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Sep 4 17

Bible Parser 2015 : v.737

by areopage

C’est aussi la rentrée des classes pour Bible Parser, après un long silence ces derniers mois.  La version 737 qui sort ce jour apporte quelques nouveautés fort sympathiques. La principale concerne la possibilité d’écouter la Bible en français, en hébreu biblique, et en hébreu moderne.

  • Pour l’hébreu biblique, et c’est là où cela devient réjouissant : placez-vous sur la version PAR, et cliquez sur l’icône prévue à cet effet. La lecture par verset est opérée. En revanche si vous consultez une autre version hébraïque de l’AT, comme la BHS, SHO ou ALE, c’est une lecture par chapitre, dramatisée, qui est effectuée. Fantastique, n’est-ce pas ?

  • Pour l’hébreu moderne, placez-vous sur une version hébraïque du NT, comme DLZ, SKG ou HM, et le tour est joué : il s’agit alors d’hébreu moderne, toujours dramatisé.

  • Pour le français enfin, c’est l’option par défaut sur toutes les autres versions.

Pour la lecture par chapitre : si les fichiers sont installés localement sur votre disque, ils sont lancés via l’interface. Dans le cas contraire, ils sont téléchargés à la volée, et la lecture commence dans la foulée.

Pour la lecture par verset : un téléchargement complémentaire est nécessaire.

La seconde nouveauté concerne le volet Introductions, qui figurait de longue date dans Exégèse, mais simplement pour lister les ouvrages disponibles de la Bibliothèque. Désormais cet outil va piocher dans les bibles d’étude disponibles pour afficher l’introduction au livre en cours.

Enfin, last but not least, toujours dans Exégèse, un nouveau module voit le jour, intitulé, faute d’idée meilleure, Vie aux temps bibliques. L’objectif est d’illustrer artefacts, lieux, personnages, animaux, coutumes, bref tout ce qui faisait partie du quotidien des temps bibliques. L’outil propose 2595 visuels, tirés des bibles d’études d’une part, et la monumentale encyclopédie de McClintock & Strong, Cyclopedia, d’autre part. Pour les bibles d’études sont consultés chaque fois les visuels afférents au livre en cours, d’un point de vue général, et, le cas échéant, au verset en cours. Et pour la référence anglaise Bible Parser examine les mots anglais du verset courant (d’après la Lexham English Bible) et consulte les entrées de chaque mot, pour repérer des visuels. On ne s’étonnera donc pas que les visuels ne soient pas toujours parfaitement contextualisés… mais dans l’ensemble, l’outil est satisfaisant (eh oui, désolé, on est encore très loin de l’intelligence artificielle…).

Prenons quelques exemples.

  

  

Parle-ton de chameaux, d’ânes, de mulets ? BP vous trouve les visuels idoines. Parle-t-on de Paul ou de ses voyages missionnaires ? Là-encore BP déniche des cartes ou des portraits. Évoque-t-on une bataille, un empire, des armes, des monnaies ? BP trouve encore des visuels pour tenter de vous faire vivre la scène… Bon certes les visuels ont un petit côté vintage, pour ne pas dire vieillot. En réalité toutefois, de précieuses informations peuvent être distillées çà et là, d’autant que l’outil vous indique quelle entrée de la référence vous permettra d’en savoir davantage… L’outil en est à ses balbutiements, puisqu’il passe par l’anglais pour choisir les visuels: ainsi, plus les mots sont spécialisés (ex. chameau, aloès plutôt que des termes génériques comme maison, femme), plus précis sont les visuels. Mais je ne compte pas en rester là, et l’outil évoluera avec d’autres références, en passant par les langues originales, et sur des termes précis. Pour bénéficier de cet outil, activez-le dans Options.

Enfin, dernière petite nouveauté : lors de la saisie erronée d’une référence biblique, BP vous réoriente désormais plus judicieusement, en favorisant les langues originales.

Sep 3 17

DeepL : mieux que Google ?

by areopage

DeepL Translator est un nouveau service de traduction automatique très prometteur. Lancé par le célèbre portail Linguee, il ambitionne de détrôner tous les tenants du secteur, à commencer par Google Traduction. Son secret réside 1) dans la puissance de calcul du superordinateur alloué à la tâche, 23e mondial, 2) dans des réseaux neuronaux capables de « cartographier » le langage naturel aux fins de l’imiter et 3) à la gigantesque base de données de Linguee, dans laquelle l’outil a pioché pour s’entraîner. Pour l’instant sept langues et quarante-deux combinaisons sont possibles. Vous le remarquerez à l’usage, DeepL traduit effectivement de manière plus naturelle que Google Traduction : c’est qu’il « comprend » manifestement mieux le sens des énoncés.

On peut s’en faire une petite idée si on demande aux deux outils, DeepL et Google Traduction (GT), de traduire 1 Corinthiens 13:11-13 (ESV). On constate d’emblée que l’utilisation des temps chez DeepL est plus logique, et surtout que l’énoncé est un peu mieux compris : là où Google prête à sourire avec son « moyens éducatifs » pour « childish ways », DeepL propose un « manières enfantines » qui va nettement mieux.

J’ai fait d’autres essais : il est bien difficile, en vérité, de départager avec une absolue certitude ces deux outils. Mais de manière générale, il semble que DeepL ait une petite longueur d’avance…

Pour en savoir plus : DeepL – Communiqué de presseLe Monde | VANumerama | Le Télégramme

Août 20 17

Copying Early Christian Texts (Mugridge, 2016)

by areopage

Dans son ouvrage Copying Early Christian Texts (Mohr Siebeck, 2016), Alan Mugridge tord le cou à une idée reçue : que les premières copies chrétiennes des Écritures aient été réalisées surtout par des amateurs, et que par conséquent la tentation ait été grande qu’ils conforment le texte à leurs vues, corrompant ainsi le texte.

It is widely believed that the early Christians copied their texts themselves without a great deal of expertise, and that some copyists introduced changes to support their theological beliefs. In this volume, however, Alan Mugridge examines all of the extant Greek papyri bearing Christian literature up to the end of the 4th century, as well as several comparative groups of papyri, and concludes that, on the whole, Christian texts, like most literary texts in the Roman world, were copied by trained scribes. Professional Christian scribes probably became more common after the time of Constantine, but this study suggests that in the early centuries the copyists of Christian texts in Greek were normally trained scribes, Christian or not, who reproduced those texts as part of their trade and, while they made mistakes, copied them as accurately as any other texts they were called upon to copy.

Pour mener l’enquête – une enquête difficile et délicate – Mugridge examine une large sélection de papyri grecs jusqu’au IVe s, soit 548 documents, classés par catégories: A. Textes de l’Ancien Testament (1 – 149), B. Textes du Nouveau Testament (150 – 263), C. Textes ‘apocryphes’ (264 – 299), D. Textes patristiques (300 – 354), E. Textes hagiographiques (355 – 358), F. Prières liturgiques, hymnes, etc. (359 – 391), G.Amulettes (392 – 446) H. Textes magiques (447 – 464), I. Textes gnostiques et manichéens (465 – 478) et J. Textes non identifiés (479 – 520), K1. Textes juifs de l’Ancien Testament (521 – 536), K2. Autres textes juifs (537 – 545), L. Écrits scolaires (546 – 548). La table 1 (pp.446-458) indique le matériau (papyrus, parchemin, bois) et la forme (codex, rouleau, feuillet) de chaque document. Les tables 2 à 11 (459-514) fournissent quant à elles un luxe de détail quasi invraisemblable (taille des documents, nombre de lettres par ligne et de lignes par colonnes, etc.). D’un intérêt particulier, la table 12 (pp.514 – 517) indique tous les papyri comportant des nomina sacra. Les autres annexes, tout aussi utiles, contiennent une concordance entre les divers catalogues (indispensable, du coup), et des indexes par auteurs, publications, sujets, etc.

