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Oct 11 19

According to Their Kinds (Scheumann, 2019)

by areopage

L’apprentissage du vocabulaire d’une langue n’est jamais une mince affaire, et pour y parvenir il convient d’adopter des stratégies d’acquisition variées : lecture des textes bien sûr, mais aussi apprentissage par fréquences et racines, par domaines sémantiques, par le biais d’exercices bidirectionnels (thèmes, textes à trous, identification des collocations, rapport aux synonymes)… On peut multiplier les méthodes à l’infini et les linguistes ne manquent pas d’idées à ce sujet (ex. Nation, 2001 ; Thompson, 2011).

Il est aussi possible de recourir aux visuels, et cela marche en général très bien. Pour l’hébreu biblique cependant, pas grand-chose. On appréciera donc l’ouvrage de J. et M. Scheumann paru en août dernier : According To Their Kinds : A Biblical Hebrew Picture Dictionary (2019 ; 173p.). Cet ouvrage modeste mais sympathique propose des visuels pour les mots figurant 100 fois ou plus dans l’Ancien Testament (soit 470 vocables), regroupés en cinq domaines (inspirés de Pleins).

According to Their Kinds presents all vocabulary words that occur 100 times or more in the Hebrew Bible. Pairing pictures with biblical text and arranging the words in thematic categories makes these 470 words easy to memorize. The illustrations consist of the 3rd edition of the Picture Hebrew Flashcards, along with 50 extra words to round out the sections. This innovative resource assists users in three stages of learning, with English transliterations, simplified verb phrases, and sentences taken from biblical verses. An alphabetized Hebrew-English glossary and an English index make this a convenient reference tool you will want to come back to again and again.

Chaque vocable est accompagné d’une phrase d’illustration tirée des Écritures, le cas échéant de certaines de ses formes. En bas de page on trouve une transcription des termes hébreux, ainsi qu’une traduction de l’exemple cité.

Pour aller plus loin : Liens → Hébreu biblique : Grammaires → Apprentissage du vocabulaire

Oct 6 19

The Brill Dictionary of Ancient Greek (édition Logos)

by areopage

Logos vient de faire paraître l’édition électronique du GE, The Brill Dictionary of Ancient Greek. Pour ceux qui ont commandé via le système Pre-Pub, il en a coûté $90 environ, le prix définitif étant désormais de $125 (contre 109€ en version papier). Tout cela est bien cher, certes, mais non sans intérêt, et plutôt réjouissant en fait.

Le premier avantage de l’édition électronique, c’est bien sûr son intégration parfaite à l’outil Étude de mot, accessible depuis n’importe quelle version lemmatisée (dont Louis Segond en français). La consultation en est donc très aisée. A cela s’ajoute le fait que les sens des termes recherchés sont extraits de l’entrée, et listés dans la synthèse de l’outil (ce qui n’est pas le cas de certains autres dictionnaires, en particulier ceux en français). Dans l’entrée qui s’affiche, ces différents sens sont clairement mis en évidence, comme dans la version papier, mais l’avantage inégalable, c’est que les auteurs classiques dont les œuvres sont présentes dans Logos (ce qui est souvent le cas si vous possédez Perseus ou la Patrologie Grecque) ont des liens actifs : il suffit de cliquer pour consulter l’emploi d’un terme chez un auteur particulier !

Pour une recherche manuelle, saisissez les premières lettres pour lancer l’outil de suggestion :

Il est possible également d’effectuer une recherche de l’anglais vers le grec :

Sans doute le GE n’a-t-il pas la stature du BDAG, mais l’étendue de son corpus, environ 140 000 lemmes (contre environ 7850 pour le BDAG), le rendra utile dans un bien plus grand nombre de situations : étude du Nouveau Testament, de la Septante, des apocryphes et des Pères de l’Église. Sans parler des classiques !

Sep 29 19

BPWA : mode interlinéaire

by areopage

Bible Parser Web App s’enrichit ce jour, entre autres, d’un mode interlinéaire plutôt sympathique (version OHB, pour Open Hebrew Bible) : avec analyse morphologique, lemme, numéro Strong, prononciation, traduction anglaise interlinéaire et traduction anglaise de base du lemme. Pour le Nouveau Testament : OGNT (Open Greek New Testament) : avec analyse morphologique, lemme, prononciation et définition de base.

Sont également ajoutés un nouveau dictionnaire (UTW : unfoldingWord Translation Words) et un nouveau commentaire (UTC : unfoldingWord Translation Notes), tout deux orientés sur l’exercice de la traduction biblique.

Sep 26 19

Langues bibliques : Ressources

by areopage

Mise à jour majeure, ces derniers jours, de la page Liens de ce blog.

Vous y trouverez des ressources pour les langues bibliques (hébreu, grec, araméen), la critique textuelle, l’intertextualité, et l’exégèse en général (mise à jour permanente).

Sep 22 19

The Proskynesis of Jesus in the New Testament (Lozano, 2019)

by areopage

Dans quelques jours paraîtra en France l’étude de Lozano, The Proskynesis of Jesus in the New Testament: A Study on the Significance of Jesus As an Object of Proskuneo in the New Testament Writings (T & T Clarck, 2019), que signale Hurtado sur son blog.

An intriguing literary feature of a number of New Testament writings is the depiction of Jesus as a recipient of proskynesis—that is, as an object of the Greek verb προσκυνέω. The term προσκυνέω is generally used in antiquity to express reverence directed toward a superior, often through prostration, but takes on more specific reverential connotations in individual instances, such as extending a respectful greeting to an elder, paying homage to a king, or giving cultic worship to a deity. In the NT writings, not only is the term frequently used for worship of Israel’s God (e.g., Matt 4:10; John 4:20–24; Rev 4:10) and for idolatrous worship of false gods (e.g., Matt 4:9; Acts 7:43; Rev 9:20), but it is also in some instances used to express a form of reverence considered inappropriate for God’s human and angelic servants (Acts 10:25–26; Rev 19:10; 22:8–9). In the numerous instances of Jesus as an object of προσκυνέω (e.g., Mark 5:6; Matt 2:11; 14:33; 28:17; Luke 24:52; John 9:38; Heb 1:6), he is not only portrayed legitimately receiving such reverence, but even doing so in a number of overtly striking scenes where he appears to be more than human. Surprisingly, there is very little thorough scholarly attention given to the significance(s) of Jesus as a recipient of proskynesis in the NT writings. Those who have discussed this NT phenomenon, whether in individual NT works or in the entirety of the NT writings, come to different conclusions regarding whether Jesus is reverenced/worshiped with proskynesis as a human figure or as a divine figure. The goal of this thesis is to determine the significance(s) of the proskynesis of Jesus in every NT writing that this literary phenomenon appears through an in-depth exegetical, literary-critical analysis of such works (the Gospel of Mark, the Gospel of Matthew, the Gospel of Luke and the Book of Acts, the Gospel of John, the Epistle to the Hebrews, and the Book of Revelation). It is argued in this thesis that each of these NT writings, in their own unique ways, presents Jesus as a divine figure uniquely and closely linked to the God of Israel in his reception of proskynesis.

