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Fév 22 18

Un sceau « d’Ésaïe le prophète » ? (-VIII)

by areopage

Le prophète Esaïe, fils d’Amots, a exercé son ministère dans le royaume de Juda à partir de 740, année de la mort du roi Ozias (6.1), sous les règnes de Yotam, d’Ahaz, et d’Ezéchias (1.1), ce dernier ayant régné jusqu’en 698 (686 selon d’autres). Il a ainsi été contemporain de son compatriote Michée, ainsi que d’Osée, prophète du royaume du Nord à la fin de celui-ci. Esaïe a vécu à Jérusalem. On sait qu’il a été le père d’au moins deux fils, nés au début de son ministère, et auxquels il a donné des noms symboliques en rapport avec le message prophétique dont il était alors chargé (Es 7-8). On est tenté de le considérer comme un aristocrate, car il avait ses entrées à la cour, connaissait bien la haute société (chap. 1), et portait un grand intérêt à la politique nationale et internationale, dont il était bien informé. Il a exercé une grande influence auprès d’Ezéchias. Il semble même avoir fait oeuvre d’historiographe de la cour de Juda (voir 2Ch 26.22; en outre, il est probablement l’auteur des chapitres consacrés au règne d’Ezéchias en 2R 18-20, et qui se retrouvent en Es 36-39). – Bible du Semeur, nouvelle édition (2018 : 1032).

Avec ces quelques mots de présentation d’Esaïe et de son contexte à l’esprit, la découverte récente d’une nouvelle empreinte antique, dans l’Ophel à Jérusalem, prend tout son sens. Les archéologues viennent en effet d’annoncer la découverte d’une intrigante empreinte, où l’on semble pouvoir lire la mention [Appartenant à] Esaïe proph[ète], en hébreu [לישעיה[ו] נבי[א.

Si la lecture est correcte, ce serait la première fois que l’existence du plus célèbre des prophètes serait attestée par une source non biblique.

Deux détails principalement posent problème aux spécialistes : 1. l’article manque devant le mot prophète, et 2. l’aleph de נביא n’est pas visible.

Comme on peut le voir sur la reproduction ci-dessus, l’empreinte d’argile est fort endommagée.

Il se pourrait que les deux lettres manquantes ait figuré sur la première ligne, et l’aleph manquant dans la seconde, comme le suggère le schéma ci-dessus. Mais ce n’est pas sûr.

Ce n’est pas sûr, mais gageons que trouver l’empreinte d’un sceau d’Esaïe à deux pas de celle d’un sceau du roi Ezéchias, c’est intrigant !

Finding a seal impression of the prophet Isaiah next to that of King Hezekiah should not be unexpected. It would not be the first time that seal impressions of two Biblical personas, mentioned in the same verse in the Bible, were found in an archaeological context. In our City of David excavations (2005–2008), the seal impressions of Yehukhal ben Sheleḿiyahu ben Shovi and Gedaliyahu ben Pashḥur, high officials in King Ẓedekiah’s court (Jeremiah 38:1), were found only a few feet apart.13 Furthermore, according to the Bible, the names of King Hezekiah and the prophet Isaiah are mentioned in one breath 14 of the 29 times the name of Isaiah is recalled (2 Kings 19–20; Isaiah 37–39). No other figure was closer to King Hezekiah than the prophet Isaiah. – BAR

Décidemment, l’Ophel est une manne pour les archéologues. Compte tenu des nombreuses interactions entre Esaïe et Ezéchias (cf. par exemple 2 Rois 19:5, 2 Rois 19:20, 2 Rois 20:1, 2 Rois 20:7, 2 Rois 20:8, 2 Rois 20:14, 2 Rois 20:15, 2 Rois 20:16, 2 Rois 20:19, 2 Chroniques 32:20, 2 Chroniques 32:32, Esaïe 1:1, Esaïe 37:5, Esaïe 37:21, Esaïe 38:1, Esaïe 38:21, Esaïe 39:3, Esaïe 39:4, Esaïe 39:5, Esaïe 39:8), il ne serait pas du tout étonnant de voir prochainement d’autres artéfacts, en meilleur état c’est à espérer, faire surface.

Pour en savoir plus : BAR | NG

Fév 18 18

The Greek New Testament (Tyndale House, 2017)

by areopage

L’édition du texte grec du Nouveau Testament est une entreprise majeure. Jusqu’à présent les éditions les plus courantes étaient le GNT5, le NA28 et le SBLGNT. A ces éditions vient désormais s’ajouter un texte assez prometteur (THGNT), paru il y a quelques mois chez Crossway.

Sous l’égide du Dr Dirk Jongkind et du Dr Peter Williams, une équipe de biblistes s’est ainsi attelée, pendant une dizaine d’années, à la production d’un nouveau texte. Cette équipe n’est certes pas partie tout à fait de zéro : elle a adapté le texte du Nestle-Aland/GNT pour le conformer en tous points à l’édition imprimée de l’édition de Tregelles. Ponctuation, accentuation, orthographe, ou divisions en paragraphes, tout a été revu.

Ce qui fait toutefois l’intérêt de cette édition, c’est son côté « documentaire ». Ainsi que s’en expliquent les éditeurs :

(…) we have not felt it our job as editors to go back behind the witnesses that survive. Rather, in this edition we seek to constrain editorial choice to what is found in Greek manuscripts, not only in these matters, but also in other ones such as paragraph divisions, spelling, breathings, and accents. THGNT, 505.

Le texte est donc « documentaire » en ce sens que les éditeurs n’ont pas cherché à reconstruire un texte hypothétique, aussi plausible que puisse être la conjecture, mais s’en sont tenus à un principe assez simple : n’éditer un texte qu’à la condition qu’il soit attesté par deux manuscrits grecs ou plus, dont un au moins dans un manuscrit antérieur au Ve siècle (THGNT, 506).

Avec une telle « contrainte » (allégée dans le cas de la Révélation) le texte présente en effet des différences sensibles avec les éditions précédentes, dont les éditeurs ont prévu de s’expliquer dans un commentaire textuel à paraître. Ce sera d’autant plus nécessaire que l’apparat est volontairement très réduit, et vise moins à illustrer le témoignage des manuscrits, que le processus de décision des éditeurs, l’objectif étant, rappellent-ils :

our aim has been to produce a text with a high degree of directly verified antiquity so that users of this edition will have the benefit of knowing that any reading printed in this text rests on early testimony. (THGNT, 507)

Il a donc fallu se priver des versions et des citations patristiques, ce dont ils s’expliquent en indiquant que si un document plus récent peut effectivement présenter une leçon très ancienne, leur objectif a surtout été de produire un texte effectivement attesté dans des manuscrits grecs (autant que possible).

De nombreuses décisions ont ainsi dû être prises : inclure ou non les nomina sacra, capitaliser ou non le terme χρίστος, se conformer à certaines conventions éditoriales (comme le iota simple pour le epsilon-iota qu’on rencontre volontiers dans les manuscrits, cf. 508-511), etc.

Une des particularités un peu étonnante pour le lecteur moderne sera certainement l’ordre des livres : Évangiles – Actes – Épîtres catholiques – Corpus paulinien – Révélation. On trouve donc l’épître de Jacques après le livre des Actes.

Enfin l’apparat critique, réduit on l’a dit, présente un triple objectif (THGNT, 515) : 1. indiquer les variantes qui ont suscité les choix les plus difficiles, et qui auraient pu intégrer le corps du texte, 2. indiquer les variantes les plus importantes pour l’exégèse, et 3. indiquer les variantes pour illustrer les pratiques scribales.