L’ouvrage se divise en deux grandes parties : une description minutieuse des pratiques scribales et des documents en 6 chapitres (pp.1 – 154), puis le catalogue proprement dit (pp.155 – 410), suivi de tables, bibliographies et indices (pp.414 – 558). Une rubrique « Excluded papyri » (classés par leur numéro LDAB) permet d’avoir une courte description des documents non pris en considération dans l’étude, avec une courte description (pp.411-413).

Les six chapitres de la première partie sont les suivants : 1. The papyri and their handwriting, 2. Content, material, form and size, 3. Page layout, 4. Reading aids, 5. Writing the text, 6. Conclusion.

Je rêvais d’une telle synthèse : on y trouve tout ce qu’il faut savoir sur le métier de scribe, les différentes catégories de scribes, les niveaux de compétence, les matériaux utilisés, la forme et la taille des documents, les différentes mises en page courantes, les procédés notables (ponctuation et accentuation, nomina sacra, diérèses, accents critiques, indications stichométriques, abréviations ou pictogrammes particuliers etc.)

Quant au catalogue, c’est une mine d’informations considérable : pour tous les documents référencés sont indiqués : date, provenance, publication, contenu, localisation, bibliographie, disponibilité d’une planche, description, et « main ».

La conclusion est sans appel (p.147):

It seems to be clear that the vast majority of the Christian papyri were copied by trained scribes. In Group A (OT papyri), the number of unskilled hands (…) is quite small, and their proportion among the papyri with start-dates in II (6.3%), III (7.8%) and IV AD (7.3%) does not vary significantly. In all, unskilled hands comprise only eleven out of a hundred and forty-nine (7.4%). The situation is similar in Group B (NT papyri), where the proportions of unskilled hands among papyri with start dates in II (0%), III (7.5%) and IV AD (9.6%) do no show a marked difference, except that none of the earlier papyri are in the unskilled hand category; and 7.9% is the overall percentage.

On déplorera juste une coquille un peu fâcheuse en p.119 sur la transcription hébraïque du tétragramme הוהי au lieu de יהוה (coquille non reproduite un peu plus loin, p.121). Passé ce détail, il faut signaler précisément les deux rubriques 10 et 11 du chapitre 5, respectivement « The Tetragrammaton » (pp.119 – 121) et  « Nomina sacra » (pp.121 – 137), qui présentent un intérêt particulier. Pour les nomina sacra, au terme d’une étude passionnante, Mugridge conclut que les irrégularités dans l’emploi des nomina sacra ne suffisent pas à qualifier un scribe d’ « amateur » (p.135), et qu’il est fondé de s’appuyer sur la présence de ce système pour qualifier un document de « chrétien » (p.137).

Quant aux pratiques entourant le nom divin, Mugridge rappelle d’abord les différents procédés juifs, avant de remarquer (p.120, je souligne) :

It has been suggested that two OT papyri, listed here as Christian, are actually Jewish. In 3 (2nd half III AD) two yodhs (…) appear for the Divine Name. A second hand wrote the Divine Name as κυριος with a differente ‘pen’ from the rest of the text in 9 (II/III AD), perhaps a second writer assigned to insert the Divine Name. This is not sufficient reason, however, to conclude that these two papyri are Jewish, since Jewish strands within early Christianity existed throughout the period under review, as we noted earlier. Hence, this practice may just reflect current practice in Jewish-Christian groups, which did not fade away as rarly or as completely as is often thought. (…) If 3 is a Christian papyrus – and the use of the nomen sacrum θς would seem to support this – it is the only example of an attempt to write something ressembling Hebrew characters in a Christian manuscript.

Les documents 3 et 9 sont les P. Oxy. VII 1007 (fin du III AD) et P. Oxy. IV 656 (II/III AD) dont j’ai abondamment parlé dans mon travail sur le P52. Ces deux papyri attestent d’une pratique scribale des plus intéressantes : le nom divin paraissait encore dans les documents copiés, mais tantôt on trouve une tentative de transcrire (double yods dans le P. Oxy. 1007), tantôt un espace d’au moins quatre lettres avait été laissé pour l’insertion par un second scribe du nom divin, espace comblé ensuite, curieusement, par un nomen sacrum (P. Oxy. 656). Ces deux faits, en apparence anodins, indiquent clairement un flottement dans la pratique concernant le nom divin, flottement survenu au cours du IIe s. – plus précisément entre 80 et 115 AD, à mon avis (cf. P52 p.28).

Il ne faut sans doute pas être trop catégorique sur le caractère juif ou chrétien des documents en question. En tout cas, Mugdrige est un des rares spécialistes que je connaisse à accepter aussi directement l’idée de la présence du nom divin dans un document chrétien sous une forme autre que les nomina sacra !

Le fait que la plupart des documents soient le produit de scribes professionnels permet d’étayer davantage encore l’idée qu’une disparition du nom divin des premières copies du NT ait pu intervenir aussi rapidement et radicalement que peut l’attester l’émergence « spontanée » et extrêmement homogène du système des nomina sacra (cf. Fontaine 2007 : 250 ; la date 150 – 200 AD est à ramener vers 80 – 115 AD).

Comme je l’ai souvent affirmé, les premières copies du NT, et pour certains livres seulement, contenaient vraisemblablement le tétragramme en hébreu au sein du texte grec (essentiellement dans le corps des citations scripturaires, cf. Fontaine 2007 : 307-315). Et ce n’est ni une hérésie, ni un complot visant à corrompre les Écritures, qui a abouti à la généralisation de l’emploi du terme « Seigneur » en lieu et place du nom divin. C’est simplement, et pour résumer à grands traits, le résultat 1. d’un désintérêt pour le Nom lié à un contexte historique particulier d’une part, et à des schémas mentaux nouveaux d’autre part, 2. à la centralité éminente du Christ et 3. au recours à une « ligne éditoriale assez nette » : codex, nomina sacra, à plus forte raison si les scribes professionnels étaient entraînés dans des grands centres comme Antioche ou Alexandrie.

Pour ceux qui souhaiteraient pousser les investigations encore plus loin sur les papyri chrétiens des quatre premiers siècles, je vous conseille encore deux ouvrages incontournables :

  

Le premier, de K. Jaroš, Die ältesten griechischen Handschriften des Neuen Testaments: Bearbeitete Edition und Übersetzung (Böhlau Köln, 2014) est un gros volume de 962 pages où l’on trouve édités 104 papyri du NT du Ier au IVe s., avec texte grec, traduction allemande, et informations de circonstance : date, provenance, localisation, publication, bibliographies, description, etc. Outre l’intérêt du texte grec, on appréciera particulièrement les descriptions fournies en introduction, plus complètes que celles qu’on trouve dans un ouvrage à peu près équivalent (et non moins utile) comme celui de Comfort et Barrett. Pour la période 50 – 150 AD, Jaroš indique : P4 + P64 + P67, P104, P77 + P103, P1, 7Q5, P52, P66, P90, P109, P46, P118, 7Q4 (1+2), P32, P87 et P98. Vous aurez remarqué les deux fragments controversés de Qumrân, identifiés par certains à un passage de Marc (6.52-53) pour le premier, et à 1 Timothée (3.16-4.1,3) pour le second, et que l’auteur juge bel et bien néotestamentaires (voir chaque fois les intéressantes discussions) !