A l’inverse de la seule autre étude de fond sur le sujet précédemment publiée, celle de J. Horst, Proskynein: Zur Anbetung im Urchristentum nach ihrer religionsgeschichtlichen Eigenart (C. Bertelsmann Verlag, 1932 ; petite review ici), concluant que l’adoration n’est en vue que lorsqu’il s’agit de Dieu seul (→ Lozano 2017 : 6, 217), Lozano soutient qu’en fait, à côté du seul vrai Dieu d’Israël (Mar 12.29, Joh 17.3, 1Co 8.6), objet seul et unique de l’adoration des premiers chrétiens, il y avait de la place pour une autre personne, une seconde figure divine, digne de προσκύνησις – d’adoration, à savoir Jésus.

Il est indéniable que Jésus a une position centrale et prééminente dans le NT (→ Romains 10.13 : Quiconque invoque le nom de… ; Matthieu 28.19 : Au nom de…). Mais de-là à soutenir l’idée d’une adoration par ses tout premiers disciples, qui seraient passés d’un monothéisme strict à un binitarisme avant la lettre, il y a un écart considérable qui mérite d’amples explications ! Je livre ici un lien vers la thèse de doctorat de Lozano (non signalée par Hurtado, ce qui est fâcheux compte tenu du prix de la monographie à paraître) :

Lozano, The Proskynesis of Jesus in the New Testament writings (2017)

Comme il s’agit de la thèse initiale, la version à paraître présentera sans doute des corrections et améliorations plus ou moins importantes, mais pour ceux qui ne souhaitent pas débourser 100€ pour en savoir davantage, ce sera déjà pas mal !

Je livre ici, pour l’occasion, deux pages de mon Vocabulaire de grec biblique (apprentissage par domaines sémantiques, synonymes, dérivés, etc) en cours de composition, à l’entrée προσκυνέω ; il ne s’agit pas de la version définitive, mais ce qui ressort de mon analyse, c’est que le verbe signifie dans le NT premièrement se prosterner ; ensuite rendre hommage, vénérer ; enfin, adorer. Certains versets suggèrent sans ambiguïté une vénération, une adoration ; d’autres passages à l’inverse indiquent que le sens de προσκυνέω peut varier selon qu’il paraît seul ou s’il entre en composition avec d’autres vocables comme εὐσεβέω, λατρεύω ou σέβομαι.

Pour en savoir plus : Hurtado, Lozano’s Study of “Proskyneo” (“worship”) | Interview de Lozano | Page de l’université | Achat

Sep 20 19

Nouvelle Français Courant (Bibli’O, 2019)

by areopage

Les Éditions Bibli’O publient aujourd’hui une révision de la Bible en Français Courant (BFC) sous le nom de Nouvelle Français Courant (NFC).

Depuis plus de trois ans, l’Alliance biblique française s’est lancée dans la révision de la Bible en français courant, avec pour objectif de continuer à transmettre le message de la Bible de façon accessible, pertinente et fiable.

La Bible en français courant avait besoin d’une actualisation approfondie, tant pour rester en lien avec l’évolution de la langue française que pour intégrer les découvertes récentes des spécialistes (découvertes linguistiques venant souvent de recherches archéologiques, qui affinent la connaissance du sens des mots de vocabulaire ou des structures grammaticales).
Il fallait aussi être à l’écoute des différentes Églises chrétiennes, pour que la Bible en français courant accompagne les défis d’aujourd’hui.

C’est pourquoi, le choix des 57 réviseurs respecte un équilibre entre les différentes confessions du christianisme et représente la diversité de la
francophonie avec des réviseurs de Suisse, de Belgique, du Canada, de la République démocratique du Congo et de France. En effet, l’une des forces de la Bible en français courant est d’être interconfessionnelle et diffusée dans l’ensemble de la francophonie.

Parue pour la première fois en 1982, puis révisée en 1997, cette version est donc la seconde révision majeure, avec pour objectif de « continuer à transmettre le message de la Bible de façon accessible, pertinente et fiable » (cf. communiqué infra). Les efforts ont porté sur quatre axes :

  • Moderniser le vocabulaire ou les expressions en français
  • Simplifier des surinterprétations
  • Harmoniser les traductions de mots récurrents
  • Encourager une traduction moins sexiste (langage « épicène« )

Certains mots « théologiques » font leur retour (ex « Christ » au lieu de « Messie » dans certains versets ; « confession » au lieu de « reconnaissance ») tandis que certains choix sont abandonnés (« parler de la part de » redevient « prophétiser »). Les réviseurs ont également tenu à rendre la traduction adaptée à la lecture orale (comme celle de la Liturgie), et ont ré-écrit les introductions (→ NFC – La révision).

Un premier examen de cette traduction montre que son objectif est rempli : elle est plus théologique, et plus traditionnelle. Bon nombre de choix audacieux sont abandonnés pour revenir à plus de sobriété exégétique. Dans l’absolu cette évolution est louable ; dans les faits, cela pose deux problèmes : 1) la méthode d’équivalence fonctionnelle y est « sacrifiée », 2) la traduction offre un texte potentiellement moins intelligible qu’auparavant (les notes deviennent alors plus importantes).