J’avoue que lorsque j’ai pris en main ce volume, j’ai été un peu déçu par l’apparat. Il faut cependant en comprendre l’objectif, qui diffère notoirement des éditions courantes. De surcroît les éditeurs déclarent avec un certain optimisme :

Other New Testament editions have a much fuller apparatus, but we believe that this edition’s chief significance, like that of Westcott and Hort, lies not in its apparatus but in the text itself. (THGNT, 507)

Pourquoi pas. Après tout c’est bel et bien le texte qui est au centre, et comme ici les versions et les citations des Pères ont été ignorées, et le texte fondé sur des témoins toujours anciens et grecs, il y a en effet moins d’intérêt à soupeser telle ou telle leçon – le THGNT constituant lui-même, en quelque sorte, un témoin, ou un état du texte.

Quelques remarques plus générales : il n’y a aucune mention des citations scripturaires. Elles ne sont pas indiquées dans le corps du texte, ni signalées en marge. Le péricope de la femme adultère est placé dans l’apparat critique (195-196). La finale longue de Marc est intégrée au corps du texte, mais signalée par une notice (THGNT, 107), tandis que la finale courte est mentionnée dans l’apparat. Le choix de ne pas capitaliser le terme « Christ », est surprenant, voire regrettable, bien qu’ils encouragent à ne rien en conclure (cf. THGNT, 511). Enfin l’apparat a valeur indicative, et ne justifie pas à lui seul tous les choix qui ont été effectués (d’où l’intérêt du commentaire textuel à venir).

A ce stade je n’ai pas encore arpenté suffisamment le texte pour rendre compte de ses innovations, d’autant qu’une édition électronique commode n’est pas encore disponible. Voici toutefois un mini échantillon susceptible de vous donner une idée des différences entre le NA28 et le THGNT :

Référence NA28 THGNT
Jean 1.18 Θεὸν οὐδεὶς ἑώρακεν πώποτε ·  μονογενὴς θεὸς ὁ ὢν εἰς τὸν κόλπον τοῦ πατρὸς ἐκεῖνος ἐξηγήσατο. Θεὸν οὐδεὶς ἑώρακεν πώποτε ·  ὁ μονογενὴς υἱὸς ὁ ὢν εἰς τὸν κόλπον τοῦ πατρὸς, ἐκεῖνος ἐξηγήσατο.
Jude 1.5 Ὑπομνῆσαι δὲ ὑμᾶς βούλομαι, εἰδότας [ὑμᾶς] πάντα ὅτι [ὁ] κύριος ἅπαξ λαὸν ἐκ γῆς Αἰγύπτου σώσας τὸ δεύτερον τοὺς μὴ πιστεύσαντας ἀπώλεσεν, Ὑπομνῆσαι δὲ ὑμᾶς βούλομαι, εἰδότας ἅπαξ πάντα, ὅτι Ἰησοῦς λαὸν ἐκ γῆς Αἰγύπτου σώσας τὸ δεύτερον τοὺς μὴ πιστεύσαντας ἀπώλεσεν.
Colossiens 2.2 ἳνα παρακληθῶσιν αἱ καρδιάι αὐτῶν συμβιβασθέντες ἐν ἀγάπῃ καὶ εἰς πᾶν πλοῦτος τῆς πληροφοριάς τῆς συνέσεως, εἰς ἐπίγνωσιν τοῦ μυστηρίου τοῦ θεοῦ, Χριστοῦ, ἵνα παρακληθῶσιν αἱ καρδίαι αὐτῶν συμβιβασθέντες ἐν ἀγάπῃ καὶ εἰς πᾶν πλοῦτος τῆς πληροφορίας τῆς συνέσεως εἰς ἐπίγνωσιν τοῦ μυστηρίου τοῦ θεοῦ πάτρος τοῦ χριστοῦ,
Éphésiens 1.1 Παῦλος ἀπόστολος Χριστοῦ Ἰησοῦ διὰ θελήματος θεοῦ τοῖς ἁγίοις τοῖς οὖσιν [ἐν Ἐφέσῳ] καὶ πιστοῖς ἐν Χριστῷ Ἰησοῦ, Παῦλος ἀπόστολος Ἰησοῦ χριστοῦ διὰ θελήματος θεοῦ τοῖς ἁγίοις τοῖς οὖσιν ἐν Ἐφέσῳ καὶ πιστοῖς ἐν χριστῷ Ἰησοῦ·

En attendant l’intégration de ce texte dans les logiciels bibliques, vous en trouverez le texte sur STEP Bible et ESV.org.

En savoir plus : Site officiel | ETC | Échantillon : Marc | Review sur Exegetical ToolsReview de Brice C. Jones | theLAB : interview avec les éditeurs | Quelques réflexions de Daniel B. Wallace

Liens mis à jour : Corpus en grec

Jan 19 18

Trismegistos Words

by areopage

Une nouvelle base de données vient d’être mise en ligne pour la recherche dans les papyri documentaires : Trismegistos Words. Il s’agit d’un moteur de recherche permettant d’effectuer des recherches lemmatiques dans l’immense corpus Duke Databank of Documentary Papyri. Pour rappel cette collection regroupe 256 volumes, 60 000 textes pour environ 4 500 000  de mots. Il était déjà possible de la parcourir sur le site papyri.info et Logos l’a intégrée de longue date dans son catalogue, et ce gratuitement.

Mais ce qui fait l’intérêt de ce nouvel outil en ligne, c’est la lemmatisation du corpus. En effet, à l’aide d’un processus semi-automatisé, l’ensemble du corpus a été lemmatisé, ce qui permet donc des recherches beaucoup plus intéressantes. Le taux de fiabilité annoncé est de 95%. Si c’est le cas ce corpus dépassera celui de Logos, qui proposait également une lemmatisation, mais bien imparfaite (plusieurs lemmes proposés même dans les cas simples). Trismegistos Words permet en outre à l’utilisateur de signaler une erreur.

Pour saisir un terme, il suffit d’utiliser l’encart prévu à cet effet à l’aide d’un clavier polytonique (sans accents), ou en se servant de la liste alphabétique proposée. Il est aussi possible d’indiquer un caractère quelconque au moyen du wildcard %.

Le corpus ne permet pour l’instant que des recherches en grec – les parties en latin et copte notamment ne sont pas disponibles.

L’interface est commode : il est en effet possible de visualiser en un clin d’œil la forme trouvée, sa date, sa provenance, sa référence, et des informations visuelles sur son attestation (par cas, genre, nombre, degré, mode, etc).

En survolant le ? il est possible de consulter le terme dans son contexte le plus immédiat.

Pour accéder au texte il suffit alors de cliquer sur la référence de la colonne Text (ici TM 88649) :

Dans certains cas le texte est disponible immédiatement, dans d’autres cas il faut cliquer sur l’une des deux (ou plus) « related resources »,  HGV ou DDbDP (la première proposant parfois une image du document).

En savoir plus : ETC | Liens : Papyrologie, critique textuelle

Jan 3 18

לשרער : nouvelle découverte à Jérusalem (-VII)

by areopage

Des archéologues viennent de mettre au jour l’impression d’un sceau datant VIIe s. av. J.-C., tout près du mur des Lamentations dans la vieille ville de Jérusalem. Ce n’est pas sans rappeler le sceau d’Ezéchias (-VIII/-VII), découvert en 2009, et identifié en tant que tel en décembre 2015. Ce qui est particulier dans le cas présent, c’est qu’on avait jamais trouvé de mention d’un « gouverneur » dans la ville de Jérusalem.

