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Mar 30 18

Critique Textuelle de l’Ancien Testament (D. Barthélémy)

by areopage

C’est un miracle. Ou alors une erreur… L’Université de Zurich a mis en ligne, dans son archive nommée ZORA, de nombreux volumes de la collection Orbis Biblicus et Orientalis disponibles gratuitement en PDF. Vous y trouverez en particulier les volumes 2 à 5 de la Critique Textuelle de l’Ancien Testament de Dominique Barthélémy, ainsi que la monographie Etude d’histoire du texte de l’Ancien Testament dont j’ai précédemment parlé. Des ouvrages importants comme ceux de Lemaire, Himbaza, Langlois ou Spicq sont également disponibles. Quand on connait le prix en librairie de tels ouvrages spécialisés, il y a de quoi être étonné tout de même…

Pour en savoir plus sur la critique textuelle de l’AT : bibliographie du billet Old Testament Textual Criticism

Mar 24 18

Le nom divin dans le 1QIsaa et le 1QIsab

by areopage

1QIsaaLe Grand Rouleau d’Isaïe (1QIsaa), daté du IIe – Ier s. av. J.-C. est certainement le manuscrit le plus emblématique découvert à Qumrân, non seulement par son état de préservation exceptionnel – il contient pratiquement l’ensemble du livre d’Isaïe le long de ses 7.34 mètres – mais aussi parce qu’il s’est avéré, dans une certaine mesure, un témoin précieux du texte biblique qu’on ne connaissait jusqu’alors que d’après des copies médiévales.

Sa conformation au texte massorétique est devenue, pourrait-on dire, proverbiale. Il n’est pourtant pas dépourvu de nombreuses erreurs de copie, particulièrement orthographiques (confusion du כ/ב, ה/ח, ת/ה, י/ו, צ/ע, נ/כ, cf. DJD 32/2 : 27-28Würthwein 1995 : 108-10), ou de modifications délibérées (Tov 2012 :  103-104).

Concernant le nom divin, si on compare 1QIsa/ Texte massorétique / Septante, les passages les plus intéressants sont les suivants :

 

Vous aurez sans doute remarqué deux systèmes de correction : la correction supralinéaire, et l’usage de points (tetrapuncta). Tantôt Adonaï (אדוני en écriture pleine) doit remplacer Jéhovah, et tantôt Jéhovah (יהוה) doit remplacer Adonaï. Une bonne proportion de ces variantes s’explique si l’on suppose que יהוה était prononcé אדוני. Comme l’explique Delcor :

le « scribe en effet paraît avoir écrit le manuscrit sous la dictée et un peu au petit bonheur : il met tantôt אדוני, tantôt יהוה. Ce n’est qu’ensuite qu’il corrigeait son texte, comme le prouvent les deux surcharges יהוה par-dessus אדוני en III, 17, ou אדוני  par-dessus יהוה  en III, 18. En VI, 11, VII, 14, IX, 7, XXI, 16, à יהוה du manuscrit correspond אדוני  dans le T.M. » (Delcor 1955 : 146).

Même idée chez les éditeurs du texte dans la collection Discoveries in the Judean Desert :

Il est sans doute difficile de rendre compte de toutes les variations, mais compte tenu de leur nombre il semble que la copie était effectivement réalisée sous dictée. Ensuite, le texte était comparé à son modèle, et des corrections (tetrapuncta) ou des insertions (suscriptions), étaient réalisées (cf. Tov 2012 : 202 sq). Il faut imaginer un scribe qui, lorsqu’il entendait אדוני, « Adonaï », transcrivait (à raison) יהוה, puisque la pratique traditionnelle consistait déjà à prononcer אדוני quand on rencontrait יהוה à l’écrit. Seulement lorsque se présentait réellement le vocable אדוני, seul ou en composition, des problèmes surgissaient (cf. les omissions en 38.22, 49.22, 52.4, 61.1). Les corrections conforment le rouleau à notre texte reçu dans certains cas (3.15, 18, 8.7, 28.16, 30.15, 65.13), tandis que d’autres fois la correction la fait s’en écarter (3.17, 49.14)… Il arrive aussi que le texte comporte des mots supplémentaires, comme 37.20b (peut-être en raison du contexte immédiat, ou alors la Vorlage du scribe présentait bel et bien une variante, comme le suggère la Septante) ou en 49.22 (à nouveau, la Septante supporte la variante, mais il est difficile d’apprécier la valeur d’une telle conformité).

Isa 49.14, détail.

Si toutes ces variantes peuvent plus ou moins s’expliquer à la lumière de la dictée, d’un texte différent, voire de pratiques superstitieuses (tetrapuncta pour le Nom en 40.7 et 42.6), il en est trois qui attirent fortement l’attention : 49.1450.5 et 61.11. La première est illustrée ci-dessus. On peut lire sans difficulté יהוה ואדני, « Jéhovah et mon Seigneur », exactement comme dans le TM. Seulement une correction supralinéaire  ואלוהי « et mon Dieu », est placée à l’aplomb de ואדני. Comme nous l’avons vu plus haut dans le cas d’Isaïe 3.12-18 (illustration ; cf. Ullrich 2013 : 336 ; DJD 32/1 : 6), les corrections sont ordinairement indiquées par un point sous chaque consonne fautive, tandis que l’addition est signalée par le mot mis légèrement en retrait. Ici le procédé est différent, puisque deux points sont situés de part et d’autre de la « correction ».

Nagel tente l’explication suivante (2012 : 178) :

(…) presumably implying that Elohim is to be read which would support the argument that if and when יהוה and אדני is consecutively read, יהוה should be pronounced אלהים to avoid the repetition of Adonai.

L’hypothèse est audacieuse, mais il est fort possible en effet que le scribe, ou le correcteur, ait voulu éviter la lecture ambiguë et disgracieuse Adonaï véAdonaï.

La seconde variante en 50.5 vient donner raison à cette hypothèse : là où notre texte reçu porte אדני יהוה, que nous sommes habitués à lire אֲדֹנָי יֱהֹוִה  (ou אֲדֹנָי יְהוִה)-  « Adonaï Elohim » -, le 1QIsaa porte précisément אדוני אלוהים – « Adonaï Elohim » !

Ce premier cas très clair est corroboré par un second exemple non moins limpide : en 61.11, le 1QIsaa porte יהוה אלהים, là où le Texte Massorétique porte אדני יהוה.

