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Jean 14.14 vs Jean 16.23 ?

by areopage on décembre 17th, 2013

Demander à Dieu au nom de Jésus, et prier Jésus, c’est assez différent.

Je ne m’étendrai pas sur le sujet, fastidieux et miné, cherchant à savoir s’il est possible de prier Jésus lui-même, ou si la prière ne doit être faite qu’en son nom (en faisant mention de son nom, ce qui implique reconnaître son rôle dans la réconciliation entre les humains et  Dieu, cf. Romains 5.11, 2 Corinthiens 5.18-19, etc.). Le NT contient en tout cas un exemple assez clair d’une prière à Jésus : Actes 7.59 (voir aussi 1 Corinthiens 16.22).

Ce qui m’intéresse ici, c’est la mise en lumière de certains passages bien connus, et qui ont vraisemblablement poussé certains copistes à modifier le texte, générant ainsi des variantes.

Référence

NA27/28 Remarques
Jean 14.13 καὶ ὅ τι ἂν αἰτήσητε ἐν τῷ ὀνόματί μου τοῦτο ποιήσω ἳνα δοξασθῇ ὁ πατὴρ ἐν τῷ υἱῷ.  Jésus récipiendaire et acteur.
Jean 14.14 ἐάν τι αἰτήσητέ με* ἐν τῷ ὀνόματί μου ἐγὼ ποιήσω. *με : Alford, Tregelles, Scrivener,Etienne : omission  WH : [με]Jésus récipiendaire et acteur.
Jean 15.16 οὐχ ὑμεῖς με ἐξελέξασθε ἀλλʹ ἐγὼ ἐξελεξάμην ὑμᾶς καὶ ἔθηκα ὑμᾶς ἳνα ὑμεῖς ὑπάγητε καὶ καρπὸν φέρητε καὶ ὁ καρπὸς ὑμῶν μένῃ ἳνα ὅ τι ἂν αἰτήσητε τὸν πατέρα ἐν τῷ ὀνόματί μου δῷ ὑμῖν.  Père récipiendaire, Jésus acteur.
Jean 16.23 Καὶ ἐν ἐκείνῃ τῇ ἡμέρᾳ ἐμὲ οὐκ ἐρωτήσετε οὐδέν ἀμὴν ἀμὴν λέγω ὑμῖν ἄν τι αἰτήσητε τὸν πατέρα ἐν τῷ ὀνόματί μου δώσει ὑμῖν. SBL, δώσει ὑμῖν après τὸν πατέρα.Père récipiendaire et acteur.
Jean 16.24 ἕως ἄρτι οὐκ ᾐτήσατε οὐδὲν ἐν τῷ ὀνόματί μου αἰτεῖτε καὶ λήμψεσθε ἳνα ἡ χαρὰ ὑμῶν ᾖ πεπληρωμένη.  Jésus récipiendaire, acteur non connu.
Jean 16.26 ἐν ἐκείνῃ τῇ ἡμέρᾳ ἐν τῷ ὀνόματί μου αἰτήσεσθε, καὶ οὐ λέγω ὑμῖν ὅτι ἐγὼ ἐρωτήσω τὸν πατέρα περὶ ὑμῶν·

 Jésus récipiendaire et intercesseur.

 Il n’est pas toujours évident de concilier ces textes. Tantôt Jésus est le récipiendaire de la prière, tantôt c’est le Père. Tantôt Jésus agit, tantôt c’est le Père. Seul le dernier passage, Jean 16.26, semble ménager une solution : en fait, Jésus intercède auprès du Père.

En Jean 14.14, il y a un certain nombre de variantes :

variantes mineures] Alex: p66* (p66(c)) p75 ‭א A B L Δ Ψ 060 33 1006 1241 1243 1342 copsa copbo coppbo copfay copach2 Cyril WH Alex/César.: M Alex/Byz: 579 892 César.: f13 1071 1424 César./Byz: 700 Occ.: D W 1292 1505 1646 ita itaur itc itd ite itf itff2 itq itr1 vg Augustine Victorinus-Rome Byz: E G H K Q S U Θ Π 28 180 597 1079 1195 1216 1230 1242 1344 1546 2148 2174 Byz Lect syrp syrh goth eth slav Chrysostom ς
verset 14 après ποιήσω dans verset 13] Byz: 1010
verset 14 omis] Alex: 157 Alex/Byz: X César.: f1 565 arm geo Occ.: itb vgms syrs syrc Byz: 1009 1365 l76(1/2) l211(1/2) l253 l1074(1/2) syrpal Nonnus ?: Diatessaronf Diatessaronl Diatessaront
omit ἵνα δοξασθῇ… 14 … ποιήσω (haplographie)] César.: 205 Byz: Λ* 0141 l751 l1627(1/2)

με] Alex: p66 p75vid ‭א B Δ 060 33 1006 1342 [WH] NR CEI TILC Nv Alex/Byz: 579 892 César.: f13 César./Byz: 700 Occ.: W 1646 itc itf vg Byz: E H S U Θ 28 1230vid 1242 Byzpt Byz2005 l64 l184(1/2) l219 l514 l547 l672 l673(1/2) l813 l890(1/2) l1231 syrp syrh goth Fulgentius

τὸν πατέρα] Occ.: (itff2) Augustine1/3 Byz: 249 397
omit] Alex: A L Ψ 1241 1243 copsa copbo coppbo copfay copach2 Cyrillem Riv NM Alex/César.: M César.: 1071 1424 Occ.: D 1292 1505 ita itaur itd ite itq itr1 vgmss Augustine2/3 Victorinus-Rome Byz: G K Q Π 180 597 (1010) 1079 1195 1216 1344 1546 2148 2174 Byzpt Lect eth slav Euthymius ς ND Dio ?: Diatessaron

ἐγὼ] Alex: NR CEI Riv TILC Nv NM Byz: Byz ς ND Dio
τοῦτο] Alex: WH

La plus importante est celle qui concerne le segment αἰτήσητέ με ἐν τῷ ὀνόματί μου. Certains témoins omettent le με, vraisemblablement pour éviter la contradiction avec Jean 16.23 (cf. Codex Alexandrinus ci-dessous) et aussi peut-être parce que « me demander en mon nom » est une tournure impropre qui ne figure nulle part ailleurs (cf. Bernard 1929, II : 544 ; mais αἴτησόν με seul est tout à fait correct, cf. Marc 6.22).

D’autres témoins remplacent με par τὸν πατέρα, ainsi que le souligne Metzger (TC : 208) :

με {B} Either the unusual collocation, “ask me in my name,” or a desire to avoid contradiction with 16:23 seems to have prompted (a) the omission of με in a variety of witnesses (A D K L Π Ψ Byz al) or (b) its replacement with τὸν πατέρα (249 397). The word με is adequately supported (P66 א B W Δ Θ f 28 33 700 al) and seems to be appropriate in view of its correlation with ἐγώ later in the verse.

P. Comfort suggère que l’omission du με peut venir de la volonté des scribes à ne pas répéter ce qui est dit au verset d’avant (NTTC : 309), d’autant que le verbe αἰτέω n’y est pas suivi du pronom personnel. C’est peut-être aussi ce qui a motivé dans d’autres témoins l’omission pure et simple de tout le verset, à moins que ce soit une haplographie (les versets 14 et 15 commencent tous deux par ἐάν). Ce même Comfort signale ailleurs (ENTM : 341, voir aussi NTTC : 312, TC : 211) une variante impliquant, là encore, la syntaxe (ordre des mots) en Jean 16.23.

En tout cas cela rappelle deux points qu’il ne faut jamais oublier en critique textuelle :

– [modification involontaire] l’œil d’un scribe pouvait sauter aisément d’un endroit à un autre pour peu qu’un mot ou un groupe de lettres fût répété (vv.14-15), générant ce qu’on appelle une haplographie,

– [modification volontaire] les scribes pouvaient être sensibles à des considérations linguistiques (grammaire incorrecte à leurs yeux) ou philologiques (contradiction réelle ou supposée avec un autre passage), débouchant sur une modification du texte, en général son harmonisation avec un passage parallèle. C’est le cas en Jean 14.14, particulièrement pour les variantes portant τὸν πατέρα (249, 397), l’omission du με étant plutôt imputable, je pense, à la bienséance grammaticale.

47 Comments
  1. Florent permalink

    Je ne commenterais pas la recherche qui a été faite, elle me semble déjà très fournie.

    En revanche, un point a piqué ma curiosité :
    Le NT contient en tout cas un exemple assez clair d’une prière à Jésus : Actes 7.59.

    Le passage concerne Etienne, dans le passage provoquant sa lapidation, il reçoit une vision, rempli d’esprit saint, il voit la gloire de Dieu et le Christ à la droite de Dieu. Avant de mourir, il s’adresse à Jésus (ἐπικαλέομαι – epikaleomai) :
    S21 : «Seigneur Jésus, accueille mon esprit!»
    NBS : Seigneur Jésus, reçois mon esprit !
    Semeur : Seigneur Jésus, reçois mon esprit!
    Jérusalem : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. »

    Alors, en quoi peut-on affirmer qu’il s’agit d’une « prière » ?
    – le fait qu’il utilise « Seigneur » ?
    – le fait qu’il s’adresse à un être glorieux ?
    – le fait qu’il demande quelque chose (en l’occurrence le fait de recevoir son esprit – en vue de sa résurrection) ?

    Personnellement, je ne pense pas qu’il s’agisse d’une « prière » comme on peut en adresser à Dieu, celui qui est assis sur le trône, pour les seules raisons évoquées ci-dessus. Pourquoi cela ?

    Ci dessous le même raisonnement appliqué à un autre contexte :
    Daniel 10:5-7 fait état d’une vision de Daniel. Il voit un messager glorieux et au verset 19 on lit :
    S21 : Pendant qu’il me parlait, j’ai repris des forces. J’ai alors dit: «Que mon seigneur parle, car tu m’as fortifié.»
    NBS : Et comme il me parlait, je repris des forces et je dis: Parle, mon seigneur, car tu m’as rendu fort.
    Semeur : Pendant qu’il me parlait, je repris des forces et je lui dis: Que mon seigneur parle, car tu m’as fortifié!
    Jérusalem : Et tandis qu’il me parlait, je me sentais fortifié et je dis: « Que mon Seigneur parle, car tu m’as réconforté. »

    On retrouve un schéma assez identique :
    – l’utilisation du mot « Seigneur »
    – le fait de s’adresser à un être glorieux
    – le fait de demander quelque chose (en l’occurrence : révéler la parole)

    Qui en la circonstance, dirait que Daniel est en train de prier l’ange ?

    Actes 7:59 ne présente pas tant de différence que cela avec ce récit, par contre, dans ce texte, la plupart des traductions mettent « prier » au lieu « d’appeler », « d’invoquer », « d’interpeller » (bien que ce terme renvoie généralement à un autre registre) sous prétexte que la personne en question est Jésus, et que Jésus est Dieu.

    Pourtant, si l’on s’en tient strictement au texte, Dieu est sur son trône, il a ressuscité Jésus, l’a fait asseoir à sa droite, lui a donné la clé de la mort et a fait de lui le chef qui devait les guider vers leur salut (Ps. 110:1 ; Ap. 1:18 ; Héb. 2:10). Jésus hérite ainsi d’un autre nom, et de la possibilité de ramener à la vie les morts. Soulignons également que le passage d’Actes se rapporte à une vision, autrement dit, il est tout à fait possible de s’adresser à différentes personnes sans pour autant qu’il s’agisse de prières. On trouve foison d’exemples de ce genre dans l’apocalypse de Jean, avec les 24 anciens, les anges etc qui s’adressent à Jean, qui lui-même leur répond avec respect. Pour autant, ces passages ne constituent pas des prières ou des louanges comme celles qui sont adressées à Dieu en Apocalypse 4:8 et 11 (c’est à dire avant que soit introduit l’agneau qui a été tué qui finit par s’asseoir lui aussi sur le trône de l’Éternel, comme la lignée des rois de David le faisait, cf 1 Chroniques 29:23).

    Donc pour résumer, le fait que le mot « Seigneur » est employé ne renvoie pas systématiquement à une prière, c’est une formule de respect, qui parfois s’utilisait envers le mari, le roi, un personnage important, Dieu. Le fait de s’adresser à un personnage glorieux dans une vision ne constitue pas obligatoirement en soi une « prière », qu’il s’agisse d’un ancien, d’un ange, d’un monarque, ou du messie élevé. Le fait de demander quelque chose, toujours dans le cadre d’une vision, à un personnage glorieux ne constitue pas non plus nécessairement une prière, objet de vénération.

    C’est donc un parti pris que certains traducteurs utilisent lorsqu’ils traduisent l’expression grecque en Actes 7:59 par « prier », car ils tiennent généralement Jésus pour Dieu (Le Tout-puissant), alors qu’il n’est « seulement » (excusez-moi de l’expression) que – pour faire court – son fils, le messie annoncé, le premier et le dernier, le Roi du Royaume établi par Dieu, l’agent de la réconciliation, le grand-prêtre miséricordieux, et celui qui a pouvoir sur la mort, autrement dit l’agent du salut.

    Tout cela, certainement Etienne le reconnaissait, et c’est la raison pour laquelle dans cette vision, il a pu s’adresser à celui qui était à la droite du trône pour montrer sa confiance dans le fait qu’il est capable de le ramener à la vie.

    • areopage permalink

      Belle tirade, mais qui n’est pas vraiment convaincante. Comme j’ai dit, je ne souhaite pas m’engager sur ce terrain miné. Je soulignerai seulement les points suivants:

      – pour votre exemple avec Daniel (votre seul argument), je suis assez d’accord. Un humain qui parle à un être divin lors d’une théophanie ne le prie pas.

      – ἐπικαλούμενον καὶ λέγοντα ; « appelant et disant ».
      Voyez dans la traduction de votre choix, vous verrez que le verbe ἐπικαλέω s’emploie bien dans le contexte de la prière (voyez spécialement Actes 2.21, Romains 10.13 et 1 Corinthiens 1.2). ἐπικαλέω + le nom de la personne, c’est une invocation ; accompagné d’une requête, l’invocation devient prière.

      – Actes 7:59b : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! » (κύριε Ἰησοῦ δέξαι τὸ πνεῦμά μου). Difficile de voir dans cette requête autre chose qu’une prière (dans le sens : « Élévation de l’âme vers Dieu (ou une divinité) pour lui exprimer son adoration ou sa vénération, ses remerciements ou actions de grâces, pour obtenir ses grâces ou ses faveurs; (…). » Trésor de la Langue Française).

      – C’est d’autant plus flagrant qu’il y a des parallèles exacts que vous n’évoquez pas, curieusement.

      TM Psaume 31.6 : בְּיָדְךָ אַפְקִיד רוּחִי פָּדִיתָה אֹותִי יְהוָה אֵל אֱמֶת׃
      = LXX 30.6 : εἰς χεῖράς σου παραθήσομαι τὸ πνεῦμά μου ἐλυτρώσω με κύριε ὁ θεὸς τῆς ἀληθείας

      Dans les Psaumes, louanges, requêtes, actions de grâces, s’entremêlent, et constituent ce qu’on appelle ordinairement des prières (qui ne sont pas que des demandes à Dieu !).

      Deuxième parallèle : lorsqu’il prie Dieu lors de son agonie, Jésus a les mêmes paroles qu’Etienne (Luc 23.46 citation du précédent psaume) :
      καὶ φωνήσας φωνῇ μεγάλῃ ὁ Ἰησοῦς εἶπεν πάτερ εἰς χεῖράς σου παρατίθεμαι τὸ πνεῦμά μου τοῦτο δὲ εἰπὼν ἐξέπνευσεν.
      Le segment qui retient mon attention ici, c’est « Père, entre tes mains je remets mon esprit ! ».

      Manifestement, la formule est consacrée (3 attestations avec celle d’Etienne). Elle s’adresse à un être divin, pas nécessairement lors d’une théophanie, et constitue une demande formelle, qui est aussi un puissant acte de foi. Pour moi, ces trois exemples sont des prières qui se disent volontiers à l’article de la mort.

      Il faudrait pouvoir expliquer rigoureusement les passages d’Actes 2.21, Romains 10.13 et surtout 1 Corinthiens 1.2 pour me convaincre du contraire.

      En tout cas, merci pour votre commentaire. Je m’attendais à une réaction de ce genre. Je regrette seulement qu’elle s’écarte du sujet de mon post.

      • Florent permalink

        Bonjour, eh bien ma foi je ne m’attendais pas à une réponse aussi passionnée !

        Je ne savais pas le sujet particulièrement « miné ». La plupart des gens prient Jésus pour tout un tas de choses, donc pour beaucoup la question ne se pose même pas de savoir s’il « convient » ou non de le prier. Cependant, si comme vous dites, ce terrain est bel et bien « miné », il me semble malencontreux d’annoncer ne pas vouloir s’engager sur cette voie en avançant de façon assez péremptoire l’idée selon laquelle je vous cite : « Le NT contient en tout cas un exemple assez clair d’une prière à Jésus : Actes 7.59 (voir aussi 1 Corinthiens 16.22) ». Car si le terrain est effectivement miné, la prudence nous retiendra de faire une telle allégation quand on veut éviter la question. C’est un premier point.

        Ensuite, pour répondre ensuite à votre post, et pour préciser l’objet du mien, je n’étais pas dans l’optique de faire un développement exhaustif de l’idée selon laquelle il ne faut pas prier Jésus.
        Le but visé était simplement :
        – de raisonner sur le passage que vous aviez relevé
        – de définir ce qui permettrait de dire qu’il s’agit bel et bien d’une « prière » – sur la base de ces critères, mettre en lumière un exemple mettant un schéma identique sur lequel la plupart des personnes conviendront qu’il ne s’agit pas d’une prière dans cet autre contexte.

        De cette façon, en ramenant le raisonnement à la situation de départ, on se retiendrait d’être catégorique sur le sens théologique des propos tenus par Etienne dans le cas évoqué au départ. En ce sens donc, il ne me suffisait que d’un contre-exemple et un seul. Donc oui, c’est le seul argument évoqué dans mon post, mais il est suffisant.

        Pour le reste, et notamment l’idée selon laquelle l’expression grecque relevée (ἐπικαλέομαι) s’emploie dans le contexte de la prière, c’est à mon sens précisément cet argument-là qui n’est pas vraiment convaincant. Je vais détailler ensuite, mais pour être certain de ne pas commettre d’impair, je vais essayer de résumer le fond de votre pensée : si je comprends bien, vous dites que le fait d’avoir recours à cette expression peut, suivant les contextes, s’apparenter à une prière, je suis tout à fait d’accord. Cependant, imaginez que dans le contexte de Daniel, le prophète connaisse le nom de l’ange qui lui parle (mettons Gabriel), allez vous dire que si Daniel avait dit : « Seigneur Gabriel… » cette invocation aurait été une prière à l’ange ?
        Le fait d’avoir recours par endroit à une expression dans une prière ne rend pas systématiquement cette connotation à l’expression utilisée dans d’autres contextes. Je prends un exemple : on utilise parfois en français le terme supplication. Une prière peut-être une supplication, mais on peut aussi supplier quelqu’un sans pour autant le vénérer comme une divinité. Le mot « supplier » n’admet donc pas systématiquement cette notion liée à l’adoration. Je pense que vous avez compris là où je veux en venir. Je ne m’étendrais donc pas davantage sur ce point.

        Pour votre citation du Trésor de la Langue Française, j’ai du mal à en saisir le sens. Voulez-vous dire que lorsqu’Etienne prononce les paroles d’Actes 7:59b il entre en état d' »Élévation de l’âme vers Dieu (ou une divinité) pour lui exprimer son adoration ou sa vénération, ses remerciements ou actions de grâces, pour obtenir ses grâces ou ses faveurs » ? Cela suppose aux moins deux points :
        – que Jésus est le Dieu qu’Etienne vénérait, cependant le contexte montre que Jésus dans la vision est à la droite de Dieu
        – que son âme en train de s’élever vers Dieu ? Voulez parler d’élévation dans un sens propre car Etienne irait au ciel à sa mort, ou d’élévation dans un sens spirituel avec le fait de s’adresser à une personne divine ? La définition que vous citez est déjà en soi assez évasive pour en saisir le sens précis. Cependant, cela soulève des questions : définiriez-vous de la même façon l’âme et l’esprit ? Les rédacteurs du dictionnaire sont-ils dans le même cas ?