L’impression d’argile, 13 x 15 mm pour deux à trois millimètres d’épaisseur, représente deux personnages se faisant face, au-dessous desquels on trouve l’inscription paléohébraique :

qu’on peut transcrire לשרער. Il n’y a pas d’espace ni de yod mère de lecture au mot עיר, et l’article ה est sous-entendu, soit לשר העיר, « [appartenant] au chef de la ville ».

Deux personnages mentionnés dans la Bible, au temps d’Ézéchias et Josias, ont porté ce titre :

2 Rois 23.8 : … אֲשֶׁר־ פֶּ֜תַח שַׁ֤עַר יְהוֹשֻׁ֙עַ֙ שַׂר־ הָעִ֔יר à l’entrée de la porte de Josué, chef de la ville…

2 Chroniques 34.8 : … שָׁ֠לַח אֶת־ שָׁפָ֨ן בֶּן־ אֲצַלְיָ֜הוּ וְאֶת־ מַעֲשֵׂיָ֣הוּ שַׂר־ הָעִ֗יר וְ֠אֵת יוֹאָ֤ח בֶּן־ יֽוֹאָחָז֙ הַמַּזְכִּ֔יר …il envoya Shaphan, fils d’Atsalayah, Maaséyah, chef de la ville, et Yoah, fille Yoachaz l’archiviste…

Pour certains, cette trouvaille est loin d’être anodine, comme on peut s’en rendre compte de la voix même des archéologues sur place :

The Bible mentions two governors of Jerusalem, and this finding thus reveals that such a position was actually held by someone in the city some 2700 years ago. – Dr. Shlomit Weksler-Bdolah

Plus que confirmer l’antique récit biblique, l’artéfact permet ainsi d’alimenter, en filigrane, des considérations un peu plus modernes…

The finding of the seal with this high-rank title, in addition to the large assemblage of actual seals found in the building in the past, supports the assumption that this area, located on the western slopes of the western hill of ancient Jerusalem, some 100m [328 ft] west of the Temple Mount, was inhabited by highly ranked officials during the First Temple period. According to Dr. Weksler-Bdolah, “this is the first time that such a seal has been found in an authorized excavation. It supports the biblical rendering of the existence of a governor of the city in Jerusalem some 2,700 years ago.” – source

Sur l’expression שר העיר, « chef ou gouverneur de la ville », rappelons qu’en hébreu le terme שר désigne plus un prince ou un chef qu’un gouverneur.

Pour désigner un gouverneur, il est plus souvent question du terme פֶּחָה, particulièrement au temps d’Esdras et Néhémie (à côté du terme תִּרְשָׁתָא). Dans le livre de Jérémie, c’est une forme de פקד qui est privilégiée. D’autres vocables sont possibles encore (סֶ֫רֶן , רַב , תִּרְשָׁתָא). Cependant le terme שר semble bien désigner un gouverneur à proprement parler, comme en Juges 9.30 au sujet de Zebul (le terme שר y est à rapprocher de פָּקִיד, « commissaire/inspecteur » dans le contexte, cf. 9.28 ; voir aussi DCH p.440). Une expression sans doute équivalente, שַׂר הַבִּירָה עַל־יְרוּשָׁלִָם , chef de la citadelle de Jérusalem, se trouve en Néhémie 7.2.

Pour s’en convaincre on peut consulter les autres cas connus, non moins intéressants. Robert Deutsch documente quelques cas de « gouverneurs de ville » dans son passionnant ouvrage Messages from the Past – Hebrew Bullae from the Time of Isaiah Through the Destruction of the Fist Temple (Archaelogical Center Publications, 1999), pp.76-79 [en ligne ici] :

Sur l’expression שר העיר, Deutsch précise (p.77) :

Ce n’est donc pas la première fois qu’une telle mention, anonyme, est trouvée. L’absence de nom suggère que l’objet a peut-être appartenu à un service plutôt qu’à un individu.

Pour d’autres mentions fort intéressantes de ce genre (dont une possible bulle ayant appartenu au Shaphan mentionné en 2 Rois 22.3 / 2 Chroniques 34.8), cf. Deutsch, Biblical Period Hebrew Bullae (2003), pp.65-71.

Avec l’impression du sceau d’Ézéchias, et cette mention d’un chef ou gouverneur de la ville (la Ville ou Citadelle), gageons que ce passage de 2 Chroniques 29.20 prend une couleur nouvelle…

וַיַּשְׁכֵּםיְחִזְקִיָּהוּהַמֶּלֶךְוַיֶּאֱסֹףאֵתשָׂרֵיהָעִירוַיַּעַלבֵּיתיְהוָֽה

Le roi Ézéchias se leva et réunit les chefs de la ville, pour monter à la maison de Jéhovah

Pour en savoir plus : Le Figaro | Haaretz  | NewsweekBridges for peace | Page Academia  de Robert Deutsch

Déc 10 17

Bible Parser Web App : version 2 en cours !

by areopage

Bible Parser Web App entre dans son siècle (enfin). Une nouvelle version entièrement relookée est en cours d’élaboration. Et plus qu’un relooking, il s’agit d’une réécriture totale, comme vous pourrez le constater assez rapidement. Les maître-mots sont modernité et rapidité, avec comme arrière-pensée le déploiement sur les environnements iOS et Android.

Si l’objectif d’atteindre les smartphones et tablettes est encore un peu loin – mais j’y travaille activement – du moins la nouvelle mouture du site ambitionne de fournir une version crédible du logiciel en ligne : à savoir propre à supplanter la version PC, ni plus ni moins.

Login

Saisissez votre prénom, puis le numéro de série de Bible Parser 2015, et le tour est joué. Une fois identifié, vous verrez alors paraître l’encart d’identification en haut à droite de la navigation. Vous pouvez vous déloguer en cliquant simplement dessus.

Dans certains navigateurs, un message inquiétant peut paraître au moment de l’identification :

Pas de panique. La connexion n’est en effet pas sécurisée, en ce sens que le nom de domaine de bibleparser.net n’est pas en https. C’est normal car ce n’est pas un site marchand susceptible de vous demander votre carte bancaire, ou des données personnelles sensibles. En effet, l’identifiant n’a pas d’importance : vous pouvez indiquer n’importe quel prénom, ou n’importe quel mot. Quant au mot de passe, c’est l’un des numéros de série de Bible Parser, qui est une donnée peu sensible. Les données ne sont pas transmises en clair lors de l’identification, et si le niveau de sécurité n’est pas extrêmement élevé, il l’est très largement pour un modeste portail de consultation biblique.

Notez qu’en cas d’identification infructueuse, vous serez redirigé(e) vers le site www.bibleparser.fr.

Cette identification n’utilise pas de « cookie », mais le localStorage du HTML5. L’identification sera donc persistante tant que vous n’aurez pas supprimé les données de site dans votre navigateur.

Navigation

Si vous êtes sur Chrome, Firefox ou Edge, je vous conseille le mode plein écran : touche F11.

 

La navigation vers un verset s’effectue en cliquant sur le visuel en bas à gauche de l’écran. La navigation est prévue par chapitres seulement. Je verrai à l’usage s’il est utile dès le départ de naviguer plus précisément vers un verset, sachant que la Barre de Lancement Rapide le permet déjà. A cet égard, un « bug » non encore résolu concerne le « scroll » vers le verset désiré (pour le mettre plus ou moins au milieu de l’écran) : ce problème est à l’étude.