Ces trois passages (49.4, 50.5, 61.11) prouvent que l’usage consistait déjà à remplacer le nom divin par Adonaï quand il figurait seul, et par Elohim quand il entrait en composition ; cela infirme aussi ce que j’ai pu penser par le passé (Fontaine 2007 : 80, relevé par Willkinson 2015 : 83 n103).

Que cet usage ait existé, cette « tradition » pour reprendre le terme utilisé par Jésus, ne signifie cependant pas que les premiers chrétiens l’aient adopté. De surcroît il est aisé de constater que ce phénomène n’est pas très répandu dans les manuscrits retrouvés à Qumrân (le 1QIsaa  n’étant lui-même pas représentatif du corpus qu’on y a trouvé ; en fait le corpus le plus significatif, à hauteur de 40%, est plutôt constitué des textes alignés sur le TM, dits proto-massorétiques ou proto-rabbiniques), ni uniforme au sein d’un même manuscrit. A titre d’exemple, en 61.1 le 1QIsaa porte יהוה seul au lieu de אדוני יהוה (ou יהוה אלהים). On relève également que l’expression אדוני יהוה figure fréquemment (7.7, 10.23,24, 22.12,15, 25.8, 40.10, 48.16, 49.7, 50.4,9, 56.8, 65.13), ce qui prouve moins le fait que la convention n’existait pas ou était hésitante, qu’une minutie généralement importante dans les autres cas. A vrai dire je n’ai pu repérer à ce jour qu’un seul autre cas, dans le 1QIsab.

Tandis qu’un texte comme 1QIsaa peut être important pour notre compréhension de la transmission de la Bible, il contient tant de traits secondaires que son importance pour la reconstruction du texte original de la Bible est limitée. – Tov, in : Laperrousaz 1997 : 229.

1QIsabCe manuscrit est paléographiquement daté de la période hasmonéenne, soit fin du Ier s. av. J.-C. (DJD 32/2 : 199, Tov 2012 : 31), voire du début de la période hérodienne, soit au tout début du Ier s. ap. J.-C. (Ulrich 2015 : 131). Il est donc probablement postérieur au 1QIsaa, sans qu’on puisse l’affirmer définitivement, tout du moins en se fondant sur des critères paléographiques.

Comparé à 1QIsaa, qui contient tout de même plus de 2600 variantes (par rapport à divers témoins du TM et de la LXX, cf. DJD 32/2 : 89), il n’en compte que 622 (DJD 32/2 : 208Ulrich 2015 : 135), et s’avère si comparable au Texte Massorétique qu’on estime qu’il appartient au groupe de texte qui fut choisi par les rabbins pour être copié, et qui est devenu notre texte reçu.

DJD 35/2 : 208, cf. Ulrich 2015 : 139, Tov 2004 : 212

Concernant les mentions significatives du nom divin, la moisson est un peu plus maigre.

Il n’est pas lieu ici de tirer toutes les leçons qui semblent se dégager de la comparaison de deux textes au profil textuel aussi différent que le 1QIsaa et le 1QIsab.

Pour le 1QIsab, il faut souligner les points suivants :

  • C’est clairement un exemplaire de meilleure qualité, de type « proto-rabbinique » (cf. Tov 2004 : 212),
  • Concernant les mentions du nom divin relevées ci-dessus, 1QIsas’accorde systématiquement avec le TM, quand le texte de la LXX semble traduire un texte différent (cf. 22.12,15, 43.11, 56.8, 58.5, 58.8,9,11, 59.20, 61.1), à l’exception de 59.21 (LXX add. γὰρ),

  • Quand le nom divin n’entre pas en composition avec un autre terme, la seule variante que nous avons repérée concerne 38.14 : TM אדני,  et 1QIsab יהוה. Il y a, là-encore, un indice de qere perpetuum.

  • En composition avec אדני nous avons vu que la pratique orale, du moins dans le 1QIsaa  en 50.5 et 61.11, consistait à remplacer יהוה par אלהים : en 61.1, le 1QIsab propose très précisément un troisième cas : là où le TM porte רוח אדני יהוה, prononcé « rouah Adonaï Elohim » selon la tradition, notre manuscrit porte רוח יהוה אלהים, soit « rouah Adonai Elohim » également, si l’on s’en tient à cette même tradition.

Le cas de 61.1 n’est pas anodin. Il confirme de manière directe l’existence d’une tradition visant à remplacer יהוה par אדני, et יהוה par אלהים quand il est précédé de אדני. Peut-on supposer que le scribe possédait une Vorlage différente ? Difficile de le soutenir, dans la mesure où ce même texte est par ailleurs attesté dans sa forme massorétique dans le 4QIsa:  רו]ח֯ א֯ד֯[ני יהוה] עלי. Manuscrit fragmentaire certes, mais dont la reconstruction semble nécessiter la présence du tétragramme.

Ironie de l’histoire, il s’agit du passage que Jésus a lu dans une synagogue à Nazareth (Luc 4.16-21). A-t-il suivi cette tradition orale ? Je ne pense pas (Mt 15.2-6, Mr 7.3-13). En fait, si prononcer le nom divin était effectivement interdit dans la communauté sectaire alors recluse à Qumrân (cf. CD 15.1), encore que la situation paraît avoir été plus complexe (4Q120 ; cf. Shaw 2014 ; Fontaine 2015), il n’est pas établi que son usage avait cessé totalement au Ier s., comme on peut s’en persuader non seulement par son usage magique ou « thérapeutique » (ex. à Qumrân,  et p.ê. dans le NT, cf. Mr 7.33), mais aussi par le fait que des païens connaissaient ce Nom ou ce qu’il pensaient être le Nom (Shaw 2014; ex. p.ê. Caligula) ; en fait seul l’usage vain et mensonger du Nom était proscrit (cf. notre analyse de Lv 24.16).

Sur le système du qere/ketiv, que conclure à la lumière de 1QIsaa et 1QIsa?

Pas grand-chose. En réalité cela conforte le témoignage ultérieur des rabbins, selon lequel le nom divin a été prononcé jusque tardivement, quoique de manière de plus en plus timide ou voilée d’une part (m.Tamid 7.2, m.Sotah 7.6, m.Yoma 6.2) et que l’habitude, la tradition, de le substituer par Adonaï voire Elohim fut prise de bonne heure également (b. Kid. 71a ; b. Pes. 50a), comme on peut aussi, d’ailleurs, s’en rendre compte à la lumière de certains textes bibliques.