Le second volume, par Blumell et Wayment, Christian Oxyrhynchus : Texts, Documents, and Sources (Baylor University Press, 2015) est également un monument exceptionnel de papyrologie : sont rassemblés tous les textes chrétiens trouvés sur le site prolifique d’Oxyrhinque, classés par contenu : 1. Textes du NT (1 – 52), 2. Textes extracanoniques (53 – 78), 3. Autres textes chrétiens littéraires (79 – 105), 4. Papyri documentaires (106 – 162, libelli de la persécution de Dèce, références au christianisme dans les textes documentaires, etc.) et 5. Sources patristiques, coptes, et autres (163 – 175). Pour chaque document, le texte grec est proposé, suivi de sa traduction en anglais. Tous les éléments nécessaires à la compréhension du document sont également fournis : date, provenance, taille, matériau, publication, bibliographie, contexte historique, etc. Ce travail faramineux (756 p.) vous offre ni plus ni moins qu’un regard complet sur l’émergence et la propagation du christianisme aux quatre premiers siècles, en Egypte. Documents de première main donc, du plus haut intérêt : vous y trouverez des échos des guerres qui ont jalonné la période, des persécutions, mais aussi les realia du tout-venant de la vie quotidienne (un peu comme dans l’ouvrage de Burnet). Ce qui fait spécialement l’intérêt de cet ouvrage, c’est bien sûr que tous ces documents jusqu’à présent étaient disséminés dans la série Oxyrhynchus Papyri, peu maniables et pas toujours facile d’accès (parfois dans d’autres séries encore).


Je profite de ce billet pour signaler la mise en vente d’une bibliothèque historique et théologique très riche, comprenant de nombreux ouvrages parfois rares : . Les prix signalés sont ceux de la rubrique Amazon « occasion », et sont chaque fois les moins chers (sauf changement récent). Ouvrages également consultables ici (cliquer sur « Produits »).

Juil 29 17

Dictionary of Daily Life (Yamauchi & Wilson, 2017)

by areopage

Le Dictionary of Daily Life in Biblical & Post-Biblical Antiquity (Hendrickson Publishers, 2017) de E. M. Yamauchi et M. R. Wilson tient plus de l’encyclopédie que du dictionnaire. Originellement parue l’année dernière en quatre volumes, l’édition en un volume, que j’ai commandée en avril, vient tout juste de paraître. L’attente fut donc longue, mais elle en valait la peine…

The Dictionary of Daily Life in Biblical & Post-Biblical Antiquity is a unique reference work that provides background cultural and technical information on the world of the Hebrew Bible and New Testament from 4000 BC to approximately AD 600.

Previously published in four individual paperback volumes, this one-volume hardcover edition covers topics from A-Z. This dictionary casts light on the culture, technology, history, and politics of the periods of the Hebrew Bible and the New Testament.

Written and edited by a world-class historian and a highly respected biblical scholar, with contributions by many others, this unique reference work explains details of domestic life, technology, culture, laws, and religious practices, with extensive bibliographic material for further exploration. There are 115 articles ranging from 5-20 pages long. Scholars, pastors, and students (and their teachers) will find this to be a useful resource for biblical study, exegesis, and sermon preparation.

L’édition en un volume est assez impressionnante : 1818 pages pour 115 articles.Les sujets les plus divers sont traités : adoption, divorce, mariage, art, armées, archives, banquets, calendriers, habillement, mort et conception de l’au-delà, magie, médecine, habitations, jeux, héritage, insectes, bijouterie, librairie et alphabétisation, métallurgie, musique, parfums, prostitution, esclavage, mobilier… Tous les aspects de la vie quotidienne, ou presque, y passent. Et l’on est pas là dans l’entrée bas de gamme de quelques lignes ou moins : chaque sujet traité de manière exhaustive. Les auteurs mentionnent d’abord les références scripturaires dans l’AT, le NT, avant d’examiner, par le menu, leur sujet dans les us et coutumes du Proche Orient Ancien (Mésopotamie et Egypte surtout, mais aussi Anatolie et Perse), du monde gréco-romain, du monde juif (de l’AT aux Talmuds, en passant par les apocryphes, les pseudépigraphes, Qumran et autres auteurs notables), et enfin du monde chrétien (y compris les Pères de l’Eglise).

L’ouvrage fourmille d’informations des plus intéressantes. Je rêvais depuis longtemps de disposer d’un ouvrage de ce genre. Son intérêt est qu’il dispose d’entrées qu’on ne trouve pas dans les dictionnaires et encyclopédies bibliques traditionnels. Comme le font remarquer les auteurs en introduction, souvent les manuels de référence se fondent sur les mots contenus dans la Bible pour définir leurs entrées ; dans le DDL au contraire, les auteurs partent de notre connaissance des civilisations antiques pour établir les sujets plutôt que des mots figurant ou non dans le corpus biblique.

Rather than attempting to cover all possible topics, we have chosen to concentrate on 120 subjects, not because of their prominence in the biblical text but because of their significant roles in the ancient world. For example, ASTROLOGY, DREAMS, MAGIC, and DIVINATION & SORTITION (i.e., the casting of lots) are mentioned sparingly in the biblical texts themselves but they were dominant facets of life in antiquity (p.2).

La densité des articles, leur solide et récente documentation, la variété des sujets abordés, voilà qui fait, sans nul doute, de cet ouvrage une mine d’informations inégalée jusqu’à présent.

Nota : si l’ouvrage vous intéresse, méfiez-vous des détails : il est possible d’acheter les articles un à un, ce qui explique certains prix très bas chez certains libraires ; on trouve aussi l’ouvrage en quatre volumes vendus séparément ; enfin Amazon n’est pas le mieux positionné, puisque Christian Book (y compris avec la livraison) est bien plus attractif.

Pour en savoir plus : jusqu’à présent j’utilisais les ouvrages suivants, que je vous conseille tous si vous vous intéressez aux us et coutumes des temps bibliques : Stapfer | Daniel-Rops | Chouraqui | Arnould-Béhar | Briend & Quesnel | Cousin et al. | Madeleine et al. | De Vaux I & II | Reader’s Digest (très bien illustré) | Jérémias | Tenney | Thompson | Gower. Si vous en connaissez d’autres comparables, n’hésitez pas à me le faire savoir !

Juil 16 17

Making Sense of the Divine Name in the Book of Exodus (Surls, 2017)

by areopage

The obvious riddles and difficulties in Exod 3:13–15 and Exod 6:2–8 have attracted an overwhelming amount of attention and comment. These texts make important theological statements about the divine name YHWH and the contours of the divine character. From the enigmatic statements in Exod 3:13–15, most scholars reconstruct the original form of the name as “Yahweh,” which is thought to describe YHWH’s creative power or self-existence. Similarly, Exod 6:3 has become a classic proof-text for the Documentary Hypothesis and an indication of different aspects of God’s character as shown in history. Despite their seeming importance for “defining” the divine name, these texts are ancillary to and preparatory for the true revelation of the divine name in the book of Exodus.

This book attempts to move beyond atomistic readings of individual texts and etymological studies of the divine name toward a holistic reading of the book of Exodus. Surls centers his argument around in-depth analyses of Exod 3:13–15, 6:2–8 and Exod 33:12–23 and 34:5–8. Consequently, the definitive proclamation of YHWH’s character is not given at the burning bush but in response to Moses’ later intercession (Exod 33:12–23). YHWH proclaimed his name in a formulaic manner that Israel could appropriate (Exod 34:6–7), and the Hebrew Bible quotes or alludes to this text in many genres. This demonstrates the centrality of Exod 34:6–7 to Old Testament Theology. The character of God cannot be discerned from an etymological analysis of the word yhwh but from a close study of YHWH’s deliberate ascriptions made progressively in the book of Exodus.

J’ai déjà eu l’occasion de parler de la thèse de doctorat d’Austin Surls sur le sens du nom divin d’après le livre de l’Exode : un propos bien documenté, pas toujours attendu, et réjouissant à bien des égards en ce qu’il ne sombre pas dans les clichés ordinaires, ou comme il dirait, parce qu’il tente d’aller « beyond atomistic readings ». On ne peut donc que se réjouir d’apprendre la parution récente de ce travail chez Eisenbrauns. J’ignore pour l’heure s’il y a du nouveau ou s’il a opéré des changements, mais j’y reviendrai le cas échéant.

Je profite de l’occasion pour signaler deux faits nouveaux sur des sujets différents :

  • les utilisateurs de Logos 7 disposent désormais d’un accès gratuit à la web app (qui était précédemment réservé aux abonnés de « Logos Now »), et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’application en ligne a bien évolué, elle est désormais vraiment exceptionnelle, et proche de la version logicielle.