Les livres sont colorisés en fonction du corpus auxquels ils appartiennent. Pour l’instant seuls les livres bibliques ont été implémentés. Il n’y a pas encore les deutérocanoniques, ni les livres spécifiques à certains corpus. Si vous êtes dans une version qui contient par exemple le Siracide, il vous faudra indiquer la référence sir 1:1 puis Entrée dans la Barre de Lancement Rapide, comme ceci :

et de même dans une version comme Flavius Josèphe (JOS / JOE) ou les Pères apostoliques (APF, AFP) :

Analyse morphologique

Une des caractéristiques principales de la version d’ores et déjà implémentée, c’est l’analyse morphologique. Elle est disponible pour les versions BHS, NA27, LXX, LSG.

Pour toutes les versions sauf BHS, les données sont déjà chargées avec le chapitre courant. Le résultat est donc instantané. Pour l’hébreu, une requête vers le serveur est effectuée, mais une partie des données est déjà présente, si bien que le temps de réponse est quasi immédiat. What else !

Cet encart permettra de lancer les Dictionnaires et les Références, comme sur la version PC. L’opportunité d’un menu contextuel est à l’étude. La Vulgate aura aussi cette fonctionnalité.

Recherches

1) Pour l’ensemble des versions, la Barre de Lancement Rapide permet de rechercher un ou plusieurs mots, avec jokers :

C’est la méthode dite de similarité – qui est généralement la plus efficace.

Avant de lancer une recherche, assurez-vous que la version sélectionnée pour la recherche figure bien dans la Barre de Lancement Rapide. Si ce n’est pas le cas, cliquez sur n’importe quel mot à l’intérieur de la version choisie, ou resélectionnez la version dans le menu déroulant.

Avec les versions en langue originale, comme le grec ou l’hébreu, l’intérêt de cet outil est que vous pouvez saisir votre recherche avec une transcription. Ex. ouranoj pour ουρανος ou bra pour ברא.

2) Pour les versions autres que les versions morphologiques, il est également possible de double-cliquer sur un mot pour en rechercher la forme exacte (méthode dite par séquence).

Statistiques

Dernière fonctionnalité implémentée à ce jour, les stats. Rien de bien nouveau si vous connaissez Bible Parser, mais le rendu est sympathique (merci l’API de Google Charts). Vous pouvez de même visualiser la liste des résultats, et la copier. Quand les statistiques sont disponibles, les deux visuels en bas à gauche vire à l’orange. Facile, n’est-ce pas !

iOS

 

A titre de curiosité, voici le rendu sur un iPad et un iPhone. On y constate de petits débordements de texte hors zone (encore inexpliqués), et une difficulté relative à utiliser la Barre de Lancement Rapide. Mais le rendu est déjà intéressant, surtout pour la lecture et la consultation simple de l’analyse morphologique. L’intérêt en sera décuplé lorsque la recherche lemmatique aura été implémentée.

Remarquez enfin qu’il est possible de mettre un raccourci de l’application sur l’écran d’accueil.

Utilisez pour ce faire la touche Partager / Envoyer, puis Sur l’écran d’accueil.

Dernière pensée avant de vous laisser vous précipiter sur la web app : selon le Baromètre du Numérique (2017, p.9 ; toute l’étude est passionnante, je vous la recommande !) paru récemment, les Français surfent plus volontiers depuis un smartphone (42%), une tablette (7%) qu’un PC (38%). C’est dire l’importance pour une application de se décliner en version mobile. Pour autant, les usages moins ludiques continuent de s’effectuer traditionnellement (ibidem). Pour l’étude de la Bible à mon sens, il est encore difficile de faire l’économie du travail sur le bon vieux PC, ou en bibliothèque avec de vrais livres.

Ce sont ces pensées paradoxales qui guident mon travail sur la version 2 de la web app. Les petits écrans dégradent significativement la richesse d’une application, puisqu’il faut tout condenser, cacher, reléguer. On passe beaucoup de temps à adapter des fonctionnalités qui serviront sans doute peu, puisqu’il est difficile de travailler aisément depuis un terminal aussi restreint.

Compte tenu des usages, je rendrai donc la web app aussi « responsive » (ce terme barbare signifie adaptatif) que possible, étant sous-entendu que si la consultation peut être nomade, l’utilisation optimale doit rester fixe.

Nov 20 17

Collection Clé-Professionnel (Logos)

by areopage

Les Editions Clé s’apprêtent à publier une quatrième collection de ressources pour le logiciel biblique Logos. Ils ont déjà publié un Pack Clé Découverte, un Pack Clé Premier, et les Commentaires MacArthur du Nouveau Testament. Je connais bien les deux premiers packs, et à mon avis ce sont des incontournables. Voici donc le pack « Pro ».

C’est encore une belle addition pour Logos, car quelques ouvrages importants sont intégrés [contenu détaillé] :

  • une édition « reverse interlinear » de Louis Segond (j’ai participé à plusieurs petits livres prophétiques pour cette édition ; j’ignore si ce travail a été repris ici),
  • le dictionnaire grec – français du NT par Carrez,
  • un dictionnaire biblique (Bost) et les notes d’étude de NBS et Colombe,
  • deux commentaires bibliques généraux (du Chercheur, Contemporain),
  • une introduction à l’AT, et deux à la théologie.

Le prix de lancement est fixé à 139 Eur ($165). Il passera prochainement à 165€ ($195).

Quand on voit le prix et le contenu, il y a un mélange d’excitation et de déception. Excitation car la reverse interlinear de LSG, le dictionnaire de Carrez et peut-être le commentaire du Chercheur, sont des outils précieux, surtout pour ceux qui ne maîtrisent pas l’anglais. Et déception car évidemment on en voudrait plus, beaucoup plus.

Le seul dictionnaire biblique intégré est celui de Bost. Et pourquoi pas le Westphal, ou celui de Migne/Calmet ?

Un dictionnaire d’hébreu biblique autre que le Strong aurait été le bienvenu, comme celui de Marchand-Ennery ou pourquoi pas le Sander et Trenel, ou mieux encore, celui de Ph. Reymond, réédité récemment par la SBF…

Pour rappel, ma page « Logos 5 Free Modules Library » fournit 60 modules intégrables à Logos via la fonctionnalité Livres Personnels (explication vidéo). Vous verrez que ma bibliothèque de ressources, qui est entièremeent gratuite, n’a pas grand-chose à envier à ce pack : dictionnaires de grec (Bailly abrégé, Hellemme, Strong, Liddell-Scott abrégé), références encyclopédiques (Westphal, Calmet, Hastings, ISBE, Easton, Fausset, Catholic Encyclopedia, McClintock & Strong, etc.), apparat critique du NT, Pères apostoliques, Pères de l’Eglise, et même Talmud. Sans compter les 23 versions bibliques, dont 11 françaises.

Quand on connaît la multitude des ressources, souvent de qualité, disponibles dans le domaine public, on ne peut s’empêcher d’être un peu déçu par un module « pro » comme celui des Editions Clé. Pour autant, il s’agit en l’occurrence de références principalement récentes et sous copyright. Il n’est donc pas équitable de comparer. Il serait toutefois souhaitable que cet éditeur intègre davantage de ces ressources, formatées de manière professionnelle (oui car mes formatages quoique globalement satisfaisants sont loin du niveau « pro »). Et si d’aventure l’éditeur passe sur cette page, je l’invite à utiliser à sa guise le travail mis à disposition (y compris s’il le revend sous une forme magnifiée).

Ceci étant dit, je vous encourage à vous procurer ce pack. Attention il s’agit encore d’une  précommande, car en dépit de la communication récente autour de sa sortie, il n’est pas disponible au téléchargement à ce jour. Je reviendrai peut-être sur son contenu prochainement.

