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Fév 20 17

van der Meer, Formation and Reformulation: The Redaction of the Book of Joshua… (Brill, 2004)

by areopage

M. van der Meer met généreusement en ligne son volume Formation and Reformulation: The Redaction of the Book of Joshua in the Light of the Oldest Textual Witnesses (Brill, 2004), qui est une édition minorée et révisée de sa thèse de 2001. Il s’agit de déterminer si les plus anciens témoins du livre de Josué reflètent un état de formation du livre antérieur au texte massorétique. La réponse est globalement non, et l’auteur soutient que bon nombre des différences procèdent d’une volonté de reformuler, harmoniser voire interpréter le texte.

The main question has been that of the possibility of recovering part of the formation process of the book preceding the stage now standardised in the Masoretic text, on the basis of the oldest textual vitnesses to that book, 4QJoshuaa and LXX-Joshua. The answer to this question is a negative one, as far as those parts of Joshua are concerned that have been examined extensively in this study (Joshua 1, 5, and 8). The conclusion of this research must be, that these ancient witnesses do not attest to thre process of formation preceding the edition of the book of Joshua as preserved in MT, but to the preocess of interpretation, harmonisation and reformulation of that version (p.523). (…) Of the textual witnesses, the version attested by MT is closest to the final stage of the literary formation of Joshua (p.533).

Les conclusions sont assez péremptoires, et il faut les nuancer en soulignant qu’elles sont loin de faire l’unanimité (cf. Garcia Martinez, p. 148). Il faut donc prendre cette thèse avec précaution (cf. McKenzie):

Van der Meer work provides a reminder to textual critics of the need to be sensitive to the possibility of interpretive and stylistically motivated renderings on the part of the LXX translators.

Pour en savoir plus : De Troyer | Garcia-Martinez | McKenzie | van der Meer

Fév 10 17

Découverte d’une douzième grotte à Qumrân

by areopage

Fragment d’un rouleau vierge trouvé sur le site.

Une nouvelle grotte vient d’être mise au jour dans le désert judéen, sur le site qui avait livré les fameux « manuscrits de la mer Morte » à la fin des années 40 : cette découverte exceptionnelle fait suite à une initiative d’envergure menée par l’Université hébraïque de Jérusalem et l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA) pour procéder à une fouille systématique du secteur, opération baptisée du nom évocateur Operation Scroll, et qui vise surtout à devancer les pilleurs.

  

La cave a déjà livré des fragments de poterie, de textiles, un fragment de rouleau vierge prêt à l’emploi, des lames de silex, et d’autres signes d’occupation. Hélas, des pilleurs ont devancé les archéologues et pour l’heure la grotte, qui devait sûrement contenir de précieux manuscrits, n’en a livré aucun…

This is one of the most exciting archaeological discoveries, and the most important in the last 60 years, in the caves of Qumran. – Dr. Oren Gutfeld (archéologue de l’Université Hébraïque)

The important discovery of another scroll cave attests to the fact that a lot of work remains to be done in the Judean Desert and finds of huge importance are still waiting to be discovered – Israel Hasson (directeur général de l’IAA)

Le genre de pillage dont témoigne l’état de la grotte Q12 pourrait expliquer l’apparition, de temps à autre, de nouveaux fragments de provenance inconnue, comme je m’en suis fait l’écho il n’y a pas très longtemps. Ce qui fait dire au président de l’IAA :

We are in a race against time as antiquities thieves steal heritage assets worldwide for financial gain. The State of Israel needs to mobilize and allocate the necessary resources in order to launch a historic operation, together with the public, to carry out a systematic excavation of all the caves of the Judean Desert.

 

Pour en savoir plus : Hebrew University of Jerusalem – Hebrew University Archaeologists Find 12th Dead Sea Scrolls CavetheLab (Logos Academic Blog) | Sci-News – Qumran Cave 12 : New Dead Sea Cave DiscoveredHa-Aretz : Archaeologists find 12th Dead Sea Scrolls Cave with everything inside but scrolls | Science et Avenir : Manuscrits de la mer Morte : une nouvelle grotte découverte à Qumran

Fév 7 17

La Grande Bible de Tours (Bourassé et Janvier, 1866)

by areopage

Bible Parser 2015 et Bible Parser Web App viennent d’intégrer une nouvelle version biblique française, La Sainte Bible de Bourassé et Janvier, dite Grande Bible de Tours. Notice de F. Delforge 1991 : 256 :