  • du nouveau sur la fameux manuscrit de l’évangile de Marc qui daterait du Ier s. (ou du moins, qui serait plus ancien que le P52) : non, il n’est pas imaginaire… Un témoignage nouveau rapporte que sa publication est toujours en cours, et qu’un certain Scott Carroll l’aurait vu à deux reprises. Plus d’informations sur ETC. Patience…

 

 

Juin 25 17

Les Tiqquné Sopherim clandestins… (Pfertzel, 2004)

by areopage

René Pfertzel met généreusement en ligne sa thèse de doctorat, Les Tiqquné Sopherim clandestins dans le texte massorétique de la Bible hébraïque (2004).

L’objet de ce doctorat porte sur la question de savoir s’il y a pu avoir d’autres cas de tiqqune sopherim (TS), « corrections de scribes » que ceux listés dans les sources rabbiniques. Cette recherche est dans la droite ligne de celles de D. Barthélemy et C. Mc Carthy qui défendaient l’idée que des corrections de scribes non -officielles ont pu exister. Ce doctorat consiste en un traitement détaillé d’un nombre conséquent de cas tirés de l’oeuvre maîtresse d’Abraham Geiger (Urschrift). Ce savant était le premier à admettre l’idée que de nombreux autres cas de corrections de scribes étaient présents dans le texte hébreu de la Bible.

Comme il l’explique, Pfertzel situe ses travaux dans la lignée de ceux de Barthélémy, McCarthy et Geiger: voilà qui a de quoi susciter le plus vif intérêt ! Pour résumer son propos à grands traits – et j’aurai sans doute l’occasion d’y revenir – il s’agit de savoir s’il existe des « corrections de scribes » non connues des listes officielles. En effet la littérature rabbinique a fourni des listes de corrections (tiqquné), ou d’omissions (itturé) opérées par les scribes durant la période du Second Temple, qui semblent indiquer que le texte massorétique si sacré a subi une altération durant sa transmission. Les principales altérations sont connues sont le nom de tiqquné sopherim, et, bien que les listes officielles soient discordantes, le nombre le plus communément admis est de 18 corrections. Mais l’on est surpris de constater qu’en réalité, sur 18 cas signalés, seuls 3 (1Sa 3.13, Za 2.12, Ma 1.13) constituent d’authentiques corrections (cf. Würthwein 2014 : 23-24), les autres cas relevant plutôt de l’interprétation midrashique (introduits par les fameux ‘al-tiqré, ne lis pas ceci, mais…). La discordance des sources formalise d’ailleurs un embarras patent, car si correction il y a eu, c’est que le texte est corrompu, et cette corruption, même à un degré minime, pose de sérieux problèmes théologiques. On ne comprend pas d’ailleurs pourquoi certaines ne sont pas systématiques (introduire un euphémisme là, ignorer un cas semblable ailleurs…). Ces problèmes sont d’autant plus épineux que la fiabilité de la transmission du texte biblique par les sopherim, puis par les scribes, puis par les massorètes, est légendaire pour ne pas dire proverbiale… Le fait que des listes aient été signalées formellement visait d’ailleurs peut-être à rassurer, ou même « exorciser » un phénomène devenu perceptible, mais la confusion qui règne autour de ces corrections (sur leur nombre et sur leur nature) suscite la méfiance.

Admettre l’existence même des tiqquné sopherim est donc en soi difficile, ce qui explique d’ailleurs que des savants aient tenté de le faire – en les analysant comme des erreurs plutôt que des corrections-, ainsi que le signale Pfertzel dans la première partie de son travail. Pour le comprendre, il suffit de rappeler qu’il y a au regard du phénomène une double approche : soit une approche « confessionnelle » (la communauté à laquelle on se rattache professe l’hebraica veritas ; contester le texte revient donc à contester l’autorité religieuse ; ce qui vaut tant pour le judaïsme que le christianisme), soit une approche « documentaire » (le texte est analysé comme un document de nature historique, avec les méthodes traditionnelles ; cf. p.40). J’ai particulièrement été amusé par la remarque de Pfertzel à propos du travail du grand Dominique Barthélémy:

L’auteur ne se départ d’un certain parti pris lorsqu’il semble regretter l’existence des corrections de scribes dans le texte massorétique (p.34)

Ceci rappelle, si besoin était, que même dans le cas d’un projet aussi fondamental que la Critique Textuelle de l’Ancien Testament édité par D. Barthélémy et al. un certain parti pris confessionnel peut être perceptible çà et là, directement ou indirectement, y compris quand les données et les raisonnements sont logiques et pertinents, mais les conclusions modestes voire muselées.

Pfertzel entend lui aborder le sujet avec une approche plutôt documentaire, et, après avoir analysé les cas dits « authentiques », il se lance à la recherche des cas « clandestins » – et il en trouve. La nature de ces cas est précisée d’emblée, et ne saurait surprendre : les corrections visent surtout à éviter le polythéisme, la profanation du nom divin, les anthropomorphismes, les expressions blasphématoires, préserver la gloire de Dieu ou son omniscience ; certaines manifestent une intention plus générale vis-à-vis de l’histoire d’Israël, notamment sur l’origine du sacerdoce ou en lien avec la polémique anti-samaritaine, d’autres intéressent la rivalité sadducéens/pharisiens, la rivalité sur les lieux de cultes ou sur la loi ; enfin certaines concernent des personnages bibliques (Saül, David, Salomon, Moïse, Elie) ou l’altération de quelques noms propres composés (cf. p.94-95). Le grand absent est la chronologie ! C’est bien dommage, mais ce travail de repérage – difficile et fastidieux – en vaut la peine : il montre que le texte a subi, à l’occasion, des retouches cosmétiques procédant d’une intention délibérée, et certainement pas due au hasard de la transmission.

On a pu mettre en lumière des lignes générales de corrections, ce qu’on a appelé les motifs de corrections, qui font ressortir un certain nombre de thèmes concernant Dieu ou encore l’histoire, le culte et certains personnages bibliques. Nous assistons bien là à la mise en place d’une théologie biblique, voire d’une historiographie biblique qui n’ont encore rien de systématique. D’ailleurs, il existe un grand nombre de passages qui n’ont pas été corrigés et qui contiennent encore la leçon qui a gêné ailleurs. Il est difficile d’expliquer pourquoi le texte biblique n’a pas fait l’objet d’un balayage systématique de la part des scribes. (…) On ne peut pas accepter l’idée qu’un scribe ait pu accomplir cette tâche sans autorisation ; pourtant, on ne voit pas ici la trace d’un projet pensé et construit. Il semble donc que le scribe de l’époque romaine ait eu désormais suffisamment d’autorité, soit à cause de l’importance croissante de sa fonction dans la société judéenne comme lettré et comme spécialiste, soit parce qu’il avait prêté allégeance au mouvement pharisien, pour s’autoriser à corriger telle ou telle lettre du texte biblique qui heurtait ses conceptions, ses convictions et celles du milieu auquel il appartenait. (…) A ce titre, les tiqquné sopherim font partie de l’élaboration du Judaïsme postérieur à la destruction du Temple, ils font le lien entre le mouvement pharisien et le mouvement rabbinique. Ils sont très probablement la dernière intervention directe sur le texte avant les développements futurs qui allaient devenir purement exégétiques. Ils sont peut-être aussi le lien qui relie la Torah écrite (la Torah chè-bi-khtav) à la Torah orale (la Torah chè-be-al pè), celle qui curieusement sera mise par écrit dans le Talmud. (…) Ces interprétations étaient issues du milieu pharisien qui petit à petit les a rendues normatives. Là se situe le point de rupture avec les Sadducéens selon lui, car ils n’acceptaient pas ces ajouts exégétiques qui reflétaient trop selon eux les vues d’un seul parti. Les rabbins de l’époque des tannaïm, soit au début du premier siècle, voyaient dans la Bible un champ illimité d’interprétations, d’où probablement la fin des corrections de scribes. Ainsi, les corrections de scribes font partie du dernier stade de la canonisation du texte biblique ; après eux, on n’y touchera plus. Désormais, les endroits qui gênent seront expliqués de l’extérieur, par l’exégèse. (p.208-9)

Je n’ai pas encore terminé de prendre connaissance de la thèse de Pfertzel, mais pour autant que je puisse en juger à ce stade, c’est un travail dont je rêvais, et qui est extrêmement important quand on souhaite comprendre quel genre de corrections ont pu altérer le texte, et pour quels motifs. On trouve bien sûr d’innombrables études sur ce sujet, hélas elles sont disséminées dans des recueils parfois difficiles d’accès, ce qui de plus ne facilite pas la vue d’ensemble (ex. ici). L’étude de Pfertzel est donc d’autant plus précieuse, et on ne peut que le remercier chaleureusement de l’avoir rendue accessible au plus grand nombre.

