas sa faveur, Wallace soutient qu’il s’agit d’une « possibilité grammaticale envisageable » (2015 : 295). Je soutiens au contraire que c’est impossible. Dans le prologue « Dieu = le Père » (cf. v.18, εἰς τὸν κόλπον τοῦ πατρὸς  = v.1, πρὸς τὸν θεόν). Si θεός est défini en Jean 1.1c (pas besoin de l’article), cela équivaut à dire : « le Verbe = le Père ». Or, ce n’est pas le message exprimé par Jean dans son évangile. Le contexte dicte le choix des possibilités grammaticales. On ne traduit pas un texte de telle manière parce que c’est possible. On traduit de telle manière parce que le contexte l’exige.

De fait, si l’on ne veut pas dire « le Verbe » = « Dieu », alors que veut-on dire au juste ?

On voit bien que ce n’est pas clair en français.

Ce qu’on veut dire, c’est alors peut-être que « le Verbe » a pour qualité/nature celle d’être Dieu. Là encore, l’énoncé reste ambigu, car pourquoi une majuscule et qu’entend-on par Dieu ? Dans le prologue johannique, Dieu et le Père ont pour référent le Dieu de l’Ancien Testament (la référence à Gn 1.1 dès l’incipit pose un cadre qu’il ne faut pas oublier). Si Jean dit que le Logos est Dieu, faut-il comprendre que le Logos = le Dieu de l’Ancien Testament = YHWH/Jéhovah ? On retombe sur le problème précédent : cela signifierait que θεός est défini, et que le contexte le permet. Or les règles de grammaires, et surtout le bon sens, écartent cette hypothèse, car si l’attribut qui précède la copule n’a pas d’article, et si l’ordre des mots a du sens, il faut dire aussi qu’un attribut inarticulé précédant la copule est généralement qualitatif – et surtout qu’il l’est en Jean 1.1c.

In this passage, the anarthrous predicate nominative θεός precedes the copula ἦν. In context, this means neither that the Word and God are equated nor that the Word is « a » god (indefinite) but that the Word is essentially (quality) God. (Kostenberger et al. 2016 : 161 ; cf. Wallace 2015 : 296)

C’est ici qu’on comprend qu’opposer la syntaxe de l’article grec aux TJ ne fait pas justice au prologue johannique… ni aux TJ. Ceux qui le font adoptent à la quasi-unanimité le caractère qualitatif de θεός (quand ils se posent la question). Or c’est précisément ce que disent les TJ (« une caractéristique de la Parole »). On ne peut donc soutenir que les « règles de la grammaire » dictent un « sens bien différent ».

De surcroît, Vincent a soutenu que pour les TJ « l’absence d’article marquerait donc une distinction entre « Dieu » et « le Logos » ». Il emploie un conditionnel pour marquer sa distance avec l’assertion ; il ne dit pas qu’il conteste une distinction entre Dieu et le Logos, mais il prend des distances avec un recours grammatical visant à étayer cette distinction. On se demande alors s’il faut lire entre les lignes et comprendre que pour lui, il n’y a pas de distinction ? Sans doute pas. Mais sa position est intrigante, d’autant qu’il suggère une traduction du type « le Verbe était vraiment Dieu ».

Au final, sa courte analyse grammaticale fournit-elle des éléments probants réfutant l’analyse avancée par les TJ ? En aucun cas. Les deux faits allégués, l’un stylistique, l’autre grammatical, n’appuient pas l’absence de distinction entre Dieu le Père et Jésus le Logos (Logos = le Père = Dieu). Au contraire. L’analyse grammaticale la plus communément admise interdit l’équation (caractère qualitatif plutôt que défini).

Un mot sur la traduction « et la Parole était un dieu ». Elle est maladroite et cette maladresse confine au contresens. On s’acharne à y voir de l’indéfinité et du polythéisme. En réalité, elle tente de rendre une qualité du Logos, sa divinité. Le recours à l’article indéfini « un » (« a » en anglais) a vocation à restituer l’absence de l’article en grec, non pas pour marquer une indéfinité (car ce n’est pas l’option retenue par le comité de la Traduction du Monde Nouveau des TJ), mais pour exprimer l’appartenance à une classe. Cela est possible en français, mais c’est très maladroit. Raison pour laquelle « était un dieu » me paraît à proscrire, non parce qu’elle enfreint les règles de la grammaire grecque, mais plutôt parce qu’elle est trop ambiguë en français.