En 1843 paraît à Tours, chez Alfred Mame et Fils, La Sainte Bible, « traduction nouvelle selon la Vulgate par MM. J.-J. Bourassé et P. Janvier, chanoines de l’Eglise métropolitaine de Tours », en deux volumes, avec l’approbation de l’évêque de Tours. Le chanoine Jean-Jacques Bourassé enseigne au séminaire de Tours. Passionné d’archéologie et d’études bibliques, il se consacre à traduire la Bible à partir de la Vulgate, avec l’aide de son collègue, le chanoine Pierre-Désiré Janvier. Leur traduction, qui se lit facilement et agréablement, peut devenir un ouvrage populaire. Mais elle ne sera vraiment connue que par une nouvelle édition, en 1865, chez les mêmes éditeurs, 2 vol. in-folio de 420×300 mm. L’ornementation de cet ouvrage de luxe est du à H. Giacomelli. Gustave Doré (1832-1883) en exécute les dessins, ce qui en fait une oeuvre exceptionnelle, autant oeuvre d’art que version des Ecritures. Les cinq éditions connaissent le même succès; Le Nouveau Testament de Bourassé et Janvier paraît à Tours, chez Mame, in-18, en 1968. Il est réédité plusieurs fois.

Cette traduction s’est surtout distinguée pour le luxe de son édition que pour sa traduction. Certains pourtant la trouvèrent réussie : ainsi, M. Douen, qui déclara (Lortsch 1984 : 203) :

Cette traduction se distingue par la clarté, la limpidité du style.

L’édition comporte plus de 4000 notes.

 

Pour en savoir plus : Bogaert dir., Les Bibles en français (1991 : 200-201) | F. Delforge 1991 : 256 | Lortsch 1984 : 202-203

Copyright sur le texte informatique : Laurent SOUFFLET – 2016 (avec son aimable autorisation). Merci également à Yves Pétrakian pour son aide.

Fév 6 17

Formation and Significance of the Biblical Christian Canon (Bokedal,2015)

by areopage

J’avais acheté cet ouvrage de Tomas Bokedal simplement pour son chapitre 3 sur les nomina sacra, « The nomina sacra : Hightlighting the Sacred Figures of the Text » et sachez que cette partie de l’étude est désormais généreusement mis en ligne par son auteur. Mais au-delà du chapitre, tout l’ouvrage est particulièrement intéressant : Tomas Bokedal, The Formation and Significance of the Christian Biblical Canon – A Study in Text, Ritual and Interpretation (Bloomsbury, 2015).

Bokedal aborde la question du point de vue de la canonisation des Écritures et montre qu’il s’agissait de marquer visuellement une dévotion théologique clairement identifiable : par ces symboles, les chrétiens signifiaient clairement la nature chrétienne d’un document, tant pour le Nouveau Testament que pour l’Ancien.

(…) the system added an unmistakable Christian stamp to the texts containing them, especially as the scribal pattern for using the demarcations became relatively standardized and recognizable throughout the text corpora forming the New Testament. Most significantly, the scribal practice embraced both what came to be labelled the ‘Old’ and ‘New Testament’ writings – and thus textually-editorially placing old (the OT) and the new (the NT) Christian Scripture on a par from early on (p.84, je souligne)

La première section « General usage of nomina sacra in the biblical manuscripts » est l’occasion de rappeler quelques généralités et hypothèses : les quatre premiers termes à avoir été l’objet de cette pratique sont Jésus, Christ, Seigneur et Dieu, et l’usage est manifestement lié à la réflexion théologique des premiers chrétiens, avec un lien évident avec la révérence due au nom divin dans les écritures juives (p.85-86).

(…) finding a Christian identity in Jewish scribal treatment of the divine Name (p.86) (…) The relatively consistent Christian usage of the nomina sacra from the  first to fifteenth centuries meant that the Jewish practice of giving only the Tetragrammaton, YHWH, special graphic treatment in the biblical texts, from early on was modified by the church. (p.86-87)

Bokedal tente de lier cette pratique assez uniforme à une christologie élevée dès les temps primitifs (il cite notamment Bauckham, p.87 n13), mais ce faisant il néglige, sans explication ni arguments à ce stade, une piste non négligeable, que lui fournit pourtant Howard qu’il cite en note 12 p.87. De même, certaines références scripturaires sont prises à témoin avec une exégèse un peu rapide à mon sens : ainsi Philippiens 2.9-11 ou Jean 5.23 sont-ils invoqués pour appuyer l’idée selon laquelle : « God cannot be spoken of or honoured except by means of reference to Jesus » (p.87) et d’embrayer immédiatement sur une idée encore plus forte, mais qui n’est toujours pas liée aux arguments produits : « As Hurtado recently put it: `Early Christians thought God demanded Jesus worship` ».