Cette tradition est restée oralebien longtemps. Elle n’est pas visible dans les manuscrits retrouvés à Qumrân, et encore moins dans ceux des autres sites du désert judéen. Devant l’insuffisance d’autres exemples, on peut même considérer les indices relevés ici (1QIsaa, 50.5 et 1QIsab, 61.1,11) comme des accidents de parcours. Ils ne sauraient être la norme puisque la norme était orale.

On peut donc parfaitement souscrire à cette analyse de Tov (2008 : 204-205) :

1. The proto-Masoretic texts from the Judean Desert (except for Qumran) are identical to the medieval manuscripts and exactly represented their source, probably the scroll of the temple court.
2. These proto-Masoretic texts represent all the features of the medieval text and, presumably, of the temple copy, including all its scribal phenomena, with the exception of the Masoretic Ketiv/Qere variations.
3. The Ketiv/Qere variations were not included in the margins of any ancient text.
4. Rather, they reflect an oral tradition, which only at a late stage was put into writing in the Masoretic tradition.

Est-ce à dire que la tradition orale a pu contaminer les traducteurs de la Septante, qui auraient alors utilisé le vocable κύριος dès l’origine (Gordis, Rösel) ? Tel n’est pas l’avis de Tov (2008 : 204), ni le mien, ni non plus semble-t-il celui de Nagel, qui explique (in Cook et al, 2012 : 178 ; voir ici ; en cela il rejoint Shaw) :

However, such alternating readings [i.e. les variantes אדני/יהוה] are very limited and should thus not be taken as the “standard” practice of the time. The Ketib-Qere problem surrounding the “naming” of the Hebrew deity might not have been a case of reading aloud אלהים ,שְׁמָא or אדני for יהוה ; but it is indeed plausible that both practices could have been employed simultaneously by diffferent scribes or scribal groups. It is nevertheless clear that “naming” or making reference to the Hebrew deity was a complex matter, at least from the 3rd century B.C.E. onwards.

Pour en savoir plusDJD 32/1&2 ;  Tov 2012 , Tov 2004 , Tov 2008 : 42-56 (voir ici), 199-205 (voir ici) ; BQS II ; Ulrich 2017Kutscher 1974Gordis 1937 ; Nagel 1,2 ; Shaw 2014Delcor 1955 ; Skehan 1980

Mar 18 18

33 : crucifixion de Jésus (Arte, 2017)

by areopage

Patrick Boucheron revisite l’histoire à travers le prisme des grandes dates… Le temps chrétien commence avec la naissance du Christ, mais l’événement qui lui donne son sens et qui fait date dans son histoire est la crucifixion. Ce châtiment, ordonné par Ponce Pilate, constitue peut-être l’indice le moins incertain de l’existence de Jésus pour les historiens, qui le situent en 33.

Voici un document Arte très intéressant (réalisé par Denis van Waerebeke, 2017), où l’on revient notamment sur les deux dates disputées de la crucifixion du Christ, 30 ou 33.

Il est question de considérations astronomiques permettant de privilégier une date plutôt qu’une autre (11’35). Pour ceux qui voudraient en savoir plus, voir par ex. G. Gertoux, Herod the Great and Jesus: Chronological, Historical and Archaeological Evidence (2015), pp.67 sq.

Et le soleil s’obscurcira,

la lune deviendra de sang,

avant la venue du jour du Seigneur,

ce jour grand et glorieux.

Alors seront sauvés tous ceux qui invoqueront le Seigneur.

– Actes 2.20-21. Sem.

Mar 10 18

Bible d’étude Semeur (Excelsis, 2018)

by areopage

Parue récemment, la Bible d’étude, version Semeur 2015 (éditions Excelsis, 2018), n’est pas sans intérêts. L’éditeur présente ainsi les caractéristiques du volume :

  • Une introduction générale au canon biblique (Ancien Testament et Nouveau Testament).

  • Des introductions aux différents corpus bibliques : Pentateuque, Prophètes, évangiles synoptiques, lettres de Paul.

  • Une introduction à chaque livre biblique, traitant des questions d’auteur, de contexte historique, de datation, de structure et de portée théologique.

  • Des notes de versets qui, en apportant des éléments d’ordre historique et géographique, exégétique et parfois théologique, permettent de mieux comprendre le sens d’un verset, de repérer les enjeux de son interprétation et les débats qu’elle suscite, de le situer dans le contexte de la théologie biblique. Les divergences de manuscrits sont également indiquées.

  • Des notes de section qui dégagent l’essentiel de l’enseignement d’un ensemble de versets et mettent en évidence l’évolution de la pensée de l’auteur dans le livre.

  • Les références bibliques situées dans la colonne entre le texte et les notes permettent de retrouver les passages parallèles, soit au mot, soit à l’expression, soit au verset entier, et sont signalées dans le texte par les lettres a, b, c.

  • 53 tableaux, synthèses, chronologies, plans et cartes.

  • 12 cartes en couleurs qui permettent de situer les événements du récit biblique.

  • Un index des personnages, peuples et lieux.

  • Un index thématique.

  • Un index des notes principales (A.T. et N.T.) regroupant les notes qui développent un thème biblique important.

  • Un index qui reprend chaque lieu inscrit sur les 12 cartes en couleurs.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’ouvrage mérite bien le nom de « bible d’étude ». Notes abondantes : sur la traduction, le texte, les parallèles, le contexte, voire la théologie. Introductions commodes : ce que j’apprécie particulièrement, c’est non seulement le caractère systématique des introductions (par livre et par grands corpus), mais aussi la perspective (évangélique) modérée du propos : examen des thèses historico-critiques les plus extrêmes qui ont cours, et réfutation, ou mise en perspective, nourrie des travaux les plus récents. C’est donc une bible constructive plutôt que subversive, et ce n’est pas anodin, car l’oiseau se fait rare. Les notes sont généralement assez objectives, mais elles ne se déparent pas, à l’occasion, de vues contestables. Par exemple la note en Exode 3.15 tente de justifier le vocable Eternel, en indiquant qu’il s’agit d’une (tentative de) traduction du nom YHWH. Mais il me faut objecter avec vigueur : on ne traduit pas les noms propres ! De plus cette même note prend pour un fait acquis ce qui n’est qu’une hypothèse infirmée par les faits (que les Septante ait traduit le nom divin par ho Kurios). Annexes abondantes : encarts de synthèse, cartes géographiques, chronologies, indexes des lieux et personnages ou des thèmes ; la matière est abondante. Si abondante que le gros volume est imprimé sur un papier bible particulièrement fin, et ce sera là mon principal reproche : il est un peu trop transparent, c’est dommage. Pour le reste rien à dire : la disposition des références parallèles, dans une section au-dessus des notes, est originale et plutôt pratique ; le recours à deux couleurs, noir et bleu, d’un bel effet, et last and not least, la traduction du Semeur – que je connais mal – s’avère très élégante et globalement très fidèle au texte. Elle se situe quelque part entre la Segond 21 et la Bible en Français Courant : bien au fait des difficultés du texte, et donc précise dans ses choix sur le sens du texte, mais à la forme plutôt dynamique, le tout dans un français extrêmement agréable.