Reste « et dieu était le Logos ». Ses avantages sont les suivants :

  • il y a un effet de surprise qui est aussi celui qu’on éprouve en première lecture du prologue,

  • le caractère poétique est restitué sans surcharge,

  • l’emphase est respectée en plaçant « dieu » en exergue, puisqu’en français l’ordre des mots attendu n’est pas respecté non plus,

  • un personnage nouveau est introduit par un vocable non connoté en français,

  • l’absence d’article marque la qualité divine du Logos, le fait qu’il appartienne à une classe à laquelle le Père aussi appartient,

  • l’ensemble rend le sens exprimé dans l’énoncé initial, sans être confus ni prêter flanc au contresens ou à l’hérésie.

Pour en savoir plusJean 1.1c : Dieu ou dieu ? (Peters, 2014)Jean 1.1c : Réponse à M. JBπνεῦμα ὁ θεός (Jean 4.24)

Avr 24 17

Nouveaux papyri bibliques à Oxyrhynque

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P. Oxy. LXI 4129 (détail)

Les papyri d’Oxyrhynque ont livré, au fil des années, et même des décennies, de nombreuses informations sur l’Egypte hellénistique, la période romaine, et les commencements du christianisme. Au rythme actuel, il faudra encore plus de vingt ans pour percer les mystères de cette collection, avec une série dépassant les 100 volumes, en production depuis 1898…

Dans le volume 81 paru récemment, deux nouveaux papyri du Nouveau Testament sont édités :

  • P.Oxy. 81.5258 : Éphésiens 3:21-4:2, 14-16 (P 132)
  • P.Oxy. 81.5259 : 1 Timothée 3:13–4:8 (P133)

Le P132 est daté du III/IVe s. et le P133 du IIIe. Les transcriptions sont accessibles en ligne sur la page de Geoffrey SmithP.Oxy. 5258. Ephesians 3:21-4:2, 14-16 (P 132). Voir aussi ici.

Pour en savoir plus : Accès aux documentsPOxy: Oxyrhynchus Online | Papyri.info (volumes 1 à 80) | Liste des papyri du Nouveau TestamentOuvrages ou articles : Blumell 2015, Blumell 2012Luijendijk 2009Luijendijk 2010, Johnson 2013, Bowman 2008 | Vidéo : Oxyrhynchus Papyri ProjectSur ce blogL’article devant un nomen sacrum (P. Oxy. 76.5073)  | P.Oxy. 77.5101 : l’article grec devant le paléo-hébreuEarly Christian Manuscripts (Kraus & Nicklas, 2010)Origen and the Jews (de Lange, 1977)Wessely – Les plus anciens monuments du christianisme écrits sur papyrus (1906,1924)Nomina sacra et Septante : qui et quand ? | Liens : papyrologie, critique textuelle | Logiciels : Bible Parser (DVD 6 : 15 premiers volumes indexés), LogosOxyrhynchus Papyri (vol. 1-15), en cours de développement, Duke Databank of Papyri (gratuit et très utile ; texte uniquement)

Avr 10 17

ὑπηρέται τοῦ λόγου (Luc 1.2)

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ἐπειδήπερ πολλοὶ ἐπεχείρησαν ἀνατάξασθαι διήγησιν περὶ τῶν πεπληροφορημένων ἐν ἡμῖν πραγμάτων, καθὼς παρέδοσαν ἡμῖν οἱ ἀπʹ ἀρχῆς αὐτόπται καὶ ὑπηρέται γενόμενοι τοῦ λόγου, ἔδοξε κἀμοὶ παρηκολουθηκότι ἄνωθεν πᾶσιν ἀκριβῶς καθεξῆς σοι γράψαι, κράτιστε Θεόφιλε, ἳνα ἐπιγνῷς περὶ ὧν κατηχήθης λόγων τὴν ἀσφάλειαν.

Puisque plusieurs ont entrepris de composer un récit des faits accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui ont été dès le début témoins oculaires et serviteurs de la parole, il m’a paru bon, à moi aussi qui, dès l’origine, m’étais appliqué à tout connaître exactement, de t’en écrire avec ordre, noble Théophile, afin que tu saches bien la solidité de l’enseignement que tu as reçu. Luc 1.1-4 (Lagrange)

L’incipit de l’évangile de Luc fournit de précieuses indications sur la transmission du message évangélique : manifestement, le témoignage oculaire a été d’une importance primordiale, comme on peut le deviner à partir d’autres textes (1Jn 1.1-3, 1Co 11:2, 11.23, 15.3, 2Pi 2.21, Jd 1.3), et comme les savants l’ont maints fois souligné :