Dans la section suivante, « Frequency of nomina sacra in the earliest manuscripts » (p.88), Bokedal soutient que la pratique est d’origine chrétienne plutôt que juive (car la thèse de l’origine juive a souvent été défendue) et qu’il ne visait ni un gain de temps, ni un gain d’espace, contrairement à des usages proches de l’époque, juifs ou hellénistiques (p.88). On trouvera certainement un peu cocasse la mention, p.90, « The suprascript line above the contraction had the function of drawing the reader’s attention – a warning that the word could not be pronounced as written (due to the strange letter sequence). » Cela ne vous rappelle-t-il rien ?

Dans la rubrique « Nomina sacra and canonization », Bokedal ressert le cadre chronologique en précisant que les quatre termes initiaux – Jésus, Christ, Seigneur et Dieu – ont du devenir noms sacrés dans un milieu judéo-chrétien pas plus tard qu’à la fin du premier siècle – début du second – avec une cohérence de 90% dans les manuscrits de cette période (p.91-92). Pour Bokedal donc, cet usage a eu cinq effets notoires sur le processus de canonisation des Écritures : 1. identifier graphiquement le tétragramme (en grec les termes Dieu et Seigneur) avec les termes Jésus et Christ, à l’origine d’un « binitarian pattern of deveotion » (p.92), 2. marquer le caractère chrétien des Écritures aux yeux de la synagogue, 3. affirmer l’unicité des Ecritures, 4. faire émerger une sorte de crédo (« embryonic creed of the first Church », p.93),  5. confronter pour ainsi dire les documents chrétiens aux documents juifs (ce dernier point est  moins clair : peut-être Bokedal veut-il dire par-là une définition de l’identité par l’opposition à la synagogue, ainsi que je l’évoque dans mon P52, p.30).

A l’intertitre, « On the origin of the nomina sacra : Three major models », Bokedal aborde ensuite les sempiternelles hypothèses entourant les origines de ce procédé, et s’en tient à celles de Hurtado qu’on pourrait résumer ainsi : une origine chrétienne, avec pour terme initial, Jésus (p.94) – ce qui me paraît pour le moins douteux (pour les raisons invoquées par Howard cité ibidem).

Puis vient le lien avec le nom divin « The Tetragrammaton and the nomina sacra » (pp.97-100). Et l’on colle toujours à Hurtado, puisqu’il s’agit maintenant d’expliquer pourquoi les termes Seigneur et Dieu seraient venus par la suite… Accrochez-vous, car c’est un peu laborieux. Il y a certainement des considérations valables, et intéressantes, mais elles ne me paraissent pas imposer que le terme Jésus ait été le premier de la liste.

Bien au contraire, les événements se comprennent d’autant mieux qu’on postule (pour ainsi dire, mais en réalité les faits parlent d’eux-mêmes) un empreint à la pratique juive d’écrire le tétragramme en paléo-hébreu au sein du texte grec (ou hébreu carré, ou très rarement transcrit plus ou moins heureusement) – tétragramme que l’on ne prononçait pas comme il était écrit… Autrement dit : יהוה était écrit pratiquement tel quel dans les manuscrits grecs de la Septante, mais l’on disait Adonay en hébreu… et Kyrios en grec. Que les Chrétiens, en mettant la main sur la Septante, n’ait point voulu reprendre la pratique d’écrire en hébreu le nom divin, c’est un point dont on peut débattre en l’état actuel de notre documentation. Ce qui est certain, c’est qu’ils ont très rapidement utilisé des nomina sacra, procédé tout aussi curieux et homogène que pouvait l’être l’usage juif entourant le nom divin, un usage curieux mais homogène. C’est ainsi que l’on passe naturellement d’une pratique juive à une pratique chrétienne. Vouloir placer Jésus au centre dès la première heure me paraît prématuré : les judéo-chrétiens ont d’abord distingué Dieu (YHWH, Jéhovah) de Jésus, clairement et nettement. Peut-être en recourant, pour les premiers documents produits, à l’usage en hébreu du nom divin. Mais cet usage juif – cet usage trop juif en une époque d’opposition et d’auto-définition (cf. p.108) – n’avait rien pour plaire et il a ensuite été remplacé par une innovation bien sentie, les nomina sacra.