        Pour poursuivre ce débat, le fait que je n’ai pas cité les Psaumes n’a rien de curieux, contrairement à ce que vous laissez entendre, je ne sais pour quelle raison. Comme relevé plus haut, un seul contexte similaire me suffisait à rectifier l’allégation que vous formuliez avec conviction. Sans aller chercher dans les Psaumes, dans l’Apocalypse de Jean que je citais auparavant, on retrouve des chants de louanges adressés à l’Agneau dès le chapitre 5, verset 9 et 10 puis aux versets 12, 13 et 14. On en retrouve encore plus loin (Ap 7:10). Au moment où j’écrivais mon post, je le savais déjà, mais nul besoin de le mentionner par rapport à Actes 7:59 et ce sur quoi je voulais attirer l’attention à savoir un contre-exemple. De la même façon, je connais les Psaumes et le contenu de certains d’entre eux. On peut effectivement les « résumer » en disant qu’il s’agit de « Prières », cependant, la généralisation, bien qu’utile par endroits, tend à créer des amalgames de par sa fonction même ou son recours. Je m’entends, je ne suis pas sûr que dans un sens théologique, pour un hébreu n’ayant pour Dieu unique que l’Eternel, le Psaume 45 (par exemple) puisse être considéré comme une prière au roi, bien qu’il soit oint par le Très-Haut et amené à s’asseoir sur le trône de Dieu. Le contenu est très clairement une louange adressé au roi, avec un aspect prophétique en la personne du Christ. Donc des louanges oui, et je suis sûr qu’en prenant le temps de chercher il y a plusieurs exemples plus pertinent encore, mais ce n’est pas parce qu’on résume un corpus de « textes » par le terme générique « prières » que dans un sens théologique, chaque texte en lui même est une prière adressée directement à Dieu. Donc là clairement, vous vous servez d’une définition courante, qui brasse plusieurs concepts pour étayer votre idée, l’argument n’est donc pas recevable.

        Le deuxième parallèle que vous évoquez, dans lequel Jésus cite le Psaume 31, il n’y a pas grand chose à extraire, si ce n’est que le Psaume 31 a une valeur prophétique. David, le roi oint prie Dieu préfigurant que Jésus « le Shilo » prie Dieu également avant de s’endormir dans la mort. Que Jésus emploie cette formule est donc tout à fait normal, et je pense que le débat ne porte pas là-dessus. Vous semblez dire que la formule est « consacrée » (c’est-à-dire ?), peut-être sous l’argument qu’elle est reprise mot pour mot trois fois : je rappelle :
        – 1ère fois dans le Psaume, prière adressée à Jéhovah, valeur prophétique
        – 2ème fois dans l’évangile, prière de Jésus adressée à son Dieu Jéhovah, accomplissement prophétique
        – 3ème fois dans une théophanie par Etienne alors qu’il voit Dieu et Jésus à sa droite
        Manifestement, les deux premières formulations travaillent de concert. La troisième faite par Etienne lors de cette théophanie découle du rôle du Christ car comme évoqué précédemment, Dieu lui donne le pouvoir sur la mort.

        Enfin pour terminer, vous utilisez les citations d’Actes 2:21, Romains 10:13 et 1 Corinthiens 1:2, dans lesquels on retrouve la fameuse expression de Joël 2:32 en tout cas pour les deux premières citations, car il est question de Jésus en 1 Corinthiens 1:2. Pour que vous ayez raison, il faudrait prouver à ce moment-là que :
        – ces déclarations ne fassent strictement référence à une prière
        – le fait de prier Dieu par son nom conditionne le salut, mais à ce moment-là imaginons une personne qui prie Dieu par son nom pour des requêtes allant à l’encontre de la volonté de Dieu révélée dans sa parole. Je ne me prononcerais pas car Dieu est seul juge.
        Cela étant dit, il est intéressant de noter en premier lieu que plusieurs ouvrages de référence mettent en évidence le fait que l’utilisation du nom divin tendait à s’amoindrir depuis un moment déjà parmi les enseignants de la Loi et de la tradition, un peu comme ce qui se passe à notre époque, d’ailleurs. Deuxième point, le Christ étant amené à être la pierre qui fait trébucher ceux qui construisent la maison d’Israël et étant haï par le monde, il est clair qu’il avait vu juste quand il a dit que malgré le témoignage qui allait être rendu à son nom dans une nation qui s’est révélée hostile à l’arrivée du Messie, ses disciples auraient aussi leur lot de souffrances mais continueraient à faire connaître le nom de Jésus.
        La question est donc de savoir précisément comment doit être compris le terme invoquer dans 1 Corinthiens 1:2. Un mot pouvant avoir plusieurs définitions, je me garderais de dire qu’invoquer se range exclusivement dans l’idée de « prière » (ce terme véhiculant lui aussi plusieurs définitions – je parle dans ce contexte de prière adressée au Dieu unique).

        Cependant, si à l’article de la mort, que je vous souhaite la plus tardive possible d’ailleurs, vous vous sentez porté à dire : « Seigneur Jésus, entre tes mains je remets mon esprit ! », rassurez-vous, je n’irai pas vous empêcher de prononcer cette expression.

        Désolé de m’être écarté du sujet, je tenais cependant à préciser le fond de ma pensée sur ce point, vos travaux faisant par ailleurs état de vos compétences intéressantes dans la philologie et la critique textuelle. Bonne journée.

        • areopage permalink

          Le terrain est miné parce qu’un tel sujet mérite des arguments solides, et non des affirmations vaguement étayées. Par son format, un blog n’est pas approprié. Mais le blog permet néanmoins de partager en deux mots, sans nécessairement se justifier, le résultat de recherches menées par ailleurs (les allégations restent alors des allégations). Or, même si je ne m’intéressais qu’à la partie textuelle de Jean 14.14 et parallèles, je ne pouvais passer totalement sous silence le thème qui y est développé (solliciter Jésus, qui intercède). Actes 7.59 et 1 Corinthiens 16.22 sont des exemples « assez » clairs de prière à Jésus. Qui parle d’adoration ? Vous. La définition du TLF est assurément moins étroite que la manière dont vous l’abordez.

          Un seul exemple ou contre-exemple peut suffire, pourvu qu’il soit bon. Votre exemple de théophanie ne fait pas état d’une supplique adressée à Dieu ou à une divinité. D’ailleurs pourquoi n’allez-vous pas plus loin avec votre amusant « Seigneur Gabriel… » ? « Seigneur Gabriel, reçois mon esprit ! » Oui, ça, ce serait bel et bien une prière !

          Vous faites laborieusement remarquer qu’une supplique n’est pas forcément une prière. Je vous rejoins. Mais je m’intéresse moins à la forme qu’au fond. C’est pour cette raison que je vous ai signalé les échos possibles à cette supplique/prière – des échos forts (celui des Psaumes, celui de Jésus agonisant ; pas de théophanie). La question était : quand profère-t-on ce genre de propos ? En principe, à l’article de la mort. Comment ? Par une prière. Et même, une dernière prière !

          Ainsi dans votre exemple, ce n’est pas l’emploi du nom Gabriel, ni celui de Seigneur, qui conditionne la prière. C’est le propos lui-même (le propos et les implications du propos : on ne demande pas à n’importe qui de « recevoir son esprit »). Et ce, même avec ἐπικαλέω (cf. Actes 25.11 Καίσαρα ἐπικαλοῦμαι, i.e. « j’en appelle à César » – et non, « je prie César »). Tout est affaire de contexte comme vous essayez de le dire : de même « Marana tha ! » Notre Seigneur, viens !… c’est aussi une prière. Une prière à visée eschatologique. Je dirais même que c’est une prière par excellence. Notre Seigneur, viens ! C’est d’ailleurs par cette prière que ce termine le NT : Révélation 22:20 : Ἀμήν ἔρχου κύριε Ἰησοῦ. Amen ! Viens Seigneur Jésus ! (je ne ferai pas du mauvais esprit en soulignant que « Amen », cela convient bien dans une prière).

          Vous n’avez pas compris la définition du TLF, inutile de le dire, cela se voit.
          Ne comprenez pas « élévation de l’âme » littéralement. La prière est une élévation en ce sens qu’elle met le mortel en contact avec le divin. Or Jésus est bien un être divin, il peut donc être récipiendaire de la prière (cf., en plus des exemples de mon post, Jean 1.1, 20.28).

          Vous dites que mon argument (définition de « prière » ?) n’est pas recevable. Autrement dit vous affirmez que Actes 7.59 n’est pas une prière (parce qu’il ne faut pas « amalgamer les concepts »). Mais rien de précis n’appuie votre propos (vous auriez pu citer Actes 25.11 qui montre que ἐπικαλοῦμαι ne s’entend pas que de la prière). Vous vous engagez sur une discussion du Psaume 31. C’est inutile. Ce que je souligne, c’est que l’expression « reçois mon esprit » n’est pas anodine. Ce n’est pas équivalent à « Donne-moi un verre d’eau je t’en conjure ! » (même si cette demande peut être une supplique d’une personne à l’article de la mort).

          Vous faites quand même une remarque très intéressante : Christ a pouvoir sur la mort.
          Il est donc légitimement récipiendaire de la supplique d’Etienne. En fait, vous contestez seulement le mot « prière ».
          Mais alors comment interprétez-vous Jean 14.14 ? Comme moi sans doute.
          Vous me faites donc un mauvais procès !

          Les textes d’Actes 2.21, Romains 10.13 et 1 Corinthiens 1.2 invitent précisément à invoquer Jésus pour être sauvé (la citation de Joël est ré-actualisée au sens fort, par Paul ; elle fait l’objet d’un midrash bien particulier sur lequel je reviendrai dès que possible ; il n’est plus question de Jéhovah, mais de Jésus). Les chrétiens qui portent en eux le nom du Christ (Actes 11.26, Jacques 2.7) doivent invoquer ce nom (il n’y en a pas d’autre par lequel être sauvé, cf. Actes 4.12). Qui ne reconnaît pas Jésus sera désavoué par lui (Matthieu 10.32). Il a reçu le nom au-dessus de tout nom, et en cette qualité tout genou doit plier devant lui (Php 2.9-11), toute gloire, toute louange, tout honneur, lui sont dus (Révélation 5.12). Pour moi, il n’y a donc pas d’ambiguïté: invoquer Jésus, c’est avant tout reconnaître son autorité (« en appeler à lui »), son rôle, sa médiation (1 Timothée 2.5). Cela peut signifier le prier dans le sens le plus courant (ce que vous réservez au Dieu unique).

          Ma seule réserve vient du fait que le NT ne donne que peu d’exemples, et il serait hasardeux d’en faire un article de foi (à côté de Actes 7.59, 1 Corinthiens 16.22, je pense qu’on peut aussi ajouter 2 Corinthiens 12.8). Cela dit, certains dogmes se satisfont de moins de versets encore.

          Et puis, on le sait, il ne suffit pas de dire à Jésus « Seigneur, Seigneur » (Matthieu 7.21).

          • Florent permalink

            Bonjour Didier,

            J’ai relu aujourd’hui ce post ainsi que les commentaires associés.
            Je ne voulais pas revenir sur la question, les avis sont assez tranchés sans qu’il nous soit permis d’être catégorique au regard de ce texte de Jean 14:14.

            Cependant, dans ton post ce qui m’a interpellé, c’est le midrash que tu évoques par rapport à Romains 10:13. Peux-tu détailler là-dessus ? ou en faire l’objet d’un autre article ?

            PS : dans l’idée, puisqu’un midrash est un écrit juif, pourquoi un tel écrit inviterait à une relecture de la prophétie de Joël pour mettre l’accent sur Jésus, qui n’a justement pas été approuvé par la majorité des juifs. C’est un peu l’interrogation qui m’occupe l’esprit à la lecture de ton commentaire à ce sujet. Je précise au passage que je n’ai aucun avis sur la question, car c’est la première fois que j’en entends parler et j’aborde donc ce point avec une neutralité volontaire.

          • areopage permalink

            Bonsoir,
            J’ai commencé à répondre à cette question sous forme de post. Je terminerai demain je pense.

  2. Alexandre Salomon permalink

    Bonsoir M. Fontaine!

    J’attendais hâtivement vos commentaires sur al question pour compléter un article que je rédige. Riche et explicite, je trouve votre intervention.

    Encore merci!

    • areopage permalink

      C’est succinct mais j’y reviendrai à l’occasion de la recension d’un ouvrage italien qui vient de sortir et qui a un chapitre entier consacré à Jean 14.14. Dès que je l’aurai reçu.

  3. Alexandre Salomon permalink

    Bonjour,

    Qu’il me soit permis de réagir face aux propos de Florent !

    En plus de faire un hors-sujet que vous reconnaissez vous-mêmes — « Désolé de m’être écarté du sujet… » —, vous vous appuyez sur un faux postulat, savoir que Daniel 10:5-7 offre un « schéma assez identique » avec Actes 7 : 59 et constitue, selon vos propres mots « un contre-exemple […] suffisant. »

    Cela est loin d’être le cas. Quoique Fontaine ait été d’accord avec votre exemple comparatif (mais qu’il n’a pas trouvé convaincant), personnellement, je ne suis pas d’accord. Les raisons sont les suivantes :

    1) Étienne ne s’adresse pas à Jésus dans la vision

    Selon le récit biblique, au moment où Étienne eut la vision, il se tenait devant le Sanhédrin, donc encore dans l’enceinte de Jérusalem. C’est seulement après qu’il leur ait raconté la vision que les zélateurs juifs « crièrent de toute la force de leur voix, ils mirent les mains sur leurs oreilles et se précipitèrent sur lui d’un commun accord. Et après l’avoir jeté hors de la ville, ils se mirent à lui lancer des pierres. » (Actes 7 : 54-58).

    On s’aperçoit qu’avant de lui lancer des pierres, les Juifs l’ont d’abord « jeté hors de la ville » (ἐκβαλόντες ἔξω τῆς πόλεως). Un certain temps s’est donc écoulé entre la vision (dans Jérusalem) et la lapidation (hors de Jérusalem). D’après l’ouvrage Oxford Illustrated Companion to the Bible, édité par Bruce Metzger et Michael D. Googan, la porte d’accès la plus proche en dehors des murailles de Jérusalem (lorsque le Sanhédrin siégeait au Temple) était la Porte Shushan ou Porte d’Or (Beitzel, 1985, p. 323). La distance pouvait équivaloir entre 350 et 450 mètres et il aurait fallu pas moins de 5 minutes entre le moment où Étienne eut la vision et le moment où il fut jeté hors de la ville et lapidé. Inversement, si le Sanhédrin avait siégé hors du Temple, la distance aurait été peut-être plus longue.

    Même si ces explications étaient mises de côté, il n’en demeure pas moins que ce n’est pas au moment de la vision qu’Étienne s’adressa au Fils de l’homme.

    2) Le texte de Daniel 10 montre une « conversation »

    Les versets 11-14 de Daniel 10 indique que l’ange commence par parler avec Daniel ; ce dernier lui répond ensuite aux versets 16-17. Cela est plutôt parallèle à Actes 9 : 3-7 — et peut-être Révélation 1 : 12-20. Ainsi, contrairement à ce que vous dites : « Actes 7:59 ne présente pas tant de différence que cela avec ce récit […] », la différence est bel et bien existante.

    3) Une différence nette !

    Laissez-moi vous la montrer :

    Nous sommes tous d’accord que Celui qu’Étienne désigne comme « le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » est Jésus le Messie (cf. Matthieu 26 : 64 ; Marc 14:61-62; Luc 1:30-35; Actes 7:55-56; Éphésiens 1:20-21; Hébreux 8:1-2.)

    Cette formulation n’est pas sans rappeler Daniel 7 : 13, 14 où le prophète vit « quelqu’un de semblable à un fils d’homme » (אֱנָשׁ כְּבַר, kevar ʼēnash) s’approcher de l’Ancien des jours « et on lui donna domination, dignité et royaume, pour que les peuples, les nations et les langues le servent tous ». Or, il faut souligner que le verbe araméen traduit ici par « servir » est לחפְ (pělah) qui, dans le contexte biblique de son emploi, évoque toujours le service à une divinité. (Daniel 3 : 12, 14, 17, 18, 28 ; 6 : 16, 20 ; 7 : 27 ; Ezra 7 : 24). Le professeur Edward J. Young écrit :

    « Partout où ce verbe [לחפְ] apparaît dans le livre de Daniel, il semble dénoter non pas un service politique, mais un service d’un rang supérieur. […] Cette racine, peu importe où elle apparaît dans l’araméen de la Bible fait toujours référence au service religieux. […] Par conséquent, l’usage de cette racine indique que Celui qui est Roi, Celui à qui le royaume a été donné, est quelqu’un qui mérite l’adoration. Les hommes le serviront de la même manière que Shadrak, Méshak et Abednégo servaient leur Dieu. »

    — Young, in Daniel’s Vision of the Son of Man, 1958, pp. 24, 25. C’est moi qui souligne.

    D’ailleurs, la LXX — qu’Étienne connaissait sans doute — rend ce verbe par son équivalent grec λατρεύω (« service sacré »): καὶ ἐδόθη αὐτῷ ἐξουσία καὶ πάντα τὰ ἔθνη τῆς γῆς κατὰ γένη καὶ πᾶσα δόξα αὐτῷ λατρεύουσα. Fait tout aussi remarquable, le « quelqu’un de semblable à un fils d’homme » y est identifié à « l’Ancien des jours. » (cf. Félix Mutumbo-Mukendi, in Le Fils de l’homme apocalyptique : Sa trajectoire dans l’attente juive et chrétienne, L’Harmattan, 2009, p. 67 ; B. Reynolds, in The “One Like a Son of Man” According to the Old Greek of Daniel 7, 13-14, p. 74.)

    Ceci dit, en « invoquant » (ἐπικαλούμενον) le « Seigneur Jésus », disant : « Reçois mon esprit » (δέξαι τὸ πνεῦμά μου), le contexte (cf. vision du « Fils de l’homme », apostrophant Daniel 7) montre qu’Étienne « priait » effectivement. Comme le remarque Fontaine :

    « L’expression « reçois mon esprit » n’est pas anodine. Ce n’est pas équivalent à « Donne-moi un verre d’eau je t’en conjure ! » (même si cette demande peut être une supplique d’une personne à l’article de la mort).

    Le fait est que si Christ « est capable de le ramener à la vie », il a aussi pouvoir « d’entendre et d’exaucer la prière » (cf. Jean 14 : 14 etc.)

    Bonne soirée !

    • areopage permalink

      Merci beaucoup pour ces compléments : je suis entièrement d’accord.

    • Bonjour

      D. Fontaine se défend de vouloir débattre de la possibilité de prier Jésus mais admettez que le mot « prière » est très connoté en français. Je prie ce que je vénère, généralement. Et la définition du TLF n’y change rien, au contraire…

      On ne saurait donc reprocher à Florent, qui est manifestement unitarien, d’avoir des scrupules à qualifier la requête d’Etienne de prière en Ac 7:59, même si cela rend un peu confus le raisonnement (« ça ressemble à une prière à Jésus mais ce n’est pas une prière à Jésus »).

      C’est un peu le même problème avec le mot « Dieu » souvent défini par les dictionnaires de langue française comme un être voué à l’adoration. Jésus est appelé ainsi (Jn 1:1). On aurait vite fait de conclure… Pourtant, l’usage du mot Dieu est beaucoup plus ouvert dans la Bible, tout ce qui est nommé ainsi ne fait pas forcément l’objet d’un culte (Jn 10:34, 35).

      Pareillement, si l’on isole Ac 7:59, l’ultime requête d’Etienne à Jésus, que certains veulent qualifier de « prière », donne à penser, si l’on raccourcit, qu’Etienne adore Jésus, sauf à faire comme Florent dans ce verset, nier l’usage du mot prière, lourd de signification. Ou, pourquoi pas, repenser notre concept d’adoration, mais faudrait-il encore être suivi pour qu’il soit commun à tous.

      Cdlt
      CK

      • areopage permalink

        Que ce soit clair : je ne défends ni l’adoration de Jésus, ni la prière à Jésus. Inutile d’isoler Actes 7.59, il y a *d’autres illustrations* de prières à Jésus – sans parler de toutes ces mentions du nom invoqué ou qu’il faut invoquer. N’étant pas trinitaire non plus, ces versets m’interpellent.

        Je n’adore pas Jésus. Mais je ne ferme pas les yeux sur certains passages, pour leur faire dire ce que j’aurais envie qu’ils disent. Mon but en citant le TLF, c’était précisément de montrer que je ne suis pas seul à penser qu’on peut prier quelqu’un sans que ce quelqu’un soit Dieu lui-même… Comme c’est une affirmation forte, j’ai préféré montrer que mon sentiment n’était pas totalement farfelu ou isolé, même si en matière théologique le TLF n’a aucune autorité… Jésus étant bien « une divinité » (Jn 1.1, 20.28), à qui le Père a *tout* remis (Mt 28.18,1Co 15.27-28), il n’est pas impensable qu’il soit récipiendaire de la prière. Les textes cités dans ce post (Jean 14.13, 14, 15.16,16.23,24,26) montrent une réelle ambiguïté, qui ne s’explique que par la relation étroite unissant le Père au Fils (cf. Jn 3.35, 5.19), et la fonction médiatrice du Christ (1Ti 2.5, Hb 8.6, 9.15, 12.24).

