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Le blasphème contre l’Esprit (Matthieu 12.32, etc.)

by areopage on mai 11th, 2014

J’ai toujours été intrigué par ce péché impardonnable, le « blasphème contre l’esprit saint » dont parle Jésus en Matthieu 12.32 (voir aussi Marc 3.28-29, 1 Jean 5.16).

C’est une parole assez énigmatique, qui n’est pas clairement explicitée par ailleurs. L’interprétation traditionnelle se fonde essentiellement sur trois textes : Hébreux 6.4-6, 10.26-29 et 2 Pierre 2.20-22.

Mais malgré ces textes, qui en précisent peut-être la teneur, on est en droit de s’interroger.

Une solution pourrait venir de l’Ancien Testament.

Posons en effet une question simple : quel rapport entre Jésus et l’esprit saint ? L’onction. Jésus était messie de Dieu. Quel rapport entre Jésus et le croyant ? L’onction également. Participer à l’esprit saint, c’est en quelque sorte être un messie, une personne « ointe ».

Or quand on regarde de plus près la notion même de Messie, on perçoit avec une extrême acuité son origine davidique. Espérance eschatologique par excellence, l’attente du Messie était surtout une volonté nationaliste, celle de l’instauration séculière d’un roi humain sur Israël. D’où le motif invoqué pour perdre Jésus par ses ennemis : la lèse-majesté.

Le Messie souffrant ne semble pas avoir été une notion familière. À la limite, une venue en deux temps (j’y reviendrai).

C’est précisément la représentation du messie comme « oint de Dieu », dans toute la sacralité que suppose cette élection, par essence indiscutable, que se trouve peut-être une explication du fameux blasphème contre l’Esprit.

L’hostilité meurtrière du roi Saül envers David permet de se faire une idée de ce que représentait l’onction. Malgré son acharnement à poursuivre David pour le supprimer, David n’a jamais porté la main contre son ennemi juré. Et ce n’est pas qu’il n’en eu pas l’occasion. Une fois lorsque Saül allait à la selle dans une grotte, il lui coupa un pan de son manteau. Un autre fois, que le roi dormait, il aurait pu lui planter une lance dans la tête (cf. 1 Samuel 26.9). Mais il n’en fit rien. Pourquoi ?

C’est que Saül était oint de Dieu, ce que David n’a jamais négligé (cf. 1 Samuel 24.6, 26.9, 11, 16, 31.4).

Le blasphème contre l’esprit saint, c’est donc sans doute ce refus de la messianité de Jésus. Refuser Jésus, c’était refuser l’onction dont il avait fait l’objet (cf. Matthieu 3.16-17). Sa royauté. Sa qualité de messie. Autrement dit, de roi d’Israël.

Pour un tour d’horizon, cf. A. Lemonnyer, « Le blasphème contre le Saint-Esprit », Supplément au Dictionnaire de la Bible, tome I, col. 981-989.

From → réflexions

One Comment
  1. Disciple permalink

    Une exégèse théologique partirait je pense, plus largement de « tout ce qui fait obstacle à l’œuvre de l’Esprit-Saint ». Faire obstacle à l’Esprit-Saint, c’est logiquement le péché suprême, à l’inverse du péché le plus « véniel », à l’autre bout de la hiérarchie des péchés, qui serait un péché contre la chair ou par la chair, par exemple, et sans entraîner de conséquence sur l’œuvre de l’Esprit-Saint (par exemple les pécheurs que Jésus rencontre ne font pas obstacle à une telle œuvre, mais les pharisiens qui se croient purs, eux font obstacle…). J’ai la flemme de chercher les versets mais ya de quoi…

    Dans ce cadre, évidemment la messianité de Jésus paraît comme un élément central d’action de l’Esprit-Saint.

    En fait, je pense que si cette notion peut surprendre, cela vient de notre ignorance de ce qu’est et de ce que fait l’Esprit-Saint. Car si nous connaissions l’Esprit-Saint, nous saurions ce qu’est le péché contre lui.

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