Ce scénario me paraît bien plus logique que celui proposé par Bokedal, et pour l’étayer, il n’est que de recourir au témoignage même des rabbins auquel Bokedal se réfère : les règles entourant la destruction des documents chrétiens avec les « mentions » qu’ils contenaient – les « mentions » du tétragramme (cf.p.109). Mais Bokedal va trop loin, et se demande même si ces « mentions » ne seraient pas, tout bonnement, des nomina sacra (p.110)… A l’appui de l’allégation hasardeuse, un argument des plus douteux : pourquoi un pluriel plutôt qu’un singulier ?

Je n’en dirai pas plus. L’ouvrage de Bokedal est assurément intéressant et éclairant à bien des égards. Ce chapitre en est un peu le clou, car les nomina sacra sont certainement un facteur important dans le processus de canonisation des écrits sacrés chrétiens. Les faits sont assez clairement exposés, mais le scénario pour les expliquer reste discutable, car peu naturel et peu logique. J’encourage néanmoins sa lecture car c’est un résumé bien documenté d’un sujet important.

Pour aller plus loin : Nomina sacra et Septante : qui et quand ? | Paap, Nomina sacra in the Greek papyri of the first five centuries A.D. | Le nom divin dans les premières copies de la Septante |  Ιαώ, θέος, κύριος ? Le Nom dans la LXX « originale » | La Septante, κύριος et יהוה : L.Hurtado ou la ré-hébraisation du monde gréco-romain | Romains 10.13 : Quiconque invoque le nom de… | Retrancher à l’Ecriture ?

 

Fév 4 17

Sommes-nous des sardines ?

by areopage

La Russie n’est pas connue pour être la patrie des droits de l’homme : en matière de liberté de culte, elle ne dément pas sa réputation, et la situation semble se dégrader de jour en jour.

Jan 31 17

Comparatif des quatre meilleurs logiciels bibliques (Minard, 2017)

by areopage

Timothée Minard a mis à jour il y a quelques jours son comparatif des quatre meilleurs logiciels bibliques pour l’exégèse : Accordance 12, Bible Parser 2015, BibleWorks 10 et Logos 7. J’ai déjà eu l’occasion de parler de ce comparatif (ici et ici), qui est à la fois unique en son genre et excellent. Cette troisième mise à jour, qui tient compte des dernières nouveautés des quatre logiciels respectivement, ne déroge pas à la règle : présentation claire et bien renseignée (et de surcroît très agréable à consulter). Je constate que Bible Parser y a gagné quelques points… pour ses améliorations en termes de critique textuelle, et de compatibilité.

Je suis d’accord sans réserve sur toutes les analyses et conclusions de Minard. J’ajouterai seulement quelques points (non pas qu’ils soient absents du comparatif mais parce que ce sont les points qui me viennent le plus naturellement à l’esprit) : Logos 7 est vraiment un logiciel exceptionnel, et agréable à consulter. Il vaut largement d’investir petit à petit. Par contre il faut une machine très puissante, et l’application mobile n’est pas terrible pour les langues bibliques (trop longue, et concrètement peu utile). Accordance est aussi un logiciel biblique remarquable, mais il est moins spectaculaire que Logos, à mon sens plus cher, et plus sujet aux ratés (eh oui il n’y a pas que Bible Parser qui a des bugs). Par exemple depuis que j’ai acheté – à grand-frais pour ce que cela représente – la version 12, plus rien ne fonctionne (ouverture, puis fermeture inopinée dès la moindre manipulation). Je n’ai pas eu l’occasion encore de contacter le support, mais à titre de comparaison, Logos qui m’accompagne depuis sa version 2 ne m’a jamais fait ce genre de coup… A décharge, l’application mobile d’Accordance est tout simplement exceptionnelle. Problème : pour l’optimiser, il faut posséder un certain nombre de modules hors de prix… Ah cruel dilemme d’investir deux fois dans les mêmes corpus… D’où l’intérêt du comparatif de Minard !