On sent une tension évidente entre la volonté de respecter le texte au plus près d’une part, et le rendre intelligible d’autre part. La BFC s’affranchissait plus librement de cette attitude passablement schizophrénique en assumant ses choix exégétiques. Dans la NFC, retour à une conception plus traditionnelle, plus sobre, de la traduction biblique. Au premier abord cela décontenance. En mettant l’accent sur la rigueur et le respect des textes originaux, la NFC change (un peu) de nature, comparée à la BFC. A mon avis cette tension n’est pas nécessaire : une traduction à équivalence fonctionnelle n’a pas à être particulièrement proche du texte : elle doit (après une interprétation exégétique solide) en rendre avant tout le sens, même si pour cela son texte doit s’éloigner de la forme du texte (sauf bien sûr si la forme a du sens comme dans le cas des jeux de mots). C’est sa nature. Avec la NFC les réviseurs semblent avoir cherché un compromis. C’est dommage car d’autres versions font déjà cela très bien (comme la Semeur 2015 par exemple). Il en résulte un texte hybride : à équivalence fonctionnelle par principe, et qui s’adonne plus souvent à l’équivalence formelle. On peut cependant comprendre une telle démarche, qui vise à « simplifier [ou éviter] des surinterprétations ». En effet la traduction suppose deux étapes principales, à savoir 1) l’interprétation du texte, et 2) sa formulation en français courant. L’interprétation est normale dans la première étape, mais en voulant bien faire, on peut aussi introduire une interprétation lors de la formulation en français, ce qui pose problème : aussi les réviseurs ont-ils lutté contre « la tentation d’ajouter des périphrases censées aider le lecteur mais qui finalement interprètent le texte (et devraient se trouver dans les notes et non dans le texte) » (→ NFC – La révision).

Peut-être la BFC allait-elle parfois trop loin en dépoussiérant voire en supprimant totalement certains concepts théologiques importants (la « distance parfois prise par rapport au vocabulaire théologique ou ecclésial »). Tout dépend en fait de l’usage que l’on faisait de cette version : à titre occasionnel, elle pouvait éclairer le sens d’un texte particulièrement obscur, mais un usage quotidien risquait d’éloigner un peu du message biblique dans son ensemble. La NFC se prête donc mieux que la BFC à un usage quotidien, comme bible principale.

Ces réflexions ont bien entendu un caractère provisoire, puisqu’elles procèdent d’une lecture de quelques versets au hasard ou presque (guidée par les ouvrages d’Auwers et Babut notamment), et se fondent sur la version en ligne, sans ses notes et introductions, ni de possibilité de « vue d’ensemble ».

Pour en savoir plus : Communiqué de presse | NFC, BFC etc en ligne | A l’achat | Sur les traductions : Timothée Minard, Quelle(s) traduction(s) française(s) faut-il préférer ? | Bibliorama | Lectures conseillées : Delforge, La Bible en France et dans la francophonie |  Lortsch, m.a.j. Nicole, Histoire de la Bible française | Auwers et al., La Bible en français – Guide des traductions courantes | Kuen, Une Bible et tant de versions ! | Kuen, Encyclopédie des Questions (particulièrement pp.97-100) | Bogaert, Les Bibles en français – Histoire illustrée du Moyen Âge à nos jours | Babut, Lire la Bible en traduction | Nieuviarts et al., Cahiers Évangile. n° 157, Traduire la Bible en français

Sep 15 19

εἴπατε τῇ ἀλώπεκι ταύτῃ… (Luc 13.32)

by areopage

καὶ εἶπεν αὐτοῖς· πορευθέντες εἴπατε τῇ ἀλώπεκι ταύτῃ· ἰδοὺ ἐκβάλλω δαιμόνια καὶ ἰάσεις ἀποτελῶ σήμερον καὶ αὔριον καὶ τῇ τρίτῃ τελειοῦμαι.

Il leur dit : Allez dire à ce renard : Je chasse des démons et j’accomplis des guérisons aujourd’hui et demain ; le troisième jour, j’en aurai fini.

Luk 13.32

Pour ceux qui connaissent les Fables de la Fontaine – et tout le monde les connaît – , le renard est un animal rusé. En était-il ainsi au premier siècle pour un locuteur grec ? Il semble que oui, d’une certaine manière.

La note de la NBS indique à ce passage :

ce renard : cf. Ez 13.4 ; dans le monde grec ce qualificatif évoquait la ruse, à peu près comme le français ; certains, s’appuyant sur des parallèles dans la littérature juive postérieure, pensent que l’image suggère un personnage agressif mais peu dangereux (par opposition au lion).

D’autres indices ont été relevés par Lagrange, Évangile de Luc (1921) p.393 :

Le premier texte cité par Lagrange peut se consulter dans le Talmud de Babylone, Berakhot 61b:7 (« parabole du renard et du poisson ») :

Les lexiques et dictionnaires sont prudents et se contentent d’indiquer que le terme est appliqué à Hérode Antipas (ex. Danker, CL p.18) mais sans préciser le sens. Parmi ceux qui avancent une explication on peut mentionner Louw et Nida : « a wicked person, probably with the implication of being cunning and treacherous » (personne méchante, avec l’implication probable de ruse et de perfidie) [LN 88.120] qu’ils précisent ainsi dans un autre ouvrage : « unreliable and clever rascal » (vaurien peu fiable et rusé) (1992, 71). Dans son brillant ouvrage consacré à la sémantique du NT, Louw (1982, 55) déjà avait abordé ce sujet une décennie auparavant, en soulignant avec justesse :

« (…) To go back to the fox as an animal will not be of much help because it depends on which charateristics of the fox was abstracted. In English the focus is on cunning characteristics of the fox, yet with the ancients it referred to something broader. The fox was a symbol of a base and wicked person – a raskal. The catena on Luke 13:32 (Cremer 1967: 110) explained Jesus’ description of Herod as a fox as γὰρ τὸ ζῶον ἀεὶ πανοῦργον καὶ δύστροπον « for the animal is always unscrupulous (or, ready for all crimes) and wayward. » Therefore the English ‘rogue, rascal‘ will be closer to the Greek than our figurative meaning, namely, cunning. »

En français, le bon dictionnaire de Carrez ne fait pas de zèle en la matière (DGNT p.24), non plus que celui de Ingelaere-Maraval-Prigent (DGF p.7 ; dérivé de Newman, CGD p.8, idem). Seul le dictionnaire de Cochrane – le seul d’ailleurs à donner des définitions plutôt que des gloses – donne deux sens, dont : « [fig] personne rusée (Luc 13.32) » (CDGF p.9).