        Ainsi j’insiste : il est abusif de mélanger culte/adoration avec prière (même si c’est une propension naturelle je ne le conteste pas). Le NT donne des exemples de prières à Jésus (Actes 7.59, 1 Corinthiens 16.22, 2 Corinthiens 12.8) mais pas d’adoration (dans le sens de latreuô ou sebomai).

        Cela dit, je vais nuancer à nouveau, au risque de susciter l’incompréhension. Car certains passages font état d’une proskynèse qui fait vraiment penser à l’adoration (Php 2.9-11, Rv 5.13-14, Hb 1.6, etc.). C’est que Jésus est l’Emmanuel – « Dieu est avec nous ! » (Mt 1.23). Il est même plus, car il a reçu le nom au-dessus de tout nom, Seigneur (Php 2.9).
        S’il fallait jadis invoquer Jéhovah pour être sauvé (Joël 2.32), c’est désormais le Seigneur Jésus qu’il faut invoquer (Rom 10.13).

        On ne peut lire le NT avec de gros souliers. Il y a des subtilités, des ambiguïtés volontaires. Non, il ne faut pas adorer Jésus, mais oui, Jésus est au centre et c’est lui l’organe du salut. Pour l’heure, il représente Dieu en tous points, il est le « salut de Jéhovah ». Il est Roi et les humains qui le reçoivent sont ses sujets. A terme il remettra le pouvoir à son Père. Mais nous n’y sommes pas.

        Voilà pourquoi certains versets sont difficiles à comprendre, voire peuvent choquer (pourquoi Etienne prie-t-il Jésus?!). Mais j’invite à y poser un regard objectif.

        Sur tous ces points je ne suis pas catégorique : les arguments, quand ils sont solides, sont mes amis.

  4. D’accord sur l’ambiguïté que l’on trouve parfois dans les Écritures au sujet de Jésus. Elle naît du fait que Jésus est un avec Dieu et que lui seul donne accès au Père (Jn 10:31, 14:6).

    Déjà, prier au nom de Jésus fait difficulté puisque de par sa fonction d’intercesseur, Jésus est aussi destinataire de la prière adressée à Dieu… C’est particulier. Néanmoins, les quelques prières adressées à Jésus, s’il en est, sont à replacer dans leur contexte pour comprendre leur signification dans la Bible :
    – En Ac 7:59, Etienne formule sa requête après que Jésus lui soit apparu dans une vision aux côtés de son Père. Certes la prière et la vision ne sont pas concomitantes mais elles se suivent de trop près pour ne pas les relier : quelques minutes d’intervalle s’il on en croit A. Salomon.
    – En 2 Co 12:8 Paul a « supplié le Seigneur » mais il reçoit aussi une réponse audible de lui (« Ma faveur imméritée te suffit… »). Jésus s’est donc manifesté et peut-être que la supplication de Paul se fait en sa présence. Les « visions surnaturelles » et les « révélations du Seigneur » dont il est question aux versets 1 et 7 s’accordent avec cette compréhension.
    – 1 Co 16:22 est en effet une prière à Jésus : « Seigneur Jésus, viens ». Cette invocation marque par sa concision et son insertion dans les paroles finales de la lettre de Paul, assez abrupte il faut le dire. Je ne sais pas trop quoi en penser. Ceci dit, la lecture de ce verset, me fait moins penser à une prière qu’à une formule déconnectée qui traduit plus l’attente fervente des chrétiens. Autrement dit, que Jésus vienne ! Peut-être cela fait-il partie de la rhétorique de Paul. Mais il est vrai que Jean emploie cette expression pour conclure la révélation qu’il reçoit de Jésus, donc je ne serais pas catégorique sur ce point…

    Quoi qu’il en soit, ces occurrences concernent une époque où les visions ont cours parmi les chrétiens. Certains comme Paul ou Jean entre alors en communication avec Jésus. On peut donc supposer que ce contexte, particulier, ait pu favoriser des invocations de ce genre de Jésus, à côté du culte que tous les chrétiens rendaient à Dieu. Je pense aussi que la rareté des exemples et le contexte dans lequel ces requêtes ont été formulées, dissuaderont d’y voir là une pratique courante ou cultuelle des chrétiens.

    Et Jésus ne connaissait qu’une seule prière : celle adressée à son Père, Jéhovah (Mt 6:9-13).

  5. Florent permalink

    Afin de ne pas alourdir ce blog par ce sujet qui dérive du post premier je chercherais à être concis.

    Je suis d’accord en tout points avec les remarques de CK.

    J’ajouterai également qu’il est possible qu’Etienne ait été dans un état de vision jusqu’à sa mort contemplant ainsi celui qui allait pouvoir le ramener à la vie, ce qu’Alexandre Salomon n’a peut-être pas imaginé. Dans le récit, il reçoit clairement la vision pendant le jugement, et le proclame avec force devant ceux qui se trouvent devant lui. Il est bousculé jusqu’à l’extérieur pour s’y faire lapider. Jésus s’est peut-être fait visible (au côté de Dieu) pour Etienne jusqu’à la mort de son serviteur pour le fortifier et lui assurer sa « couronne de vie ».

    Je reconnais cependant que ce n’est qu’une interprétation possible, et je ne suis pas catégorique sur ce point. Cependant, on le comprend bien, le « piège » dans lequel je ne veux pas tomber, ni faire tomber les lecteurs de ces posts est une dinivisation à l’extrême du Christ qui en fait l’égal absolu de Dieu, ce qui constitue un premier pas vers une analyse trinitarienne. Jésus appelle en effet celui qui est assis sur le trône : « Mon Dieu » dans l’évangile de Jean (le même texte qui qualifie Jésus de dieu en 1:1) une fois ressuscité en Jean 20:17 (et se met même par la même occasion dans un statut similaire à ses « frères » – mortels ceux-là – Mon Père et votre Père, Mon Dieu et votre Dieu) et dans l’apocalypse de Jean à plusieurs reprises alors qu’il apparaît lui même glorifié (3:1, 2, 12).

    Enfin, sur tous ces points, je pense que l’on se comprend bien en tant que lecteurs assidus de la parole de Dieu.

    Pour ce qui est des dernières paroles de Jean dans le dernier livre de la Bible, j’ai aussi une argumentation à ce sujet, mais ce n’est pas l’endroit ni le moment, le débat n’étant pas là.

    • Alexandre Salomon permalink

      Bonsoir!

      En réponse à Florent:

      Votre soucis, c’est d’éviter « une divinisation à l’extrême du Christ qui en fait l’égal absolu de Dieu ». Là n’est malheureusement pas la question. En fait, vous posez mal le problème: il ne s’agit pas d’éviter une DIVINISATION de Christ « à l’extrême », mais d’examiner ce que dit la Bible en Jean 14: 14 – à savoir que Christ ENTEND et EXAUCE la prière.

      Vous affirmez « qu’il est possible qu’Étienne ait été dans un état de vision jusqu’à sa mort contemplant ainsi celui qui allait pouvoir le ramener à la vie, ce qu’Alexandre Salomon n’a peut-être pas imaginé.  »

      Et d’ajouter: « Je reconnais cependant que ce n’est qu’une interprétation possible, et je ne suis pas catégorique sur ce point. »

      Je suis d’accord avec vous, à une exception près. Ce n’est pas qu’ « une interprétation POSSIBLE », mais elle est en outre FORCÉE.

      J’ai comme l’impression que vous n’avez pas bien compris mon intervention surtout relative à la désignation « Fils de l’homme » qu’Étienne emploie au sujet de Jésus.

      Mon point est qu’Étienne n’emploie pas cette expression en vain – il est, semble-t-il, le seul disciple à nommer Christ ainsi. L’allusion est directement Daniel 7: 13-14 où le « quelqu’un de semblable à un fils d’homme » est censé être « servi » (פְלח, pělah = λατρεύο) par les peuples de la terre.

      Ce « service [sacré] » inclut la prière. Voilà le terrain sur lequel je vous appelle à intervenir.

      Merci

      • Florent permalink

        Bonjour,

        Malgré le sentiment que j’ai de perdre mon temps, je réponds à votre propos.

        Vous dites que je ‘pose mal le problème’, c’est un avis subjectif, le votre. Je défends un propos qui, dès le début, ne s’inscrit pas dans la droite ligne de l’article, comme cela n’a échappé à personne. Cependant, je ne souhaite pas polluer cette réflexion par quelque chose qui s’avère finalement trop hors-sujet. Vous me citez Daniel et d’autres textes, soit, vous alimentez ce hors-sujet et en définitive, voulez recadrez nos propos sur l’article de départ. C’est exclu.

        Il est évident que derrière ce débat (qui à mon sens s’articule plutôt sur la définition que l’on donne à la « prière »), se cache une question beaucoup plus lourde de sens et qui divise la communauté chrétienne, à savoir la question de l’unitarisme ou du trinitarisme. Schématiquement, lorsqu’un unitarien parle du Christ, aux yeux d’un trinitaire Jésus est dévalorisé, ce qui est inacceptable. Quand maintenant un trinitarien évoque le Seigneur, le père et le fils peuvent être assimilé, ce qui conduit d’un point de vue unitarien à glorifier le Christ d’une révérence qui revient à son Dieu et Père.

        On trouve là un problème de fond.

        Que Jésus exauce la prière n’est pas notable. On trouve énormément de références dans la Bible dans laquelle une action effectuée par un personnage est attribuée à la personne qu’il représente. De la même façon, on trouve plusieurs contextes dans lesquels une action réalisée par un personnage important, se traduit concrètement par l’action de ses subalternes.

        Vous dites que mon interprétation du passage d’Actes 7:59 est forcée, oui elle est forcée théologiquement mais POSSIBLE (je n’ai pas dit probable ou unique), elle n’est donc pas à écarter. Merci.

        Quand à votre citation de Daniel… je n’ai même pas pris la peine de m’arrêter dessus surtout lorsque j’ai lu dans votre post : « Fait tout aussi remarquable, le « quelqu’un de semblable à un fils d’homme » y est identifié à « l’Ancien des jours. » » Ben voyons ! Le texte évoque deux personnages bien distincts, bien identifiés dans leurs rôles, et vous évoquez sous références, le fait que l’un (le Messie) soit « identifié » à l’autre (l’Ancien des Jours). Que voulez-vous dire par « identifié » ? Ca me rappelle une explication de la trinité que j’ai eu avec un homme issu d’une église évangélique expliquant que les trois personnes divines sont des « déclinaisons » de Dieu. Que désigne ce mot là ?
        Peut-on dire que les anges aussi sont des déclinaisons de Dieu en ce sens qu’ils sont de condition divine ? Adam le serait-il aussi, étant créé à l’image de Dieu ? Non bien sûr, ce mot déclinaison qui se veut un peu fourre-tout ne s’appliquerait qu’au contexte des personnes de la trinité.
        Autrement dit, on utilise un mot qui se veut large dans la définition pour le restreindre au sens qu’on veut lui décerner.

        Pour ce qui est de l’expression grecque utilisée, il est effectivement question d’un service apparemment sacré dans la langue araméenne. Si je voulais faire une recherche de ce côté pour alimenter la discussion, j’irais voir comment ce texte est utilisé, dans un environnement babylonien. Dans la Bible il apparaît cette idée de service sacré. Comment est-il utilisé dans d’autres contextes ? Les égyptiens rendaient bien une forme de culte au fils de Râ. Les babyloniens pourraient avoir une attitude similaire en regard d’un monarque exalté par une divinité supérieure, ce qui pourrait transparaître dans l’araméen employé, puisque c’est cette langue qui est utilisée dans ce passage. Ça me paraîtrait une piste intéressante à ne pas occulter. Quoi qu’il en soit on retrouve à plusieurs reprises l’idée de servir le Christ comme un esclave dans le grec du NT, cette expression est aussi utilisée en regard de son Dieu et Père.

        Il est clair que Daniel 7, probablement lié à l’expression d’Etienne, fait référence à quelqu’un qui reçoit un plus grand pouvoir au bout d’un certain temps, et ce pendant l’exercice de la puissance symbolisée par la quatrième bête. Il y a une idée de progression, d’élévation, de montée en puissance conférée au fils de l’homme par l’Ancien des Jours, qui a l’autorité suprême.

        Inutile donc de revenir sur cet exemple de Daniel pour étayer votre argumentation.

        • Alexandre Salomon permalink

          En réponse à Florent!

          Vous écrivez: « Quand à votre citation de Daniel… je n’ai même pas pris la peine de m’arrêter dessus surtout lorsque j’ai lu dans votre post : « Fait tout aussi remarquable, le « quelqu’un de semblable à un fils d’homme » y est identifié à « l’Ancien des jours. » » Ben voyons ! Le texte évoque deux personnages bien distincts, bien identifiés dans leurs rôles, et vous évoquez sous références, le fait que l’un (le Messie) soit « identifié » à l’autre (l’Ancien des Jours). Que voulez-vous dire par « identifié » ? »

          Veuillez me relire… Je faisais allusion à certaines lectures de la LXX et je sais fort bien que « le texte évoque deux personnages bien distincts, bien identifiés dans leurs rôles. » (TM).

          Oui, le Fils de l’homme N’EST PAS l’Ancien des Jours et vice-versa (cf. D. Fontaine: « Sur l’identification du Fils de l’homme à l’Ancien des Jours, l’idée est totalement absurde… par contre, Daniel 7 fait état d’une figure divine, autre que Jéhovah, qui est digne d’être récipiendaire de la prière ! »)

    • Alexandre Salomon permalink

      En réponse à CK.

      Non seulement vous ne vous prononcez pas sur le texte en discussion (cf. Jean 14: 14), mais encore vous affirmez que « ces occurrences [de requêtes adressées à Jésus] concernent une époque où les visions ont cours parmi les chrétiens. Certains comme Paul ou Jean entre alors en communication avec Jésus. »

      Cette affirmation me fait peur: la communion avec Jésus est-elle *limitée* à une époque ou à certaines circonstances (cf. 1 Jean 1: 3 etc.)? A mon avis, c’est loin d’être le cas…

      Vous écrivez : « La rareté des exemples et le contexte dans lequel ces requêtes ont été formulées, dissuaderont d’y voir là une pratique courante ou cultuelle des chrétiens. »

      L’argument me paraît plutôt faible: sur quel critère vous reposez-vous pour trancher: « rareté d’exemples = pratique non courante » ? Selon vos propres mots, « on peut donc supposer que ce contexte, particulier, ait pu favoriser des invocations de ce genre de Jésus, à côté du culte que tous les chrétiens rendaient à Dieu. »

      Les chrétiens INVOQUAIENT donc Jésus en plus de vouer culte à Dieu. Pratique courante donc. Cela n’est pas sans signification. Un commentaire susmentionné de D. Fontaine me paraît explicite :

      « Les textes d’Actes 2.21, Romains 10.13 et 1 Corinthiens 1.2 invitent précisément à invoquer Jésus pour être sauvé (la citation de Joël est ré-actualisée au sens fort, par Paul […] il n’est plus question de Jéhovah, mais de Jésus). Les chrétiens qui portent en eux le nom du Christ (Actes 11.26, Jacques 2.7) doivent invoquer ce nom (il n’y en a pas d’autre par lequel être sauvé, cf. Actes 4.12). […] il n’y a donc pas d’ambiguïté: invoquer Jésus, c’est avant tout reconnaître son autorité (« en appeler à lui »), son rôle, sa médiation (1 Timothée 2.5). Cela peut signifier le prier dans le sens le plus courant (ce que vous réservez au Dieu unique). »

      Si nous devons alors parler de « contexte », alors nous ne devons pas oublier que les Juifs N’INVOQUAIENT que le Dieu unique, pas des êtres intermédiaires (en fait, les exemples dans l’AT, il y en a à foison!)

      Expliquez-moi donc Jean 14: 14 et les INVOCATIONS adressées à Jésus, dans leur CONTEXTE.

      Merci.

      • Alexandre,

        Je ne me suis pas prononcé sur les textes de Jn 14:14 et Jn 16:23 car ils ne font pas difficulté à mes yeux. Il suffit de reprendre le contexte : Jésus a la fonction d’intercesseur. Point. Demander à Dieu au nom de Jésus ce n’est pas prier Dieu ET Jésus. Vous confondez le moyen et le destinataire de la prière.

        Je n’ai pas parlé de communion mais de communication. Ce n’est pas parce que Jésus ne communique pas avec vous que vous n’êtes pas en communion avec lui (Mt 18:20). Vous arrêtez sur ce point me paraît donc inutile. Jésus ait entré en contact avec les chrétiens d’une certaine époque, et encore, on ne peut pas dire que tous aient eu ce privilège. Cela a duré le temps de donner de l’élan au christianisme naissant. En effet, dans toutes les églises de nos jours, plus personne ne témoigne de sa rencontre avec Jésus, mis à part quelques chrétiens isolés et exaltés. Donc je réaffirme que ces visions de Jésus, qui conduisent Etienne ou Paul à invoquer le nom de Jésus (là où voyez une prière), sont propres à une époque révolue.

        Pour comprendre ma pensée il faut me lire en entier. J’ai parlé de « rareté des exemples » ET de « contexte dans lequel ces requêtes ont été formulées » pour en tirer la conclusion que ces invocations n’étaient pas une pratique courante chez les chrétiens.

        Les passages de la Bible que vous mettez en avant pour encourager la prière à Jésus sont très discutables. Comme je l’ai dit :
        – vision de Jésus, donc pas vraiment une prière (Ac 7:59, 2 Co 12:8)
        – formule brève qui ressemble plus à un souhait fait à haute voix qu’à une prière (1 Co 16:22)
        Et même si je ne m’oppose pas à qualifier ces invocations de prière, le mot prière me paraît trop fort, trop connoté.

        Quant à dire que les Juifs n’invoquaient que Dieu pour suggérer que Jésus est Dieu (les chrétiens invoquent Jésus), cela est un sophisme. Il y a une nuance que vous ne voyez pas et qui vous fait franchir une limite : mettre Dieu et Jésus sur un même pied d’égalité et prier indifféremment le Père et le Fils. Au risque de me répéter, « demander au nom de » ce n’est pas prier celui qui porte ce nom mais le destinataire de la demande.

        • Alexandre Salomon permalink

          En réponse à CK:

          Quand je vous ai demandé de vous prononcer sur Jean 14: 14, j’apostrophais ce que dit le texte grec: ἐάν τι αἰτήσητέ με ἐν τῷ ὀνόματί μου ἐγὼ ποιήσω.

          Évidemment, si le pronom *με* fait partie du texte, cela implique que les chrétiens peuvent adresser des demandes à JÉSUS (à l’instar du Père, cf. Jn 16: 23). Certes, « Jésus a la fonction d’intercesseur », mais AUSSI celle de « répondeur » (τοῦτο ποιήσω… ἐγὼ ποιήσω: « … je le ferai », Jn 14: 13, 14).

          Vous me faites donc un faux procès lorsque vous m’accusez de confondre « le moyen et le destinataire de la prière. » Ce n’est pas vrai!

          Vous affirmez n’avoir pas « parlé de communion mais de communication. Ce n’est pas parce que Jésus ne communique pas avec vous que vous n’êtes pas en communion avec lui (Mt 18:20) ».

          Le problème ici, c’est que vous citez un texte qui semble assez clair en lui-même: οὗ γάρ εἰσιν δύο ἢ τρεῖς συνηγμένοι εἰς τὸ ἐμὸν ὄνομα ἐκεῖ εἰμι ἐν μέσῳ αὐτῶν : Jésus est au cœur de la prière!

          Selon vous, « les passages de la Bible que vous mettez en avant pour encourager la prière à Jésus sont très discutables. » Malheureusement, vous n’arrivez pas à prouver votre assertion:

          « – vision de Jésus, donc pas vraiment une prière (Ac 7:59, 2 Co 12:8) »

          Assez drôle comme propos. C’est quoi une prière?

          « – formule brève qui ressemble plus à un souhait fait à haute voix qu’à une prière (1 Co 16:22) »

          Un « souhait fait à haute voix »? Prétexte assez faible, ne trouvez-vous pas? Au fond, définissez-nous ce qu’est une prière…

          Vous écrivez: « Quant à dire que les Juifs n’invoquaient que Dieu pour suggérer que Jésus est Dieu (les chrétiens invoquent Jésus), cela est un sophisme. » Là, vous combattez un homme de paille et ne répondez pas vraiment à la question: où ai-je suggéré que « Jésus est Dieu »?

          Quant à savoir s’il faut prier indifféremment le Père et le Fils, ce n’est ni à vous ni à moi de décider: la Bible le recommande. Le débat est donc inutile.

          Pour finir, je vous cite : « « demander au nom de » ce n’est pas prier celui qui porte ce nom mais le destinataire de la demande. » Or, le destinataire de la demande est aussi le « répondeur »: Jésus ET son Père.