Vous pouvez aussi consulter ce comparatif directement en PDF : 

Je profite de cette occasion pour signaler deux nouveautés dans Bible Parser Web App, dont une qui m’a particulièrement coûté : 1) l’Etude de Mot fournit désormais des statistiques relativement fiables concernant la manière dont un terme grec de la Septante rend un terme hébreu ; surtout, il est désormais possible de repérer un passage où un terme grec ne traduit pas le terme hébreu le plus habituel, 2) les citations de l’AT dans le NT sont désormais parfaitement synchronisées en dépit des différences de versification, et les différences sont mises en exergue.

Pour le point 1) l’outil va encore significativement évoluer, mais les bases sont posées, et il sera même possible d’effectuer des requêtes croisées.

  

Dans le cas présent vous pouvez vous intéresser au terme ברא, et visualiser très facilement dans quels versets il ne traduit pas ποιέω mais plutôt κτίζω (ex. Dt 4.32).

Idem pour un terme grec, par exemple μορφή, vous pouvez vous faire une idée assez précise du terme hébreu le plus courant, ce qui peut vous renseigner utilement à bien des égards.

Pour arriver à un tel résultat, il a fallu lemmatiser la base de données Tov, The Parallel Aligned Hebrew-Aramaic and Greek Texts of Jewish Scripture (ce qui représente plus de 400 000 lignes de plusieurs mots, dans deux langues, à analyser…), ce qui a nécessité l’écriture du module le plus complexe de toute ma petite carrière de programmeur amateur… Mais le résultat est là, et il donne une bonne idée : par contre il retourne quelques curiosités dont je n’ai pas encore fait le tour ; et il reste à marquer plus clairement les cas où l’hébreu n’est pas traduit en grec, et les cas où le grec possède un texte différent, amplifié ou minoré. Quoi qu’il en soit j’ai lancé il y a quelques jours un script encore plus précis et élaboré, et les résultats seront d’autant plus fiables prochainement. Cependant, en raison de la nature même de cette base (générée semi-automatiquement), elle ne peut bien entendu pas servir à la recherche académique, et son intérêt vise d’abord à se rendre compte des proportions, ou visualiser un verset où un terme grec plus marginal est utilisé pour un mot hébreu. C’est déjà beaucoup ! Nota : pour l’instant, la recherche est faite à chaque consultation, si bien que cela ralentit un peu Etude de Mot. Sous peu, un base dédiée permettra un rendu quasi instantané.

 

La deuxième nouveauté concerne le volet Exégèse où il est désormais possible de visualiser plus facilement les citations AT / NT. Là aussi il ne faut pas demander à la machine d’être intelligente, mais les résultats sont plus qu’intéressants, et surtout les textes BHS / LXX sont synchronisés. Par exemple en Mt 22.44 (citant Ps 110[109].1) on repère tout de suite d’un côté ὑποπόδιον, de l’autre ὑποκάτω. Par ailleurs l’outil indique aussi les cas où le texte cité par le NT se conforme à la LXX contre le TM, les cas où c’est plutôt l’inverse, et les cas où LXX et DSS se rejoignent contre le TM. Quand il n’y a rien, c’est que, grosso-modo, TM = LXX = NT.

Jan 29 17

Ιαω dans le 4QpapLXXLevb (Vasileiadis, 2017)

by areopage

Dans un article à paraître dans la revue Vetus Testamentum et Hellas 4 (2017), « The god Iao and his connection with the Biblical God with special emphasis on the manuscript 4QpapLXXLevb », Pavlos D. Vasileiadis réexamine la thèse selon laquelle le manuscrit 4Q120, ou 4QpapLXXLevb, résulterait d’une tendance à ré-hébraïser le texte de la Septante.

The object of this article concerns the question whether the use of the Greek term Iao (Gr. Ιαω/̓Ιαώ) in place of the sacred Tetragrammaton within this manuscript is part of the primary, original translational activity (part of a more general Hellenizing process) or rather part of a secondary correctionnal Hebraizing tendency. p.2

J’ai déjà abordé ce sujet à diverses reprises sur ce blog (ex. Le nom divin dans les premières copies de la Septante,  Ιαώ, θέος, κύριος ? Le Nom dans la LXX « originale », La Septante, κύριος et יהוה : L.Hurtado ou la ré-hébraisation du monde gréco-romain, Nomina sacra et Septante : qui et quand ?) et fournit des arguments de bon sens remettant en cause la thèse de Pietersma ou Rösel sur le sujet. Vasileiadis en fournit d’autres, en s’attachant particulièrement à décrire le contexte culturel et idéologique dans lequel les faits se sont déroulés.