Déterminer le sens : précisions méthodologiques

   Le premier réflexe consiste à se dire que Jésus parlait une langue sémitique, et que derrière le vocable ἀλώπηξ, il faut sans doute entendre שׁוּעָל. Dans ce cas un examen de l’emploi de שׁוּעָל dans l’Ancien Testament peut éventuellement aiguiller sur les « connotations » associées au vocable. Plusieurs réserves doivent être cependant émises :

  • l’usage du terme étant plus ou moins accidentel (c’est-à-dire qu’il se rencontre au hasard du propos sans jamais constituer un traité sur le renard), son usage peut ne pas être représentatif : en fait, notre connaissance de la langue est déficiente dans de nombreux domaines,

  • l’identification des espèces animales mentionnées dans la Bible est sujet à caution (renard, chacal, chien sauvage, voire hyène ne sont pas très clairement distingués ; ou s’ils le sont sans qu’on puisse le savoir en raison de notre méconnaissance de la langue, c’est que leur usage populaire a pu être assez lâche,

  • considérer qu’il faut lire un texte hébreu ou araméen par-delà le texte grec de l’Évangile, pour en comprendre la teneur, c’est admettre que le texte grec, soit 1) n’a pas de sens en l’état, soit 2) donne un sens inexact ou induit en erreur, auquel cas Luc aurait mal traduit le propos de Jésus ; pour le décrypter, il conviendrait alors d’analyser la connotation d’un vocable sémitique qu’il faut alors supposer (שׁוּעָל, mais pourquoi pas l’araméen תַּעֲלָא ? → CAL pour « fox »Black 1998, 233) ; une position alternative consiste à recevoir le texte grec tel quel, en acceptant son sens et ses connotations obvies,

  • Luc a sans doute rédigé son évangile en grec, tout en consultant diverses sources en grec et en hébreu/araméen ; il n’hésitait pas à donner du sens ou adapter sa source si nécessaire (comparer Luc 16.16 εὐαγγελίζεται vs Mt 11.12 βιάζεται ; de tels exemples sont nombreux → Pernot 1927Cadbury 1920) ; il est donc hasardeux de supposer que l’expression εἴπατε τῇ ἀλώπεκι ταύτῃ figurant sous sa plume n’ait pas de sens, ou n’ait pas le sens désiré.

Ces réserves étant posées, deux méthodes sont susceptibles d’apporter un éclairage au sens de « renard » rencontré en Luk 13.32 : 1) la symbolique associé au mot « renard » dans l’AT, et 2) le sens de « renard » en grec.

1. שׁוּעָל : symbolisme dans l’Ancien Testament

L’équivalent de ἀλώπηξ en hébreu est שׁוּעָל, et un examen cursif de son emploi dans les six livres bibliques où il figure indique à l’évidence un usage assez lâche : le terme semble désigner parfois le renard, parfois le chacal (→ Hope 2005, 64-68Goodfellow 2018, 86, Corswant 1956, 260). En grec, chacal se dit θώς ou θωός et l’hébreu semble connaître un vocable consacré, à savoir אִיִּים (Isa 13.22, Jer 50.39), et peut-être תַּן (Lam 4.3, Mal 1.3, Job 30.29) voire תַּנִּין (Mic 1.8). Au premier abord, cette confusion dans l’identification du renard, puisque c’est bien d’un renard dont il s’agit en Luk 13.32, invite à une certaine prudence.

Dans l’Ancien Testament, שׁוּעָל figure 7 fois dans 6 livres bibliques : Jdg 15.4, Neh 4.3, Psa 63.10, Sol 2.15 (2x), Lam 5.18 et Ez 13.4. On remarque d’emblée que chacal peut convenir dans presque tous les contextes, sauf peut-être Neh 4.3 et Sol 2.15. Ce qui paraît le plus associé aux chacals a trait aux lieux désertiques, et à la désolation des ruines (des êtres intrigants, donc). Quand le renard est en vue, l’accent porte alors sur l’insignifiance, qui n’exclut pas la nuisance.

   En Eze 13.4 des prophètes sont comparés à des renards au milieu de ruines. Le contexte montre qu’ils abreuvent le peuple de Dieu de paroles mensongères (Eze 13.6, Eze 13.7, Eze 13.9), qu’ils « parlent de paix, quand il n’y a pas de paix » (2x Eze 13.10, Eze 13.16) : ces prophètes se croient rusés mais sont désavoués par Dieu (הֹלְכִים אַחַר רוּחָם « ils suivent leur propre esprit » mais sont נְּבָלִים « insensés », Ez 13.3). Ils sont  stupides, et pire ils sont fourbes, car leurs mensonges sont proférés en toute connaissance de cause : ils trompent et ils égarent (Eze 13.10, Eze 13.19). Faut-il en conclure que renards ou chacals symbolisent la stupidité ? Ce n’est pas l’objet de la métaphore. En fait le contexte souligne la vanité des prophètes en question, leurs mensonges, leur fourberie. Le terme שָׁוְא « vain » est 4 fois répété (Eze 13.6, Eze 13.7, Eze 13.8, Eze 13.9). Cette vanité mensongère, ce désert de vérité, est voué à la désolation : la muraille qu’ils bâtissent et qu’ils couvrent de plâtre (une ruse visant à la rendre belle et d’apparence solide) s’écroulera et ils tomberont (נָפַל x4, Eze 13.11, Eze 13.12, Eze 13.14 ; « elle touchera terre » et sera « mise à nu » : Eze 13.14 ; il n’y aura plus de mur, v.15 ; וְאֵין x4) tandis que les éléments se déchaîneront : tempête, x2 pluie violente, 2x ; grêle de pierres, 2x). Ainsi ces prophètes sont comparés à des chacals, non parce parce que les chacals sont stupides, mais parce que, stupides et tombés sous le coup du jugement divin, ces prophètes rejoindront ces bêtes errantes dans les ruines, les lieux désertiques et désolés où elles nichent.