Pour vous en donner une idée plus précise, en voici un échantillon : 

En ligne : Bible.com | Opera Biblica | Bible Gateway | Biblica

Fév 22 18

Un sceau « d’Ésaïe le prophète » ? (-VIII)

by areopage

Le prophète Esaïe, fils d’Amots, a exercé son ministère dans le royaume de Juda à partir de 740, année de la mort du roi Ozias (6.1), sous les règnes de Yotam, d’Ahaz, et d’Ezéchias (1.1), ce dernier ayant régné jusqu’en 698 (686 selon d’autres). Il a ainsi été contemporain de son compatriote Michée, ainsi que d’Osée, prophète du royaume du Nord à la fin de celui-ci. Esaïe a vécu à Jérusalem. On sait qu’il a été le père d’au moins deux fils, nés au début de son ministère, et auxquels il a donné des noms symboliques en rapport avec le message prophétique dont il était alors chargé (Es 7-8). On est tenté de le considérer comme un aristocrate, car il avait ses entrées à la cour, connaissait bien la haute société (chap. 1), et portait un grand intérêt à la politique nationale et internationale, dont il était bien informé. Il a exercé une grande influence auprès d’Ezéchias. Il semble même avoir fait oeuvre d’historiographe de la cour de Juda (voir 2Ch 26.22; en outre, il est probablement l’auteur des chapitres consacrés au règne d’Ezéchias en 2R 18-20, et qui se retrouvent en Es 36-39). – Bible du Semeur, nouvelle édition (2018 : 1032).

Avec ces quelques mots de présentation d’Esaïe et de son contexte à l’esprit, la découverte récente d’une nouvelle empreinte antique, dans l’Ophel à Jérusalem, prend tout son sens. Les archéologues viennent en effet d’annoncer la découverte d’une intrigante empreinte, où l’on semble pouvoir lire la mention [Appartenant à] Esaïe proph[ète], en hébreu [לישעיה[ו] נבי[א.

Si la lecture est correcte, ce serait la première fois que l’existence du plus célèbre des prophètes serait attestée par une source non biblique.

Deux détails principalement posent problème aux spécialistes : 1. l’article manque devant le mot prophète, et 2. l’aleph de נביא n’est pas visible.

Comme on peut le voir sur la reproduction ci-dessus, l’empreinte d’argile est fort endommagée.

Il se pourrait que les deux lettres manquantes ait figuré sur la première ligne, et l’aleph manquant dans la seconde, comme le suggère le schéma ci-dessus, ce qui donnerait : לישעיה[וה]נבי[אMais ce n’est pas sûr.

Ce n’est pas sûr, mais gageons que trouver l’empreinte d’un sceau d’Esaïe à deux pas de celle d’un sceau du roi Ezéchias, c’est intrigant ! On ne voit pas vraiment, d’ailleurs, ce qu’on pourrait lire d’autre.

Finding a seal impression of the prophet Isaiah next to that of King Hezekiah should not be unexpected. It would not be the first time that seal impressions of two Biblical personas, mentioned in the same verse in the Bible, were found in an archaeological context. In our City of David excavations (2005–2008), the seal impressions of Yehukhal ben Sheleḿiyahu ben Shovi and Gedaliyahu ben Pashḥur, high officials in King Ẓedekiah’s court (Jeremiah 38:1), were found only a few feet apart.13 Furthermore, according to the Bible, the names of King Hezekiah and the prophet Isaiah are mentioned in one breath 14 of the 29 times the name of Isaiah is recalled (2 Kings 19–20; Isaiah 37–39). No other figure was closer to King Hezekiah than the prophet Isaiah. – BAR

Décidemment, l’Ophel est une manne pour les archéologues. Compte tenu des nombreuses interactions entre Esaïe et Ezéchias (cf. par exemple 2 Rois 19:5, 2 Rois 19:20, 2 Rois 20:1, 2 Rois 20:7, 2 Rois 20:8, 2 Rois 20:14, 2 Rois 20:15, 2 Rois 20:16, 2 Rois 20:19, 2 Chroniques 32:20, 2 Chroniques 32:32, Esaïe 1:1, Esaïe 37:5, Esaïe 37:21, Esaïe 38:1, Esaïe 38:21, Esaïe 39:3, Esaïe 39:4, Esaïe 39:5, Esaïe 39:8), il ne serait pas du tout étonnant de voir prochainement d’autres artéfacts, en meilleur état c’est à espérer, faire surface.

Pour en savoir plus : BAR | NG

Fév 18 18

The Greek New Testament (Tyndale House, 2017)

by areopage

L’édition du texte grec du Nouveau Testament est une entreprise majeure. Jusqu’à présent les éditions les plus courantes étaient le GNT5, le NA28 et le SBLGNT. A ces éditions vient désormais s’ajouter un texte assez prometteur (THGNT), paru il y a quelques mois chez Crossway.

Sous l’égide du Dr Dirk Jongkind et du Dr Peter Williams, une équipe de biblistes s’est ainsi attelée, pendant une dizaine d’années, à la production d’un nouveau texte. Cette équipe n’est certes pas partie tout à fait de zéro : elle a adapté le texte du Nestle-Aland/GNT pour le conformer en tous points à l’édition imprimée de l’édition de Tregelles. Ponctuation, accentuation, orthographe, ou divisions en paragraphes, tout a été revu.

Ce qui fait toutefois l’intérêt de cette édition, c’est son côté « documentaire ». Ainsi que s’en expliquent les éditeurs :

(…) we have not felt it our job as editors to go back behind the witnesses that survive. Rather, in this edition we seek to constrain editorial choice to what is found in Greek manuscripts, not only in these matters, but also in other ones such as paragraph divisions, spelling, breathings, and accents. THGNT, 505.