(…) there was no clear understanding of the personality of the Biblical God neither any comprehensible connection with the Hebrew Tetragrammaton. p.6

Ce faisant, force est de constater que l’emploi du vocable Iao s’est fait largement, dans un contexte plutôt mystique (pratiques magiques et gnosticisme), si bien que durant la période premier siècle avant J.-C. et premier siècle après J.-C., si l’usage du théonyme est fréquent, il se rapporte surtout à des « anges ou divinités subalternes » (p.5). On est loin du Dieu de la Bible ! Cependant cet usage n’est pas seulement mystique, et Vasileiadis recense les divers témoignages chez les premiers chrétiens (pp.22-33), en intégrant à sa recherche les résultats obtenus par Shaw.

Avec le 4Q120 on touche à un sujet des plus intrigant : pour les savants, c’est un « excellent representative of the LXX » et un « typical exemplar of the LXX » (p.8). On est donc légitimement intrigué d’y voir le nom divin paraître sous une forme lisible, prononçable, grecque… Comment l’expliquer ? Le vocable était-il perçu comme un substitut ? un théonyme ? Était-ce une pratique courante ? marginale ? La question n’est pas anodine, puisque la période est précisément celle durant laquelle les auteurs du Nouveau Testament avaient le texte de la Septante entre les mains : que lisaient-ils ? Un texte avec κύριος, Seigneur ? Un texte avec le tétragramme en hébreu carré ? en paléo-hébreu ? Et que faisaient-ils lors de leurs citations ? Reprenaient-ils à leur compte la tradition de ne pas prononcer ce qui était écrit, au profit d’un substitut ?

The view of the « Hebraizing » restoration (or « re-Hebraization ») of the Hebrew Tetragrammaton within the Greek Bible text is based on the presupposition that the original text of the OG archetypes the surrogates κύριος and θέος (or δεσπότης) were used. But this is far from being proved. p.8

Texte biblique encore fluctuant, mentalités diverses : il serait aberrant de n’apporter qu’une explication monolithique aux pratiques encourant le nom divin : aussi Vasileiadis examine-t-il avec précaution les différentes perspectives. Passionnant !

Pour en savoir plus : Tov, « P. Vindob. G 39777 (Symmachus) and the Use of the Divine Names in Greek Scripture Texts » (qui cite cet article) | Le nom divin dans les premières copies de la Septante |  Ιαώ, θέος, κύριος ? Le Nom dans la LXX « originale » | La Septante, κύριος et יהוה : L.Hurtado ou la ré-hébraisation du monde gréco-romain | Nomina sacra et Septante : qui et quand ?

Jan 28 17

Grec biblique : quelques outils

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Les manuels pour apprendre le grec biblique ne manquent pas.  Cependant, il est beaucoup plus délicat de progresser. Je livre ici quelques pistes. La première concerne un ouvrage sorti l’année dernier, Köstenberger, Merkle et Plummer, Gooing Deeper with New Testament Greek (B&H Academic, 2016), qui est une parfaite illustration du genre d’usuel qui faisait cruellement défaut, et ce depuis longtemps : un manuel pratique visant à accompagnant les étudiants du niveau débutant (2 ans d’apprentissage de la langue) vers un niveau intermédiaire – c’est-à-dire capables d’utiliser efficacement leurs connaissances pour l’exégèse. Les 15 chapitres copieux rebalaient chaque fait de morphologie et de syntaxe, avec de nombreux exemples concrets, tableaux, lectures commentées, exercices, et une série de 40 mots de vocabulaire à mémoriser (l’objectif étant l’apprentissage des termes figurant 15x ou plus, soit 830 mots). C’est donc un ouvrage qui n’est pas une référence à consulter ponctuellement, mais bel et bien un manuel à lire d’un bout à l’autre (550p).