παρέδοσαν indique une transmission qui, de sa nature était orale (…). Evidemment cette catéchèse a pu être écrite à un moment donné, et les écrivains ont pu faire usage de ces rédactions. Mais, d’une façon générale, les πολλοί ont écrit d’après la tradition orale ; c’est le fait normal que Luc veut mettre en lumière. (Lagrange 1927 : 5)

Quand on lit de prime abord l’expression οἱ ἀπʹ ἀρχῆς αὐτόπται καὶ ὑπηρέται γενόμενοι τοῦ λόγου, ceux qui, dès le début, ont été témoins oculaires et serviteurs de la parole, on a tendance naturellement à n’identifier qu’un seul groupe, les témoins oculaires qui peuvent légitimement, par la suite, proclamer ce qu’ils ont vu. Ainsi, certains traducteurs rendent l’expression en introduisant clairement la temporalité : « ceux qui en furent les premiers témoins et qui par la suite sont devenus serviteurs de la Parole » (Bible des Peuples ; voir aussi Bible Annotée, Bible en Français Courant, Oltramare, Pirot-Clamer, etc., où ὑπερέτης est rendu par « ministre »).

Cette tendance est naturelle car la construction rappelle la construction article – substantif – καί – substantif (construction dite « TSKS ») selon laquelle (et pour simplifier à grands traits, voir plus en détail par ici) le premier élément énuméré ne fait qu’un avec le second pour peu que l’article ne soit pas répété. En l’occurrence le cas est possible, mais douteux (cf. Wallace 2009 : 142).

Il existe cependant quelques raisons intéressantes de penser qu’en Luc 1.2 ὑπερέτης fait en réalité allusion à un groupe spécifique de chrétiens chargés, non pas tant du ministère de la Parole par sa proclamation (ce qui n’est pas exclu pour autant), mais plutôt à une forme de service d’intendance livresque... Ce sujet est développé par T. O’Loughlin, dans un article de l’ouvrage de Houghton dir. 2014 : 1-15 ci-dessus représenté. Si l’hypothèse paraît douteuse prima facie, elle mérite cependant un examen attentif, et ce pour les raisons suivantes :

  • la transmission textuelle du message évangélique est un fait observé, mais assez peu documenté au fond d’un point de vue littéraire : tout indice est donc bon à prendre,

  • Luc est sans contexte un auteur maniant le verbe avec finesse :  sa précision dans l’emploi des vocables ne doit certainement pas être sous-estimée (ex. comparer Mt 5.25 avec Lc 12.58),

  • la construction TSKS est ici douteuse : deux groupes pourraient bien être en vue, les uns témoins oculaires, les autres conservateurs ; ou s’il ne s’agit que d’un groupe, deux rôles peuvent être en vue,

  • le terme même ὑπερέτης désigne souvent une sous-catégorie chargée de la mise en oeuvre, de l’intendance, des « opérations courantes » : servir la Parole en la conservant par écrit, à côté de la tradition orale elle aussi prisée, est un sens absolument possible pour ὑπερέτης τοῦ λόγου, d’autant que la tradition synoptique plaide à l’évidence en faveur de sources compilées de bonne heure (ainsi l’hypothétique source Q),

  • enfin certains passages indiquent assez nettement la nature du service rendu par ὑπερέτης – un soutien qu’on pourrait qualifier de logistique – en le distinguant d’activités plus nobles, ainsi Ac 13.4-5.

Pour emporter sans réserve l’adhésion, la suggestion de O’Loughlin mérite sans doute d’être approfondie et plus largement étayée : elle a cependant le mérite d’attirer l’attention sur un aspect parfois négligé des premières activités chrétiennes : la copie et la transmission des textes sacrés. A cet égard, un ouvrage signalé par Hurtado vient de paraître, Charlesworth, Early Christian Gospels : Their Production and Transmission (Gonnelli, 2016), qu’il faudra certainement consulter de près.

 

Avr 10 17

Biblindex redivivus

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Après une longue absence occasionnée par des problèmes techniques, le site des citations patristiques Biblindex est de retour. L’interface n’a pas beaucoup changé, et semble un peu plus rapide. En prime, il n’est plus nécessaire de s’identifier pour accéder au service. Un outil inestimable à utiliser sans compter ! A titre d’exemple, vous obtiendrez la bagatelle de 397 résultats pour une recherche de citations de Philippiens 2.6-11 pour la période allant jusqu’à 300 AD.

Pour un compendium des outils disponibles en ligne sur ce sujet, consultez la rubrique de ce blog Liens › Citations ou allusions bibliques.