Nota : l’illustration ci-dessus est mienne. Pour ceux qui souhaiteraient imprimer cette thèse sous une forme commode, une édition « Lulu » est disponible ici (couverture souple, dos carré collé). Document également disponible en pdf indexé (modifications mineures de police) : 

 

Juin 18 17

Dialogue de Timothée et Aquila (Morlet, 2017)

by areopage

On ne disposait pas jusqu’à présent d’une traduction française de ce dialogue du VIe s. – c’est désormais chose faite : S. Morlet, Dialogue de Timothée et Aquila (Les Belles Lettres, 2017).

La polémique religieuse représente une page importante dans l’histoire des relations entre juifs et chrétiens. L’Antiquité en a laissé de nombreux témoignages littéraires, dont des dialogues mettant aux prises un juif et un chrétien. Ces textes se présentent en général comme des comptes rendus de débats réels. Les deux adversaires discutent sur les points essentiels de désaccord : Jésus est-il le Messie ? L’Évangile s’est-il substitué à la Loi juive ? Qui, des juifs ou des chrétiens, est le peuple de Dieu ? Mais, composés par des chrétiens, ces dialogues ont toujours pour but de montrer la supériorité du christianisme. Ils sont adressés avant tout aux chrétiens et servent à les instruire dans la foi.

Le Dialogue de Timothée et Aquila, composé par un auteur inconnu, peut-être sous le règne de Justinien (vie s.), constitue, en grec, le témoin le plus important de ce genre littéraire dans l’Antiquité tardive. Le texte se présente comme la relation d’un débat organisé à Alexandrie entre le chrétien Timothée et le juif Aquila. Au terme d’une controverse consacrée avant tout à la question du Christ, le juif admet sa défaite et reçoit le baptême. Reflétant davantage une discussion idéale qu’une controverse réelle, le texte est un témoignage capital sur la façon dont les chrétiens se représentaient leur position par rapport au judaïsme à la fin de l’Antiquité.

Sébastin Morlet accompagne sa traduction d’une introduction, de notes et d’un index scripturaire. On regrette d’emblée l’absence du texte grec : au vrai quand j’ai acheté l’ouvrage, je pensais qu’il s’agissait d’un « Belles Lettres bilingue », mais pas du tout, et c’est une cruelle lacune. Comme il s’en explique en introduction (xlii), l’auteur a simplement voulu permettre « un accès facile au texte », c’est pourquoi les notes sont relativement limitées (mais toujours intéressantes), et peut-être songe-t-il à une édition critique du texte avec une traduction en regard lorsqu’il appelle de ses vœux « un travail plus poussé ». Il faudra donc encore recourir au travail de Varner, Ancient Jewish-christian Dialogues: Athanasius And Zacchaeus, Simon And Theophilus, Timothy And Aquila : Introductions, Texts and Translations (Edwin Mellen Press Ltd, 2005) pour disposer commodément de trois dialogues anciens en texte grec ou latin et traduction.

Hormis ce point, on ne peut que se réjouir de l’initiative de Morlet : comme il le montre, les dialogues entre chrétiens et juifs ont été, dès les débuts du christianisme, un véritable genre littéraire : que l’on pense (entre autres) au Dialogue avec Tryphon de Justin (IIe s.), à la Controverse de Jason et Papiscus, peut-être d’Ariston de Pella (antérieure à 178 AD), au Dialogue d’Athanase et Zacchée (IVe s. ; d’autres : II/IIIe s.) ou encore au Dialogue de Simon et Théophile (Ve s.), et l’on comprendra qu’il est crucial de ne pas négliger ce pan de la littérature pour comprendre les premiers développements idéologiques du christianisme.

Premiers développements, car il semble bien que d’un dialogue sur l’autre il n’y ait eu que peu d’innovation : en tout cas c’est mon sentiment. Entre citations messianiques, lieux communs et éléments de langage plus ou moins bien ficelés, quand on a lu un dialogue, on a l’impression de les avoir tous lus… Cette impression est accentuée par le fait que, dans la plupart des cas, l’interlocuteur juif relève plus de la « figure de paille » (cf. xxiv) que du personnage crédible, d’autant qu’il ne réagit guère à quelques énormités étymologiques ou scripturaires, sans compter qu’il semble quasi totalement ignorant des interprétations rabbiniques ordinaires (xxvi). D’où l’on perçoit assez facilement que ce type de dialogue est « clairement artificiel » (ibid.)

Malgré leur caractère artificiel, ces dialogues sont pourtant intéressants en ce qu’ils renseignent sur la christologie, l’espérance messianique, et parfois même l’histoire du canon ou du texte (encore qu’exploiter les données ne soit pas une mince affaire). Par exemple, le Dialogue de Timothée et Aquila fait état d’une mise au point des Écritures reçues en préambule, après la question posée par Aquila le juif : « A partir de combien et quelles Écritures veux-tu discuter, homme ? » (3.1b), qui est prétexte à une énumération des livres reçus, et de la manière dont ils sont regroupés (3.11a-23) ; le chrétien évoque en passant les traductions d’Aquila, Symmaque, Théodotion et les deux autres anonymes trouvées à Jéricho et Nicopolis (3.10a), utilisées par Origène dans ses Hexaples. Pour le NT on s’étonne quelque peu de l’absence de la Révélation (3.22).

Suivent des considérations toutes apologétiques concernant la présence ou non d’un conseiller auprès de Dieu (4-5), la nature de ce conseiller (6), les prédictions des prophètes concernant Jésus (7-10), le fait que ces prédictions soient en fait des prophéties annonçant le Messie (11-16), et différentes considérations sur la vie de Jésus (sa naissance virginale : 17-20, sa mort en croix : 21-24), sur la Trinité (25-32), et autres sujets reprenant plus ou moins les mêmes thématiques, avec parfois allers et retours et digressions (32-57). A la fin, le juif qui n’a opposé qu’une résistance bien molle, cède, se convertit et se fait baptiser (57).

Il y a quelques morceaux cocasses, comme lorsque le juif objecte que le chrétien vient de citer des livres apocryphes non reçus des juifs, et que pire, les chrétiens ont corrompu les Écritures (39.1-3). Problème, il n’y a aucun écrit apocryphe cité dans le contexte ! L’objection est alors prétexte au rappel des circonstances de production de la LXX (avec une seule variante notable par rapport à la Lettre d’Aristée, 39.7-34), suivie d’un réquisitoire contre le « complot du traducteur Aquila » pour falsifier les Écritures (40). Ce qui est cocasse donc c’est que dans le dialogue les citations scripturaires du juif ne sont pas faites depuis la version d’Aquila… et de leur côté les citations du chrétien ne proviennent pas toujours clairement de la Septante. Morlet explique en introduction :

Le texte biblique utilisé par le juif dans le dialogue est étonnant. Alors même qu’il conteste à deux reprises la version des Septante utilisée par le chrétien (34, 15 ; 39, 1-2), il utilise constamment cette version et jamais celle d’Aquila, qui fait pourtant l’objet d’une longue réfutation de la part du chrétien. Cet usage de la Septante n’est pas conforme aux témoignages qui indiquent que les juifs de langue grecque de l’Antiquité, à partir du IIIe siècle, et probablement dès le IIe siècle, utilisaient de préférence des révisions de la Septante, à commencer par celle d’Aquila. Le texte biblique du juif trahit enfin des influences néotestamentaires (24, 5 ; 37, 4). Ces remarques tendent à montrer que l’auteur lui a prêté son propre texte biblique. (xxv-xxvi)

Si l’on souhaite dénicher quelques pépites intéressant l’histoire du texte, il faut donc peut-être passer son chemin – et c’est surtout dans ce genre de passages que la traduction grecque en regard fait le plus défaut. Au sujet de l’utilisation des révisions de la Septante, je renvoie ici au travail précédemment cité sur ce blog, toujours de Morlet.