 

L’ouvrage est dense, il ne multiplie pas les catégories grammaticales ad nauseam, et surtout il met toujours l’accent sur la finalité de l’apprentissage : la lecture du NT grec et sa pleine intelligence. Par exemple au chapitre 14, « Word Studies », les principes fondamentaux de ce genre d’étude sont rappelés (ex. ne pas faire dire plus aux mots qu’ils ne disent, prioriser la synchronie à la diachronie, ne pas confondre les mots et les concepts ni sacraliser des outils potentiellement faillibles, etc. ; on croirait lire Silva, Carson ou Romerowski) – et ce n’est pas du luxe ! Le dernier chapitre prodigue des conseils très utiles pour progresser encore : la lecture assidue du texte lui-même bien sûr, mais aussi le recours à d’autres références : outils digitaux, commentaires, lexiques et grammaires, en adaptant les recommandations d’acquisition en fonction du profil de chacun. Cet ouvrage est un véritable bol d’air ! Evidemment, on trépignerait à l’idée d’un équivalent pour l’hébreu biblique… En précommande depuis quelques mois, l’ouvrage de R.T. Fuller, Invitation to Biblical Hebrew Syntax, à paraître en mai prochain, me paraît un bon candidat.

Un autre ouvrage, et non des moindres, pour progresser en grec biblique est celui de F. J. Long, Koine Greek Grammar (Κοινὴ Γραμματική). L’ouvrage étonne déjà par sa taille assez massive : 21,6 x 3,6 x 27,9 cm pour 610p. Les particularités de ce manuel sont nombreuses, disons que sa finalité est équivalente à celle de Köstenberger et al., à la différence près qu’une part plus grande est dédiée à l’explication des mécanismes grammaticaux. L’ouvrage introduit le vocabulaire figurant 50x ou plus dans le NT, et comprend de nombreux encarts touchant à des faits de civilisation, aux manuscrits, à l’histoire, et bien sûr à l’exégèse. L’ouvrage peut s’accompagner d’un cahier d’exercices avec corrigés.

On apprécie particulièrement les notes de vocabulaire, et les « case in point » ramenant le point étudié à son utilité pour la traduction et/ou l’interprétation d’un passage. Je dirais que le seul défaut ou presque de cet ouvrage, c’est qu’on ne peut pas l’amener au lit du fait de sa taille…

Pour ceux qui souhaiteraient aller encore plus loin, je conseille les volumes suivants :

   

  

  

Jan 25 17

Early Christian Manuscripts (Kraus & Nicklas, 2010)

by areopage

A l’occasion de la « Academic Book Week », du 23 au 28 janvier 2017 Brill met en ligne gratuitement quelques-uns de ses ouvrages : miracle. Non ce n’est pas un poisson d’avril, vous pouvez accédez gratuitement à cet ouvrage de Porter & Niclas (éd.), Early Christian Manuscripts (Brill, 2010), ordinairement vendu à 116€ (cliquez sur le bouton « Read »). Le titre est certes alléchant, mais en la matière, il faut toujours modérer ses ardeurs : il ne s’agit pas d’une monographie qui traiterait véritablement des premiers manuscrits chrétiens, mais plutôt d’une collection d’articles gravitant plus ou moins autour de ce sujet. D’un intérêt particulier sera l’article de Lincoln H. Blumell, « Is P. Oxy. XLII 3057 the Earliest Christian Letter ? » qui remet en question l’idée émise notamment par Ramelli qu’il s’agirait d’une lettre chrétienne, avec l’une des toute première occurrence d’un nomen sacrum sous la forme d’un trait surmontant le chi dans χαιρειν (cf. p.102).

J’ai évoqué ce sujet, qui est fondamental pour tenter de comprendre quand et comment son apparus les nomina sacra, dans mon P52, p.28 sq.

Brill propose d’autres ouvrages gratuits sur divers sujets. Χαίρετε !

Jan 25 17

Dictionnaire de théologie (Bergier, 1718-1790)

by areopage

Pour ceux qui souhaiteraient découvrir un produit théologique du XVIIIe s., passablement en conversation avec l’esprit des Lumières, pour ne pas dire parfois en polémique frontale avec lui, je vous invite à découvrir le Dictionnaire de théologie de l’abbé Nicolas-Sylvestre Bergier, en 8 volumes :

vol. 1 | vol. 2 | vol. 3 | vol. 4 | vol. 5 | vol. 6 | vol. 7 | vol. 8

Pour en savoir plus : La « femme » dans le Dictionnaire théologique de Bergier

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