          Je termine: si PRIER Jésus n’était pas chose courante, expliquez-moi alors comment les chrétiens étaient connus pour être « ceux qui INVOQUENT le nom de notre Seigneur Jésus »?

          • Florent permalink

            Je termine moi aussi par ceci, les chrétiens ont eu le privilège de prêcher Christ par Dieu quand l’interdiction formelle leur avait été exposée par le Sanhédrin.

            Le groupe qui allait FAIRE CONNAITRE le nom de Jésus dans cet environnement hostile allait donc être ceux qui INVOQUENT le nom de Jésus. UTILISER ce nom allait devenir leur CARACTERISTIQUE, de sorte qu’ils ont fini par être appelés Chrétiens (Actes 11:26).

            Maintenant, c’est vous qui restreignez le sens d’invoquer à celui de « prier ».

  6. areopage permalink

    Je regrette que les esprits s’échauffent un peu – mais je pense que l’essentiel a été dit. Je n’ai pas encore vu d’argument probant indiquant qu’il n’y a pas de prières à Jésus dans le NT (et là-dessus je rejoins Alexandre S. même si le ton peut paraître un tantinet offensant voire sarcastique). Même en mettant de côté les exemples que j’ai cités, le fait que les chrétiens invoquaient Jésus me paraît difficile à minimiser.

    Sur l’identification du Fils de l’homme à l’Ancien des Jours, l’idée est totalement absurde. J’y reviendrai à l’occasion de ma review de D. Boyarin, Le Christ juif (2013). Cependant le fait que les Israélites aient fait du Fils de l’Homme (et par extension, du Messie à venir ; du « Fils de David », du « Fils de Dieu ») une « figure divine » est tout à fait probable (cf. M. Barker, The Great Angel: A Study of Israel’s Second God, 1992).

    Sur le raccourci פְּלַח = λατρεύω, j’émettrai une grosse réserve. Ce verbe signifie « servir (service sacré) », « rendre hommage » (cf. assyrien palâḫu), « craindre » (dans le sens « révérer »). Il a pour équivalents dans la Septante δουλεύω, λατρεύω, ὑποτάσσω, φοβέω (cf. T. Muraoka, A Greek-Hebrew/Aramaic Two-Way Index to the Septuagint, Peeters, 2010, p.315).

    De surcroît, qui connaît les péripéties du texte grec de Daniel ne s’aventurera pas à s’appuyer ici sur le texte de la LXX (λατρεύουσα), car dans l’édition courante de Rahlfs, une édition concurrente est mise en regard : celle de Théodotion, où on lit δουλεύσουσιν. A cela il faut ajouter les variantes (toujours pour δουλεύσουσιν) des codex Vaticanus, Alexandrinus, Marchalianus, et d’autres). Bref, il n’est pas certain que פְּלַח soit équivalent à λατρεύω en Daniel 7.14. Par contre, Daniel 7 fait état d’une figure divine, autre que Jéhovah, qui est digne d’être récipiendaire de la prière !

    Sur l’usage de פְּלַח, cf. ce visuel http://areopage.net/blog/wp-content/uploads/2014/01/20011411.png (il n’inclut pas δουλεύω car il n’illustre que le texte reçu de la LXX ; λατρεύω est central mais non exclusif).

    Concernant l’idée que la rareté de l’attestation biblique d’une pratique la rende douteuse, il ne faut pas trop insister. J’ai moi-même émis une réserve – mais c’est davantage de la prudence de principe qu’une conviction. Et on peut donner des exemples : la notion d’intendant fidèle ou l’interdiction du sang (notions combien importantes pour un TJ) se fondent sur très peu de versets. Moins que ceux qui suggèrent des prières à Jésus…

    Je suggère d’ailleurs d’ajouter à mon contingent les éléments suivants:
    – les exorcismes étaient faits au nom de Jésus, et là encore, il est difficile de dissocier la prière préalable au miracle de l’acte lui-même consistant à chasser des démons (cf. Marc 9.38, Actes 19.13)
    – ce même nom de Jésus, dans un contexte de prière (προσευξάσθωσαν), est également invoqué pour les malades (Jacques 5.14 : ἐν τῷ ὀνόματι τοῦ κυρίου ; notez qu’il y a des variantes, dont τοῦ κυρίου Ἰησοῦ ou Ἰησοῦ Χριστοῦ, etc.)
    – pour revenir à Actes 7.59 et puisque les échanges s’aigrissent autour du contexte, soulignons le verset 60 : θεὶς δὲ τὰ γόνατα ἔκραξεν φωνῇ μεγάλῃ κύριε μὴ στήσῃς αὐτοῖς ταύτην τὴν ἁμαρτίαν καὶ τοῦτο εἰπὼν ἐκοιμήθη. Il impossible en lisant ce passage de ne pas penser (une fois encore) à Jésus agonisant (j’ai déjà relevé le lien entre la formule d’Etienne et celle de Jésus sur « entre tes mains je remets mon esprit »). Là, Etienne crie d’une voix forte (ἔκραξεν φωνῇ μεγάλῃ). Comme Jésus (ἀνεβόησεν ὁ Ἰησοῦς φωνῇ μεγάλῃ, Mt 27.46). Sa demande est de ne pas imputer leur faute à ses adversaires (μὴ στήσῃς αὐτοῖς ταύτην τὴν ἁμαρτίαν). Comme Jésus (Lc 23.34 : ἄφες αὐτοῖς οὐ γὰρ οἴδασιν τί ποιοῦσιν).
    Mais ce qui est mieux, c’est qu’en fait cette demande (pardonner à ses débiteurs) est l’une des demandes de la prière par excellence, le Pater (Mt 6.12 ; cf. 6.14-15) !
    – lorsque les anges se prosternent devant l’Agneau, certains ont en mains une harpe et des bols d’or remplis d’encens. Or cet encens représente « les prières des saints » (αἱ προσευχαὶ τῶν ἁγίων, Rv 5.8 ; mais voir l’ensemble : Rv 5.6-14 ; le parallèle avec Rv 8.3-4 pourrait faire penser que ces prières sont adressées à Dieu, mais ce n’est pas tout à fait évident – cf. infra la notion d’ambassadeur. Et Rv 5.9-10, 12-14 ressemblent fort à des prières ! Mais encore faut-il bien s’entendre sur ce qu’on appelle « prière » – comme je l’ai souligné dès le début. Ma définition était tout à fait opportune, comme l’ont montré les débats ultérieurs).

    A contrario, on peut trouver des exemples de prières non adressées à Jésus, mais qui soulignent son rôle d’intercesseur (dans le sens que j’ai indiqué dans ce post pour les apparentes contradictions en Jean). En Actes 4.24-30 Pierre et Jean prient Jéhovah (cf. v.24, ἦραν φωνὴν πρὸς τὸν θεὸν, v.31 δεηθέντων) et illustrent très clairement le rôle de Jésus (cf. le segment διὰ τοῦ ὀνόματος τοῦ ἁγίου παιδός σου Ἰησοῦ, v.30). Voir aussi Romains 1.9, 1 Thessaloniciens 1.2, 2.13 et 2 Timothée 1.3

    Il est ainsi possible d’illustrer abondamment la prière au Père. Mais l’invocation de Jésus, je le répète, n’est pas anodine. Invoquer ne signifie pas seulement « prier ». MAIS « prier » fait partie de l’invocation ! D’ailleurs prier ne se résume pas à demander à Dieu. La louange est prière. La doxologie est prière. Le gémissement intérieur est prière. Le chrétien est sans cesse en prière (cf. 1 Thessaloniciens 5.17). Jésus récipiendaire de louange (cf. Rv 5.12), de demande (Jean 14.13), de supplique (Ac 7.59), de doxologie (Rv 22.20, 1Co 16.22), est bien récipiendaire de « prières ».

    Quant au lien avec la tension unitarisme/trinitarisme, je le comprends. Mais il n’est pas forcé. Qu’on estime le terme « prière » trop connoté est un signe… Et si « prière » n’était pas tant connoté ?

    Je vous en prie !
    Prière de laisser à ce mot un peu de latitude…

    Usage du français et clin d’œil mis à part, ce n’est pas parce que Jésus est récipiendaire d’une prière qu’il est Dieu. Il est bien entendu que c’est le Père le destinataire final des prières, et Jésus l’intercesseur (cf. le long article « Prayer » dans R.P. Martin et al., Dictionary of the Later New Testament & Its Developments, InterVarsity, 1997, pp.941-948, spécialement p.944).

    Dans la mentalité antique, comme le souligne Florent, l’ambassadeur EST celui qui l’envoie (cf. Exode 3.2-6, Juges 13.9, 19-22 et Genèse 18.1-5,13 ; voir aussi Ignace, Aux Éphésiens 6.1).

    Il n’est donc pas étonnant qu’on prie Jésus. Si envoyé = envoyeur, pourquoi s’étonner ?

  7. Inutile de m’abreuver de citations grecques, je pense que l’on peut faire sans.

    En parlant au conditionnel, vous montez que vous n’entrevoyez pas de solution définitive au problème : « si le pronom *με* fait partie du texte, cela implique que les chrétiens peuvent adresser des demandes à JÉSUS ». Je ne referai donc pas l’analyse de D Fontaine de qui je retiens l’issue, Jn 16:26.

    Vous me faites remarquez « un problème » que je ne vois pas. Bien sûr que « Jésus est au cœur de la prière » puisque c’est en son nom que les requêtes sont adressées à Dieu.

    La définition de prière a déjà été donnée avec le TLF « Élévation de l’âme vers Dieu (ou une divinité)… ». Plusieurs idées sont attachées à ce mot, la toute première ayant une dimension cultuelle, « pour lui exprimer son adoration ou sa vénération », d’où mes réserves. Les suivantes peuvent, certes, s’entendre différemment : « ses remerciements ou actions de grâces, pour obtenir ses grâces ou ses faveurs (…) », mais s’entendre différemment par qui, le quidam moyen ? J’en doute. Surtout quand prière est associé à « Dieu (ou une divinité) » dans le dictionnaire.
    D Fontaine traite le sujet comme s’il était acquis pour tous que prier ne signifie pas nécessairement 1) accomplir un acte cultuel et 2) que le destinataire est un Dieu vénérable.

    J’ai donné les raisons pour lesquelles je ne considérais pas en Ac 7:59 et 2 Co 12:8 l’appel de Jésus comme une prière au sens de « élévation de l’âme… » car Jésus s’est manifesté à Etienne et très probablement à Paul. En sa présence, l’appel du chrétien n’a rien de particulier.

    J’ai en revanche concédé la qualification de prière pour l’appel de Paul en 1 Co 16:22 où le contexte est tout autre (mais discutable, j’y reviens). C’est du moins comme ça que je conçois la prière, une parole adressée en l’absence de, et vous ne devez pas être si éloignée de cette conception, sinon pourquoi avoir voulu dissocier l’invocation d’Etienne de sa vision de Jésus glorifié ? C’est bien que, en l’absence de Jésus, les paroles d’Etienne change de registre.

    Au sujet de 1 Co 16:22, j’ai donné mon avis. Je trouve la formule de Paul étrange, insérée dans le texte sans enchaînement. Cela lui sert-il à exprimer sa vive espérance en la venue de Jésus ? Sans doute. Est-ce une prière solennelle qu’il lui adresse personnellement ? Je n’en suis pas persuadé. Certains biblistes y voient une devise (Commentary Critical and Explanatory on the Whole Bible, voir 1 Co 16:22). Par ailleurs, l’expression traduite par « Seigneur Jésus, viens ! » peut être rendue différemment : « Notre Seigneur vient » dans l’esprit de Ph 4:5, « Le Seigneur est proche ». Barnes, qui retient cette leçon, considère là un moyen de «To give the greater solemnity to the declaration of the apostle; that is, to give it an emphatic form. »

    Il semble que nous n’attribuons pas la même signification au mot « invoquer ». Pour vous, invoquer quelqu’un c’est forcément le prier. Or, les chrétiens invoquent Jésus… chaque fois qu’ils prient le Père et c’est pourtant bien le père qui est destinataire de la prière.

    J’ai bien peur que l’on tourne en rond sur ce sujet.

    Pour conclure, l’invocation de Jésus se fait dans le contexte de la prière, certes, mais il n’est pas pour autant celui qui est prié par les chrétiens. Jésus se présente comme le « chemin » menant au Père (Jn 14:6). Il ne s’est jamais placé au bout du chemin. Pointer du doigt quelques ambiguïtés dans le texte biblique au sujet de Jésus et du Père, notamment sur la prière, pour glisser que Jésus peut être prié comme Jéhovah, c’est ignorer son rôle : intercesseur, qui produit naturellement des ambiguïtés, mais où chacun tient sa place, le Fils médiateur et le Père, objet d’adoration.

    Pour ma part, cela suffit à clore le débat.

    • Alexandre Salomon permalink

      En réponse à CK:

      Vous écrivez : « En parlant au conditionnel, vous montez que vous n’entrevoyez pas de solution définitive au problème… »

      Ceci est loin de la réalité. Mon emploi du « conditionnel » est rattaché à ma demande de vous prononcer sur le texte de Jean 14: 14.

      Vous écrivez: « Bien sûr que « Jésus est au cœur de la prière » puisque c’est en son nom que les requêtes sont adressées à Dieu. »

      Mais la prière n’est pas SEULEMENT dites « en son nom » à Dieu; elles lui sont aussi adressées (cf. justement Jean 14: 14 etc.)

      Vous écrivez: « En sa présence [= celle de Jésus], l’appel du chrétien n’a rien de particulier. »

      De quelle présence discutez-vous? La vision, c’est ça? Je vous ai répondu que cet argument ne fait pas le poids. Que diriez-vous donc de Moïse qui eut de nombreuses visions du Dieu d’Israël qui lui parlait « face à face comme un homme parle à son compagnon » ? Moïse priait-il Jéhovah?

      Votre conception de la prière est qu’il s’agit d’ « une parole adressée en l’absence de, et vous ne devez pas être si éloignée de cette conception, sinon pourquoi avoir voulu dissocier l’invocation d’Etienne de sa vision de Jésus glorifié ? C’est bien que, en l’absence de Jésus, les paroles d’Etienne change de registre. »

      C’est encore tout faux. Je n’ai pas voulu « dissocier l’invocation d’Etienne de sa vision de Jésus glorifié ». Non, les deux événements sont dissociés dans le texte… et vous l’avez-vous-mêmes reconnu. De plus, je ne sais pas ce que vous entendez par « absence » parce que Jésus a toujours été « présent » parmi les croyants (cf. Mt 28 : 20).

      Vous déclarez : « Jésus se présente comme le « chemin » menant au Père (Jn 14:6). Il ne s’est jamais placé au bout du chemin. »

      Pourquoi ne pas aussi comprendre que Jésus « exauce » la prière (Jn 14 : 13, 14)?

      Par ailleurs, je vous renvoie vos propres dires. D’une part :

      « Déjà, prier au nom de Jésus fait difficulté puisque de par sa fonction d’intercesseur, JESUS EST AUSSI DESTINATAIRE DE LA PRIERE ADRESSEE A DIEU… C’est particulier. »

      D’autre part :

      « … mais il n’est pas pour autant celui qui est prié par les chrétiens.. »

      Vous vous contredisez comme les TJ…

      • areopage permalink

        J’en appelle au calme et à la modération.

        Il est inutile d’introduire un jugement de valeur généralisant : « Vous vous contredisez comme les TJ ». Les TJ ont significativement moins de contradictions (dogmatiques et comportementales) que les religions établies. J’en profite pour dire qu’une religion chrétienne « établie » (qui n’est pas ou peu contestée et qui a « pignon sur rue »), c’est un christianisme qui me fait peur (Jean 15.19, 1 Jean 5.19, 2.15).

        Mieux vaut donc se concentrer sur les arguments, avec calme et douceur.

      • Ni vous ni moi ne pouvons être catégorique sur Jn 14:14. Pourquoi donc vous focaliser dessus et en faire votre principal argument ? N’avez-vous pas d’autres éléments à produire ?

        Au sujet d’Actes 7:59, ce n’est pas parce que ‘vous m’avez répondu que cet argument ne fait pas le poids’ qu’il ne fait pas le poids. Les « deux événements sont dissociés dans le texte », oui. Mais pas dans le contexte. Il y a un lien entre cette manifestation de Jésus au v. 55 et l’invocation d’Etienne eu v.59.

        Vous soutenez que la vision s’est interrompue quand Etienne fût poussé dehors mais cela reste à prouver, le texte biblique ne donne pas cette précision. Et même si la scène s’est déroulée comme vous vous l’imaginez, il va de soi que la « prière » d’Etienne à Jésus fait écho à ce qu’il lui a été donné de voir peu avant sa mort : « le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (v.56).

        Je ne vois pas où vous voulez en venir avec l’exemple de Moïse… Que vient faire la prière là-dedans ? Converser avec Dieu comme l’on fait certains personnages de la Bible c’est le prier ? Mais dans une discussion avec Dieu, en « face à face », il n’y a pas « élévation de l’âme », pour reprendre la définition du dictionnaire. Dieu vient à votre rencontre. Il s’abaisse.

        D’ailleurs, il est cocasse que vous donniez cet exemple… car nous savons que Dieu s’est manifesté à Moïse au moyen d’un ange (Ex 3:2 ; Ac 7:37, 38, 53.). Petite question : quand un ange sert d’intermédiaire entre Dieu et Moïse, comme ici dans l’épisode du buisson ardent, à qui Moïse s’adresse-t-il quand il parle ? Et quand Dieu répond à la prière par l’intermédiaire d’un ange, est-ce l’ange ou Dieu qui est le « répondeur » de la prière pour reprendre votre expression ?

        Enfin, me dire que vous ne voyez pas la différence entre la présence et l’absence de Jésus « parce que Jésus a toujours été « présent » parmi les croyants (cf. Mt 28 : 20) » c’est plutôt inattendu. Je crois que vous feignez de ne pas comprendre. Comme avec votre substitution « communication »/« communion » qui a détourné mon propos. Et vous finissez de me répondre en sortant 2 phrases de leur contexte pour les mettre en contradiction… Permettez-moi de ne pas me donner la peine de répondre à ça. Ce que j’ai écrit jusque-là est, je crois, assez clair sur ma conception biblique de la prière et sur l’ambiguïté inhérente au rôle de Jésus qui élucide Jn 14:14 et d’autres passages équivoques dans la Bible.

        Vous terminez avec un beau dérapage en évoquant la communauté religieuse de votre interlocuteur que vous écorchez au passage (‘les TJ sont contradictoires’). Cela en dit long sur votre façon de considérer « l’autre ».

        • Alexandre Salomon permalink

          En réponse à CK:

          Il ne s’agit pas d’être « catégorique sur Jn 14:14 ». Les analyses avancées par D. Fontaine, découlant de la critique textuelle, ne permettent pas non plus d’être catégorique. Il s’agit ici de se prononcer sur les variantes sur le verset présentes dans les MSS…

          Ce qui explique pourquoi, sans tergiverser, je me « focalise dessus et en faire [mon] principal argument ». Car il ne s’agit pas simplement de savoir si Jésus peut ou non être prié, mais que dit le texte de Jn 14: 14?

          Vous écrivez: « Il y a un lien entre cette manifestation de Jésus au v. 55 et l’invocation d’Étienne eu v.59. »

          Personne n’a dit le contraire… D’ailleurs, c’est ce LIEN entre « la « prière » d’Etienne à Jésus » avec la vision du « « Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » » qui m’a amené à introduire le texte de Daniel 7: 13, 14 (cf. supra). Seulement, c’est tout faux de m’accuser d’avoir soutenir « que la vision s’est interrompue quand Étienne fût poussé dehors mais cela reste à prouver, le texte biblique ne donne pas cette précision. »

          Pas de précision de l’avis contraire, également.

          J’ai pris exemple sur Moïse parce que le contexte est similaire: visions surnaturelles, miracles, etc., arguments dont vous vous êtes servis pour nier la prière à Jésus par Étienne et les premiers chrétiens (cf. « ces occurrences concernent une époque où les visions ont cours parmi les chrétiens. … la rareté des exemples et le contexte dans lequel ces requêtes ont été formulées, dissuaderont d’y voir là une pratique courante ou cultuelle des chrétiens ».) Or, les visions avaient aussi cours du temps de Moïse…?