Le texte est donc « documentaire » en ce sens que les éditeurs n’ont pas cherché à reconstruire un texte hypothétique, aussi plausible que puisse être la conjecture, mais s’en sont tenus à un principe assez simple : n’éditer un texte qu’à la condition qu’il soit attesté par deux manuscrits grecs ou plus, dont un au moins dans un manuscrit antérieur au Ve siècle (THGNT, 506).

Avec une telle « contrainte » (allégée dans le cas de la Révélation) le texte présente en effet des différences sensibles avec les éditions précédentes, dont les éditeurs ont prévu de s’expliquer dans un commentaire textuel à paraître. Ce sera d’autant plus nécessaire que l’apparat est volontairement très réduit, et vise moins à illustrer le témoignage des manuscrits, que le processus de décision des éditeurs, l’objectif étant, rappellent-ils :

our aim has been to produce a text with a high degree of directly verified antiquity so that users of this edition will have the benefit of knowing that any reading printed in this text rests on early testimony. (THGNT, 507)

Il a donc fallu se priver des versions et des citations patristiques, ce dont ils s’expliquent en indiquant que si un document plus récent peut effectivement présenter une leçon très ancienne, leur objectif a surtout été de produire un texte effectivement attesté dans des manuscrits grecs (autant que possible).

De nombreuses décisions ont ainsi dû être prises : inclure ou non les nomina sacra, capitaliser ou non le terme χρίστος, se conformer à certaines conventions éditoriales (comme le iota simple pour le epsilon-iota qu’on rencontre volontiers dans les manuscrits, cf. 508-511), etc.

Une des particularités un peu étonnante pour le lecteur moderne sera certainement l’ordre des livres : Évangiles – Actes – Épîtres catholiques – Corpus paulinien – Révélation. On trouve donc l’épître de Jacques après le livre des Actes.

Enfin l’apparat critique, réduit on l’a dit, présente un triple objectif (THGNT, 515) : 1. indiquer les variantes qui ont suscité les choix les plus difficiles, et qui auraient pu intégrer le corps du texte, 2. indiquer les variantes les plus importantes pour l’exégèse, et 3. indiquer les variantes pour illustrer les pratiques scribales.

J’avoue que lorsque j’ai pris en main ce volume, j’ai été un peu déçu par l’apparat. Il faut cependant en comprendre l’objectif, qui diffère notoirement des éditions courantes. De surcroît les éditeurs déclarent avec un certain optimisme :

Other New Testament editions have a much fuller apparatus, but we believe that this edition’s chief significance, like that of Westcott and Hort, lies not in its apparatus but in the text itself. (THGNT, 507)

Pourquoi pas. Après tout c’est bel et bien le texte qui est au centre, et comme ici les versions et les citations des Pères ont été ignorées, et le texte fondé sur des témoins toujours anciens et grecs, il y a en effet moins d’intérêt à soupeser telle ou telle leçon – le THGNT constituant lui-même, en quelque sorte, un témoin, ou un état du texte.

Quelques remarques plus générales : il n’y a aucune mention des citations scripturaires. Elles ne sont pas indiquées dans le corps du texte, ni signalées en marge. Le péricope de la femme adultère est placé dans l’apparat critique (195-196). La finale longue de Marc est intégrée au corps du texte, mais signalée par une notice (THGNT, 107), tandis que la finale courte est mentionnée dans l’apparat. Le choix de ne pas capitaliser le terme « Christ », est surprenant, voire regrettable, bien qu’ils encouragent à ne rien en conclure (cf. THGNT, 511). Enfin l’apparat a valeur indicative, et ne justifie pas à lui seul tous les choix qui ont été effectués (d’où l’intérêt du commentaire textuel à venir).

A ce stade je n’ai pas encore arpenté suffisamment le texte pour rendre compte de ses innovations, d’autant qu’une édition électronique commode n’est pas encore disponible. Voici toutefois un mini échantillon susceptible de vous donner une idée des différences entre le NA28 et le THGNT :

Référence NA28 THGNT
Jean 1.18 Θεὸν οὐδεὶς ἑώρακεν πώποτε ·  μονογενὴς θεὸς ὁ ὢν εἰς τὸν κόλπον τοῦ πατρὸς ἐκεῖνος ἐξηγήσατο. Θεὸν οὐδεὶς ἑώρακεν πώποτε ·  ὁ μονογενὴς υἱὸς ὁ ὢν εἰς τὸν κόλπον τοῦ πατρὸς, ἐκεῖνος ἐξηγήσατο.
Jude 1.5 Ὑπομνῆσαι δὲ ὑμᾶς βούλομαι, εἰδότας [ὑμᾶς] πάντα ὅτι [ὁ] κύριος ἅπαξ λαὸν ἐκ γῆς Αἰγύπτου σώσας τὸ δεύτερον τοὺς μὴ πιστεύσαντας ἀπώλεσεν, Ὑπομνῆσαι δὲ ὑμᾶς βούλομαι, εἰδότας ἅπαξ πάντα, ὅτι Ἰησοῦς λαὸν ἐκ γῆς Αἰγύπτου σώσας τὸ δεύτερον τοὺς μὴ πιστεύσαντας ἀπώλεσεν.
Colossiens 2.2 ἳνα παρακληθῶσιν αἱ καρδιάι αὐτῶν συμβιβασθέντες ἐν ἀγάπῃ καὶ εἰς πᾶν πλοῦτος τῆς πληροφοριάς τῆς συνέσεως, εἰς ἐπίγνωσιν τοῦ μυστηρίου τοῦ θεοῦ, Χριστοῦ, ἵνα παρακληθῶσιν αἱ καρδίαι αὐτῶν συμβιβασθέντες ἐν ἀγάπῃ καὶ εἰς πᾶν πλοῦτος τῆς πληροφορίας τῆς συνέσεως εἰς ἐπίγνωσιν τοῦ μυστηρίου τοῦ θεοῦ πάτρος τοῦ χριστοῦ,
Éphésiens 1.1 Παῦλος ἀπόστολος Χριστοῦ Ἰησοῦ διὰ θελήματος θεοῦ τοῖς ἁγίοις τοῖς οὖσιν [ἐν Ἐφέσῳ] καὶ πιστοῖς ἐν Χριστῷ Ἰησοῦ, Παῦλος ἀπόστολος Ἰησοῦ χριστοῦ διὰ θελήματος θεοῦ τοῖς ἁγίοις τοῖς οὖσιν ἐν Ἐφέσῳ καὶ πιστοῖς ἐν χριστῷ Ἰησοῦ·

En attendant l’intégration de ce texte dans les logiciels bibliques, vous en trouverez le texte sur STEP Bible et ESV.org.