   Dans le Cantique des cantiques (Sol 2.15), on voit des renards « ravager » (חָבַל) des vignes. Il est vrai que chacals et renards ont un certain goût pour le raisin, dont les vignerons devaient se méfier grandement (les renards n’hésitant pas à creuser sous les murs de protection entourant les vignes pour accéder à leur pitance → IDB 55). Faut-il pour autant voir en ces prédateurs opportunistes des ravageurs ? Ce serait, à mon avis, sur-interpréter le texte en question : 1) le verbe utilisé signifie effectivement (au piel) détruire, ruiner (→ DHAB 117-118, CDCH 105-106, ST 163-164) ; mais il ne faut peut-être pas prendre ce terme tout à fait au pied de la lettre car l’auteur peut avoir choisi ce mot plutôt qu’un autre à la faveur d’un jeu de mots et de sens sur les homonymes de חבל (dont : חבל-1 agir avec méchanceté, חבל-2 prendre en gage, חבל-3, donner naissance ; être enceinte, être en travail) – en effet ce même terme revient un peu plus loin en Sol 8.5 avec le sens d’enfanter, concevoir ; en Sol 2.15 les renards contrarient donc les rencontres amoureuses à l’ombre des vignes et l’ambivalence détruire/concevoir n’est en ce cas pas innocente (→ NBS 854 ; SDBH s.v. חבל, DCH III, 149-150) ; 2) On peut comprendre le verbe dans un sens atténué, i.e. causer du tort, nuire (Neh 1.7) car l’accent porte moins sur le côté destructeur des renards – de « petits renards » (שׁוּעָלִים קְטַנִּים) – que sur leur ruse et leur caractère opportuniste : ils s’attaquent à la vigne quand elle bourgeonne, « quand elle est en fleur ». 3) D’ailleurs l’autre mention du renard faite par Jésus concerne la tanière des renards (Mat 8.20, Luk 9.58), ce qui appelle une précision : « Foxes also settle in holes and burrows, often those abandoned by other animals » (→ IDB 55).

   En résumé, שׁוּעָל signifie renard. En pratique, le terme désigne un chacal ou un renard. Peut-être le texte biblique parle-t-il plus souvent du chacal. Quand il s’agit du chacal, c’est un charognard et il se déplace en meute. Quand il s’agit du renard, il est seul, insignifiant et opportuniste. Dans les deux cas, la vision de ces animaux est négative : ils errent dans les ruines, se repaissent des cultures et hurlent lugubrement. Ils sont nuisibles sans être dangereux.

   A ce stade on soulignera (pour ceux qui douteraient de l’intérêt de son apport) la continuité de la pensée rabbinique avec le symbolisme biblique : s’agissant du renard, on lui retrouve la qualité d’insignifiance (→ expression ארי בן שועל, « son of a fox, a distinguished man, son of an inconspicuous father », Jastrow 1903, 1538 ; « an insignificant or base person », Hoehner 1972, 347 ; « slyness and inconsequentiality » NIDNTT I, 118T ; « small-fry », Buth 1993), en plus de celle de ruse (Berakhot 61b:7).

2. ̓Αλώπηξ en grec

« Renard » dans le DCLF

En grec ancien, le terme ἀλώπηξ désigne un « renard », et de manière figurée, « un homme rusé » (Bailly p.91 ; Pessonneaux p.58). Les nombreux dérivés en témoignent, parmi ceux-ci ἀλωπεκίζω, faire le renard ; user de ruse [Hesychius : <ἀλωπεκίζειν>· ἀπατᾶν (i.e. être fourbe, trompeur)]  ; ἀλωπεκίας, semblable au renard ; fourbe, rusé ; ἀλωπός, fourbe comme un renard etc. Cette ruse, cette fourberie était proverbiale et a laissé quelques sentences bien senties :

  • Ἀλώπηξ τὸν βοῦν ἐλαύνει, le renard pousse le bœuf = une personne insignifiante mais habile s’impose à une autre (Tosi 2010, n°1886, p.1374-1375)

  • Ἀλωπεκίζειν πρὸς ἑτέραν ἀλώπεκα, se comporter comme un renard avec un autre renard = un escroc qui tente d’abuser un autre escroc (Tosi 2010, n°2243, p.1606-1607)

Les fameuses fables d’Ésope (un recueil hétéroclite de fables de divers auteurs et de haute antiquité ; sans doute connus des tannaïm → JE I, 221-22 : « AEsop’s Fables among the Jews ») font la part belle au renard : une quarantaine au moins lui sont consacrées. Ces fables illustrent bon nombre de défauts humains, en des variations nombreuses, insolites et divertissantes. Pour le renard, on devine sans peine quels traits de caractère étaient associés à cet animal : Le Renard et le Chien (fourbe/voleur), Le Renard et la Panthère (ruse/esprit), Le Renard et le Singe élu roi (fourberie/ruse), Le Renard et le Singe disputant de leur noblesse (mensonge), Zeus et le Renard (esprit/opportunisme), L’Homme et le Renard (nuisible/ »ravageur »), Le Renard et le Bouc (ruse/esprit/mensonge), Le Renard écourté (fourberie/opportunisme), Le Renard et le Masque (esprit), Le Corbeau et le Renard (ruse). Dans Le Lièvre et le Renard, le lièvre piégé s’exclame : « J’apprends pour mon malheur, mais enfin j’apprends d’où te vient ton nom : ce n’est pas de tes gains, mais de tes ruses ».

Lorsqu’on lit en Luk 13.32 « allez dire à ce renard », il est ainsi difficile de ne point songer à cet arrière-plan culturel, puisque c’est bien un texte grec qui se donne à lire. Or en grec il n’est point question d’ambiguïté sur l’identification de l’animal, ἀλώπηξ – le renard. En grec donc le renard désigne manifestement un homme rusé, de manière négative. Cette ruse confine à la fourberie.

Jésus a-t-il qualifié Hérode Antipas de rusé, de fourbe ?

Il faut déjà remarquer qu’il est probable que la sentence énigmatique de Mat 11.7, Mat 11.8, se réfère à Hérode Antipas : qualifié (de manière cryptée) de « roseau agité par le vent » (aimant les habits luxueux et les palais ; inconstant) l’expression pourrait désigner un être fragile (politiquement), de peu d’importance et insignifiant – comme le renard dans la pensée biblique (nuisible sans être foncièrement dangereux). Hérode Antipas n’était pas stupide mais ce n’était pas non plus un génie : son divorce peu avisé d’avec Phasaélis lui occasionna une lourde défaite militaire et ses intrigues avec sa seconde femme Hérodiade se soldèrent par sa déposition et son exil en Gaule (→ Tidiman 2006, 389-390 ; Wikipédia, « Hérode Antipas »). Flavius Josèphe indique que l’emprisonnement du Baptiste fut consécutif à sa crainte de troubles politiques (Josèphe, AJ 18.116-119). Le tétrarque veillait donc scrupuleusement, par toutes sortes de ruses et d’intrigues, à asseoir son pouvoir, et même à devenir roi ; il n’avait cependant rien de redoutable car en plus d’avoir fait deux mariages peu avisés, il subit une cuisante défaite militaire

31 Ce même jour, quelques pharisiens vinrent lui dire : Va-t’en, pars d’ici, car Hérode veut te tuer. 32 Il leur répondit : Allez, et dites à ce renard : Voici, je chasse les démons et je fais des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour j’aurai fini.

