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Marc au premier siècle ? Dénouement.

by areopage on mai 24th, 2018

P.Oxy. 83.5345 source

 

L’annonce avait été faite en 2012 par Daniel Wallace, lors d’un débat avec Bart Ehrman : un papyrus de l’évangile de Marc, probablement daté du premier siècle, avait été trouvé. Sidération dans la communauté scientifique : personne n’avait entendu parler de ce fragment, et si son existence était avérée, il constituait derechef le plus ancien témoin du NT, détrônant le P52, daté de la première moitié du deuxième siècle (cf. Fontaine 2012 : 6). Entre effervescence et scepticisme, chacun a tenté d’en savoir plus, mais la publication du document, prévue initialement pour 2013, s’est faite cruellement attendre de longues années, jusqu’à sombrer quasiment dans l’oubli (je l’avais évoquée en passant dans ce billet de 2013).

L’importance d’un tel fragment aurait été double : 1) le texte de Marc est peu attesté par les témoins anciens. Le plus ancien est le P45, daté du IIIe siècle, et il est très lacunaire (cf. Head, in Hill et Kruger 2012 : 108-109, 114-117 – cf. ici ; voir aussi Amphoux et al. 2014 : 37), et 2) tandis qu’on date cet évangile entre 60 pour les uns, et jusqu’à 75 pour les autres, disposer d’un texte du Ier siècle aurait permis d’éclairer bien davantage l’histoire de cet évangile (critique textuelle et réception), tant en termes de datation qu’en termes de procédés scribaux (comme les nomina sacra).

Le dénouement est enfin là : et c’est la douche froide. Ou plutôt la douche tiède. Oui, le papyrus existe. C’est le P. Oxy. 83.5345, qui conserve Marc 1.7-9, 16-18. Mais il n’est pas du premier siècle. Ses éditeurs, Daniela Colomo et Dirk Obbink, après avoir songé au premier siècle, se sont ravisés : le papyrus est officiellement daté fin IIe/début IIIe s.

Il fait partie de la célèbre collection des Papyri d’Oxyrhynque, dont le 83e volume vient d’être publié. Ce volume contient aussi, notamment, un document inventorié P. Oxy. 83.5346 conservant des portions de Luc 13.13-17, 25-30.

L’excitation laisse donc place à la déception, il faut bien le reconnaître. Un document du premier siècle aurait considérablement enrichi nos connaissances, d’une manière ou d’une autre. Ceci étant dit, les deux témoins de Marc et Luc qui viennent d’être publiés ont toutefois une très grande valeur pour la critique textuelle, soit pour confirmer le texte déjà connu, soit pour informer sur la présence ou non de variantes par ailleurs connues ; en l’occurrence, il ne semble pas y avoir de cas inédits.

Faut-il s’en étonner, c’est d’Egypte encore que provient le papyrus ; Egypte terre propice à la préservation des manuscrits, ce qui n’est pas autant le cas de la Palestine. Pour être allé en Galilée dernièrement, où nous avons surtout connu pluies et averses torrentielles, j’avoue que si le temps était ainsi à l’époque, je m’explique mieux l’absence de découvertes papyrologiques dans cette contrée…

A cet égard le hasard est curieux : je viens d’intégrer plus de 60 000 papyri à Bible Parser Web App, dont… les 80 premiers volumes de la collection d’Oxyrhynque. Vous pourrez donc prochainement consulter (depuis le Dictionnaire linguistique notamment), comment un terme est employé dans ces corpus : NT, LXX, APF, OTP, JOS, PHI, APO… plus les Papyri (PAP), ainsi qu’un large corpus d’auteurs grecs (Pères de l’Eglise et auteurs classiques), CAG. L’AT ne sera pas en reste puisque de nouvelles bases ont été ajoutées : le Talmud (TBA), les manuscrits sectaires de la Mer Morte (DSS), et le Siracide en hébreu (SIR).

Pour en savoir plus : Transcription (ou ici) – l’excellent article de ETCla confirmation de Daniel Wallace – son second post ; voir aussi : Brice C. Jones | Larry HurtadoHead 2012 | EES

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