Pour ceux qui voudraient pousser plus loin avec Logos, d’autres ressources en français – parfois très excitantes ! – sont disponibles ou à l’état de projet (attention pour les projets, patience, patience, cela prend souvent des années et ce n’est jamais garanti) :

Par ailleurs il existe des formations vidéo en français pour apprendre à utiliser Logos : par Stéphane Kapitaniuk (maîtrisez Logos en 30 jours) et par Timothée Minard (édition avancée). Elles paraissent extrêmement intéressantes, et je m’y inscrirai à l’occasion. En effet j’utilise Logos depuis sa version… 2… eh oui tant d’années déjà, et je dois dire que je souscris entièrement à la remarque formulée par un des utilisateurs de ces formations : avec Logos, on a une BMW, mais on s’en sert trop souvent comme d’une 2CV…

Nov 8 17

La Bible du Centenaire (AT 1941-1947, NT 1928-1929)

by areopage

Je rêvais depuis des années de mettre la main sur ces volumes rares et précieux : c’est enfin chose faite, grâce à un lecteur de ce blog, que je remercie vivement. Au volume quatre, consacré au Nouveau Testament, et que j’ai présenté récemment, s’ajoutent donc trois autres volumes pour former un tout complet : I. La Loi, II. Les prophètes, III. Les Écrits, IV. Le Nouveau Testament. De forts beaux volumes en vérité.

Je ne m’étendrai pas ici sur les nombreuses trouvailles qu’il est loisible d’y faire, et des nombreuses curiosités qui en émaillent les pages. Je rappelle seulement qu’il s’agit d’une bible à l’état de l’art de son époque, munie de notes abondantes qui n’ont pas toutes vieillies (dont on retrouve la substance dans des versions bien modernes), et qu’elle présente de surcroît un second appareil de notes concernant l’établissement du texte. Je ne m’arrêterai donc que sur quelques points bien arbitraires…

Sur le texte traduit, les auteurs témoignent d’une surprenante modernité, vol. I. p. VI :

La TRADUCTION est basée sur la comparaison des meilleurs témoins du texte. Cette méthode a prévalu depuis longtemps pour le Nouveau Testament. Mais, en ce qui concerne l’Ancien, c’est, on peut le dire, une nouveauté. Toutes les versions françaises courantes suivent, exclusivement ou à peu près, l’édition hébraïque traditionnelle (massorétique), établie par les rabbins entre le IIe et le IXe siècle après J.-C. Or nous possédons d’autres témoins du texte, qui, dans bien des cas, nous ont conservé des leçons meilleures : le Pentateuque samaritain, les versions grecques, syriaques, latines, les Targoums. Ces diverses sources d’information ont été soigneusement utilisées pour l’établissement de la présente traduction.

Plus loin, les traducteurs s’expliquent sur l’emploi de conjectures, mais jusqu’à un certain point, vol. I. p. XVIII :

En comparant les variantes fournies par les divers témoins et en en appréciant la valeur selon les méthodes critiques ordinaires, on arrive, en général, à retrouver, sinon la teneur même de l’original, du moins un texte plus ancien et plus correct que celui de l’édition massorétique. Quand ni les manuscrits ni les versions anciennes ne fournissent de leçon satisfaisante, on peut assez souvent restituer par conjecture les mots dont l’altération a donné naissance aux variantes en présence. Il est, enfin, des cas où le plus sage est de confesser loyalement qu’il nous est impossible, à l’heure actuelle, de rétablir avec quelque assurance un passage manifestement corrompu. Nous avons alors pris le parti de mettre dans notre traduction des points et d’indiquer en note le sens littéral des mots qui figurent dans l’édition massorétique, et, éventuellement, de ceux que donnent quelques anciennes versions.

L’une des premières instances de cette méthode concerne le texte, quelque peu obscur en effet, de Genèse 4.7. Les autres cas sont nombreux, citons par exemple Cantique des cantiques 6.12, ou Job 23.12,2425.

Sur la méthode de traduction, les auteurs indiquent, vol. I p. VI :

On a visé à donner une traduction scrupuleusement fidèle. On s’est donc gardé d’harmoniser les textes ou d’en déguiser les difficultés. D’autre part, l’on a fait effort pour conserver la couleur et le mouvement de l’original afin de permettre au lecteur moderne d’en goûter la saveur antique et d’apprécier la beauté littéraire qui s’y rencontre fréquemment. Pour la même raison, l’on s’est attaché à rendre la pensée des auteurs en un français clair et actuel, plutôt qu’à décalquer les mots et les phrases des écrivains hébreux.

La forme du nom divin retenue est Yahvé, et expliquée ainsi, vol. I p. XV :

L’usage s’était établi de remplacer dans la lecture de la Bible, certains termes, devenus triviaux, par des synonymes jugés moins crus. Le texte sacré étant tenu pour immuable, les massorètes y laissèrent les consonnes du mot qui ne se lisait plus (du ketib, c’est-à-dire de « ce qui est écrit »), mais écrivirent au-dessous les voyelles du terme qu’il fallait lui substituer dans la lecture (le qeré, « ce qui doit être lu »), les consonnes de ce terme étant indiquées dans une note. Le même procédé fut appliqué à un vocable que les Juifs, dès avant l’ère chrétienne, s’abstenaient de prononcer par respect religieux : le nom propre du Dieu d’Israël, Yahvé. Ils le remplaçaient par un titre divin « le Seigneur » (en hébreu ‘adônay) – c’est ainsi que la version des Septante et la Vulgate traduisent toujours « Yahvé », – ou si le mot « Seigneur » était déjà adjoint au nom Yahvé, par « Dieu » (en hébreu ‘elohîm). Les massorètes, conformément à leurs conventions, laissèrent dans le texte les consonnes « Yahwèh », YHWH, et mirent dessous les voyelles du mot qu’il fallait lire : ‘adonay ou ‘elôhîm, donc a, ô, â, ou e, ô, î. Bien entendu aucun Juif n’a jamais lu Yehowah, ni Yèhowîh. Le nom de Jéhova provient d’une bévue commise par les premiers hébraïsants chrétiens lorsque, au moyen âge on commença, dans l’Eglise, à s’initier à la langue de l’Ancien Testament : ils lurent les consonnes de « Yahwé » avec les voyelles d’Adonaï. La prononciation réelle du tétragramme sacré nous a été conservée grâce aux Samaritains, qui ne partageaient pas les scrupules des Juifs : ils lisaient, nous disent les Pères de l’Eglise, Ἰαβέ, Ἰαβαί, Ἰαή, c’est-à-dire Yahvé. C’est la transcription que nous avons adoptée comme le font depuis longtemps la plupart des ouvrages de science et même certains manuels scolaires.

On y retrouve donc toutes les inepties qui ont perduré jusqu’à ce jour, mais qui commencent à s’étioler sérieusement (voir par ex. ici, ici ou ici).

Je termine par les deux premières pages de la Genèse, pour vous donner une idée plus précise.

 

Oct 27 17

Biblical Hebrew Vocabulary by Conceptual Categories (Pleins & Homrighausen, 2017)

by areopage

Apprendre une langue, c’est d’abord apprendre du vocabulaire. Privilégier la syntaxe sur le vocabulaire conduit à diminuer l’intérêt même de l’apprentissage : car avec une langue nouvelle, on accède à d’autres littératures, d’autres savoirs, d’autres représentations du monde, mais l’on conviendra que cet accès est d’un intérêt douteux si pour comprendre un texte on passe son temps dans les pages du dictionnaire…

En France, les méthodes d’apprentissage du vocabulaire de grec et d’hébreu bibliques sont quasi inexistantes. Quand elles existent, comme j’ai pu en faire mention pour l’hébreu et l’araméen, la méthode ne favorise en aucun cas l’assimilation. Quant aux méthodes, elles n’introduisent généralement que quelques centaines de termes tout au plus, ce qui est très insuffisant.