          Pour votre information, je n’axe pas mon argumentation sur la définition du dictionnaire TLF (« élévation de l’âme ») etc. la Bible classe la prière comme une facette de l’adoration (évidemment, sur ce point, je ne partage pas le point de vue de D. Fontaine: « il est abusif de mélanger culte/adoration avec prière. »)

          Vous soulevez alors une petite question intéressante: « quand un ange sert d’intermédiaire entre Dieu et Moïse, comme ici dans l’épisode du buisson ardent, à qui Moïse s’adresse-t-il quand il parle ? Et quand Dieu répond à la prière par l’intermédiaire d’un ange, est-ce l’ange ou Dieu qui est le « répondeur » de la prière pour reprendre votre expression ? »

          Voici: l' »ange » dont vous parlez est celui qui porte en lui le Nom de Jéhovah (Ex 23:20-23). Pour tout lecteur consciencieux, cet « ange » là est à maintes reprises appelé « Jéhovah » ou considéré comme tel, parlant et agissant DIRECTEMENT comme Jéhovah lui-même (Gen 32:24-30, Jug 2:1-5, Zek 3: 1-4; Hos 12: 2-5 etc.) L’importance et la particularité de cet « ange/messager » a été souligné par plusieurs auteurs (entre autres Rev. A M’Caul, Rabbi David Kimchi’s Commentary on the Prophecies of Zechariah, translated from the Hebrew, with Notes, and Observations on the Passages Relating to the Messiah (London: J. Duncan, 1837); Joel Ira Hoffstutler, He Who Dwelt in the Bush: A Biblical and Historical Theology of the Angel of the Lord [Bob Jones University, 2007]: James Borland, Christ in the Old Testament: Old Testament Appearances of Christ in Human Form (Great Britain: Christian Focus Publications, 1999) Etc.

          Ainsi, il ne s’agit pas d’un « ange/messager » quelconque; c’est celui qui porte le Nom divin en lui et est assimilé à Lui. Et ma conviction personnelle, étayée par de nombreux passages, est qu’il s’agit de Jésus Christ pré-humain… (cela nécessite plus d’explications, certes, à venir).

          Pour moi, donc, Jésus a toujours été le « répondeur » des prières.
          Cela en change rien à ma thèse.

          Au final: « Vous terminez avec un beau dérapage en évoquant la communauté religieuse de votre interlocuteur que vous écorchez au passage (‘les TJ sont contradictoires’). Cela en dit long sur votre façon de considérer « l’autre ». »

          Préjugé? Apparemment, c’est votre réponse qui m' »en dit long »… Je ne pense pas qu’il vaut la peine d’y répondre.

  8. Alexandre Salomon permalink

    D. Fontaine,

    Lorsque j’ai dit que les TJ se contredisaient, je ne faisais pas de la généralisation; j’évoquais plutôt leurs propos contradictoires sur la possibilité ou non de prier Jésus.

    Je ne fais donc pas  » un jugement de valeur généralisant « . Vous m’avez simplement mal compris…

  9. Décidément Jn 14:14 est votre seul argument, incertain du reste, pour encourager à adorer Jésus dans la prière.

    Il s’agit bien de se prononcer sur ce « que dit le texte de Jn 14:14 » pour déterminer « si Jésus ou non peut-être prié ».

    S’agissant des MSS : pour faire simple, d’un côté on trouve « si vous me demandez en mon nom » et d’un autre « si vous demandez en mon nom ». Vous optez pour la première leçon, je pense que la deuxième est préférable car :

    1) elle convient mieux dans sa formulation
    « si vous me demandez en mon nom » ne sonne pas vraiment français à mes oreilles. Didier parlait d’une « tournure impropre qui ne figure nulle part ailleurs ».

    2) elle s’intègre mieux dans le contexte de Jn 14
    Au v. 6 Jésus se présente comme « le chemin » menant au Père et au v. 13 le lien est fait entre la demande, faite au nom de Jésus, et le résultat escompté, « que le Père soit glorifié ». Avec votre leçon, on s’explique mal pourquoi Jésus tient à préciser de lui faire une demande « en [son] nom ». Demander à Jésus, c’est invoquer Jésus. Introduire cette précision produit un pléonasme au v. 14, lequel est déjà une redite du v. 13…

    3) elle est conforme à l’enseignement du NT
    Jésus est un être puissant au ciel mais subordonné au Père comme nous l’apprend par exemple 1 Co 11:3 : « le chef du Christ, c’est Dieu ». Sur terre, Jésus a appris à ses disciples à prier le Père uniquement. La seule nouveauté dans le NT, c’est que Jésus est l’intermédiaire : « Si vous demandez quelque chose au Père, il vous le donnera en mon nom » (Jn 15:16, 16:23).

    Vous voyez dans la prière un acte cultuel, mes précautions étaient donc justifiées. Nous sommes au moins d’accord sur la définition biblique de la prière : c’est un acte d’adoration.

    Maintenant, vous ne répondez pas exactement à la question. Certes, Dieu se sert de Jésus, un « ange », pour répondre aux prières de ses serviteurs. D’autres anges auront ce rôle. Par exemple, alors que Daniel prie sur les bords de l’Euphrate, l’ange Gabriel vient à sa rencontre (Dn 9:21).

    Selon vous, qui répond à la prière ici : Gabriel ou Jéhovah ? Et quand Daniel converse avec l’ange qu’il voit en vision, le prie-t-il ?

    • Alexandre Salomon permalink

      En réponse à CK:

      Vous écrivez: « Décidément Jn 14:14 est votre seul argument, incertain du reste, pour encourager à adorer Jésus dans la prière. »

      Apparemment, vous n’avez rien saisi à mon propos. Je me répète: le sujet abordé dans ce forum est « critique textuelle, Jean 14.14, Jean 16.23 ». Il ne s’agit pas de discuter si Jésus peut ou non être prié EN LONG ET EN LARGE. Que je ne recoure pas à « plusieurs » textes pour appuyer l’adoration (prière) vouée à Jésus SE CONFINE DONC AU THÈME TRAITÉ ICI. (Je vous enverrai, dès que possible, mon article « Devons-nous prier Jésus? Réponse aux Témoins de Jéhovah » pour plus d’arguments).

      Vous estimez que la leçon ἐάν τι αἰτήσητέ ἐν τῷ ὀνόματί μου ἐγὼ ποιήσω est « PRÉFÉRABLE » et vos raisons avancées:

      1) « « si vous me demandez en mon nom » ne sonne pas vraiment français à mes oreilles. Didier parlait d’une « tournure impropre qui ne figure nulle part ailleurs ». »

      Faudrait-il qu’une formulation sonne français à vos oreilles pour être correcte? Ce raisonnement n’est pas sans rappeler F. Godet:

      “Il me paraît absolument impossible de conserver dans le texte le με, me, que les alex[andrins] donnent comme objet à ποιήσω : ‘Tout ce que vous me demanderez en mon nom.’ Il est inadmissible que l’on demande quelque chose à une personne en son propre nom, sauf dans le sens : pour sa propre cause, qui ne peut être celui de cette locution. Tischendorf, Weiss, Wescott cherchent en vain à défendre cette leçon.” – Commentaire sur l’Évangile de Jean, 1902, pp. 1219, 1220.

      Mais Godet émet une réserve: « sauf dans le sens : pour sa propre cause »; et d’ajouter : « qui ne peut être celui de cette locution. » Et pourquoi pas? La Watch Tower qui enseigne qu’il ne faut pas prier Jésus, souligne que

      « la tournure ‘au nom de’, ou ‘dans le nom de’ (selon la Kingdom Interlinear), est employée relativement à des paiements ‘au profit du compte de quelqu’un’. […] Notons avec intérêt qu’aux jours de Jésus une expression semblable était employée par les Juifs, comme l’explique le Dictionnaire théologique du Nouveau Testament (angl.): ‘La circoncision d’un prosélyte est faite (…) ‘au nom du prosélyte’, afin de l’accueillir dans le judaïsme. Cette circoncision a lieu (…) ‘au nom de l’alliance’, afin de l’accueillir dans l’alliance.’ Une relation est ainsi établie et le non-Juif devient prosélyte sous l’autorité de l’alliance.” – La Tour de Garde, 15 octobre 1992, p. 19.

      Votre argument – cf. Godet – ne tient pas : « en mon nom » ou « au nom de » (Jésus) était une expression consacrée à l’usage, pouvant avoir le sens « pour sa propre cause », contrairement à ce qu’avance Godet.

      Par ailleurs, si l’on trouve étrange de demander à une divinité (Jésus l’est, cf. Jean 1:1 etc.) « au nom de » de cette divinité, alors que diriez-vous des prières adressées par les Israélites à Jéhovah? Étaient-elles au nom d’un autre dieu (Ps 20 : 1, 5, 7; Ps 25:11 ; 79:9; Voir aussi Ex 32:11, 12; Josué 7:8, 9; II Rois 19:15-19 etc.) ?

      2) « elle s’intègre mieux dans le contexte de Jn 14 »

      A propos de « contexte », le verset 13 qui lui est proche est clair: « Tout ce que vous demanderez en mon, JE LE FERAI ». Ceci présuppose qu’il est au courant de la demande faite « en son nom »… Je vous prend d’ailleurs au mot: « Au v. 6 Jésus se présente comme « le chemin » menant au Père. » Mais aux v. 110-11, il se présente aussi comme étant « dans le Père » et « le Père en lui », ce qui évoque leur union profonde: « Celui qui m’a vu a vu le Père. » (V. 9;cf. Jn 10: 30).

      Ainsi, demander au Fils = demander au Père. Vous affirmez là que: « Introduire cette précision produit un pléonasme au v. 14, lequel est déjà une redite du v. 13… » Pléonasme, vous dites. Relisez bien l’Évangile de Jean ainsi que ces lettres. Les pléonasmes, ça ne manquent absolument pas… et D. Fontaine l’a souligné dans un commentaire sur 1 Jean 5: 20.

      3) « elle est conforme à l’enseignement du NT »

      Vous soulignez, à ce point, la subordination du Fils à son Père. Personne ne conteste. Ce qui n’exclut pas que Jésus soit objet de prière comme l’atteste Jn 14: 14 renfermant « me », laquelle, je vous rappelle n’est pas « [ma] leçon » – comme vous le dites – mais celle figurant dans les meilleurs MSS du NT.

      Vous insinuez que « Dieu se sert de Jésus, un « ange », pour répondre aux prières de ses serviteurs. D’autres anges auront ce rôle. » Pourtant, si vous m’aviez compris, je ne vois pas en Jésus un « ange ». J’avais bien écrit:

      « …il ne s’agit pas d’un « ange/messager » quelconque; c’est celui qui porte le Nom divin en lui et est assimilé à Lui. » (Voir le post de D. Fontaine du 22 jan. 2014: « מַלְאַךְ פָּנָיו = L’ange de sa face ? (Isaïe 63.9) ».)

      De plus, si d’autres anges jouent ce rôle, il est clair qu’en signant ces paroles « tout ce que vous demanderez en mon, JE LE FERAI », Jésus souligne un fait particulier : non pas simplement un envoyé pour répondre à la prière, mais Celui qui répond. Gabriel n’a d’ailleurs jamais donné une telle garantie dans la Bible encore moins Mickaël.

      Pour finir, notez bien ces versets tirés de l’évangile de Jean (TMN):

      14 : 16, 17 : « Et moi j’adresserai une demande au Père, et il vous donnera un autre assistant […] l’esprit de vérité. »

      14: 26: « Mais l’assistant, l’esprit saint, que le Père enverra en mon nom. »

      15: 26: « Quand arrivera l’assistant que je vous enverrai de la part du Père, l’esprit de la vérité, qui provient du Père. »

      16: 7: « Il est de votre intérêt que je m’en aille. Car si je ne m’en vais pas, non, l’assistant ne viendra pas vers vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai. »

      Qui envoie l’Esprit de vérité?

      • Contrairement à vous, je pense que la réponse à cette question « peut-on prier Jésus ? » contribue à répondre au problème posé dans cet article.

        Certes « au nom de » peut signifier « au profit du compte de quelqu’un ». Mais Jésus a-t-il besoin que ses disciples prient ‘au profit de son propre compte’ ? Sauf à considérer que les prières dont il est question en Jn 14:14 soient des louanges ou des actions de grâces, ce n’est pas sérieux. Jésus présente ces prières comme des requêtes : « Si vous demandez (…) je le ferai ».

        Il faudra donc plus qu’un « pourquoi pas » pour emporter l’adhésion.

        De plus, les exemples de prières que vous donnez ne sont pas comparables. D’un côté, les Israélites prient Dieu en faisant naturellement mention de son nom (Ex 32:11, 12, Jos 7:8, 9, II Rois 19:15-19). De l’autre, le nom de Dieu est présenté comme une protection pour les fidèles (Ps 20:5, 20:7). L’idée dont nous discutons n’est pas exprimée précisément. Enfin, en Ps 20:1, l’on retrouve l’expression « au nom de » mais il s’agit d’accomplir une action au nom de, pas une prière : élever les bannières au nom de Dieu.

        Commentant ce passage de Jn 14:14, Godet fait remarquer aussi : « Demander au nom de quelqu’un, c’est, dans la vie ordinaire, demander à la place d’une personne et comme de sa part. Cette personne a, par sa position, par les services qu’elle a rendus, par la faveur dont elle jouit, droit à la grâce réclamée; celui qui prie en son nom, prie donc comme si c’était cette personne elle-même qui priait par lui. » – Commentaire de l’Evangile de Saint Jean, Tome II, 473-474.

        Vos remarques au point 2 ne change pas le problème. Déjà vous ne tenez jamais compte de l’idée introduite par Jésus : « je suis le chemin ». Ensuite, oui Jésus est en union avec son Père comme d’ailleurs ses disciples sont en union avec lui (Jn 14:20). Et oui Jésus est « au courant » de la prière faite en son nom puisqu’il est désigné par le Père pour apporter une réponse. C’est d’ailleurs à bon droit qu’il dit « je le ferai ».

        Quant à voir là la preuve que les prières de ses disciples lui sont personnellement adressées, c’est gratuit et arbitraire.

        Vous parlez des « meilleurs MSS » mais vous restez silencieux sur le fait que des trinitaires notoires comme Godet s’opposent à cette leçon. Comparez les diverses versions de la Bible en Jn 14:14 et vous vous apercevrez du désaccord parmi les traducteurs. Pourquoi selon vous des tenants de la trinité ont choisi une autre leçon que celle des « meilleurs MSS » dans ce verset ? Quelles scrupules auraient-ils eu à introduire le pronom « me » ?

        Certainement pas pour des raisons théologiques !

        Sur la question des anges dont Dieu se sert pour répondre aux prières, vous avez encore une fois répondu à côté. C’est que vous avez compris où je voulais en venir… Je m’en réjouis. Enfin, les quelques versets que vous introduisez pour conclure m’ont fait sourire. Cela ne me surprendrait que dans votre prochaine réponse il soit question de Trinité.

        On y arrive, doucement mais surement.

        • Alexandre Salomon permalink

          Vous écrivez: « Certes « au nom de » peut signifier « au profit du compte de quelqu’un ». Mais Jésus a-t-il besoin que ses disciples prient ‘au profit de son propre compte’ ? »

          Drôle de question, je l’avoue. « Au profit du compte de quelqu’un » n’est qu’un sens autorisé de l’expression « au nom de », ce qu’indique clairement la citation de La Tour de Garde. Dans ÉTUDE PERSPICACE DES ÉCRITURES, on lit:

          « Lorsqu’on utilise en français des expressions comme ‘au nom de la loi’ ou ‘au nom du bon sens’, on n’évoque pas une personne, mais on veut plutôt dire : ‘En vertu de ce que représente la loi ou des pouvoirs qu’elle confère’, ou : ‘En invoquant ce que le bon sens signifie et requiert.’ En grec, le mot traduit par ‘nom’ (onoma) peut aussi avoir ce sens. […] C’est pourquoi A. Robertson (Word Pictures in the New Testament, 1930, vol. I, p. 245) fait ce commentaire à propos de Matthieu 28:19 : ‘Cet emploi du terme ‘nom’ (onoma), courant dans la Septante et dans les papyrus, désigne la force ou l’autorité. » — vol. I, pp. 803-804.

          Godet lui reconnait aussi le sens : « pour sa propre cause », ce qu’il explique dans le commentaire que vous mentionnez. Nulle part cela n’invalide la construction « si vous ME demandez EN MON NOM ».

          Vous écrivez: « Sauf à considérer que les prières dont il est question en Jn 14:14 soient des louanges ou des actions de grâces… »

          C’est ignorer peut-être, comme le souligne D. Fontaine, que « prier ne se résume pas à demander à Dieu. La louange est prière. La doxologie est prière. Le gémissement intérieur est prière. Le chrétien est sans cesse en prière (cf. 1 Thessaloniciens 5.17). Jésus récipiendaire de louange (cf. Rv 5.12), de demande (Jean 14.13), de supplique (Ac 7.59), de doxologie (Rv 22.20, 1Co 16.22), est bien récipiendaire de « prières ». »

          Vous écrivez: « De plus, les exemples de prières que vous donnez ne sont pas comparables. D’un côté, les Israélites prient Dieu en faisant naturellement mention de son nom (Ex 32:11, 12, Jos 7:8, 9, II Rois 19:15-19). »

          Si, ils sont comparables. En effet, puisque « les Israélites prient Dieu en faisant naturellement mention de son nom », il est aussi naturel qu’en priant Jésus, les chrétiens mentionnent désormais son nom, ne trouvez-vous pas? De fait, deux commentaires de la Watch Tower confirment :

          « Quand nous prions au ‘nom de Jésus’, cela signifie donc que nous faisons appel à son autorité. NOUS LE PRIONS d’utiliser son pouvoir, sa position et ses privilèges de Principal Agent de la vie en notre faveur, en rendant notre prière acceptable à Jéhovah Dieu, le Chef souverain.”
          — LA TOUR DE GARDE, 1er juin 1973, p. 328. C’est moi qui souligne.

          “Un nom peut aussi être associé à une fonction, à l’autorité que détient quelqu’un. Les représentants d’un gouvernement parlent souvent ‘au nom de’ leur gouvernement, c’est-à-dire ‘en invoquant l’autorité que détient’ leur gouvernement. […] Aussi quand nous prions en son nom, NOUS LUI DEMANDONS d’exercer son autorité en notre faveur, afin que Dieu puisse accepter nos prières.” — RÉVEILLEZ-VOUS ! 08 mai 1982, p. 27.

          Vous écrivez: « Déjà vous ne tenez jamais compte de l’idée introduite par Jésus : « je suis le chemin ». »

          J’en tiens compte. Seulement, j’insiste sur le fait que le rôle médiateur de Jésus n’annule pas sa fonction de récipiendaire; c’est tout comme le Père, « canal » de toutes choses, en est aussi la fin (cf. Rom 11: 36; Col. 1: 16).

          Vous écrivez: « Quant à voir là la preuve que les prières de ses disciples lui sont personnellement adressées, c’est gratuit et arbitraire. »

          Je ne pense pas. Le texte grec raffiné de la Kingdom Interlinear Translation (KIT, 1969, p. 499; 1985, p. 483) cautionne la leçon du v. 14: « If ever anything you should ask ME in THE NAME OF ME… »

          Vous écrivez: « Vous parlez des « meilleurs MSS » mais vous restez silencieux sur le fait que des trinitaires notoires comme Godet s’opposent à cette leçon.  »

          Voilà qui fait preuve de mauvaise foi. La citation de Godet que j’ai mentionnée indique clairement qu’il s’oppose à cette leçon. Le professeur F. Bruce est aussi de cet avis. Mais le débat est mal placé: il ne s’agit de savoir ce que des « trinitaires notoires » pensent ni de ce que « des tenants de la trinité ont choisi […] dans ce verset ».

          La question est: qu’indique la critique textuelle? R. C. H. Lenski répond:

          « The textual evidence supports the retention of [me], as well as of [égô], in place of [toûto]; with this the inner evidence agrees. The stress is no longer on ‘what’ the disciples shall ask but now on ‘the person’ who answers. To the silent implication that the disciples will direct their petitions to the Father (v. 13) there is now added the explicit statement that they will also direct them to Jesus. […] » — THE INTERPRETATION OF ST. JOHN’S GOSPEL 11-21 (Commentary on the New Testament series, 2008), p. 993.

          D. A. Carson le rejoint:

          « Amongst the witnesses that support the verse are a minority that drop the ‘me’ in the first clause, thereby giving the impression that the prayer is addressed to the Father in Jesus’ name, rather than to Jesus in Jesus’ name. Textual evidence favors the inclusion of the pronoun. The seeming awkwardness of ‘ask me in my name’ is paralleled elsewhere (Pss. 25:11; 31:3; 79:9). In any case, it is very doubtful that the Evangelist would be interested in drawing overly fine distinctions in the proper object of prayer, since he can happily refer to the gift of the Spirit as the result of the Son’s request to the Father (vv. 16, 26), or as the Son’s own emissary (15:26; 16:7).” — THE GOSPEL ACCORDING TO JOHN (PNTC; Grand Rapids, MI: Eerdmans, 1991), p. 498.