En savoir plus : Site officiel | ETC | Échantillon : Marc | Review sur Exegetical ToolsReview de Brice C. Jones | theLAB : interview avec les éditeurs | Quelques réflexions de Daniel B. Wallace

Liens mis à jour : Corpus en grec

Jan 19 18

Trismegistos Words

by areopage

Une nouvelle base de données vient d’être mise en ligne pour la recherche dans les papyri documentaires : Trismegistos Words. Il s’agit d’un moteur de recherche permettant d’effectuer des recherches lemmatiques dans l’immense corpus Duke Databank of Documentary Papyri. Pour rappel cette collection regroupe 256 volumes, 60 000 textes pour environ 4 500 000  de mots. Il était déjà possible de la parcourir sur le site papyri.info et Logos l’a intégrée de longue date dans son catalogue, et ce gratuitement.

Mais ce qui fait l’intérêt de ce nouvel outil en ligne, c’est la lemmatisation du corpus. En effet, à l’aide d’un processus semi-automatisé, l’ensemble du corpus a été lemmatisé, ce qui permet donc des recherches beaucoup plus intéressantes. Le taux de fiabilité annoncé est de 95%. Si c’est le cas ce corpus dépassera celui de Logos, qui proposait également une lemmatisation, mais bien imparfaite (plusieurs lemmes proposés même dans les cas simples). Trismegistos Words permet en outre à l’utilisateur de signaler une erreur.

Pour saisir un terme, il suffit d’utiliser l’encart prévu à cet effet à l’aide d’un clavier polytonique (sans accents), ou en se servant de la liste alphabétique proposée. Il est aussi possible d’indiquer un caractère quelconque au moyen du wildcard %.

Le corpus ne permet pour l’instant que des recherches en grec – les parties en latin et copte notamment ne sont pas disponibles.

L’interface est commode : il est en effet possible de visualiser en un clin d’œil la forme trouvée, sa date, sa provenance, sa référence, et des informations visuelles sur son attestation (par cas, genre, nombre, degré, mode, etc).

En survolant le ? il est possible de consulter le terme dans son contexte le plus immédiat.

Pour accéder au texte il suffit alors de cliquer sur la référence de la colonne Text (ici TM 88649) :

Dans certains cas le texte est disponible immédiatement, dans d’autres cas il faut cliquer sur l’une des deux (ou plus) « related resources »,  HGV ou DDbDP (la première proposant parfois une image du document).

En savoir plus : ETC | Liens : Papyrologie, critique textuelle

Jan 3 18

לשרער : nouvelle découverte à Jérusalem (-VII)

by areopage

Des archéologues viennent de mettre au jour l’impression d’un sceau datant VIIe s. av. J.-C., tout près du mur des Lamentations dans la vieille ville de Jérusalem. Ce n’est pas sans rappeler le sceau d’Ezéchias (-VIII/-VII), découvert en 2009, et identifié en tant que tel en décembre 2015. Ce qui est particulier dans le cas présent, c’est qu’on avait jamais trouvé de mention d’un « gouverneur » dans la ville de Jérusalem.

L’impression d’argile, 13 x 15 mm pour deux à trois millimètres d’épaisseur, représente deux personnages se faisant face, au-dessous desquels on trouve l’inscription paléohébraique :

qu’on peut transcrire לשרער. Il n’y a pas d’espace ni de yod mère de lecture au mot עיר, et l’article ה est sous-entendu, soit לשר העיר, « [appartenant] au chef de la ville ».

Deux personnages mentionnés dans la Bible, au temps d’Ézéchias et Josias, ont porté ce titre :

2 Rois 23.8 : … אֲשֶׁר־ פֶּ֜תַח שַׁ֤עַר יְהוֹשֻׁ֙עַ֙ שַׂר־ הָעִ֔יר à l’entrée de la porte de Josué, chef de la ville…

2 Chroniques 34.8 : … שָׁ֠לַח אֶת־ שָׁפָ֨ן בֶּן־ אֲצַלְיָ֜הוּ וְאֶת־ מַעֲשֵׂיָ֣הוּ שַׂר־ הָעִ֗יר וְ֠אֵת יוֹאָ֤ח בֶּן־ יֽוֹאָחָז֙ הַמַּזְכִּ֔יר …il envoya Shaphan, fils d’Atsalayah, Maaséyah, chef de la ville, et Yoah, fille Yoachaz l’archiviste…

Pour certains, cette trouvaille est loin d’être anodine, comme on peut s’en rendre compte de la voix même des archéologues sur place :

The Bible mentions two governors of Jerusalem, and this finding thus reveals that such a position was actually held by someone in the city some 2700 years ago. – Dr. Shlomit Weksler-Bdolah

Plus que confirmer l’antique récit biblique, l’artéfact permet ainsi d’alimenter, en filigrane, des considérations un peu plus modernes…

The finding of the seal with this high-rank title, in addition to the large assemblage of actual seals found in the building in the past, supports the assumption that this area, located on the western slopes of the western hill of ancient Jerusalem, some 100m [328 ft] west of the Temple Mount, was inhabited by highly ranked officials during the First Temple period. According to Dr. Weksler-Bdolah, “this is the first time that such a seal has been found in an authorized excavation. It supports the biblical rendering of the existence of a governor of the city in Jerusalem some 2,700 years ago.” – source

Sur l’expression שר העיר, « chef ou gouverneur de la ville », rappelons qu’en hébreu le terme שר désigne plus un prince ou un chef qu’un gouverneur.

Pour désigner un gouverneur, il est plus souvent question du terme פֶּחָה, particulièrement au temps d’Esdras et Néhémie (à côté du terme תִּרְשָׁתָא). Dans le livre de Jérémie, c’est une forme de פקד qui est privilégiée. D’autres vocables sont possibles encore (סֶ֫רֶן , רַב , תִּרְשָׁתָא). Cependant le terme שר semble bien désigner un gouverneur à proprement parler, comme en Juges 9.30 au sujet de Zebul (le terme שר y est à rapprocher de פָּקִיד, « commissaire/inspecteur » dans le contexte, cf. 9.28 ; voir aussi DCH p.440). Une expression sans doute équivalente, שַׂר הַבִּירָה עַל־יְרוּשָׁלִָם , chef de la citadelle de Jérusalem, se trouve en Néhémie 7.2.