Il manque donc des méthodes plus rationnelles visant à enseigner le vocabulaire en tenant compte des processus cognitifs : répétition, analogie, dérivation, illustration. Ces quatre biais permettent à mon sens de formuler des concepts, des domaines sémantiques, bien plus propices à la mémorisation qu’un terme choisi sur la seule base de sa fréquence dans un corpus.

Vous remarquerez que dans l’apprentissage des langues modernes (et même anciennes, cf. Bertrand, Guisard & Laizé), on recourt bien évidemment aux domaines sémantiques pour enseigner le vocabulaire. Mais pas pour les langues bibliques, ou si peu.

L’ouvrage de Pleins et Homrighausen, Biblical Hebrew Vocabulary by Conceptual Categories – A Student’s Guide to Nouns in the Old Testament (Zondervan, 2017) tente de répondre, pour partie, à cette lacune. A côté de méthodes traditionnelles fondées sur les fréquences (ex. Van Voorst, Metzger), il existait déjà pour le grec biblique une approche par domaines sémantiques, celle de Wilson & Oden. Depuis quelques mois, on dispose donc désormais d’un outil équivalent pour l’hébreu biblique.

L’ouvrage tient ses promesses. Plus de 175 catégories permettent de parcourir une vaste étendue du vocabulaire d’hébreu biblique. Quand c’est pertinent, les rubriques commencent par les termes généraux avant d’aborder les termes plus spécifiques. Chaque entrée renvoie à une référence scripturaire à titre d’illustration. Les définitions sont simples et précises, et les auteurs signalent les termes hapax (H) ou peu fréquents (<10x) de manière discrète (R). Quand le sens est débattu, un renvoi aux meilleures études disponibles est effectué (le DCH, le SDBH, ainsi qu’une multitude de monographies ou articles spécialisés). C’est d’ailleurs le point fort de ce manuel : il est récent, et bien renseigné. Quelques appendices complètent le tout : le premier (pp.143-147) est un guide pour des lectures complémentaires. Thème par thème, les références bibliographiques principales sont mentionnées (il manque toutefois le récent Daily Life). Le deuxième (pp.148-150), assez court, mais qui a dû représenter une belle somme d’investigations, recense, thème par thème là-encore, les passages bibliques proposant la plus belle concentration de vocabulaire pour un concept donné. Deux indexes clôturent l’ouvrage : termes hébreux (pp.151-164), et index scripturaire (pp.165-176). La bibliographie quant à elle est placée en début de volume (pp.22-26), et recèle quelques perles. L’ouvrage n’est pas bien épais, mais, à mon avis, relativement efficace, pour peu du moins qu’on se donne la peine de l’aborder avec méthode.

Comme on le constate d’emblée avec son sous-titre – A Student’s Guide to Nouns in the Old Testament -, l’ouvrage fait le choix de ne lister que les noms communs de l’Ancien Testament, ce dont les auteurs se justifient ainsi (extrait) :

The choice in this book has been to focus on nouns over verbs. We occasionally note participle forms that are used as nouns, and we sometimes note verbs when they seem key to the semantic field as an assistance to the student. Too often « objects » are underplayed when teaching students biblical grammar. Understandably, biblical language instruction emphasizes the Hebrew verb, primarly due to its many stems and the seemingly endless numbers of weak verbs. Unfortunately, however, when elementary grammar study comes to a close, the lack of an extensive exposure to nouns quickly leads to frustration for the student reader and ends in many wasted hours leafing through the lexicon. Our philosophy is that an ancient child did not need a dictionary to learn to read Hebrew and neither should you. (Dictionaries are for reference, not for language acquisition.) This book tries to imitate something of the immersive quality of genuine language learning by gathering words that would normally occur together in a given lexical moment. A volume built on nouns can aid students in their acquisition of verbs. Certainly, because of the close tie between verbal roots and nouns in Biblical Hebrew, it is in principle possible to construct a topical book using verbs instead of nouns. But nouns, because they can be pictured, are generally more memorable of the two. (p.19)

Même si l’on peut regretter l’absence d’un manuel plus complet, l’argument se tient. Des choix sont forcément nécessaires, au risque de décourager le novice. Proposer à un étudiant de mémoriser les 9980 termes figurant dans l’Ancien Testament (cf. Andersen & Forbes), ce n’est peut-être pas raisonnable. Si les auteurs n’avaient retenu que des verbes, l’intérêt de la méthode en serait certainement fortement diminué. Le système triconsonantique (contestable au demeurant, cf. Sibony, Bohas) est tout sauf intuitif, et par la nature plus restreinte des combinaisons possibles, de nature « discriminante » moins évidente, et donc plus difficilement mémorisable…

Il reste que, comme d’autres manuels, la méthode Pleins & Homrighausen présente quelques désagréments. Le premier tient à l’aridité. Les listes s’enchaînent et se ressemblent. On passe d’une sous-catégorie à l’autre sans relief. Si les catégories et sous-catégories sont dans l’ensemble bien pensées d’un point de vue conceptuel, aucun subterfuge ne vient égayer, exciter et favoriser la mémorisation. Ce qui conduit au deuxième désagrément qui est lié : la mémorisation passant par l’analogie, la dérivation, l’illustration ou encore l’exemple, ont peut regretter l’absence de synonymes, de dérivés, de visuels ou encore de citations. Plus encore serait souhaitable le recours aux idiomes, aux expressions idiomatiques, pour faire état non pas seulement des acceptions, mais aussi des usages.

Autrement dit le vocabulaire s’acquiert mieux, à mon avis, dans un contexte global : lexème, synonymes du lexème, emplois du lexème dans des exemples percutants (et la Bible dispose d’un répertoire quasi infini d’exemples percutants !), expressions métaphoriques ou idiomatiques, différents dérivés (pour mémoriser plus de mots avec un effort minimum), et pourquoi pas équivalents grecs… auxquels on ajouterait répétitions dans d’autres concepts connexes, et d’autres contextes.

C’est la faiblesse de cette méthode : catégories et listes de mots sont assurément le point de départ fondamental. Il faudrait y ajouter de quoi retenir l’attention : des exemples, du contexte. Mais malgré cette faiblesse, il faut saluer cette méthode, qui sans doute ouvre la voie. J’ajouterais – excusez la lapalissade – que c’est en anglais. Dans les études bibliques, on s’est habitué bon gré malgré à se passer quand il faut de la langue de Molière. Gageons toutefois qu’apprendre une langue par le biais d’une autre langue, ce n’est pas idéal…

Occasion m’est ainsi donnée de signaler que je travaille – depuis des semaines et des mois – sur un projet de Vocabulaire de grec biblique visant précisément à répondre à la lacune méthodologique de l’apprentissage du vocabulaire de grec biblique (NT, et en partie LXX) pour le public francophone. J’admets que le projet est ambitieux, mais son intérêt est évident : il n’y a tout simplement pas de méthode !

J’ai pris le parti d’introduire tout le vocabulaire du NT. L’entreprise est donc gigantesque dans la mesure où il faut classer l’ensemble du corpus par catégories, sachant qu’un vocable donné peut se retrouver dans plusieurs catégories. J’ai aussi décidé d’indiquer, aussi souvent que nécessaire, les synonymes, les dérivés, les expressions idiomatiques et les versets emblématiques. Chaque section se termine par les équivalents hébreux, pour tisser des liens entre le monde du NT et celui de l’AT. Des références bibliographiques sont disponibles quand il s’agit des realia de la vie quotidienne. Où l’on perçoit ainsi qu’appendre le vocabulaire, c’est appréhender la civilisation. Pour couronner le tout, j’inclus des visuels tirés de manuels plus ou moins vintage, visant à frapper l’esprit, et stimuler la mémorisation.