          En effet, on pourrait tenir un langage semblable au vôtre sur Jn 1: 18: μονογενὴς υἱὸς (“fils unique engendré”, A, C3, K, X, Δ, Θ, Π, 063, 0234, f1, f13, 28, 565, 700, 892, 1009, 1010, 1071, 1079, 1195, 1216, 1230, 1241, 1242, 1253, 1344, 1365, 1546, 1646, 2148, Byz) ; ὁ μονογενὴς θεὸς (“le dieu unique engendré”, P75, אc, 33, copbo); μονογενὴς θεὸς (“dieu unique engendré”) ; μονογενὴς υἱὸς θεοῦ (“fils unique engendré de dieu”) et ὁ μονογενὴς (“l’unique engendré”). Les spécialistes penchent pour ὁ μονογενὴς θεὸς — y compris F. Bruce qui allègue que cette dernière leçon est « attestée par les plus anciennes autorités, incluant les deux plus anciens (les papyrus Bodmer 66 et 75).” — THE GOSPEL OF JOHN, p. 44.

          Or, ces mêmes « plus anciennes autorités, incluant les deux plus anciens (les papyrus Bodmer 66 et 75)” incluent le « me ». Double langage, oui!

          Vous écrivez: « Sur la question des anges dont Dieu se sert pour répondre aux prières, vous avez encore une fois répondu à côté. C’est que vous avez compris où je voulais en venir… Je m’en réjouis.  »

          Dans mon cas, je ne me réjouirais pas aussi vite. Ce que vous semblez n’avoir peut-être pas saisi est le suivant (cf. D. Fontaine):

          « … Ce n’est pas l’emploi du nom Gabriel, ni celui de Seigneur, qui conditionne la prière. C’est le propos lui-même (le propos et les implications du propos : on ne demande pas à n’importe qui de « recevoir son esprit »). »

          Étienne a aussi demandé à Jésus de « pardonner » à ses bourreaux (Act 7: 60), ce que Daniel ne demande pas ni Gabriel ni à aucun autre qu’à Jéhovah (Dan 9: 3-19).

          Vous écrivez: « Enfin, les quelques versets que vous introduisez pour conclure m’ont fait sourire. Cela ne me surprendrait que dans votre prochaine réponse il soit question de Trinité. On y arrive, doucement mais surement. »

          Les faits semblent vous donner tord, me trompe-je? Je constate, avec regret, que vous cherchez un échappatoire: les versets listés ont servi à montrer qu’autant le Père est dit envoyer l’Esprit saint, autant il est dit du Fils. Michael L. Bryant dit à ce propos:

          “…in John 14: 26 Jesus states that the Father will send the Spirit in his (Jesus’) name. However, in John 15: 26 Jesus remarks that he will send the Spirit to them from the Father. Also, in John 16: 7 Jesus says that he will send the Spirit to them. No real contradiction exists between these passages, for Jesus is able to speak of his and the Father’s roles as he does due to their intimate unity in granting the prayer requests of believers.” — AN EXAMINATION OF PRAYER IN THE JOHANNINE LITERATURE, 2008, p. 87.

          Et c’est justement sur cette « intimate unity » que j’insiste: ce qui est attribué au Père peut aussi, en toute légitimité, être attribué au Fils (Jean 17 : 10 ; cf. 16 : 14, 15; Ps 102.26-28; Hébreux 1: 10 etc.)

          Par conséquent, je ne peux qu’être d’accord avec Colin G. Kruse :

          “This verse makes explicit what was only implicit in 14 :13, viz. prayer in Jesus’ name in these verses is prayer directed towards Jesus himself […]. This repeats the promise made in 14:13. Prayer in Jesus’ name is prayer for Jesus’ sake, and when Jesus answers the prayer, as he promised, he brings glory to his Father.” — JOHN (The Tyndale New Testament Commentaries), 2003, p. 302.

  10. Alexandre Salomon permalink

    « Maranatha » est de toute évidence une prière commune des premiers chrétiens au début de notre ère. En fait, dans le Notre Père, « prière modèle », Jésus exhorte à solliciter la venue du Royaume de Dieu en ces termes: « Que ton Royaume vienne! » Or, le Royaume de Dieu a pour Roi désigné: Jésus Christ. Prier pour la venue du Royaume, c’est du coup prier pour la venue de son Roi. Ainsi, « O notre Seigneur, viens! » ou comme Jean l’exprime: « Viens Seigneur Jésus! » ne fait qu’écho à « Que ton Royaume vienne! »

  11. Alexandre,

    Finalement vous défendez moins le sens de l’expression « me demander en mon nom » que sa construction. Mais je m’intéresse au sens de l’expression dans le contexte de Jn 14 :14. La construction est « techniquement » possible mais est-elle vraisemblable ? C’est l’usage qui la rend vraisemblable. Carson que vous citez et avec qui vous êtes d’accord convient que cette phrase est maladroite en apparence.

    Vous répondiez « pourquoi pas » voir dans l’expression de Jésus « en ma propre cause », très proche d’ailleurs de « au profit du compte de quelqu’un », sauf que l’effet produit est le même. Jésus demande-t-il à ses disciples de le prier pour lui-même, ‘pour sa propre cause’, alors que, dans le contexte, il s’agit bien de demander dans l’espoir de recevoir quelque chose de sa part ?

    C’est à raison que Godet écarte cette hypothèse.

    J’ai survolé quelques commentaires de Jn 14:14 qui sont de votre avis et la plupart tombent dans la conjecture quand ils cherchent à clarifier « me demander en mon nom ». Pour eux c’est plus que simplement faire mention du nom de Jésus. Seulement voilà, les textes bibliques donnés à l’appui (quand il y en a) ne sont pas plus convaincants. Carson, par exemple, se réfère à 3 passages des Écritures hébraïques mais aucun ne contient cette expression précisément.

    Vous semblez vous-même avoir du mal à prendre position. Vous citez un commentaire puis un magazine puis une encyclopédie : c’est peut-être ce sens-là ou celui-ci… au fond vous n’êtes pas sûr de comprendre ce que Jésus veut dire par « me demander en mon nom ».

    Tandis que exclure le pronom « me », qui ne figure pas dans tous les MSS dont nous disposons, résout la difficulté à laquelle vous et d’autres êtes confrontés. Nous obtenons ainsi « si vous demandez en mon nom, je le ferai ». Les disciples doivent en appeler à Jésus, son autorité, pour que le Père… exauce les prières qui lui sont adressées. Quoi de mieux que Jn 16:23 et 24 pour comprendre les paroles de Jésus :
    « Et en ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. Oui, vraiment, je vous le dis : Si vous demandez quelque chose au Père, il vous le donnera en mon nom. Jusqu’à présent, vous n’avez rien demandé en mon nom. Demandez et vous recevrez, pour que votre joie devienne complète. »

    Il s’agit là de demander au Père « au nom de Jésus ». Le schéma est identique à celui de Jn 14:13, on a du mal à croire que le verset 14 n’exprime pas la même idée.

    La série de versets que vous donniez était censée prouver que « me demander en mon nom » se trouvent ailleurs dans la Bible. Comme celles de Carson vos occurrences ne se sont pas révélées probantes. En outre, je n’ignore pas la diversité des formes que prend la prière mais j’attirais votre attention sur le contexte de Jn 14:14. Il est question de demander dans l’espoir de recevoir : des requêtes donc. Encore une fois, dans le contexte les chrétiens adressent des demandes qui les concernent au premier chef et qui sont diverses dans leur objet : « tout ce que vous demanderez… »

    Inutile de fouiller la bibliothèque de la WT sur plusieurs décennies à la recherche de contradictions. Des contradictions si vous voulez en trouver, vous en trouverez… Evidemment les auteurs des 2 articles que vous citez n’ont pas un double discours au sujet de la prière. Simplement ils n’ignorent pas le rôle de Jésus qui intercède auprès du Père, c’est lui le « chemin » menant au Père : « Personne ne vient vers le Père sinon par moi » (Jn 14:6). Et sa position n’a pas d’égal au ciel, sur ce point je vous rejoins volontiers, mais l’attention du chrétien en prière reste bien dirigée vers le Père comme le prouve la conclusion de Jésus en Jn 14:13 « afin que le Père soit glorifié au sujet du Fils » et son rappel en Jn 16:23 et 24 au sujet de la prière qui doit se faire en son nom et où le Père est présenté comme destinataire des prières.

    Par ailleurs, dans l’article de la Tour de Garde que vous citez, nous lisons dans le même paragraphe : « En réalité, comme Jésus lui-même l’a enseigné, prier en son nom signifie s’adresser à Dieu en profitant de ses bons offices en tant que “Principal Agent de la vie” (…). » Qui plus est, la version anglaise de cet article, parue quelques mois plus tôt (15/02), employait deux termes distincts, to pray et to petition :

    « When we pray in Jesus’ “name,” therefore, this means we are making an appeal to his authority. We are petitioning that his power and position and benefits as Chief Agent of life be exercised on our behalf, making our prayer acceptable to the Sovereign Ruler, Jehovah God. »

    Par conséquent, l’ambigüité ou la contradiction que vous pointez du doigt, avec une certaine délectation il faut le souligner, est pathétique. D’autant que nous l’avons précisé depuis le début de la discussion, le rôle d’intermédiaire de Jésus créé naturellement des ambiguïtés. La seule chose que vous réussissez à faire c’est à les mettre en évidence.

    Et sur la base d’un verset, d’un pronom « me », qui a pu ne pas figurer dans les textes originaux, vous en concluez que les chrétiens peuvent rendre un culte à la fois au Père et au Fils dans la prière.

    Je m’étonne que vous vous référiez autant aux publications des Témoins de Jéhovah. Je n’ai pourtant pas fait de mes croyances religieuses un argument. Pourriez-vous vous en tenir aux arguments développés et abandonner les querelles de chapelles ? Aussi, je n’ai pas dit que vous avez nié la position de Godet, je vous ai parlé de trinitaires notoires autres que Godet et je pensais notamment aux traducteurs de la Bible qui ne sont pas tombés d’accord sur la conservation ou pas du pronom « me » en Jn 14:14.

    Cela devrait inviter à plus de modestie…

    D’ailleurs au sujet de votre exemple de Jn 1:18 que vous citez pour reprocher aux Témoins de Jéhovah de ne pas toujours privilégier la leçon des « meilleurs MSS », en direz-vous autant de Godet et d’autres ? J’ose croire que la critique textuelle sait se montrer « critique » même avec les « meilleurs MSS » qui ne sont pas exempts d’erreur.

    Pour ce qui est de passage de Jn 14:16-17 et 26, ainsi que Jn 15:26 et Jn 16:7, où il est question tantôt du Père qui envoie l’esprit saint, tantôt du Fils qui accomplit cette action, l’explication va de soi quand on examine de près ces versets. L’esprit « provient » du Père selon Jn 15:26 et Jésus envoie cet esprit à ses disciples selon Jn 16:7. Remarquez d’ailleurs qu’avant de leur envoyer, Jésus adresse une demande au Père selon Jn 14:16-17.

    De ce point de vue, les disciples reçoivent cet esprit du Fils mais aussi du Père qui en est la source. On retrouve ces ambigüités liées au rôle de Jésus mais chacun demeure à sa place « afin que le Père soit glorifié au sujet du Fils » (Jn 14:13).

    • Alexandre Salomon permalink

      Vous écrivez: « Finalement vous défendez moins le sens de l’expression « me demander en mon nom » que sa construction. Mais je m’intéresse au sens de l’expression dans le contexte de Jn 14 :14. La construction est « techniquement » possible mais est-elle vraisemblable ? C’est l’usage qui la rend vraisemblable. Carson que vous citez et avec qui vous êtes d’accord convient que cette phrase est maladroite en apparence. »

      Maladroite en APPARENCE ne la rend pas pour autant moins « vraisemblable ». En Deutéronome 22:8, nous lisons (cf. TMN):

      “ Si tu bâtis une maison neuve, alors tu devras faire un parapet pour ton toit, afin de ne pas mettre de sang sur ta maison parce que QUELQU’UN QUI TOMBE POURRAIT EN TOMBER. » (https://www.jw.org/fr/publications/bible/nwt/livres/Deut%C3%A9ronome/22/).

      Cette traduction « QUELQU’UN QUI TOMBE POURRAIT EN TOMBER » n’est-elle pas « maladroite en apparence »?

      Vous me reprochez de m’intéresser plus à la CONSTRUCTION qu’au SENS. Contrairement à vous qui suivez la démarche contraire. La raison est simple: la théologie ne détermine pas la traduction. C’est d’ailleurs pourquoi je trouve dérisoire le fait que vous vouliez déplacer le débat sur le terrain trinitaires/unitariens!

      Vous écrivez: « Jésus demande-t-il à ses disciples de le prier pour lui-même, ‘pour sa propre cause’, alors que, dans le contexte, il s’agit bien de demander dans l’espoir de recevoir quelque chose de sa part ? »

      Qu’y a-t-il de si extraordinaire ici? Dans le Psaume 79: 9 (l’un des versets que Carson cite), David supplie: « délivre-nous et couvre nos péchés à cause de ton nom ». La LXX a: …ἱλάσθητι ταῖς ἁμαρτίαις ἡμῶν ἕνεκα τοῦ ὀνόματός σου.

      Ici, David fait une requête à Jéhovah (« délivre-nous et couvre nos péchés ») et ce, « à cause de [s]on nom ». Que les chrétiens prient Jésus « à cause de son nom », « pour sa propre cause », cela n’est pas sans précédent.

      Quelle ne fut ma surprise de vous entendre dire : « Vous semblez vous-même avoir du mal à prendre position. Vous citez un commentaire puis un magazine puis une encyclopédie : c’est peut-être ce sens-là ou celui-ci… au fond vous n’êtes pas sûr de comprendre ce que Jésus veut dire par « me demander en mon nom ». »

      De toute évidence, vous vous bernez dans l’illusion: les articles que j’ai cités n’offrent pas PLUSIEURS explications qui me mettraient dans l’embarras. Ils attestent à l’unanimité que « me demander en mon nom » est attesté par les meilleurs MSS du NT et que l’évidence interne le confirme. Point.

      Vous écrivez: « Seulement voilà, les textes bibliques donnés à l’appui (quand il y en a) ne sont pas plus convaincants. Carson, par exemple, se réfère à 3 passages des Écritures hébraïques mais aucun ne contient cette expression précisément. »

      Les 3 passages évoqués par Carson sont en référence à la LXX:

      ἕνεκα τοῦ ὀνόματός σου κύριε…Ps 25: 11
      ἕνεκεν τοῦ ὀνόματός… Ps 31: 3
      ἕνεκα τῆς δόξης τοῦ ὀνόματός σου κύριε… Ps 79:9

      Certes, il n’est pas mentionné précisément « me demander en mon nom », mais il est bien question de faire des requêtes à Jéhovah « en son nom » (ou: « à cause de son nom »). Vouloir écarter « me demander en mon nom » sous prétexte que cette construction n’apparaît nulle par ailleurs, c’est faire preuve… de mauvaise foi!

      Vous écrivez: « Tandis que exclure le pronom « me », qui ne figure pas dans tous les MSS dont nous disposons, résout la difficulté à laquelle vous et d’autres êtes confrontés. »

      Cette déclaration m’a électrocuté au point de me faire sourire. Vous semblez oublier que le verset 14 est omis dans certains MSS, que d’autres emploient à la place de « me », les mots « le Père »… Pourquoi n’affirmez-vous pas aussi que le verset 14 doit être enlevé du texte puisqu’il « ne figure pas dans tous les MSS dont nous disposons »?

      Non, je ne suis confronté à aucune difficulté avec la construction — ou, peut-être qu’elle existe dans votre imagination? — ce qui ne m’étonnerait pas.

      Vous écrivez: « Inutile de fouiller la bibliothèque de la WT sur plusieurs décennies à la recherche de contradictions. Des contradictions si vous voulez en trouver, vous en trouverez… Evidemment les auteurs des 2 articles que vous citez n’ont pas un double discours au sujet de la prière. »

      Que veut dire « à la recherche de contradictions »? Qui a parlé de « contradictions »? Vous, sans que personne ne vous y ait obligé!

      Le fait que vous ayez cité la version anglaise de l’article de LA TOUR DE GARDE mentionné dans mon post est inutile. En fait, souligner l’emploi de « deux termes distincts, to pray et to petition » n’apporte rien à la discussion. Dans la même veine, Lenski que je cite emploie les termes « ask » et « petitions » pour se référer à la prière. Ce ne sont donc pas mes citations de LA TOUR DE GARDE et du RÉVEILLEZ-VOUS! supportant la prière à Jésus qui sont « pathétiques » (là, je vous paraphrase), mais votre « démonstration » qui pèse léger!

      Vous ajoutez: « D’autant que nous l’avons précisé depuis le début de la discussion, le rôle d’intermédiaire de Jésus créé naturellement des ambiguïtés. »

      Malheureusement, vous commentiez mes citations des articles de la WT. L’avis que vous introduisez ici est le vôtre, pas celui de la WT. Et si « ambiguïtés » il y a, c’est bien dans votre cas.

      Vous écrivez: « Et sur la base d’un verset, d’un pronom « me », qui a pu ne pas figurer dans les textes originaux, vous en concluez que les chrétiens peuvent rendre un culte à la fois au Père et au Fils dans la prière. »

      Quand vous dites: « … qui a pu ne pas figurer dans les textes originaux », c’est sans grande conviction. Du moins, c’est votre souhait. Mais que vous ne parvenez toujours pas à démontrer sur la base de l’évidence manuscrite ou d’arguments solides et irréfutables de l’évidence interne. Et, ce n’est pas le fait de répéter les mêmes arguments qu’ils deviendront vrais. Quant à savoir si je me base sur « un [seul] verset » vous arrivez à la conclusion que vous citez, je l’ai déjà signifié:

      « Il ne s’agit pas de discuter si Jésus peut ou non être prié EN LONG ET EN LARGE. Que je ne recoure pas à « plusieurs » textes pour appuyer l’adoration (prière) vouée à Jésus SE CONFINE DONC AU THÈME TRAITÉ ICI. (Je vous enverrai, dès que possible, mon article « Devons-nous prier Jésus? Réponse aux Témoins de Jéhovah » pour plus d’arguments). »

      Vous écrivez: « Je m’étonne que vous vous référiez autant aux publications des Témoins de Jéhovah. Je n’ai pourtant pas fait de mes croyances religieuses un argument. Pourriez-vous vous en tenir aux arguments développés et abandonner les querelles de chapelles? »

      Voilà qui fait encore sourire: Qui a parlé « des trinitaires notoires » ou « des tenants de la trinité »? Pour ma part, je ne vous ai jamais identifié aux TJ. Ma citation de leurs propos est rattachée à mon champ d’étude et au fait qu’ils récusent aussi, dans la plupart de leurs écrits, que Jésus fasse l’objet de la prière — c’est autant que vous, lorsque vous citez Godet etc.

      Vous écrivez: … »je n’ai pas dit que vous avez nié la position de Godet, je vous ai parlé de trinitaires notoires autres que Godet et je pensais notamment aux traducteurs de la Bible qui ne sont pas tombés d’accord sur la conservation ou pas du pronom « me » en Jn 14:14. Cela devrait inviter à plus de modestie… »

      Je me demande bien pourquoi? Que des trinitaires ou des unitaires CHOISISSENT de traduire de telle ou manière, cela n’incite pas la modestie. Désolé.

      Vous écrivez: « D’ailleurs au sujet de votre exemple de Jn 1:18 que vous citez pour reprocher aux Témoins de Jéhovah de ne pas toujours privilégier la leçon des « meilleurs MSS », en direz-vous autant de Godet et d’autres ? »

      Il y a deux erreurs dans ce propos: premièrement, je n’ai pas cité Jn 1: 18 pour faire reproche aux TJ, mais à vous précisément. D’ailleurs, la WT estime que la leçon ὁ μονογενὴς θεὸς est supportée par « les manuscrits les plus fiables de Jean », « les plus anciens et les meilleurs » (ÉTUDE PERSPICACE, vol. II, pp. 19, 1126).

      Deuxièmement, j’ai montré clairement mon désaccord avec Godet et F. Bruce. Inutile donc d’en faire un argument.

      Vous écrivez: « De ce point de vue, les disciples reçoivent cet esprit du Fils mais aussi du Père qui en est la source. On retrouve ces ambigüités liées au rôle de Jésus mais chacun demeure à sa place « afin que le Père soit glorifié au sujet du Fils » (Jn 14:13). »

      On ne peut qu’être d’accord: le Père (la source) et le Fils (le canal) envoient TOUS DEUX l’Esprit sur les disciples. Personne n’a dit qu’il fallait échanger les places. Seulement voilà, pour me répéter: le rôle médiateur de Jésus n’annule pas sa fonction de récipiendaire; c’est tout comme le Père, « canal » de toutes choses, en est aussi la fin (cf. Rom 11: 36; Col. 1: 16).

      Ainsi, comme l’indique la KIT (1969, p. 499; 1985, p. 483), le v. 14 dit : « If ever anything you should ask ME in THE NAME OF ME… »

      En conséquence, le Père et le Fils sont TOUS DEUX récipiendaires de la prière.