Pour s’en convaincre on peut consulter les autres cas connus, non moins intéressants. Robert Deutsch documente quelques cas de « gouverneurs de ville » dans son passionnant ouvrage Messages from the Past – Hebrew Bullae from the Time of Isaiah Through the Destruction of the Fist Temple (Archaelogical Center Publications, 1999), pp.76-79 [en ligne ici] :

Sur l’expression שר העיר, Deutsch précise (p.77) :

Ce n’est donc pas la première fois qu’une telle mention, anonyme, est trouvée. L’absence de nom suggère que l’objet a peut-être appartenu à un service plutôt qu’à un individu.

Pour d’autres mentions fort intéressantes de ce genre (dont une possible bulle ayant appartenu au Shaphan mentionné en 2 Rois 22.3 / 2 Chroniques 34.8), cf. Deutsch, Biblical Period Hebrew Bullae (2003), pp.65-71.

Avec l’impression du sceau d’Ézéchias, et cette mention d’un chef ou gouverneur de la ville (la Ville ou Citadelle), gageons que ce passage de 2 Chroniques 29.20 prend une couleur nouvelle…

וַיַּשְׁכֵּםיְחִזְקִיָּהוּהַמֶּלֶךְוַיֶּאֱסֹףאֵתשָׂרֵיהָעִירוַיַּעַלבֵּיתיְהוָֽה

Le roi Ézéchias se leva et réunit les chefs de la ville, pour monter à la maison de Jéhovah

Pour en savoir plus : Le Figaro | Haaretz  | NewsweekBridges for peace | Page Academia  de Robert Deutsch

Déc 10 17

Bible Parser Web App : version 2 en cours !

by areopage

Bible Parser Web App entre dans son siècle (enfin). Une nouvelle version entièrement relookée est en cours d’élaboration. Et plus qu’un relooking, il s’agit d’une réécriture totale, comme vous pourrez le constater assez rapidement. Les maître-mots sont modernité et rapidité, avec comme arrière-pensée le déploiement sur les environnements iOS et Android.

Si l’objectif d’atteindre les smartphones et tablettes est encore un peu loin – mais j’y travaille activement – du moins la nouvelle mouture du site ambitionne de fournir une version crédible du logiciel en ligne : à savoir propre à supplanter la version PC, ni plus ni moins.

Login

Saisissez votre prénom, puis le numéro de série de Bible Parser 2015, et le tour est joué. Une fois identifié, vous verrez alors paraître l’encart d’identification en haut à droite de la navigation. Vous pouvez vous déloguer en cliquant simplement dessus.

Dans certains navigateurs, un message inquiétant peut paraître au moment de l’identification :

Pas de panique. La connexion n’est en effet pas sécurisée, en ce sens que le nom de domaine de bibleparser.net n’est pas en https. C’est normal car ce n’est pas un site marchand susceptible de vous demander votre carte bancaire, ou des données personnelles sensibles. En effet, l’identifiant n’a pas d’importance : vous pouvez indiquer n’importe quel prénom, ou n’importe quel mot. Quant au mot de passe, c’est l’un des numéros de série de Bible Parser, qui est une donnée peu sensible. Les données ne sont pas transmises en clair lors de l’identification, et si le niveau de sécurité n’est pas extrêmement élevé, il l’est très largement pour un modeste portail de consultation biblique.

Notez qu’en cas d’identification infructueuse, vous serez redirigé(e) vers le site www.bibleparser.fr.

Cette identification n’utilise pas de « cookie », mais le localStorage du HTML5. L’identification sera donc persistante tant que vous n’aurez pas supprimé les données de site dans votre navigateur.

Navigation

Si vous êtes sur Chrome, Firefox ou Edge, je vous conseille le mode plein écran : touche F11.

 

La navigation vers un verset s’effectue en cliquant sur le visuel en bas à gauche de l’écran. La navigation est prévue par chapitres seulement. Je verrai à l’usage s’il est utile dès le départ de naviguer plus précisément vers un verset, sachant que la Barre de Lancement Rapide le permet déjà. A cet égard, un « bug » non encore résolu concerne le « scroll » vers le verset désiré (pour le mettre plus ou moins au milieu de l’écran) : ce problème est à l’étude.

Les livres sont colorisés en fonction du corpus auxquels ils appartiennent. Pour l’instant seuls les livres bibliques ont été implémentés. Il n’y a pas encore les deutérocanoniques, ni les livres spécifiques à certains corpus. Si vous êtes dans une version qui contient par exemple le Siracide, il vous faudra indiquer la référence sir 1:1 puis Entrée dans la Barre de Lancement Rapide, comme ceci :

et de même dans une version comme Flavius Josèphe (JOS / JOE) ou les Pères apostoliques (APF, AFP) :

Analyse morphologique

Une des caractéristiques principales de la version d’ores et déjà implémentée, c’est l’analyse morphologique. Elle est disponible pour les versions BHS, NA27, LXX, LSG.

Pour toutes les versions sauf BHS, les données sont déjà chargées avec le chapitre courant. Le résultat est donc instantané. Pour l’hébreu, une requête vers le serveur est effectuée, mais une partie des données est déjà présente, si bien que le temps de réponse est quasi immédiat. What else !

Cet encart permettra de lancer les Dictionnaires et les Références, comme sur la version PC. L’opportunité d’un menu contextuel est à l’étude. La Vulgate aura aussi cette fonctionnalité.

Recherches

1) Pour l’ensemble des versions, la Barre de Lancement Rapide permet de rechercher un ou plusieurs mots, avec jokers :

C’est la méthode dite de similarité – qui est généralement la plus efficace.

Avant de lancer une recherche, assurez-vous que la version sélectionnée pour la recherche figure bien dans la Barre de Lancement Rapide. Si ce n’est pas le cas, cliquez sur n’importe quel mot à l’intérieur de la version choisie, ou resélectionnez la version dans le menu déroulant.

Avec les versions en langue originale, comme le grec ou l’hébreu, l’intérêt de cet outil est que vous pouvez saisir votre recherche avec une transcription. Ex. ouranoj pour ουρανος ou bra pour ברא.

2) Pour les versions autres que les versions morphologiques, il est également possible de double-cliquer sur un mot pour en rechercher la forme exacte (méthode dite par séquence).