Mar 21 17

Bible hébreu-français (2017)

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La Société Biblique d’Israël vient d’éditer une nouvelle bible, en hébreu et français parallèles (février 2017). Pour l’AT, c’est le texte massorétique, et pour le NT, c’est une version en hébreu moderne. Quant à la version française, il s’agit de la Nouvelle Bible Segond. En annexe, la prononciation des lettres hébraïques, une table des lectures hebdomadaires de la Torah, une table des lectures des fêtes juives, les prophéties messianiques de l’Ancien Testament et leur accomplissement dans le Nouveau Testament, ainsi que des cartes couleur.

On appréciera la police hébraïque, sobre, bien lisible, sans cantillation. Dans le même style, on connaissait La Bible hébreu français, par les Editions Sinaï (avec en traduction française, celle du rabbinat), une autre en format plus petit, ainsi que celle avec la version de Louis Segond en parallèle. Pour ceux qui n’ont pas besoin de la version française, une édition très pratique est celle éditée en 1991, toujours par la société biblique d’Israël, תורה נביאם כתובים וברית החדשה. Pour les puristes, qui voudraient tenir en mains, au format poche, non seulement l’AT hébreu, mais aussi le NT grec, une édition commode est celle de la TBS, The Holy Bible in the Original Languages. Le texte de l’AT est l’édition de Ginsburg (1894), assez lisible mais un peu chargé, et le texte grec du NT, celui, hélas, du Texte Reçu (cf. une édition en ligne comparable) ; la référence en la matière reste bien sûr la Biblia Sacra (BHS + NA27). Chez le même éditeur et au même format, une bible AT + NT en hébreu (biblique/moderne), tout aussi utile. Enfin, il existe des éditions plus spécialisées, comme le Nouveau Testament hébreu-français seul par la Society for Distributing Hebrew Scriptures, des éditions interlinéaires, des Psaumes, et du Cantique des cantiques notamment. Bien sûr, ceux qui souhaitent une version interlinéaire complète se tourneront vers celle de la Société Biblique Française, fort réussie (mais de format peu maniable) : Ancien – Testament interlinéaire hébreu-français. Un moyen terme consiste à utiliser une version dite « reader » qui présente en note le vocabulaire pour les mots figurant 100/30 fois ou moins, comme le Reader’s Hebrew and Greek Bible de Zondervan.

Mar 17 17

Biblia Mirecurensia : audio (bis)

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L’entreprise titanesque que j’ai évoquée il y a un peu plus d’un an vient d’avancer significativement : sont désormais disponibles l’ensemble des livres poétiques et prophétiques. Les sections sont lues non par chapitres mais par unités de sens. On remarquera l’effort particulier porté sur l’intonation, ainsi que la clarté de la diction. A n’en pas douter, un bel outil pour progresser en hébreu biblique, d’autant que des vidéos pédagogiques sont également proposées pour une vingtaine de thèmes, vidéos où vous pourrez suivre le texte (non vocalisé), en même temps que sa lecture. Félicitations pour ce travail immense et réussi, et bon courage pour la suite !

Autres initiatives de ce genre : mechon-mamre (par chapitre)haktuvim.co.il (version dramatisée, très réussie)

Mar 9 17

Inscriptions d’Israël et de Palestine

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Sous la houlette du professeur Michael Satlow, une équipe de la Brown University met en ligne une base de données des inscriptions d’Israël et de Palestine (-500 – 614). Cette base comprend déjà environ 2500 inscriptions pour une objectif de 15 000, en diverses langues dont l’hébreu, l’araméen, le latin et le grec, avec la possibilité de rechercher en langue originale, ou en anglais dans la traduction.

The Inscriptions of Israel/Palestine project seeks to build an internet-accessible database of published inscriptions from Israel/Palestine that date between ca. 500 BCE and 614 CE, roughly corresponding to the Persian, Greek, and Roman periods. The purpose of this database is to provide a tool that will make accessible the approximately 15,000 relevant inscriptions published to date, and will include substantial contextual information for these inscriptions, including images and geographical information.

Une initiative tout à fait appréciable, à rapprocher par exemple d’InscriptiFact. Pour des portails comparables, voyez la page Related Sites. On trouve par ailleurs en ligne de nombreux recueils d’inscriptions, comme les volumes du Corpus Inscriptionum Semiticarum. Ce qui serait tout aussi sympathique – voire plus, en fait ! – ce serait de trouver une base en ligne des papyrus juifs, dans le style des volumes Corpus Papyrorum Judaicarum de Tcherikover et Fuks…

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