  12. Alexandre Salomon permalink

    Finalement, je trouve l’argument de Bowman & Komoszewski non moins pertinent:

    “It turns out that some Greek manuscripts of the Gospel of John omit the word ‘me’ (which happens to be spelled the same way in Greek, me) in John 14:14. The best explanation for this omission is that some copyists indeed thought it odd that Jesus should speak about addressing prayer to him in his own name, so they omitted me. When modern commentators agree with the variants that omit the word, this is usually the reason given. There is not much question that the original wording of the passage included the word me, because the manuscripts supporting that wording are generally older, are from a broad range of manuscripts, and are from diverse geographical origins than those manuscripts that omit the word.

    “Even if the word ‘me’ were not in the text, John 14:14 would still be speaking about praying to Jesus. Suppose Jesus said, ‘Whatever you ask in my name I will do.’ The natural inference is that the person who does what we ask is the person whom we ask. Again, the qualifying phrase ‘in my name’ has Old Testament precedent. To ask (or do anything) in someone’s name means to do it on his authority, with his backing, in fidelity to that person. Thus, Jesus is saying that whatever we ask, if we ask out of faithfulness and loyalty to him, he will do it. In context, Jesus is telling his disciples that they may do this after he has gone to be with the Father in heaven (v. 12). Properly understood, then, with or without ‘me,’ Jesus in John 14:14 is inviting us to pray to him. That we may address our prayers to either the Father or the Son is quite consistent with the immediate context. After all, Jesus has just said, ‘Whoever has seen me has seen the Father. … Believe me that I am in the Father and the Father is in me’ (John 14:9, 11).”

    – PUTTING JESUS IN HIS PLACE: THE CASE FOR THE DEITY OF CHRIST [Kregel Publications, Grand Rapids, MI 2007], pp. 51-52.

  13. Accuser votre interlocuteur de « faire preuve de mauvaise foi » ou de se « berner dans ses illusions » ça ne ressemble pas à ce que Jésus a enseigné à ses disciple…

    Pour finir :

    Dt 22:8 : Exemple assez courant dans la Bible. En Jn 14:14, c’est moins la maladresse de l’expression que l’absence d’attestation dans la Bible qui rend suspecte la leçon que vous défendez.

    Ps 79:9 : les traducteurs de la Septante n’ont pas dit « délivre-nous et couvre nos péchés EN ton nom » mais « A CAUSE DE ton nom ». Même constat dans les 2 autres occurrences de Carson.

    Il n’est pas question d’ « écarter « me demander en mon nom » sous prétexte que cette construction n’apparaît nulle part ailleurs » mais de s’interroger sur la pertinence de cette leçon.

    L’expression « me demandez en mon nom » fait difficulté :
    – dans sa construction, d’ailleurs les défenseurs de cette leçon conjecturent pour lui donner sens
    – et par son absence d’attestation dans le NT comme dans la Septante

    L’argument d’autorité que vous opposez est mauvais parce que la critique textuelle n’est pas monolithique. La différence des traductions de Jn 14:14 permet d’appréhender cette difficulté.

    A l’inverse en Jn 14:14, la leçon « si vous demandez [au Père] en mon nom » :
    – fait écho au v. 13
    – et se retrouve presque à l’identique en Jn 16:23 et 24.

    De plus, rendre un culte à Jésus dans la prière est une conception étrangère à la Bible. Il se présente comme le « chemin » qui mène au Père (Jn 14:6) et ailleurs il prophétise : « les vrais adorateurs adoreront le Père » (Jn 4:24).

    Tout est dit pour moi.

    • Alexandre Salomon permalink

      En réponse à CK:

      Vous écrivez: « Accuser votre interlocuteur de « faire preuve de mauvaise foi » ou de se « berner dans ses illusions » ça ne ressemble pas à ce que Jésus a enseigné à ses disciple… »

      Quel enseignement par exemple? Peut-être faites-vous allusion au fait qu’il ait qualifié ses adversaires de « guides aveugles », »tombeaux blanchis »etc.?

      Vous écrivez: « Dt 22:8 : Exemple assez courant dans la Bible. » Et c’est tout comme commentaire. Mais vous ne répondez pas à ma question.

      Vous écrivez: « En Jn 14:14, c’est moins la maladresse de l’expression que l’absence d’attestation dans la Bible qui rend suspecte la leçon que vous défendez. »

      Pourtant, l’un de vos arguments pour rejeter la construction avec « me » est qu’elle « ne sonne pas vraiment français à [vos] oreilles. » (Cf. supra).

      Vous parlez à présent d' »absence d’attestation dans la Bible qui rend suspecte la leçon ». Selon toutes vraisemblances, vous avez du goût pour le « tourner en rond ». La Bible regorge de plusieurs mots ou expressions qui n’apparaissent parfois nulle part ailleurs (hapax legomenon); sont-ils pour autant suspects, suivant votre ligne de raisonnement?

      Par exemple, « au nom du Père et du Fils et de l’Esprit saint » n’apparaît nulle part excepté en en Mtt. 28: 19. Les disciples ont d’ailleurs baptisé « au nom de Jésus Christ » (Ac 2:38; 8: 16; 10: 47-48; 19:5-6; cf. Eusèbe de Césarée; in Everett Ferguson, BAPTISM IN THE EARLY CHURCH (Grand Rapids: Eerdmans 2009), pp. 134-136). Alors, me diriez-vous que l’expression « au nom du Père et du Fils et de l’Esprit saint » est suspecte ?

      Vous écrivez: « Ps 79:9 : les traducteurs de la Septante n’ont pas dit « délivre-nous et couvre nos péchés EN ton nom » mais « A CAUSE DE ton nom ». Même constat dans les 2 autres occurrences de Carson. »

      Qui vous parle de ce que disent « les traducteurs de la LXX »? La préposition ἕνεκα /ἕνεκεν peut signifier non seulement A CAUSE DE, mais aussi « en raison de, pour, en faveur de, pour l’amour de, par le fait de, par rapport à. » (Anatole Bailly, ABRÉGÉ DU DICTIONNAIRE GREC-FRANÇAIS, Hachette, 1901). Votre argument est plutôt fébrile!

      Vous écrivez: « Il n’est pas question d’ « écarter « me demander en mon nom » sous prétexte que cette construction n’apparaît nulle part ailleurs » mais de s’interroger sur la pertinence de cette leçon. »

      PERTINENCE par rapport à quoi ? Et quels en sont les critères?

      Vosu écrivez: « L’expression « me demandez en mon nom » fait difficulté :
      – dans sa construction, d’ailleurs les défenseurs de cette leçon conjecturent pour lui donner sens
      – et par son absence d’attestation dans le NT comme dans la Septante. »

      Argument répétitif qui n’apporte rien de nouveau.

      Vous écrivez: « L’argument d’autorité que vous opposez est mauvais parce que la critique textuelle n’est pas monolithique. La différence des traductions de Jn 14:14 permet d’appréhender cette difficulté. »

      Dire que « la critique textuelle n’est pas monolithique », vous ne m’informez pas. Seulement, si vous creusez, vous constaterez qu’elle est fondée sur des critères. Et puis, je le redis, ma préoccupation n’est pas centrée sur « la différence des traductions » – car il y en a en de nombreux autres endroits du NT – mais sur le travail scientifique de la critique textuelle. N’en déplaise à votre théologie! D’ailleurs, la KIT fait un travail formidable en mentionnant dans l’interlinéaire : « If ever anything you should ask ME in THE NAME OF ME… » (1969, p. 499; 1985, p. 483).

      Vous écrivez: « A l’inverse en Jn 14:14, la leçon « si vous demandez [au Père] en mon nom » :
      – fait écho au v. 13
      – et se retrouve presque à l’identique en Jn 16:23 et 24. »

      Je me suis demandé pourquoi vous mettez les mots « au Père » entre crochets. En fait, vous n’êtes pas sans ignorer que quelques MSS (Augustine1/3 Byz: 249 397) ont τὸν πατέρα « le Père » au lieu de « me ». Pourquoi vous ne défendez pas tout simplement cette leçon?

      Vous écrivez: « De plus, rendre un culte à Jésus dans la prière est une conception étrangère à la Bible. Il se présente comme le « chemin » qui mène au Père (Jn 14:6) et ailleurs il prophétise : « les vrais adorateurs adoreront le Père » (Jn 4:24). Tout est dit pour moi. »

      Vous pouvez vous consoler avec cette idée. Sauf que cela ne change rien aux faits que D. Fontaine et moi avions pu prouver. Insister sur des textes où il est question de prier le Père ne supprime pas ceux supportant la prière à Christ. Et je me répète: le rôle médiateur de Jésus n’annule pas sa fonction de récipiendaire; le Père est aussi « intermédiaire » de toutes choses (cf. Rom 11: 36; Héb. 2: 10).

      Je termine sur ces mots: non seulement Jean nous rassure en Jn 14: 14 que Jésus peut faire l’objet de la prière, mais il répète cette vérité ailleurs en 1 Jean 5:14 (TMN):

      « Et voici l’assurance que nous avons à SON ÉGARD : c’est que, quoi que ce soit que nous demandions selon sa volonté, il nous entend. De plus, si nous savons qu’il nous entend concernant tout ce que nous demandons, nous savons que nous allons avoir les choses demandées puisque nous les LUI avons demandées. » (http://www.jw.org/fr/publications/bible/nwt/livres/1-jean/5/).

      Le contexte confirme: dans sa progression, Jean renvoie au « Fils de Dieu ». Le v. 13 précédent fait écho à Jn 20: 31. Ainsi, le Fils « entend » (ἀκούει) les requêtes qui lui sont « demandées » (αἰτήματα ἃ ᾐτήκαμεν). Quelle parallèle frappant avec Jn 14: 13-14!

  14. Je parle de l’essentiel du message chrétien.

    Voyons, vous n’êtes pas sans savoir les enseignements de respect et d’amour, d’écoute et d’échange que Jésus a propagé. En tout cas, voir en moi un ‘adversaire’ comparable aux intégristes pharisiens montre que vous n’y êtes pas vraiment sensible.

    Il semble que vous n’ayez pas bien compris ma position alors je vais y apporter quelques précisions au risque de me répéter.

    Je vous parlais d’une impression, à la lecture de l’expression « vous me demandez en mon nom ». Oui elle ne sonne pas vraiment français à mes oreilles. J’ai de plus du mal à croire que l’expression « en mon nom » de Jn 14 :14 soit employée dans un sens différent en Jn 16:24. Au fond ce n’est pas la construction qui pose question, c’est plus le sens de l’expression. On peut juger cette tournure « impropre » ou « inadmissible », pas « vraiment française ». On peut aussi s’en accommoder et lui trouver un autre sens « à cause de » au lieu de « de la part de » qui est son sens naturel dans ce passage.

    Mais je n’insisterais pas sur ce point.

    Je reviens à la question d’usage. Carson veut donner du crédit à l’expression « me demander en mon nom » en renvoyant à quelques versets de l’AT mais la seule chose qu’il réussit à faire c’est attester l’idée qu’il veut rattacher à l’expression : demander à Dieu d’agir « à cause de » son nom (pour se glorifier). L’idée pas l’expression. L’expression produite avec l’inclusion du pronom n’a pas de précédent en langue grecque. Donc soit c’est une faute, soit c’est un hapax. Sans surprise, vous choisissez la 2e hypothèse qui vous permet de maintenir votre position.

    J’y vois pour ma part une éventualité, certainement pas une évidence comme vous voulez le faire croire. Rappelons que ce verset de Jn 14:14 n’est pas « stable ». La critique textuelle fait apparaitre des variantes, assez sérieuses pour que des critiques, reconnues pour leur rigueur, choisissent d’exclure « me ». Des traducteurs, et non des moindres, ont aussi fait ce choix dans leur version de la Bible : KJV, Semeur, Chouraqui, …

    Je n’apprécie guère votre façon de traiter le problème.

    Vous avez commencé par vouloir « confiner » le débat à la critique textuelle, en répétant à tue-tête « que dit la critique textuelle ? », comme si la critique était une et indivisible. Ensuite vous avez multiplié les commentaires et références pour passer en force, mais là encore les arguments reproduits ne se sont pas révélés satisfaisants. Lenski parle de preuve textuelle sans vraiment développer et Carson atteste l’idée mais pas l’expression.

    Bowman & Komoszewski quant à eux citent 1 Ch 16:8 et Ps 54:1 où ils y voient une tournure similaire à celle employée en Jn 14:14. Comprenne qui pourra, notamment quand ils recourent à la traduction littérale pour coller à l’expression de Jésus. Ils voient aussi dans le « je le ferai » de Jésus une preuve que la demande lui est personnellement adressée. C’est oublier que le Père se sert du fils pour répondre aux prières et donc que le Fils y répond aussi (Jn 16:23, Ph 4 :6, 7). Puis, après avoir présentés leurs arguments, Bowman & Komoszewski finissent par juger sans importance la présence ou non du pronom parce que prier le Père équivaut à prier Jésus, disent-ils, dans leur livre dont je rappelle le titre : Putting Jésus in His Place : The Case for Deity of Christ.

    Le seul argument qui me parait sérieux c’est cette observation de Bowman & Komoszewski : les manuscrits contenant le pronom seraient plus variés et « generally » plus anciens. Je ne suis pas compétent à éprouver leur affirmation mais si cela s’avère exact, c’est un argument en votre faveur. Cela ne suffit pas pour autant à emporter l’adhésion, j’en veux pour preuve Godet, par exemple, que vous citiez et qui souscrit à la doctrine de la Trinité comme Bowman & Komoszewski tout en rejetant cette leçon.

    En admettant la leçon « me », j’en soulignai la possibilité, « ni vous ni moi ne pouvons être catégorique en Jn 14:14», les conséquences sont les suivantes : 1) Jésus envisage que des demandes lui soient personnellement adressées dans la prière au même titre que le Père et 2) le culte rendu à Dieu n’est plus exclusif, le Fils jouit du même traitement que le Père, dans la mesure où vous et moi considérons, à l’inverse de Didier, que la prière est un acte d’adoration (quelles différences restent-ils alors ?) .

    Sur la question de l’adoration du Fils, je ne m’étendrai pas car cela est l’objet d’une autre discussion. Ça reste néanmoins un des arguments qui me porte à croire que Jésus ne demande pas à ses disciples de le prier en Jn 14:14. Je reviens donc au contexte de ce verset qui à l’examen soutient mieux l’exclusion du pronom que son introduction.

    Des versets 1 à 4, Jésus prépare ses disciples à son départ. Il les exhorte à la foi et prévoit de leur préparer une place dans « la maison du Père » où il s’en va. En réponse à Thomas Jésus se présente comme le « chemin » précisant que « Personne ne vient vers le Père sinon par [lui] » (5-7). Puis Jésus affirme à ses disciples qu’ils ont déjà vu le Père parce que celui-ci est « en union avec le Fils » mais qu’il enseigne grâce au Père, non « de [son] propre fond » (8-12). Aux versets 13 et 14 Jésus invite à prier en son nom et assure qu’il agira « afin que le Père soit glorifié au sujet du Fils ». L’attention est attirée sur l’esprit saint que le Père enverra à la demande du Fils et Jésus annonce qu’il disparaitrait à leur vue mais serait « en union avec [eux] » comme lui l’est avec le Père (15-21). Puis à Juda Jésus dit que celui qui l’aime observe ses paroles et de rappeler que celles-ci ne sont pas de lui « mais du Père qui [l]’a envoyé » (22-24). Enfin, des versets 25 à 31, il revient sur l’esprit saint et invite ses disciples à se réjouir de ce qu’il va rejoindre le Père qui est, dit-il, « plus grand que [lui] ». Il termine en exprimant sa méfiance à l’approche du « chef du monde » qui ne l’empêchera pas d’accomplir ce que « le Père [lui] a donné ordre » de faire (25-31).

    Ainsi, le rôle de médiateur de Jésus apparait clairement dans ce chapitre 14 : « le chemin », « au nom de », « j’adresserai une demande au Père »… A plusieurs reprises il se place en position de subordination : « je ne les dis pas en tirant de mon propre fonds », « la parole que vous entendez n’est pas de moi, mais du Père », « le Père m’a donné ordre », …

    Dans ce contexte, j’ai du mal à croire qu’au v. 14 Jésus demande à être prié au même titre que le Père, et qu’il se place ainsi dans une position d’égal à égal avec lui, mais plutôt je pense qu’il dévoile quel rôle il sera amener à jouer en faveur de ses disciples une fois de retour au ciel : intercéder auprès du Père, d’où la prière « en son nom ». Qui plus est, au chapitre 16, Jésus évoque à nouveau son départ et revient sur la prière faite en son nom par les disciples, mais cette fois le texte est plus précis, les demandes sont adressées « au Père » (23).

    Au sujet d’1 Jean 5:14. Qui peut dire à qui Paul pense dans ce verset entre le « Fils » et « Dieu » ? Vous y voyez une allusion au Fils, d’autres y voient une allusion au Père. Par exemple, la Bible du Semeur rend le verset ainsi : « Et voici quelle assurance nous avons devant Dieu… » Pareillement la Bible en Français courant, la Bible Parole de Vie, la Bible de la Liturgie, la Bible de Jérusalem, … chaque fois c’est de « Dieu » qu’il est question, non pas du Fils de Dieu. Oui le « parallèle est frappant avec Jn 14: 13-14 » si je me place de leur point de vue. D’un côté comme de l’autre, on peut y trouver son compte mais je ne m’intéresse pas à ce qu’il me plait de croire, plutôt à ce que la Bible enseigne réellement.

    Pour terminer, certes prier Jésus n’annule pas son rôle de médiateur. Mais ne trouvez-vous pas étrange que d’un côté l’on puisse prier Jésus sans faire appel au Père et que d’un autre on doive prier Dieu en faisant appel au Fils ? De plus, en quoi le Père est-il glorifié « au sujet du Fils » si c’est Jésus qui répond à des demandes qui lui sont personnellement adressées ?

    Il ressort de notre échange que les versets qui fondent votre croyance en la prière à Jésus sont chaque fois ambiguës, donc discutables. Donnez-moi un verset, un seul, qui soit clair et invite les chrétiens à adresser leur prière à Jésus ?

    Un seul…

  15. Alexandre Salomon permalink

    En réponse à CK :

    Excusez pour le temps de silence. J’étais occupé à d’autres choses.

    Vous écrivez : « En tout cas, voir en moi un ‘adversaire’ comparable aux intégristes pharisiens montre que vous n’y êtes pas vraiment sensible. »

    D’abord, je ne vous ai jamais comparé à des « intégristes pharisiens ». Vous faites un préjugé amer. Ensuite, parler d’ « enseignements de respect et d’amour, d’écoute et d’échange » est peine perdue : je vous ai toujours respecté et écouté attentivement. Ce que nous faisons en ce moment même est bien un échange et, dans mon cas, je le fais par amour. Je ne sais donc de quoi vous parlez.

    Vous écrivez : « Il semble que vous n’ayez pas bien compris ma position… » Que non ! c’est tout le contraire ! J’ai plutôt le sentiment que c’est vous qui ne parvenez jusque-là pas à prouver que le pronom « me » n’a pas sa place en Jn 14 :14. Vos arguments sont si artificiels qu’il est facile de les démonter à cœur-joie !

    Vous écrivez : « Je vous parlais d’une impression, à la lecture de l’expression « vous me demandez en mon nom ». Oui elle ne sonne pas vraiment français à mes oreilles…»

    Oui, et après ? A propos, je vous demandais : « Quelqu’un qui tombe pourrait en tomber » sonne-t-il français à vos oreilles (cf. Deutéronome 22:8, TMN) ?

    Vous écrivez : « Au fond ce n’est pas la construction qui pose question, c’est plus le sens de l’expression. »

    Voilà votre véritable problème : vous faites passer le « sens » (interprétation) avant la « construction », plutôt que l’inverse. Bart Ehrman, dans son célèbre ouvrage sur la critique textuelle et le Nouveau Testament, fait pourtant remarquer :

    « No historian would deny the desirability of this objective; one must establish the words of an ancient author before they can be interpreted. » — STUDIES IN THE TEXTUAL CRITICISM OF THE NEW TESTAMENT, 2006, Brill: Leiden, Boston, vol. 33, pp. 100-111.

    C’est ce que je m’efforce de vous faire comprendre : « establish the words of an ancient author BEFORE they can be interpreted. » L’interprétation est secondaire.

    Vous écrivez : « Carson veut donner du crédit à l’expression « me demander en mon nom » en renvoyant à quelques versets de l’AT mais la seule chose qu’il réussit à faire c’est attester l’idée qu’il veut rattacher à l’expression : demander à Dieu d’agir « à cause de » son nom (pour se glorifier). L’idée pas l’expression. »

    Oui, et c’est justement ce que vous recherchez : « l’idée » (i.e. le sens). En fait, Carson a apporté des versets parallèles pour justifier le « sens » puisque c’est sur ce terrain que les critiques (comme vous) déploient leur zèle (cf. « the seeming awkwardness »).