Statistiques

Dernière fonctionnalité implémentée à ce jour, les stats. Rien de bien nouveau si vous connaissez Bible Parser, mais le rendu est sympathique (merci l’API de Google Charts). Vous pouvez de même visualiser la liste des résultats, et la copier. Quand les statistiques sont disponibles, les deux visuels en bas à gauche vire à l’orange. Facile, n’est-ce pas !

iOS

 

A titre de curiosité, voici le rendu sur un iPad et un iPhone. On y constate de petits débordements de texte hors zone (encore inexpliqués), et une difficulté relative à utiliser la Barre de Lancement Rapide. Mais le rendu est déjà intéressant, surtout pour la lecture et la consultation simple de l’analyse morphologique. L’intérêt en sera décuplé lorsque la recherche lemmatique aura été implémentée.

Remarquez enfin qu’il est possible de mettre un raccourci de l’application sur l’écran d’accueil.

Utilisez pour ce faire la touche Partager / Envoyer, puis Sur l’écran d’accueil.

Dernière pensée avant de vous laisser vous précipiter sur la web app : selon le Baromètre du Numérique (2017, p.9 ; toute l’étude est passionnante, je vous la recommande !) paru récemment, les Français surfent plus volontiers depuis un smartphone (42%), une tablette (7%) qu’un PC (38%). C’est dire l’importance pour une application de se décliner en version mobile. Pour autant, les usages moins ludiques continuent de s’effectuer traditionnellement (ibidem). Pour l’étude de la Bible à mon sens, il est encore difficile de faire l’économie du travail sur le bon vieux PC, ou en bibliothèque avec de vrais livres.

Ce sont ces pensées paradoxales qui guident mon travail sur la version 2 de la web app. Les petits écrans dégradent significativement la richesse d’une application, puisqu’il faut tout condenser, cacher, reléguer. On passe beaucoup de temps à adapter des fonctionnalités qui serviront sans doute peu, puisqu’il est difficile de travailler aisément depuis un terminal aussi restreint.

Compte tenu des usages, je rendrai donc la web app aussi « responsive » (ce terme barbare signifie adaptatif) que possible, étant sous-entendu que si la consultation peut être nomade, l’utilisation optimale doit rester fixe.

Nov 20 17

Collection Clé-Professionnel (Logos)

by areopage

Les Editions Clé s’apprêtent à publier une quatrième collection de ressources pour le logiciel biblique Logos. Ils ont déjà publié un Pack Clé Découverte, un Pack Clé Premier, et les Commentaires MacArthur du Nouveau Testament. Je connais bien les deux premiers packs, et à mon avis ce sont des incontournables. Voici donc le pack « Pro ».

C’est encore une belle addition pour Logos, car quelques ouvrages importants sont intégrés [contenu détaillé] :

  • une édition « reverse interlinear » de Louis Segond (j’ai participé à plusieurs petits livres prophétiques pour cette édition ; j’ignore si ce travail a été repris ici),
  • le dictionnaire grec – français du NT par Carrez,
  • un dictionnaire biblique (Bost) et les notes d’étude de NBS et Colombe,
  • deux commentaires bibliques généraux (du Chercheur, Contemporain),
  • une introduction à l’AT, et deux à la théologie.

Le prix de lancement est fixé à 139 Eur ($165). Il passera prochainement à 165€ ($195).

Quand on voit le prix et le contenu, il y a un mélange d’excitation et de déception. Excitation car la reverse interlinear de LSG, le dictionnaire de Carrez et peut-être le commentaire du Chercheur, sont des outils précieux, surtout pour ceux qui ne maîtrisent pas l’anglais. Et déception car évidemment on en voudrait plus, beaucoup plus.

Le seul dictionnaire biblique intégré est celui de Bost. Et pourquoi pas le Westphal, ou celui de Migne/Calmet ?

Un dictionnaire d’hébreu biblique autre que le Strong aurait été le bienvenu, comme celui de Marchand-Ennery ou pourquoi pas le Sander et Trenel, ou mieux encore, celui de Ph. Reymond, réédité récemment par la SBF…

Pour rappel, ma page « Logos 5 Free Modules Library » fournit 60 modules intégrables à Logos via la fonctionnalité Livres Personnels (explication vidéo). Vous verrez que ma bibliothèque de ressources, qui est entièremeent gratuite, n’a pas grand-chose à envier à ce pack : dictionnaires de grec (Bailly abrégé, Hellemme, Strong, Liddell-Scott abrégé), références encyclopédiques (Westphal, Calmet, Hastings, ISBE, Easton, Fausset, Catholic Encyclopedia, McClintock & Strong, etc.), apparat critique du NT, Pères apostoliques, Pères de l’Eglise, et même Talmud. Sans compter les 23 versions bibliques, dont 11 françaises.

Quand on connaît la multitude des ressources, souvent de qualité, disponibles dans le domaine public, on ne peut s’empêcher d’être un peu déçu par un module « pro » comme celui des Editions Clé. Pour autant, il s’agit en l’occurrence de références principalement récentes et sous copyright. Il n’est donc pas équitable de comparer. Il serait toutefois souhaitable que cet éditeur intègre davantage de ces ressources, formatées de manière professionnelle (oui car mes formatages quoique globalement satisfaisants sont loin du niveau « pro »). Et si d’aventure l’éditeur passe sur cette page, je l’invite à utiliser à sa guise le travail mis à disposition (y compris s’il le revend sous une forme magnifiée).

Ceci étant dit, je vous encourage à vous procurer ce pack. Attention il s’agit encore d’une  précommande, car en dépit de la communication récente autour de sa sortie, il n’est pas disponible au téléchargement à ce jour. Je reviendrai peut-être sur son contenu prochainement.

Pour ceux qui voudraient pousser plus loin avec Logos, d’autres ressources en français – parfois très excitantes ! – sont disponibles ou à l’état de projet (attention pour les projets, patience, patience, cela prend souvent des années et ce n’est jamais garanti) :

Par ailleurs il existe des formations vidéo en français pour apprendre à utiliser Logos : par Stéphane Kapitaniuk (maîtrisez Logos en 30 jours) et par Timothée Minard (édition avancée). Elles paraissent extrêmement intéressantes, et je m’y inscrirai à l’occasion. En effet j’utilise Logos depuis sa version… 2… eh oui tant d’années déjà, et je dois dire que je souscris entièrement à la remarque formulée par un des utilisateurs de ces formations : avec Logos, on a une BMW, mais on s’en sert trop souvent comme d’une 2CV…

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