Au final on voit bien que le but du dialogue semble moins soucieux de contredire les juifs que d’instruire des catéchumènes déjà tout réceptifs. Du moins c’est l’impression que ce dialogue produit sur moi, tant son auteur a de condescendance envers son interlocuteur, et tant il s’embarrasse parfois peu de la logique. A mon avis cependant, la fréquentation de ces dialogues est nécessaire pour se faire une idée de l’argumentation sur la messianité de Jésus à partir des Ecritures, véritable point de rupture entre Juifs et Chrétiens.

Pour en savoir plus sur les dialogues juifs/chrétiens : Texte grec : Conybeare, Robertson ; Bobichon ; TLG | Etudes/Traductions anglaises : Williams | Varner | Andrist | Kraft

Juin 14 17

Manuscrits du NT : Ier-IIe s.

by areopage

P.104 – IIe s. – Mt 21.34-37

C’est un lieu commun de la critique textuelle néotestamentaire de signaler en préambule que le texte du NT est, de loin, celui qui est le mieux préservé de tous les ouvrages de l’Antiquité. Et c’est vrai : l’abondance de manuscrit est impressionnante : on compte actuellement 60 000 manuscrits grecs dans le monde, toutes œuvres confondues. Dans cet ensemble, un manuscrit sur dix est un manuscrit du NT (Amphoux 2014 : 15) !

When compared with other works of antiquity, the NT has far greater (numerical) and earlier documentation than any other book. Most of the available works of antiquity have only a few manuscripts that attest to their existence, and these are typically much later than their original date of composition, so that it is not uncommon for the earliest manuscript to be dated over nine hindred years after the original composition. (Porter et Pitts 2015 : 50)

A la masse de manuscrits s’ajoutent les anciennes traductions, en syriaque, copte, latin, gothique (cf. Aland 1989 : 52, Metzger-Ehrman 2005 : 85-126)… sans compter les plus de 500 000 citations bibliques des Pères de l’Eglise (Vaganay-Amphoux 1986 : 76, 2008 :  46 ; Amphoux 2014 : 145). Autant dire que le texte du Nouveau Testament est bien attesté.

Mais la quantité ne rime pas nécessairement avec la qualité : parmi ces nombreux témoins, combien remontent aux premiers âges apostoliques ?

En posant la question ainsi, on suppose que plus les documents sont antiques, plus ils sont authentiques. Mais ce n’est pas tout à fait exact, ainsi que l’explique Metzger :

In the early years of the Christian Church, marked by rapid expansion and consequent increased demand by individuals and by the congregations for copies of the Scriptures, the speedy multiplication of copies, even by non-professionnal scribes, sometimes tooks precedence over strict accuracy of detail. – Metzger 1981 : 21

On ne saurait nier qu’un processus de transmission des textes canoniques du NT ait été, très tôt, à l’oeuvre, à Antioche ou Alexandrie, comme l’indiquent le recours homogène au codex et aux nomina sacra notamment. Mais il ne faut pas oublier que l’âge d’un codex ne fait pas l’âge d’un texte :

D’un mot, c’est l’âge du texte et non l’âge du codex qui doit entrer en ligne de compte. Des manuscrits relativement récents ont un texte très ancien ; des manuscrits anciens ont un texte très corrompu. Vaganay-Amphoux 1986 : 100.

L’explication principale est facile à comprendre :

Un codex du VIe siècle peut être la reproduction d’une bonne copie perdue du IIe, elle-même transcrite directement de l’original. Un codex du IVe siècle peut avoir été mal copié sur un exemplaire fautif du IIIe, et, pour comble, être séparé du texte primitif par une dizaine d’intermédiaires. On le voit, on aurait tort de se fier plus à celui-ci qu’à celui-là. (…) L’autorité qu’on accorde volontiers à un ancien codex repose sur une base qui est parfois trompeuse : la proximité de l’original. Ce qui pèse d’un plus grand poids, c’est le nombre et surtout la qualité des copies exécutées entre l’original et le manuscrit. – ibid.

Il importe donc de rester prudent, sans sombrer dans des extrémités : en effet si l’âge d’un manuscrit n’est pas un argument en soi, toute variante dans un tel document doit faire l’objet d’une considération bien plus grande qu’une leçon n’apparaissant, par exemple, que dans quelques témoins d’époque médiévale…

Aussi est-il nécessaire de savoir à quel point le NT est attesté dans les manuscrits les plus anciens, c’est-à-dire durant les Ier, IIe et IIIe siècles. Pour le mesurer, rappelons que, à la date de 2015, on comptait 128 papyri, 2911 manuscrits en majuscules, 1807 manuscrits en minuscules et 2381 lectionnaires, soit 7227 manuscrits (Porter-Pitts 2015 : 50). Depuis, pour les papyri, le chiffre est passé à 135 (INTF ; CSNTM ; présentation commode et quasi complète : List of NT papyri ; Amphoux 2014 : 37-39).

Ces chiffres sont impressionnants, mais la plupart des manuscrits, surtout les plus anciens, sont fragmentaires et, pour les papyri, seuls les P45, P46, P47, P66, P72, P74 et P75 peuvent être appelés des « livres » (Amphoux 2014 : 37). Pour avoir une idée assez fiable de l’attestation du NT, il faut donc s’intéresser au contenu, puis à l’âge des témoins, et idéalement visualiser la répartition du contenu par siècle. Ce travail fut fait en son temps par K. et B. Aland (1989 : 78-85), et a été mis à jour en 2007 par une pointure de la discipline, E.J. Epp (in: Capes et al. 2007 : 77-117). C’est sur ce travail, extrêmement précis et intéressant, que je souhaiterais particulièrement attirer l’attention ici.

L’étude étant technique, et pour ne pas assommer les âmes moins volontaires, je me contenterai d’en livrer les principales données :

Quantité de manuscrits grecs du NT

Papyri grecs du NT, siècle par siècle

Bien entendu, la datation des documents peut varier d’une source à l’autre. Pour le IIe s. Amphoux (2014 : 37-39) donne les indications suivantes: P4, P52, P64+P67P90P98P104. La différence porte sur le P4, qu’Amphoux place à la fin du IIe s. et Epp au IIIe, de même que pour les P64+P67 (Amphoux, fin IIe ; Epp, II/III e)

Majuscules grecs du NT, siècle par siècle

Pourcentage des groupes par siècle

Pourcentage des groupes comparé au total

Papyri et majuscules préservant 2 livres du NT ou plus, par siècle

Quantité de texte dans l’ensemble des papyri et majuscules

Livres du NT dans les papyri et majuscules, par siècle

Comme on peut s’en apercevoir avec ces quelques schémas (qui tous ne sont pas livrés au complet, mais plutôt avec un accent sur les II-IIIe s.), le travail de Epp est exhaustif, et livre des informations capitales, pas tout à fait attendues.