Quand on relit le contexte immédiat, on voit que des pharisiens informent Jésus qu’Hérode a l’intention de le tuer. Vraiment ?

« Hérode… renard », il s’agit d’Hérode Antipas (3,1 et la note). Jésus est sur ses terres, c’est-à-dire en Pérée, puisqu’il fait route vers Jérusalem (5,1 ; 13,22). Il ne semble pas qu’Hérode ait eu le dessein de « tuer » Jésus. Peut-être a-t-il voulu, par ce faux bruit habilement répandu, se débarrasser de Jésus : c’est à cette manœuvre de roué que ferait allusion l’épithète de renard. (La Bible Osty p.2229)

Ce n’est pas à dire que Hérode Antipas n’ait jamais inquiété Jésus (Mat 16.13, Mar 6.29, Mar 6.30, Mar 6.45, Mar 7.24 → Jensen 1973, Tyson 1960). Le maître mit d’ailleurs ses disciples en garde contre le « levain d’Hérode » (Mar 8.15), à savoir son hypocrisie, sa fourberie (Luk 12.1 ; cp. Mat 16.6, Mat 16.11, Mat 16.12). Il fallait donc s’en méfier, et d’ailleurs les Actes le tiennent pour responsable de la mort de Jésus au même titre que Pilate (Act 4.27). Hérode cherchait à gagner le peuple juif (par ses constructions à Tibériade et Séphoris notamment → Paul 1981, 50, 202-204, par ses monnaies aniconiques → Jensen 2006), mais sa duplicité était connue de tous (il vivait en païen sans respecter la Loi → Hoehner 1972, Schürer 1908, Jensen 1973), et le Baptiste la dénonça au péril de sa vie (Mar 6.17, Mar 6.18, Luk 9.9). On savait que, tout comme son père, il voulait être « l’ami des Romains », mais qu’il brillait par son peu d’envergure (constructions modestes comparées à son père, influence politique marginale → ex. Jensen 1973) : en ce sens, c’était un « renard » (insignifiant, intrigant, parfois nuisible). Cette connotation d’insignifiance, qui certes remonte à l’AT, est en fait présente en grec, puisque le renard est sans cesse opposé au lion dans l’imaginaire culturel (cf. Ésope) ; quant à la ruse, elle est consubstantielle au terme ἀλώπηξ. En ce sens, Luk 13.32 peut se comprendre de manière autonome.

De surcroît, quand il eut effectivement l’occasion d’exécuter Jésus, Antipas, ravi (Luk 23.8), l’interrogea (Luk 23.9), le traita avec mépris, puis le relâcha (Luk 23.11). Point d’exécution. Autrement dit il n’avait jamais vraiment cherché à le tuer, mais plutôt à se débarrasser du « brûlot » (en manipulant les pharisiens, les « hérodiens », Mat 22.16, Mar 3.6, Mar 12.13). Cette rumeur peut avoir été en droite ligne avec le trouble d’Hérode (διαπορέω) consécutif à la disparition du Baptiste et l’avènement simultané du Christ (Luk 9.7, Luk 9.9).

Résumé des hypothèses Blight 2008

En somme la réplique du Christ est une (nouvelle) fulgurance : devinant la manœuvre d’Hérode, Jésus ignore ce nuisible sans importance, ce rusé mais tant – avant de mettre l’accent sur les bienfaits d’un vrai Royaume. Le contexte étant limpide, il n’est pas utile de supposer un terme hébreu en filigrane, et par-delà, une symbolique vétérotestamentaire. Hérode Antipas est un renard : il se croit rusé. Mais il aura bientôt à faire à un lion : César (→ DBI 30) – ce qui n’est pas sans rappeler, quelque part, la fable Le Renard qui n’avait jamais vu le lion, dans laquelle un renard cesse (à tort) de craindre le lion…

Pour en savoir plus : H. W. Hoehner, Herod Antipas, Cambridge University Press, 1972 : monographie de référence sur le tétrarque ; l’appendice 11, « The Meaning of Fox » (pp.343-347) fait le point sur la question dans les littératures latine, grecque et juive : « a person who is designed a fox is an insignificant or base person. He lacks real power and dignity, using cunning deceit to achieve his aims » (p.347 ; une analyse très intéressante, mais qui n’est pas loin du « transfert de totalité illégitime » ; elle tente moins de résoudre le sens grec de Luk 13.32 que d’agréger toutes les connotations documentées sur l’animal) [en ligne ici] | Buth, « That Small-fry Herod Antipas, or When a Fox Is Not a Fox » (propose « menu-fretin ») | JensenHerod Antipas in Galilee: The Literary and Archaeological Sources on the Reign of Herod Antipas and Its Socio-economic Impact on Galilee (2006) : point documentaire sur ce qu’on sait du tétrarque (monnaies, sources littéraires, témoignages archéologiques) | Schwentzel, Rois et reines de Judée – IIe s. av.-Ier s. apr. J.-C. : ouvrage de synthèse commode sur les souverains de Judée ; sur Antipas, cf. pp.61-63 | E. Schürer, A History of the Jewish People in the time of Jesus Christ, T & T Clark, 1908, vol. II/1, pp.17-37 ; p. 18 : « In point of character, Antipas was a genuine son of old Herod,—sly, ambitious, and luxurious, only not so able as his father. In regard to his slyness we have unmistakable evidence from the life of Jesus, who, on a memorable occasion, attached to him the designation of “that fox.”| Jensen, « Antipas – The Herod Jesus Knew » (BAR 2012) (petite mise au point historique illustrant l’envergure insignifiante d’Antipas) |  Hérode Antipas (Wikipédia) | Daube, The New Testament and Rabbinc Judaism (Arno Press, 1973) | Tyser, « Jesus and Herod Antipas » (JBL 1960, 79/3, pp.239-246) | Westphal, DEB II, 549-550 évoque « l’hostilité sournoise » d’Hérode | CBSB 1777 : « Foxes were considered cunning, shrewd, and often treacherous and deceitful; most importantly here, they were destructive and were a threat to small domestic livestock (v.34) » | Sur les affinités entre littérature rabbinique et Nouveau Testament, voir par ex. Un roseau agité par le vent ? note 2 ou la liste conséquente de références fournies par Bonsirven 1955, 791-801 : « Passages du Nouveau Testament qu’on peut rapprocher de sentences rabbiniques » | ASB 1510-1511 : « cunning or deceitful behavior » / « smaller, second-tier predator » | IDB 55: « When hunted, they are cunning and devious, misleading their pursuers. Jesus compared Herod, the Roman tetarch of Galilee and Perea, to a fox, because of his crafty, devious nature » | IDCB 441 : « He [Herod Antipas] inherited his father’s political cunning, which may have been why Jesus referred to him as ‘a fox’ (Luke 13.32) ». |  Sur les mentions du renard dans le Talmud : המפתח – HaMafteach, Retter 2014, p.238, SB II, 200-202 | Berakhot 61b:7 →  Bible Parser Web App, TBE puis T01 61b:7 | Blight 2008 | Dhorme 1926, 408 | Condamin 1905, 103 | Hoonacker 1908, 358

