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Épigraphie et paléographie israélites aux IXème et VIIIème siècles avant notre ère (Mendel, 2003)

by areopage on avril 9th, 2015

0904152

Dans son mémoire de Master (sous la direction d’André Lemaire), Épigraphie et paléographie israélites aux IXème et VIIIème siècles avant notre ère (2003), Anat Mendel livre une compilation fort utile des sceaux inscrits, des inscriptions sur pithoi, jarres, murs, tessons, etc. Par le choix de ne retenir que les documents israélites datés entre le IXe s. et le VIIIe s., on obtient une compilation commode (qu’on aimerait bien publiée et peaufinée) : pour chaque document, une courte analyse paléographique permet de dresser les spécificités de telle ou telle écriture, avec des parallèles utiles pour s’imprégner de la méthodologie de la discipline, et surtout de la période en question. Ainsi, on comprend mieux les difficultés qui surgissent parfois dans certains cas, comme lorsque l’écriture est plus « relâchée » (graffitis). Parmi les documents analysés figurent ceux de Kuntillet ‘Ajrud (pp.61-92) où non seulement figure le nom divin, mais aussi des éléments jetant une certaine lumière sur l’ashérah (arbre sacré) dont parlent parfois les textes bibliques. D’un certain intérêt également, et pour l’ensemble des inscriptions, peut se révéler l’étude des noms théophores, dont les variations indiquent parfois des variantes dialectales et géographiques. Le mémoire présente hélas quelques coquilles (typographie, mise en page…) et j’avoue que j’aurais préféré un texte en hébreu plutôt que ces transcriptions conventionnelles, mais enfin le travail est très intéressant par sa nature même de compilation. Parmi les éléments conclusifs, citons (p.157) :

Au début et à la première moitié du IXème siècle, les écritures araméenne, phénicienne et hébraïque sont encore difficilement distinguables. (…) Vers la fin du IXème siècle et le début du VIIIème, deux styles d’écriture hébraïque commencent à se développer : un style conservateur formel, essentiellement lapidaire et servant entre autres à la gravure des sceaux, et un style cursif, utilisé pour les ostraca et les papyri.

Pour les sceaux inscrits spécifiquement, la meilleure introduction est l’impressionnant article « Sceaux inscrits des pays du Levant », de P. Bordreuil dans le Supplément au Dictionnaire de la Bible, tome XII : 86-211.

5 Comments
  1. Disciple permalink

    Je rêve ou on dirait des gravures hiéroglyphiques égyptiennes ? (je suis en train de parcourir le mémoire)

  2. Disciple permalink

    « Le caractère égyptisant de ce sceau pourrait être à rapprocher de l’influence de la culture égyptienne sur le royaume d’Israël à cette époque et plusprécisément de l’envoi d’une ambassade d’Osée en Egypte pour demander une intervention contrel’Assyrie (cf. 2
    R XVII, 4) ». En d’autres termes, les motifs iconographiques et le style artistique égyptiens dans les sceaux israélites de ce type seraient le résultat d’une influence égyptienne directe, etnon pas par l’intermédiaire de la Phénicie, comme dans les sceaux du type du griffon ailé. » (p.26)

    L’analyse profonde des figures symboliques me semble très superficielle. Quand on grave des symboles de ce type, les figures choisies revêtent une très grande importance doctrinale, religieuse, et culturelle. On ne grave pas un pshent parce qu’on demande une fois l’aide de l’Égypte dans un conflit. On le grave parce qu’on est égyptien ou d’ascendance égyptienne, et que le pshent égyptien fait partie intégrante de sa culture religieuse et symbolique.

    Peux-tu nous resituer la période israélite à laquelle correspondent ces sceaux ? Israël sous tutelle égyptienne ?

    Évidemment, plutôt qu’une catégorisation épigraphique purement formelle et documentaire, j’aurai préféré une traduction et une remise en contexte linguistique et symbolique approfondie de ce qui est gravé.
    Le « Yahvé a sauvé » figuré par un faucon Horus p. 145 m’a laissé songeur.