(…) the raw quantity of early manuscripts is sizable—and abundant—in proportion to the relatively small collection of mostly brief New Testament writings from the latter half of the first century and the first quarter of the second. Up to and around 300 C.E., sixty-three manuscripts, as a group, contain all the New Testament books except 1–2 Timothy and 2–3 John. However, to a large extent—doubtlessly much greater than expected—we are dependent upon manuscripts with ten or fewer surviving leaves and upon documents containing only one or a few New Testament writings (p.104)

Pour illustrer la situation, Epp tente une métaphore :

To describe this complex situation in terms of a metaphor, the textual transmission of the New Testament is a forest, thick with trees at the latter stages, but with trees thinning as we move backward toward the beginning of the process. In fact, only a few trees stand there, but the ground is randomly scattered with hundreds of leaves, and in many cases it is difficult to identify even the kinds of trees from which they have come. ibid

Dans ce lot, les manuscrits P46, P66P45, P75, et P72 sont d’une importance particulière, tant en raison de leur âge (IIe-IIIe.) que de leur taille (de 30 à 95 feuillets). Parmi ceux-ci le P66 révèle des pratiques scribales pas toujours très rigoureuses quant à l’exemplaire copié, et le P66 (c. 200 AD) une copie peu attentive. En somme, les anciens témoins, surtout ceux qui sont fragmentaires, sont aussi « importants que frustrants » (cf. p.105)

This extended quantitative and qualitative assessment of manuscripts available for constructing the earliest attainable text of the New Testament leaves a mixed picture of amplitude and fragmentation, especially in the first three centuries of Christianity. The amplitude improves markedly in the fourth century when two extensive majuscules appear. Further boosts come from several more major majuscules in the fifth century, and again from a few in the sixth. However, the high proportion of fragmentary documents persists, and only in the eighth century do the numbers of extensive manuscripts increase significantly (p.104-105)

 Pour en savoir plus : outre les ouvrages signalés dans ce post, voir spécialement la monographie de Hill et Kruger 2012 et Royse 2010.

Juin 11 17

Enquête sur le Jésus historique (Hutchinson, 2017)

by areopage

Enquête sur le Jésus historique – De nouvelles découvertes sur Jésus de Nazareth confirment les récits des Évangiles, de Robert J. Hutchinson (Salvator, 2017), est une traduction du populaire Searching for Jesus paru en 2015. Contrairement à ce que le titre pourrait suggérer, il ne s’agit pas d’un énième ouvrage anecdotique sur un sujet beaucoup débattu. J’avoue qu’au premier abord, j’ai haussé les épaules, et songé à ce fatras d’ouvrages fantaisistes ou plus ou moins érudits qui abordent depuis tant de siècles l’historicité de Jésus. Entre ceux qui pensent, et tentent médiocrement de prouver, que Jésus n’a jamais existé et n’est qu’un mythe, ceux qui qualifient les évangiles de fraude intellectuelle et réduisent l’historicité de Jésus au strict minimum et ceux qui abordent les évangiles de manière fondamentaliste, il y a un monde.

Tout est-il dit et vient-on trop tard ? Avec scrupule, méthode et science, les universitaires ont-il déjà bon ordre dans cette affaire-là ? En fait, pas du tout. Le « Jésus historique » est plus que jamais un sujet d’actualité et de recherche. Sans cesse paraissent des études, les unes à caractère sensationnaliste (Jésus n’est pas mort sur la croix, il a eu une descendance, on a trouvé son tombeau…), les autres à caractère révisionniste pour ne pas dire négationniste (Jésus est une pure invention, ou Rien de ce que disent les évangiles n’est authentique et Jésus est à jamais méconnaissable, ou encore Jésus est une « figure de papier » à caractère plus littéraire et exégétique que réel – cf. Charbonnel/Römer (préf.) 2017). Il y a de quoi en perdre son latin. Mais ce qui semble certain, c’est qu’il ne faut pas prendre pour parole d’évangile justement tout ce qui se dit et s’écrit, y compris sous des plumes universitaires et autorisées, car le constat est sans appel : la plupart des études se contredisent les unes les autres, et si l’on est pas au fait des arguments, de l’actualité, de l’archéologie, et d’un grand nombre de disciplines connexes, il est difficile de suivre, de comprendre et de trancher…

Heureusement certains ouvrages proposent parfois d’effectuer un état des lieux, et c’est le cas de l’ouvrage de Hutchinson. Il n’est pas tant question de « nouvelles découvertes », mais plutôt de ces innombrables découvertes qui jalonnent les dernières décennies, et tancent les minimalistes. Au menu, onze chapitres sous forme de questions : 1. Les Évangiles contiennent-ils des déclarations de témoins oculaires ? 2. Menteur, fou… ou figure de légende ? 3. Les Évangiles sont-il des faux ? 4. Les archéologues ont-il découvert la maison de Jésus ? 5. L’Eglise a-t-elle inventé l’idée d’un messie souffrant ? 6. Dans quelle mesure Jésus était-il casher ? 7. Jésus avait-il un message secret ? 8. Jésus était-il un révolutionnaire zélote ? 9. Jésus a-t-il planifié sa propre mort ? 10. Avons-nous des preuves de la résurrection ? 11. Jésus, Dieu et homme. Chaque rubrique se termine par un encart « Pour des lectures approfondies » (anglophones généralement) sélectif et bien à jour.

Le style est simple, direct, non pédant, et le propos bien documenté. Hutchinson soulève chaque fois un point controversé, et livre les différentes théories plus ou moins récentes sur le sujet. Puis il relève les contradictions, ou montre que des vues extrêmes qui avaient cours (Nazareth n’a jamais existé, Pilate non plus…) sont désormais totalement abandonnées. Et les déconvenues ne sont pas rares ! On comprend ainsi, à la revue d’un grand nombres d’exemples, combien il est sage d’accueillir avec la plus extrême suspicion les théories révolutionnaires qui contrediraient les évangiles. Jésus n’a pas existé ? Et pourtant les témoignages sont clairs, et bien plus nombreux que pour bien des figures historiques. Les évangélistes, des affabulateurs ? Et pourtant, leurs propos historiques, géographiques, ou culturels ne cessent d’être confirmés. La Bible en général, et les évangiles en particulier, sont-ils textuellement corrompus ? Et pourtant, la critique textuelle du NT bénéficie d’une abondance telle de manuscrits qu’il est garanti que le texte que nous possédons est absolument fiable dans son ensemble.

La méthode de Hutchinson est authentiquement historique. A la manière d’un Hérodote, il mène son enquête. Pour éviter une averse de contestations et protestations (il n’est pas un expert du sérail, bien que ses études supérieures l’aient largement qualifié pour y voir assez clair), il ne fournit jamais ses propres analyses : il fait plutôt état des vues des uns et des autres, puis déniche une étude plus récente encore, qui conteste ou contredit les vues précédemment exposées. Se faisant il illustre avec brio combien les données évoluent, parfois rapidement, et surtout à quel point, pour l’essentiel selon lui, les évangiles sont des récits authentiques et fiables de la vie et de l’enseignement de Jésus.

Un des aspects les plus original de l’ouvrage concerne la partie consacrée à l’attente messianique en Palestine au Ier siècle. Sujet ô combien délicat et difficile… Il s’agit de déterminer si les juifs attendaient bien un messie à cette époque, et quel messie. Un messie conquérant et glorieux, qui supprimerait l’oppresseur romain ? Ou un messie souffrant, voire rédempteur ? Pour bon nombre d’universitaires le sujet est clos est la réponse pourrait se formuler ainsi : Jésus était un prophète, voire un fanatique, annonçant la fin des temps, qui n’est pas arrivée. Il se trompait et ce scandale a été contourné, déguisé, et maquillé a posteriori : après sa mort, on a creusé les Écritures et tenté de trouver des textes compatibles avec ce qui s’était passé. Autrement dit, on a bricolé les textes, car personne n’attendait de messie souffrant. A ce stade, il fait un certain écho au travail de Boyarin sur le sujet, par ex. p.163 :

La notion selon laquelle les disciples de Jésus l’ont déclaré post factum messie souffrant est toujours répétée de nos jours avec une certitude dogmatique dans nombre d’universités et de séminaires. Et pourtant, comme nous venons de le dire, elle est totalement fausse, selon Boyarin.