Août 11 19

Us & coutumes aux temps bibliques

by areopage

Admettons que les deux ouvrages précédemment évoqués convenaient peu à la lecture de plage… Si vous vous intéressez aux us et coutumes aux temps bibliques, voici quelques titres utiles et plus légers :

  

  • Briend et Quesnel, La vie quotidienne aux temps bibliques (2001) :  présentation thématique et illustrée de nombreuses facettes du quotidien : habitat et objets privés, alimentation et agriculture, culture, rites et société, administration et religion, voyages et commerce. Tout à fait passionnant même si l’ouvrage a un style assez encyclopédique qui se prête davantage à une lecture occasionnelle, au-besoin.

  • Arnould-Béhar, La Palestine à l’époque romaine (2007) : ouvrage d’une très grande richesse présentant l’histoire, le territoire, l’organisation politique et sociale, la vie économique, de la Palestine à l’époque romaine. Sur l’homme de Judée-Palestine sont présentés les thèmes suivants : temps, religion, langue et littérature, arts, loisirs, vie privée. Comme la trame chronologique est plus restreinte que l’ouvrage précédent, l’ensemble forme un tout homogène qui se lit mieux. De nombreux schémas, plans, cartes, encadrés, complètent cet ouvrage. Plutôt inattendu dans la collection « Belles Lettres », mais de facture remarquable !

  • Chouraqui, La vie quotidienne des hommes de la Bible (2015), réédité par Hachette au format poche sous le titre Les hommes de la Bible. Comparable à  Briend/Quesnel, avec le style de Chouraqui en plus.

Avec ces trois ouvrages, le tour d’horizon est déjà très intéressant, et permet une lecture de la Bible plus « contextuelle ». Si vous souhaitez aller plus loin, il y a de quoi faire :

  • Yamauchi et Wilson, Dictionary of Daily Life (2017), déjà présenté ici,

  • Daniel-Rops, La vie quotidienne en Palestine au temps de Jésus (1961) : avec un style inimitable, l’auteur nous plonge dans les us et coutumes du premier siècle, au temps de Jésus ; lecture absolument savoureuse ;

  • Stapfer, La Palestine au temps de Jésus (1892) : l’auteur d’une traduction élégante du NT est aussi à l’origine de ce tour d’horizon, certes ancien, mais toujours utile, avec notamment de nombreuses références aux sources rabbiniques.

  • Tenney, Packard et White, La vie quotidienne dans les temps bibliques (1984) : un peu comme Briend et Quesnel, avec des illustrations « vintage » du plus bel effet ; utile pour un tour d’horizon rapide. Une édition anglaise bien fournie paraît des plus intéressante, j’y reviendrai peut-être.

  • Bertholet, Histoire de la civilisation d’Israël (1953) : ancien là-encore, mais très bien documenté, et dense ; le style est également très agréable, et le tour d’horizon, approfondi. La première partie traite des origines, de la formation d’une civilisation israélite sédentaire (telle que les historiens l’imaginent), en trois chapitres. La seconde partie s’intéresse à la vie domestique (parenté, enfants, esclaves, habitation, habillement, alimentation, événements de la vie de famille) ; les professions ; la vie sociale, politique, spirituelle. Pas d’illustration, mais beaucoup de citations bibliques (et aussi de la littérature secondaire, allemande principalement). L’intérêt spécial de cet ouvrage concerne à mon avis les nombreux tours proverbiaux, les multiples expressions figées de la langue hébraïque, que l’auteur signale au fil des pages, et qui en disent long sur la civilisation israélite.

  • Gaubert, La vie familiale en Israël (1971) et La vie sociale en Israël (1972) : ces deux ouvrages bien sympathiques font un tour d’horizon complet et facile à lire de la vie aux temps bibliques ; le premier aborde les sujets suivants : habitation, famille, naissance de l’enfant, éducation, mariage, alimentation, vêtement, soins du corps/parure, ami/hôte/allié, maladie et médecins, mort et funérailles ; tandis que le second traite des sujets suivants : salutations et politesses en Israël antique, métiers, activité commerciale, mesures, poids et monnaies, langue hébraïque, sciences, arts, institutions civiles, guerre et soldat, droit et justice.

  • Van Deursen, Illustrated Dictionary of Bible Manners and Customs (1968) : la profusion de titres en anglais est phénoménale ; je ne citerai qu’un seul titre assez original, celui de Deursen. Assez ancien, sa particularité est d’exposer, sous forme thématique, chaque aspect de la vie quotidienne, en en exposant le détail en page de gauche, et des illustrations explicatives en page de droite. Du coup nombre de realia prennent corps : fabrication du pain, configuration de l’habitat, instruments de musique, navigation, faune et flore, culte, au total 59 thèmes.

Août 11 19

Linguistics & Biblical Exegesis (Mangum & Westbury, 2017)

by areopage

La collection Lexham Methods Series, que j’ai déjà évoquée (ici et ici), condense en quelques volumes l’essentiel des disciplines utiles pour l’interprétation de la Bible en général (critique textuelle, approche historico-critique, critique des formes et des genres), et le volume ici présenté Linguistics & Biblical Exegesis, édité par D. Mangum et J. Westbury, s’intéresse à la linguistique, et à son apport à l’exégèse.