    • areopage permalink

      C’est un mémoire de philologie et linguistique. Sa vocation n’est donc que la compilation et l’analyse paléographique. C’est déjà un travail énorme… A charge aux historiens, et parmi ceux-ci plus particulièrement les spécialistes de symbolique sigillaire, d’interpréter… Je suis cependant d’accord avec toi : ce type de compilation est un point de départ. C’est précisément ce que je suggère. Personnellement je m’en sers 1) pour détecter les éléments permettant de dater un document, 2) pour m’imprégner d’un état de la langue à une époque donnée (cela marche mieux avec des inscriptions qu’avec des sceaux somme toute très conventionnels). Quand on sait combien les inscriptions de ce genre sont parsemées çà et là dans les revues spécialisées, on apprécie d’autant plus ce genre de compilation.

      A propos de l’époque, les IXe et VIIIe s. correspondent à une période relativement mouvementée de l’histoire d’Israël : c’est lors de ce qu’on appelle la monarchie divisée. Après la mort du roi Salomon en -930 (dont les travaux forcés ont sans doute déclenché bien du ressentiment), la monarchie israélite est divisée en deux royaumes : Israël au Nord (dont la capitale est Samarie), et Juda (capitale Jérusalem). Durant cette période, l’Assyrie mène des incursions militaires et harcèle Israël par des rafles, des extorsions, des intimidations (ce qui explique certaines lamentations épigraphiques). Finalement, le royaume du Nord tombe en -722. De son côté, le royaume de Juda va faire face à l’empire babylonien, qui finit par le détruire en -587. Durant cette période relativement courte paraissent de nombreux prophètes bien connus : Amos, Jonas, Osée, Zacharie, Michée, et surtout Isaïe.

      La nation d’Israël était alors confrontée aux Araméens, aux Assyriens et aux Babyloniens. Pas de domination égyptienne (du moins pas directement). Je ne sais donc pas trop d’où provient cette influence. Sans doute plus haut, à la période de l’Exode. Ce que je sais, c’est que la langue hébraïque comporte de nombreux emprunts linguistiques à l’égyptien (cf. Yahuda, Lambdin, Hays, Rubin 1,2). Alors pourquoi pas artistiques ? La domination, avant d’être politique, passe souvent par la domination linguistique, culturelle et religieuse. D’ailleurs une des plus célèbre inscription, celle de Kuntillet ‘Ajrud justement (cf. p.63), a été interprétée comme figurant… le dieu égyptien Bès, dans un contexte où l’on parle aussi d’Ashérah. Syncrétisme païen ?

      • Disciple permalink

        Merci pour cette nécessaire contextualisation.

        L’idée de domination religieuse n’est donc plus pertinente si l’Egypte n’a à cette époque plus d’influence directe sur la Palestine. Il faut une autre hypothèse, celle d’une transmission traditionnelle des symboles égyptiens aux symboles israelites comme étant leurs successeurs (ou comme étant souché sur le tronc religieux égyptien).

        Quant à Aschéra, j’imagine qu’il faut se fonder sur l’idée que le royaume du Nord est dans l’idolatrie pendant que le royaume du Sud perpétue et renforce le monothéisme ?

        • areopage permalink

          L’étude de l’Ashérah n’est pas dissociable du problème monothéisme/monolâtrie en Israël, sujet complexe et controversé. La quarantaine de passages bibliques mentionnant l’ashérah/Ashérah ne fait pas, je pense, de distinction géographique et d’ailleurs une inscription la mentionnant a été trouvée dans le royaume de Juda à Khirbet el-Qôm. Sur ces points, hormis les multiples études spécifiques aux inscriptions en tant que telles, voir spécialement Römer et al 2010, Binger 1997, Dever 2008, Day 2002, Becking et al 2001, Smith 2007, et sans doute aussi Lemaire 2003 (mais je n’ai pas encore eu l’occasion de le lire).

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