Evidemment, ce genre de sujet mériterait une analyse plus étendue que celle livrée par Hutchinson en quelques pages, mais en la matière la référence au travail de Boyarin est un début. J’ai évoqué (ici) ce travail de Boyarin, lequel m’agaçait un tantinet en s’estimant vox clamans in deserto, mais disons qu’effectivement il y a lieu de contester l’idée que le concept n’existait pas. De surcroît, même une réinterprétation de la vie de Jésus ex eventu n’a rien d’hétérodoxe : les disciples ont pu ne pas comprendre les événements, puis les interpréter ou les réinterpréter. Comme je l’ai signalé dans ma review de Boyarin, ils le confessent parfois. Il est donc inutile de surexploiter les textes : ce qui est certain, c’est que beaucoup attendaient le messie à une époque voire à une date très précise, et ce tout simplement en raison de données bibliques chronologiques. Quant à savoir le genre de messie attendu, cela a pu varier d’un individu à l’autre.

Ici Hutchinson livre un argument étonnant, et passablement douteux : la Révélation de Gabriel (cf. p. 152 sq.).

Il s’agit d’une tablette assez unique écrite en hébreu ancien, à l’encre, qui date du Ier s. ap. J.-C. (d’autres datent du Ier s. av. J.-C.) et qu’on a appelé « le manuscrit de la mer Morte sur pierre ». Sa particularité est de faire mention d’un homme que les Romains auraient tué, et qui aurait ressuscité au bout de trois jours… Je ne connaissais pas du tout ce document, et je constate sans étonnement que la traduction est débattue. A mon avis, l’argument est un peu tiré par les cheveux, et c’est le seul point vraiment douteux et marginal que je relève chez Hutchinson.

Comme il le signale en introduction, Hutchinson écrit pour deux types de public : d’un côté « des chrétiens engagés de nombreuses confession ayant un large éventail d’idées et de croyances sur la question de savoir si, et à quel degré, la Bible est inspirée et même si elle ne comporte pas d’erreurs », de l’autre « des lecteurs intéressés par Jésus de Nazareth et les débuts du christianisme, mais qui ne sont pas a priori convaincus que la Bible repose sur des événements réels » (p.22). Pour ménager ces deux publics, Hutchinson tente de trouver un équilibre entre « [respect] de l’orthodoxie chrétienne et scepticisme séculier » (ibid.) A mon avis le pari est réussi car, même si par  la nature et l’ordre des sujets et arguments avancés, on voit clairement où il entend mener les lecteurs, sa méthode est saine : exposition des thèses plus ou moins récentes, et mise en perspective avec les dernières données disponibles.

C’est donc un travail intéressant, qui par la variété des thématiques abordées saura certainement susciter bon nombre de questions chez le lecteur. Si tous ne se passionnent pas nécessairement pour l’archéologie, l’histoire ou la critique textuelle, il est difficile de ne pas trouver son compte parmi les sujets essentiels que Hutchinson aborde : Jésus a-t-il existé ? Son message est-il préservé dans le Nouveau Testament ? Correspond-il au profil du messie que l’on attendait ? Est-il vraiment mort sur la croix, ou a-t-il trouvé un subterfuge ? Et s’il est mort, est-il bien ressuscité d’entre les morts, ou peut-on penser à bon droit que les évangiles affabulent ?

Mai 19 17

Lexham Analytical Lexicon of the Hebrew Bible (Logos, 2017)

by areopage

Logos est en train d’élaborer un nouvel outil lexicologique, le Lexham Analytical Lexicon of the Hebrew Bible. Ils n’en sont pas à leur coup d’essai, puisque l’éditeur a déjà fait paraître un lexique pour le Nouveau Testament (Lexham Analytical Lexicon of the Greek New Testament, 2011et pour la Septante (The Lexham Analytical Lexicon to the Septuagint, 2012).

Comme on peut s’en rendre compte à l’usage, ces outils sont extrêmement précieux et facilitent significativement le travail quand on étudie l’usage d’un terme dans ces deux corpus. Pour le NT, les sens sont proposés d’après la nomenclature du Louw et Nida, et tous les versets sont rangés d’après l’une des catégories de ce manuel. Tous les dérivés sont listés, ainsi que toutes les formes, avec leur analyse. Pour la LXX, c’est encore plus élaboré, car les différents mots hébreux ou araméens correspondants à un mot grec sont proposés, et chaque verset est illustré. Un travail sidérant… qui rend de facto obsolète le Hatch & Redpath (et son complément par Muraoka) ! Bible Parser Web App et Bible Parser 2015 tentent de proposer un outil comparable (voir ici) mais comme le processus d’alignement est automatique, il est loin d’être aussi précis (depuis lors j’ai très largement utilisé l’outil, et constaté sa bonne fiabilité pour percevoir une tendance).

En plus des correspondances entre mots grecs et mots hébreux avec concordance (le « Hebrew/Aramaic Alignment ») l’outil pour la LXX propose aussi de classer les différents sens dans une rubrique nommée « English Gloss ». Le L&N n’est donc pas transposé, mais il est ainsi possible de consulter tous les versets où le terme grec figure, classé selon les différents sens du terme. Là encore, c’est un travail sidérant…

Bien entendu, tant pour le NT avec le L&N que pour la LXX avec ce système de gloses, les choix sont interprétatifs et il est loisible de les contester. Mais quel travail ! Quelle facilité ce faisant d’explorer rapidement tout le spectre des usages d’un terme !

Voilà donc que l’outil est en développement non plus pour le grec seulement, comme l’indique Mark Ward sur le blog de Logos, dans l’article « Why We Need a New Kind of Hebrew Lexicon« , mais aussi pour l’hébreu biblique.

The LALHB is unique in the field of Old Testament scholarship: while other analytical lexicons for the Hebrew OT do exist, they focus on a morphological analysis of every word in the Bible, arranged either by verse, or alphabetically by form. However, we have taken a data-driven, analytical approach to the next level by providing glosses for every word, and by organizing all occurrences of each lemma by Bible Sense Lexicon designation and by the Septuagint alignment (Old Testament in Greek) to its Hebrew original.

La nouvelle est réjouissante, et l’on apprend que les mêmes rubriques que dans les précédentes références sont proposées : sens bibliques (cette fois-ci depuis un autre outil incorporé à Logos, le Bible Sense Lexicon), les correspondances grecques avec concordance exhaustive, les dérivés, et l’analyse morphologique de chacune des formes.

L’outil n’a pas vocation à supplanter les outils traditionnels, mais il est évident qu’avec une telle richesse, il sera suffisant dans bien des cas, et s’avérera particulièrement utile pour comparer TM et LXX. La cerise sur le gâteau serait un système comparable au L&N, par exemple en utilisant le SDBH. Certes il est déjà possible, via le Bible Sense Lexicon et les outils intégrés à Logos, d’effectuer des recherches sur un sens, voire un concept, mais en l’occurrence il serait alors possible d’explorer plus facilement les mots et les versets associés. Quoi qu’il en soit, on ne peut qu’avoir hâte de la sortie de ce nouvel outil, que je recommande chaudement, et qui est actuellement en « Pre-pub » à un prix tout à fait modeste.

Enfin, et chauvinisme oblige, je dirais que si Bible Parser est loin d’égaler ce genre d’initiative, il n’a cependant rien à envier : pour le terme pris en exemple pour le lexique à apparaître chez Logos, מלכוה, BP propose pour sa part : sens, concordance, dérivés, champ sémantique (adapté du L&N !), synonymes, équivalents grecs avec concordance, formes et graphiques illustrant les instances, les équivalents grecs, les formes hébraïques, et l’usage (en anglais ou en français). What else ?

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