Je vous propose de découvrir une rubrique : Fontaine, Vocabulaire de grec biblique 6. Habitat, constructions.

Oct 15 17

Bible Parser 2015 : v.739

by areopage

La mise à jour 739 de Bible Parser 2015 sort ce jour et introduit quelques nouveautés.

1. Informations pour le chapitre en cours

Cliquez droit sur le bouton Thèmes Bibliques pour découvrir ce nouvel outil. Vous y trouverez :

  • un encart avec l’auteur (rédacteur) du livre biblique, la date de composition (points de vue « minimaliste » et « maximaliste »), le corpus (canon juif et canon protestant), ainsi que le nombre de chapitres et versets ; il est possible de cliquer sur l’auteur pour consulter les Références françaises

  • la péricope dans son contexte : selon les cas, l’outil indique généralement les péricopes qui précèdent et suivent le passage en cours ; possibilité de consulter les passages en question

  • les visuels pour tout le chapitre en cours

  • les citations ou allusions AT/NT opérées dans le chapitre en cours (le verset en question peut être consulté, ainsi que la citation/allusion afférente)

  • les mots rares du chapitre : tous les moins figurant 20x ou moins, avec informations au survol (définition, occurrences) et possibilité de lancer le Dictionnaire linguistique

  • les hapax legomena : liste des mots ne figurant qu’une seule fois dans le NT

  • pour les synoptiques : accès à des informations de base

 

 

Cet outil permet donc de prendre un peu de hauteur : contexte immédiat, style, sujets abordés (les visuels et les citations orientent bien vite la recherche).

Il n’a pas été simple de fixer des dates pour la composition des différents livres, tant les désaccords sont nombreux et profonds. Je me suis fondé sur de nombreuses références (encyclopédies, bibles d’étude et introductions principalement), avant d’harmoniser le tout, en m’aidant grosso-modo de la page Datation de la Bible de Wikipédia, qui en vérité fait une bonne synthèse de la cacophonie ambiante. Les données restent sujettes à modification le cas échéant. Il en a été de même pour les auteurs, à ceci près qu’en cas d’absence de position claire je m’en suis tenu à la position traditionnelle.

Et l’outil a vocation à fournir d’autres informations du même type.

2. Nouveaux modules

A côté de ce nouvel outil se greffent 4 versions bibliques supplémentaires : Berean Greek Bible, Berean Study Bible, Berean Literal Bible et Berean Interlinear Bible. Pour en savoir plus.

De leur côté, les Commentaires accueillent une nouvelle référence, Daniel-Rops, La vie quotidienne en Palestine au temps de Jésus : les 1475 versets cités dans ce manuel des plus passionnants sont indexés. Cliquez et Bible Parser ouvre le chapitre dans lequel figure la note en question. Pour activer ce nouveau commentaire, rendez-vous dans Options > Préférences générales > Personnaliser les commentaires.

  

3. Recherche lemmatique / français

Désormais Bible Parser effectue une requête via Request Builder lorsque vous sélectionnez une portion de texte (LSG uniquement) pour lancer une recherche lemmatique (en cliquant droit sur la loupe Recherche).

Cette méthode est bien plus efficace et plus rapide que la précédente.

Pour télécharger gratuitement la mise à jour : v.739

Enfin, petit gadget qui concerne le web app, il est désormais possible de placer un raccourci sur votre Bureau, avec l’icône associée (du moins sur iPhone et iPad ; systèmes Android non testés).

   

Sep 22 17

La Bible du Centenaire (NT, 1929)

by areopage

La Bible du Centenaire n’est guère facile d’accès. Elle n’en est que d’autant plus intrigante. Elle devait paraître initialement pour 1918, à l’occasion du centenaire de la Société Biblique Protestante de Paris, fondée en 1818. Mais son élaboration a pris plus de temps que prévu. Commencée en 1911, elle n’a été achevée qu’en 1947. Ses objectifs étaient ambitieux : il s’agissait de tenir compte de tous les témoins du texte, produire une traduction n’occultant pas les aspérités du texte, le tout assorti de notes abondantes et d’introductions détaillées. Ce fut Alfred Lods qui fut en charge de l’Ancien Testament, et Henri Monnier du Nouveau.

Si l’entreprise était ambitieuse, et si elle a pris plus de temps que prévu, elle n’en a pas moins relevé le défi qui était le sien.

De sérieux efforts sont faits pour rendre en français les caractères spécifiques des écrivains bibliques, en particulier quand il s’agit de poésie. Des introductions substantielles, des notes historiques, géographiques, archéologiques, fournissent tous les éclairages que peut fournir la science biblique du moment. La Bible du Centenaire, si elle ne connaît pas une large audience, ouvre cependant des voies nouvelles en ce qui concerne la traduction et les annotations. Les Bibles qui paraîtront ultérieurement bénéficieront de cette entreprise exceptionnelle menée par des spécialistes protestants francophones. (Delforge 1991 : 275-276).

Ainsi s’exprime Frédéric Delforge sur cette version. Il ajoute qu’elle n’a jamais eu d’édition populaire, ce qu’explique par ailleurs Daniel Lortsch :

Cet immense ouvrage, fruit d’un labeur considérable mené par des hommes compétents, n’a guère eu de succès. Evidemment les quatre gros volumes sont mieux à leur place dans une bibliothèque spécialisée que dans les mains du lecteur moyen et ne sont pas à la portée d’une bourse modeste. On aurait pu en faire paraître une édition à plus petit format. En réalité l’ouvrage était probablement trop savant pour le lecteur moyen, et surtout il se heurtait à la méfiance des croyants évangéliques, en particulier à cause de ses notes souvent libérales. (…) Il faut ajouter cependant que les traductions ultérieures ont pu bénéficier de ce qu’il y avait de bon dans cette entreprise, qui ne se solde donc pas uniquement par un échec. (Lortsch et Nicole 1984 : 247-248)

Les vues parfois libérales exprimées dans les notes, et le format très onéreux, ont sans doute eu raison de cette entreprise considérable, « dans l’ensemble très fidèle » (Lortsch). Alfred Kuen précise que cette version « a servi de modèle à la Bible de Jérusalem et à la T.O.B. » et qu’elle est « malheureusement (…) devenue introuvable » (Kuen 1996 : 37). On trouve d’autres détails intéressants sur cette version dans l’ouvrage dirigé par Bogaerts, Les Bibles en français du Moyen Âge à nos jours (Brepols, 1997 : 184-185), notamment la liste des collaborateurs et les livres bibliques qui leur ont été confiés.

C’est bien en raison de l’édition populaire du Nouveau Testament seul, chez Payot en 1929, qu’une partie de cette entreprise a pu être connue du grand public.

J’ai en mains l’édition « maniable » du NT, qui est déjà un beau volume (270 x 180 mm), et je dois dire que, sans être tout feu tout flamme, en raison spécialement de quelques mots un peu vieillis çà et là, je suis très agréablement surpris par la haute tenue de la traduction, par ses tours généralement heureux y compris dans les portions difficiles, et bien sûr par ses notes précises, souvent amples, et qui justifient de manière sereine et argumentée les prises de position. Certaines d’ailleurs surprennent par leur audace.

Au commencement était le Verbe. Le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était un être divin. (Jean 1.1)

D’aucuns jugeront la traduction « libérale », pour ma part je la trouve simplement honnête et exacte, pour des raisons dont je me suis déjà expliqué (12, et 3). On notera au passage qu’en 1.18 la leçon ὁ μονογενὴς υἱὸς est préférée à l’assez douteuse ὁ μονογενὴς θεὸς.

Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu’à maintenant, le Royaume des cieux est pris par violence, et les violents s’en emparent. (Matthieu 11.12)

Là-encore la traduction est précise, et n’introduit pas de parti-pris. La note g précise par contre que le locus est obscur, et que trois explications peuvent être avancées. Je trouve cette note d’une concision et d’une efficacité remarquables. La dernière explication, peut-être celle plus spécialement préférée par les traducteurs, est celle qui me paraît plus clairement étayée dans le contexte immédiat de Matthieu (mais sens différent chez Luc ; cf. 1, 2, 3).

Vous aurez peut-être remarqué les lettres « P » et « S » en marge : il s’agit d’un système commode indiquant par M, les passages qui se trouvent aussi dans Marc, P, qu’il est particulier à l’évangile en cours, et S qu’il appartient à une source commune à Matthieu et à Luc. D’autres notes indiquent les citations de l’AT (avec la lettre G si la citation est conforme à la Septante contre le texte massorétique).

(…) les patriarches, et dont Christ est issu, selon l’ordre naturel. Que le Dieu qui est au-dessus de toutes choses soit à jamais béni ! Amen. (Romains 9.5)

Les doxologies pauliniennes ne sauraient être invoquées pour étayer le moindre soupçon trinitaire. Chez Paul, la gloire du Père est toujours prééminente, et Jésus en est le dispensateur ou l’intermédiaire de prédilection. Certes Paul n’hésite pas à faire du Christ un être divin auquel est confié le nom au-dessus de tout nom (Philippiens 2.6,9) mais c’est à la gloire de Dieu, le Père (Philippiens 2.11). Cette « gloire du Père » est récurrente sous « sa » plume (ex. Romains 6.4, Éphésiens 1.17, Philippiens 4.20 ; Romains 4.20, 15.7, 16.27, 1 Corinthiens 10.31, 2 Corinthiens 4.15, Philippiens 1.11, 2.11, 1 Timothée 1.17). A mon sens, défendre que Christ est « Dieu au-dessus de toutes choses » est une aberration. Une lecture même rapide des passages précités, à la lumière de 1 Corinthiens 15.27-28, devrait suffire à s’en convaincre.

Ici donc Goguel et Monnier ne sont donc pas si subversifs ou libéraux qu’on pourrait croire. Ils rendent compte du texte, en essayant de ne pas trahir le sens, du moins le sens tel qu’ils le comprennent. C’est une illusion de penser qu’il y aurait d’un côté, le parti-pris, et de l’autre, une pure objectivité. Pour traduire, il faut déjà comprendre le texte. Cette compréhension passe par une nécessaire interprétation. Et cette interprétation passe dans la reformulation finale dans la langue cible (ex. Kuen 1996 : 81-82).

Lui qui avait une forme divine, il n’a pas considéré l’égalité avec Dieu comme une proie à saisir. (Philippiens 2.6)

Pour avoir travaillé plusieurs années sur ce verset (Fontaine 2010), je sais combien son interprétation, et donc sa traduction, est délicate. Mais quand c’est difficile, il faut rester dans son bon sens, examiner le contexte parénétique immédiat, la nature du morceau, sa provenance éventuelle, son substrat réel ou fantasmé. Deux interprétations diamétralement opposées s’opposent, qui ont toutes deux de bons arguments. D’un côté Christ qui ne se prévaut pas de son égalité avec Dieu. Il faut alors expliquer la nature de sa kénose, et son exaltation. Et là, mieux vaut ne pas être un idiôtês (cf. Actes 4.13) ! De l’autre côté, Christ, « en forme de Dieu » car il partageait sa condition et même sa nature, n’a pas cherché à s’accaparer l’égalité (de traitement, d’honneur) avec Dieu, et s’est humblement anéanti sans chercher de gloriole… A l’examen, les justifications sémantique (une expression idiomatique inexistante) et théologique (en fait Christ, ne se départit de sa nature nature divine… dans sa nature humaine) de la première hypothèse sont aussi suspectes que déficientes. Il faut lire le texte dans son sens le plus obvie. Pour ces raisons, je trouve particulièrement réussie la note f, qui résume en quelques phrases ce très vaste sujet… et ce avec une déconcertante sérénité.

(…) Ce fut à Antioche que les disciples furent pour la première fois appelés chrétiens. (Actes 11.26)

Dans ce verset encore, la traduction est sobre, et la note donne les détails utiles à son intelligence, en rappelant que ce n’est pas une providence divine (TMN et quelques autres) qui est à l’origine de ce nom de « chrétiens », mais un « sobriquet ironique » (cf. Fontaine 2007 : 215-216).

Vous l’aurez compris, les notes ne sont pas le moindre des mérites de cette version, et j’ajouterais que les introductions ne dépareillent pas non plus l’ensemble. La présentation elle-même fait sens : ainsi le pericope adulterae est-il relégué, à part, après l’évangile de Jean (p.176) et le chapitre 8 de Jean commence ainsi plus naturellement par le « verset 12 ». Ou bien le chapitre 21 est clairement signalé pour ce qu’il est, un « appendice » (p.174). Ou encore la finale de Marc est-elle restituée aussi abruptement que telle qu’elle est dans la plupart des manuscrits.

Ces quelques exemples ne font sans doute pas pleine justice à cette version. Elle est savante par ses notes, et précise dans son texte. Peut-être un peu plus « exigeante » que la moyenne : son côté « libéral » interpelle sans doute davantage le lecteur en lui évitant de s’assoupir dans la routine. Le lecteur peut alors éprouver ce en quoi il croit, comme le préconise 1 Corinthiens 13.5 : Ἑαυτοὺς πειράζετε εἰ ἐστὲ ἐν τῇ πίστει, εἁυτοὺς δοκιμάζετε.

Je me désespère de mettre la main sur les volumes de l’AT. Introuvables, a prévenu Kuen. Bon, si on met la main à la poche, il y a moyen en fait. Plutôt qu’introuvable, je dirais plutôt inaccessible. Hélas !


Je profite de l’occasion pour signaler une nouvelle version de Bible Parser, la v.738.

La principale nouveauté concerne une nouvelle rubrique « Mots apparentés » dans les Dictionnaires linguistiques grec et hébreu.

  

L’outil permet de repérer des synonymes complémentaires.Il permet de surcroît de lancer directement une recherche dans les Références françaises et anglaises.

Cela n’a l’air de rien, mais je suis persuadé que cela vous permettra non seulement d’utiliser davantage ces deux précieux outils, mais aussi bien plus facilement.

Pour l’anglais, il vous épargne pour le coup la traduction, et vous suggère souvent plusieurs termes.

  

 

Ces mots apparentés sont disponibles pour les deux langues. Pour le grec toutefois, un encart supplémentaire est généré, puisque Bible Parser dispose du WoodhouseEnglish – Greek Dictionary – A Vocabuly of the Attic Language (1910). Il consulte donc directement le mot anglais approprié. Si plusieurs sont possibles, ils sont tous restitués. Et là vous pourrez découvrir d’autres synonymes, ou comprendre l’écart de sens entre le vocabulaire attique et celui de la koinè.

 

Au menu de la version 738, des bugs corrigés bien sûr (navigation et audio surtout), de nouveaux commentaires, de nouveaux visuels, de nouveaux ouvrages dans la Bibliothèque, et une légère amélioration des Introductions dans Exégèse.

Autre petit gadget, mais qui crée du lien entre les passages, la gestion des personnages a été améliorée : Bible Parser reconnaît de nombreux personnages, et sait dissocier les homonymes les plus notoires.

   

    

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