Discipline aride par excellence, la linguistique reste affaire de spécialistes. Il s’agira seulement pour le tout-venant, spécialement celui qui souhaite effectuer une exégèse informée de la Bible sans tomber dans certains pièges triviaux, d’en connaître l’essentiel : mécanismes du langage et utilisation raisonnée des outils existants.

L’ouvrage comprend huit chapitres :

  • Introduction to linguistics and the Bible (Wendy Widder)
  • Linguistics Fundamentals (Wendy Widder)
  • Language in Use (Jeremy Thompson & Wendy Widder)
  • Language Universals, Typology, and Markedness (Daniel Wilson & Michael Aubrey)
  • Major Approaches in Biblical Hebrew (Jeremy Thompson & Wendy Widder)
  • Linguistics Issues in Biblical Hebrew (Wendy Widder)
  • Linguistics Issues in Biblical Greek (Michael Aubrey)
  • The Value of Linguistically Informed Exegesis (Michael Aubrey)

La bibliographie fournie (pp.203-221) est suivie d’un index des sujets (pp.223-230) et d’un index scripturaire (pp.231-232). Chaque chapitre se termine sur une rubrique bibliographique commentée, fort utile.

A partir du chapitre 4 et passé les indispensables généralités (éléments de phonologie, morphologie, sémantique, syntaxe) sont introduits des éléments de langage dits « universels » : c’est à partir de là que commencent les considérations vraiment utiles pour l’exégèse (nature « marquée » ou non des énoncés, ordre des mots, intérêt et limites de la philologie comparée, analyse du discours). Ces considérations permettent souvent de comprendre l’arrière-plan méthodologique de certains lexiques comme le Louw-Nida, le SDBH, le DCH ou encore le Bible Sense Lexicon (sur lequel je reviendrai peut-être).

Les chapitres 6 et 7 sont les plus intéressants puisqu’ils comprennent d’utiles rappels sur la nature des langues bibliques (corpus disponibles, systèmes verbaux, états des études lexicologiques). Les lexiques principaux en usage sont décrits et caractérisés ; pour l’hébreu : BDB, HALOT, DCH (pp.149-153 ; le DCH reçoit un traitement passablement négatif, pas tout à fait à jour), et SDBH (p.153, mention fort succincte) ; idem pour le grec : TDNT, NIDNTT, EDNT, Louw-Nida, BDAG, LSJ, LEH, GELS (pp.183-186 ; le GE aurait mérité une petite mention !).

Enfin le dernier chapitre donne quelques exemples d’application, avec notamment une discussion d’Eph 1.22 et des « rôles sémantiques » (l’affaire est passablement laborieuse mais permet en quelque sorte de rationaliser, et cadrer, l’approche linguistique). On comprend alors mieux l’intérêt d’outils comme Comrie 1989, Levinsohn 2000, Runge 2010, Runge 2012-2014.

Bon nombre d’outils présentés gravitent autour de la sphère Lexham/Logos, et l’on pourrait soupçonner à bon droit des « conflits d’intérêts ». A décharge je dirais que Lexham produit des ouvrages et des bases de données de qualité, qui comblent un vide, et qu’il convient, bien sûr, de savoir utiliser !

Août 11 19

Chrétiens en danger (Fromager, 2013)

by areopage

Je suis tombé sur cet ouvrage totalement par hasard : Marc Fromager, Chrétiens en danger – Vingt raisons d’espérer (Editions des Béatitudes, 2013). L’auteur, ancien directeur de l’AED, dresse un panorama de la persécution des chrétiens (catholiques) dans le monde :

Dans de nombreux pays, les chrétiens sont soumis à des discriminations qui peuvent aller jusqu à la persécution. On estime que 200 millions de chrétiens à travers le monde, c est-à-dire un chrétien sur dix, n est pas entièrement libre de pratiquer sa foi. Concrètement, cela signifie que le simple fait d être un disciple du Christ entraîne un prix à payer d une manière ou d une autre. Mais il existe aussi des raisons d espérer, y compris dans les pays où aujourd’hui, l avenir des chrétiens paraît compromis. Sans irénisme ni optimisme béat, l auteur donne des clés pour envisager avec confiance le sort à plus ou moins long terme de l Église dans une vingtaine de pays, représentatifs des différents défis auxquels sont confrontés les chrétiens dans le monde. Après une introduction plus personnelle où le lecteur est invité à suivre l auteur sur le terrain dans chacun de ces vingt pays, la situation de l Église locale y est analysée de manière factuelle en tenant compte de l environnement dans lequel elle évolue. La conclusion de chaque chapitre consiste en une ouverture pleine d espérance sur l avenir, une espérance argumentée. Nous terminons l ouvrage à la fois en ayant pris conscience de la souffrance des chrétiens confrontés au poids de la Croix et en même temps réconfortés par la découverte de ces vingt raisons d espérer. Marc Fromager est le directeur de l’AED (Aide à l Église en Détresse) en France. Né en 1968 à Nouméa, père de six enfants, il a vécu vingt ans à l étranger et travaille depuis vingt-deux ans pour l Église. Rédacteur en chef de la revue L Église dans le Monde, il est l auteur de nombreux articles sur les chrétiens persécutés, chroniqueur sur plusieurs radios chrétiennes et conférencier.

On pourrait s’attendre à un panorama sombre et déprimant. Il n’en est rien. L’auteur dresse un tableau généralement court des difficultés auxquelles sont soumis telle ou telle communauté chrétienne, puis s’efforce de mettre en exergue des perspectives d’évolution positives : vivacité ou résilience des chrétiens, opportunité de lobbying politique, social ou économique…

Admettons que pour être optimiste, il faut parfois faire preuve d’une sacrée dose d’imagination, mais le témoignage, qui pourrait être pamphlet (un pamphlet de plus, parmi tous ceux que j’ai déjà signalés), reste un message d’espoir. Les pays évoqués sont : Arabie saoudite, Egypte, Irak, Syrie, Inde, Chine, Vietnam, Philippines, Congo(s), Soudan(s), Nigeria, Afrique du Sud, Mali, Brésil, Colombie, Nicaragua, Ukraine, Kosovo… et France.

Le cas de la France est particulier, car les chrétiens n’y sont pas persécutés. Cependant ils sont régulièrement victimes de vexations (traitement médiatique discriminant, profanations, une certaine agressivité, etc.)… sans compter l’immense défi du « dialogue » (de sourds) avec l’Islam et le déni de réalité qu’il sous-tend (pas de liberté religieuse dans la majorité des pays musulmans).

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