    Vous écrivez : « L’expression produite avec l’inclusion du pronom n’a pas de précédent en langue grecque. Donc soit c’est une faute, soit c’est un hapax. Sans surprise, vous choisissez la 2e hypothèse qui vous permet de maintenir votre position. »

    Mais qu’entendez-vous par « l’expression produite » : sens ou construction ? Et puis, quand vous parlez de « n’a pas de précédent en langue grecque » ou encore de « faute » et « hapax » en ce qui concerne l’inclusion du pronom, vous faites un hors-sujet absolu. En effet :

    • « ἐάν τι αἰτήσητέ με […] μου ἐγὼ ποιήσω » (« Si vous me demandez quelque chose […] je le ferai ») est parallèle à « ἄν τι αἰτήσητε τὸν πατέρα δώσει ὑμῖν […] » (« Si vous demandez quelque chose au Père, il vous le donnera […] »).

    Dans les deux cas, la requête est adressée à celui qui « fait » ou « donne » la chose demandée. Le segment « si vous ME demandez quelque chose » est en parfaite symétrie avec « si vous demandez quelque chose AU PÈRE », tout comme « JE le ferai » avec « IL vous le donnera ».

    Ce que vous qualifiez donc de « tournure « impropre » ou « inadmissible », pas « vraiment française », ce n’est pas tant la présence du pronom « me », mais plutôt l’inclusion de ἐν τῷ ὀνόματί μου (« en mon nom ») que j’ai expressément omis – vous l’aurez remarquez – des extraits précédents !

    De fait, votre argument : « j’ai de plus du mal à croire que l’expression « en mon nom » de Jn 14 :14 soit employée dans un sens différent en Jn 16:24 » confirme que le « problème » — s’il en est vraiment un — porte sur « en mon nom », pas sur « me ».

    À ce stade, le reste de la discussion devient une question d’ « interprétation » de l’expression « en mon nom » et non de la présence/absence textuelle du pronom. Or, pour exprimer l’idée de « en mon nom », le NT emploie divers vocables :

    • εἰς τὸ ὂνομα (litt. « VERS le nom ») : Mat 28 : 19 ; Ac 8 : 16 etc.
    • ἐπὶ τῷ ὀνόματι (litt. « SUR le nom ») : Ac 2 : 38 etc.
    • ἐν τῷ ὀνόματι (litt. « DANS le nom ») : Ac 10 : 48 ; Jn 14 : 13, 14 etc.

    Baptiser quelqu’un εἰς τὸ ὂνομα ou ἐπὶ τῷ ὀνόματι a-t-il « un précédent en langue grecque » ?

    Vous écrivez : « Sans surprise, vous choisissez la 2e hypothèse qui vous permet de maintenir votre position. J’y vois pour ma part une éventualité, certainement pas une évidence comme vous voulez le faire croire. »

    En vérité, je ne me vois pas dans le choix que vous m’imposez. Je n’ai jamais avancé que « si vous me demandez en mon nom » est un hapax ; et même si c’était le cas, je ne vois pas en quoi cela justifierait son exclusion. Que diriez-vous de l’expression « ὁ μονογενὴς θεὸς » de Jn 1 : 18 ? Est-ce une éventualité ? Et quelle est son « précédent en langue grecque » ?

    Vous écrivez : « Rappelons que ce verset de Jn 14:14 n’est pas « stable ». La critique textuelle fait apparaitre des variantes, assez sérieuses pour que des critiques, reconnues pour leur rigueur, choisissent d’exclure « me ». Des traducteurs, et non des moindres, ont aussi fait ce choix dans leur version de la Bible : KJV, Semeur, Chouraqui,… »

    J’ai littéralement frissonné quand j’ai lu ce paragraphe. Selon vos propres mots, la critique textuelle présente des variantes « assez sérieuses » en Jn 14 :14. Arrêtons-nous un instant sur ce que vous venez de dire. Comme le montre l’article de D. Fontaine, les variantes concernent non seulement le pronom « me », mais aussi les termes « ἐγὼ », « τοῦτο », « τὸν πατέρα » etc. allant jusqu’à l’omission pure et simple du verset. Dites-moi alors cher ami : sur quels critères se sont reposés ceux que vous nommez « des critiques, reconnues pour leur rigueur » afin d’exclure le « me » au lieu du verset dans son entier ? Et pourquoi n’ont-ils pas simplement opté pour « τὸν πατέρα » à la place de « me » ? Expliquez-moi s’il vous plaît…

    Et puis, en parlant de critiques « reconnues pour leur rigueur », n’oubliez pas B. Wescott et F. Hort dont le texte grec « fait autorité » et « a servi de base pour la traduction des Écritures grecques chrétiennes en anglais de la TMN » (cf. TG 01/02/70, p. 96 ; TOUTE ÉCRITURE, p. 318) ainsi que E. Nestle et K. Aland.

    Quant aux « traducteurs, et non des moindres » que vous citez, c’est inutile à la discussion : un authentique écran de fumée ! Pourquoi n’avoir pas aussi évoqué Kuen (cf. Parole de Vie), Segond 21, Young’s Literal Translation, etc. La version Semeur précise dans une note en bas de page que certains MSS ont : « Si vous me demandez en mon nom… » Franchement, je ne sais pas à quoi rime votre « démonstration » ! Quoi de plus normal que vous n’appréciez point ma « façon de traiter le problème » — et quel problème ! ? — puisque j’adopte une méthodologie différente de la vôtre : « establish the words of an ancient author BEFORE they can be interpreted. »

    Vous écrivez : « C’est oublier que le Père se sert du fils pour répondre aux prières et donc que le Fils y répond aussi (Jn 16:23, Ph 4 :6, 7). » Suivant cette logique, les anges aussi répondent aux prières puisque selon l’une de vos déclarations : « certes, Dieu se sert de Jésus, un « ange », pour répondre aux prières de ses serviteurs. D’autres anges auront ce rôle » ? Et si « le Fils y répond aussi », dites-moi alors : vue qu’ « il est inadmissible que l’on demande quelque chose à une personne en son propre nom » (cf. Godet), est-il par ailleurs admissible qu’une personne réponde à une demande en son propre nom ? Je veux savoir : « au nom » de qui le Fils répond aux prières (cf. Jn 16 : 23 : « […] il vous le donnera EN MON NOM ») ?

    A propos du « seul argument » de Bowman & Komoszewski qui vous « parait sérieux », j’estime que ce n’est pas une affaire d’être « compétent à éprouver leur affirmation ». Le hic, c’est le suivant : voulez-vous vraiment éprouver leur affirmation ? De toute évidence, vous n’y trouvez aucun intérêt car, pour vous citer :

    « Mais si cela s’avère exact, c’est un argument en votre faveur. Cela ne suffit pas pour autant à emporter l’adhésion, j’en veux pour preuve Godet, par exemple, que vous citiez et qui souscrit à la doctrine de la Trinité comme Bowman & Komoszewski tout en rejetant cette leçon. »
    D’abord, « emporter l’adhésion » n’est pas un critère pour confirmer l’authenticité d’une chose. Ensuite, Godet n’est pas une « preuve » contre la présence du pronom ; il émet un avis sur la base de « l’interprétation ». Enfin, que vient encore faire « la doctrine de la Trinité » dans cette discussion ? Pourtant, c’est vous disiez de se « tenir aux arguments développés et abandonner les querelles de chapelles » ; cela vous a-t-il échappé ?

    Puisque vous persévérez dans cette « danse », permettez-moi de m’y mettre aussi. Dans sa fameuse version interlinéaire KIT — “la meilleure version interlinéaire du Nouveau Testament”, cf. Jason BeDhun in TG, 01/02/98, p. 32 — la WT (qui est antitrinitaire) mentionne au-dessous du texte grec : « If ever anything you should ask ME in the name of me… » (KIT, 1969, p. 499; 1985, p. 483). Et il faut souligner à propos de la KIT qu’« au-dessous de chaque mot grec a été indiquée sa signification fondamentale, selon sa construction grammaticale, qu’elle soit ou non en accord avec la TMN » (cf. TG, 01/03/70, p. 148 § 10).

    Vous écrivez : « Ainsi, le rôle de médiateur de Jésus apparait clairement dans ce chapitre 14 […]. Dans ce contexte, j’ai du mal à croire qu’au v. 14 Jésus demande à être prié au même titre que le Père, et qu’il se place ainsi dans une position d’égal à égal avec lui.»

    En fait, votre « mal à croire » s’explique aisément : vous vous servez de vos présupposés théologiques comme d’un canevas pour « lire » le chapitre 14. Conséquence ? Vous ne verrez que ce que vous souhaitez voir. Tellement simple. Oui, Jésus a souligné son « rôle de médiateur » (entre Dieu et les hommes, cf. 1 Tim 2 : 5), mais cela n’exclut pas — je crois me répéter — son rôle de récipiendaire. Ne vous souvenez-vous pas que toutes choses sont « au moyen de » Dieu, et aussi « pour lui » (διʹ αὐτοῦ… εἰς αὐτὸν, cf. Rom 11 : 36) ?

    Vous écrivez : « Au sujet d’1 Jean 5:14. Qui peut dire à qui Paul pense dans ce verset entre le « Fils » et « Dieu » ? Vous y voyez une allusion au Fils, d’autres y voient une allusion au Père. »

    Voilà une belle manière de fuir l’évidence : non seulement ce n’est Paul qui parle ici, mais il faut aussi s’étonner que vous n’ayez pas eu le courage de faire appel au contexte. La progression de Jean dans le chapitre révèle une référence indéniable au « Fils de Dieu ». Mais là, vous avez trouvé un raccourci lamentable: recourir à des traductions telles que « la Bible du Semeur, la Bible en Français courant, la Bible Parole de Vie, la Bible de la Liturgie, la Bible de Jérusalem ». Peut-on faire jurisprudence ? Le texte grec stipule :

    καὶ αὕτη ἐστὶν ἡ παρρησία ἣν ἔχομεν πρὸς αὐτόν, ὅτι ἐάν τι αἰτώμεθα κατὰ τὸ θέλημα αὐτοῦ ἀκούει ἡμῶν.

    Où trouve-t-on l’expression « devant Dieu » ? Nulle part. Il est plutôt question de « devant lui » (πρὸς αὐτόν), i.e. « le Fils de Dieu » (τοῦ υἱοῦ τοῦ θεοῦ ; v. 13) et Jean invite les croyants à exercer la foi « en son nom » (τοῖς πιστεύουσιν εἰς τὸ ὂνομα). Lorsque vous affirmez : « chaque fois c’est de « Dieu » qu’il est question, non pas du Fils de Dieu », c’est bien entendu en rapport avec les quelques versions que vous avez sélectionnés. On pourrait en faire autant pour prouver le point de vue adverse, conforme au grec : TMN, Darby, Segond 21 etc. Il faut l’avouer : votre « prestation » ne vaut pas grand-chose !

    Vous affirmez : « D’un côté comme de l’autre, on peut y trouver son compte mais je ne m’intéresse pas à ce qu’il me plait de croire, plutôt à ce que la Bible enseigne réellement. »

    Enfin ! Si « ce que la Bible enseigne réellement » était ce que vous croyez réellement, alors je vous propose un petit exercice biblique : qu’enseigne réellement la Bible en 1 Jean 5 : 13, 14 ?

    Vous écrivez : « Pour terminer, certes prier Jésus n’annule pas son rôle de médiateur. Mais ne trouvez-vous pas étrange que d’un côté l’on puisse prier Jésus sans faire appel au Père et que d’un autre on doive prier Dieu en faisant appel au Fils ? De plus, en quoi le Père est-il glorifié « au sujet du Fils » si c’est Jésus qui répond à des demandes qui lui sont personnellement adressées ? »

    Il n’y a rien d’étrange ici : le Père est « dans le Fils » et vice-versa (Jn 14 : 10, 11). Prier Jésus, c’est aussi prier le Père « qui est en lui ». Et cela est conforme à la volonté du Père : « afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père qui l’a envoyé. » (Jn 5 : 23). Point donc étonnant que « toutes les créatures qui sont dans le ciel, et sur la terre, et sous la terre, et sur la mer, et toutes les choses qui s’y trouvent » chantent les louanges en l’honneur du Père et du Fils dans un contexte d’adoration (cf. Rév. 5 : 13, 14).

    Vous écrivez : « Il ressort de notre échange que les versets qui fondent votre croyance en la prière à Jésus sont chaque fois ambiguës, donc discutables. Donnez-moi un verset, un seul, qui soit clair et invite les chrétiens à adresser leur prière à Jésus ? Un seul… »

    C’est fallacieux comme argument. En fait, je ne vous ai jamais listé « LES versets qui fondent [ma] croyance en la prière à Jésus ». Ce n’est d’ailleurs pas le but de cette discussion. Que vous parliez donc d’ambiguïté, cela prête à sourire. Disons plutôt que, jusque-là, vous n’avez pas encore été capable d’avancer quelque chose de solide qui pourrait renverser l’évidence manuscrite supportant « me ». Et si vous aspirez tant à « un verset, un seul », pourquoi chercher loin alors que vous ne parvenez pas à découdre avec celui qui est sous vos yeux : Jn 14 : 14.

    Terminons avec une courte analyse : les exemples d’Hannah et de Néhemia (cf. 1 Sam 1 : 13 ; Neh 2 : 4) indiquent que la prière se fait aussi « dans le cœur ». Selon le Ps 7 :9, Jér 11 : 20 ; 17 : 10, Dieu « examine le cœur et les reins » ; étant celui qui « entends la prière », il est le seul qui « connais bien le cœur des fils des humains » (cf. Ps 65 : 2 ; 2 Chron. 6 : 30). La WT explique :

    « Le Créateur a de l’homme la connaissance la plus précise et la plus profonde qui soit ; c’est pourquoi il est dit que Jéhovah sonde “le cœur et les reins”. » Et d’ajouter : « De même, son Fils scrute ‘les reins et les cœurs.’ » (ÉTUDE PERSPICACE, vol. II, p. 757).

    En référence à Jean 21 : 15-17 où Pierre dit à Jésus ressuscité qu’il savait “toutes choses”, il est précisé : “Et c’est vrai que Jésus, qui lit dans les cœurs, sait parfaitement l’affection que Pierre lui porte.” (APPROCHEZ-VOUS DE JEHOVAH !, p. 298).

    Si Jésus peut lire dans les cœurs (Matt. 9 : 4 ; Mc 2 : 8 ; Jn 2 : 24, 25 ; Rév 2 : 18, 23), alors il peut lui aussi « entendre la prière » dite dans le cœur. Ouvrons maintenant la TG du 01/10/10 (p. 5) qui indique :

    “La Bible nous demande-t-elle de prier Jésus, Marie, les saints ou les anges ? Non, uniquement Jéhovah. Et cela pour deux raisons. D’une part, la prière est un aspect du culte, lequel doit revenir exclusivement à Jéhovah (Exode 20 : 5). D’autre part, la Bible présente Jéhovah comme Celui ‘qui entend la prière’. (Psaume 65 : 2). Bien qu’il délègue volontiers, il n’a confié cette responsabilité à personne. Il promet d’écouter nos prières personnellement.”

    Le constat est donc le suivant : Jésus, puisqu’il ne doit pas être prié, n’a pas la responsabilité d’entendre la prière. La TG du 01/12/06 (p. 24) confirme ce constat : « Toutefois, il ne délègue à personne, PAS MÊME À SON FILS, la responsabilité d’écouter les prières. Il écoute personnellement nos prières. » (C’est moi qui souligne.)

    Jésus qui « lit dans les cœurs », n’entend pas la prière… Qu’en dites-vous ?

  16. Mais vous m’auriez « toujours respecté » et échangez avec moi « par amour » depuis le début m’assurez-vous. Je suis même gratifié d’un « cher ami ».

    En même temps, vous vous retenez de « démonter à cœur-joie » les arguments « si artificiels » que je me suis donnés la peine de présenter. Je ferais dans le « hors-sujet absolu » en Jn 14:14, produirais un « authentique écran de fumée » quand je cite des traductions bibliques divergentes, manquerais de « courage » et userais de « raccourci lamentable » dans l’analyse de 1 Jn 5:14. De votre propre aveu ma « prestation ne vaut pas grand-chose », pire, dans ma conclusion, qui met en évidence l’ambiguïté des textes bibliques qui vous servent d’appui, mes propos seraient « fallacieux ».

    Allez comprendre…

    Je reviens à vos arguments. En gros votre principal reproche c’est que je nierais « l’évidence manuscrite » en Jn 14:14 quand je remets en question la présence du pronom « me ». Vous me reprochez aussi de me déterminer en me basant sur le contexte, dont vous vous gardez bien de discuter d’ailleurs. L’ouvrage que vous citez en référence recommande « d’établir les mots d’un ancien auteur » avant d’interpréter son texte, qui dira le contraire ? Mais, Alexandre, êtes-vous parvenu en Jn 14:14 à établir le texte ? Qui plus est, cette leçon, que vous défendez avec beaucoup de zèle, est-elle établie au point de parler « d’évidence manuscrite » et d’en exclure les autres ?

    Comme je le disais, je ne suis pas fin spécialiste de critique textuelle mais en fouillant sur le net, en explorant quelques sites spécialisés, on s’aperçoit assez vite qu’on n’est pas dans un « circulez y a rien à voir », votre attitude, mais que le texte de Jn 14:14 fait réellement difficulté à la critique textuelle.

    Le bibliste Thomas Whitelaw commente Jn 14:14 dans son ouvrage Commentary on John et fait état du problème : 2 leçons possibles. D’un côté insertion de « me » : Tischendorf, Wescott and Hort, Milligran et autres. Il faut alors y voir une pensée nouvelle : Jésus est l’objet de la prière. De l’autre en faveur de l’exclusion : Luthardt, Meyer, Godet, Alford, et autres. La lecture du verset est alors « plus lisse » et la pensée n’a rien de singulier. Fait remarquable : la réserve de Whitelaw quand il mentionne Wescott et Hort, il accole un point d’interrogation « (?) ». En fait dans la version originale de leur texte grec, le pronom « me » est entre crochet, ce qui signale un doute de la part de Wescott et Hort sur l’authenticité de ce mot, du moins à l’époque de Whitelaw. C’est bien plus tard que les crochets disparaîtront.

    Dans son article intitulé « Praying « In My Name » », Curtis Mitchell, professeur et théologien, affirme que la critique textuelle est partagée en Jn 14 :14 : « Textual criticism is divided over the inclusion of “Me” (me) in verse fourteen ». Si l’on admet « me », observe-t-il, ce serait la seule autorisation de la part de Jésus de prier quelqu’un d’autre que le Père. La seule… en plus de contenir un hapax, ça commence à faire beaucoup ne trouvez-vous pas ?

    Mittchell cite aussi R. V. G. Tasker, professeur d’Exégèse du Nouveau Testament au King’s College London, qui donne une raison aux variantes des MSS de Jn 14:14 tout en indiquant que « la plupart » contienne le pronom. Pour ce dernier, l’inclusion « me » relève d’une inférence avec le « je le ferai » de Jésus. Les copistes ont introduit ce pronom pour préciser le propos supposant à tort que celui qui répond à la prière (en l’occurrence Jésus) est nécessairement celui qui reçoit la prière. Tasker considère que la pratique uniforme de la prière et l’enseignement des quatre Évangiles « soutient puissamment » l’exclusion du pronom en Jn 14:14.

    Je suis bien sûr de cet avis.

    Par ailleurs, une note de l’éditeur nuance le propos de Tasker quand il parle de « la plupart des MSS » : « Actually, it is not « in most mss. » See the apparatus to the Majority Text, which indicates a division within the Majority text family here. The Majority Text does not include µε. » L’éditeur fait référence à l’édition du texte grec de Hodges and Farstad une référence parmi d’autre dans la critique textuelle. On ne le trouve d’ailleurs pas non plus dans English Majority Text Version de Paul Esposito. A cela ajoutons que si le texte grec de Robinson-Pierpoint introduit « me », ce mot est là aussi entre crochets, montrant par-là que l’on peut douter de la présence du pronom en Jn 14:14.

    Tout cela m’amène à penser que « l’évidence manuscrite » n’existe pas pour ce verset. Non, il n’y a pas d’évidence manuscrite, Alexandre.

    Aussi, avoir recours au contexte pour se positionner, comme je le fais, n’est pas une faute, bien au contraire, c’est de cette façon que le problème trouve une solution. Sans grands efforts d’ailleurs, car la leçon « me » apparaît vraisemblable dans ce contexte où Jésus se présente comme médiateur entre le Père et ses disciples, rôle qu’il illustre parfaitement dans la prière, comme par hasard…

    Non, il n’y a pas de prière à Jésus. Lui-même n’envisage pas d’être sollicité directement par ses apôtres dans la prière : « Et en ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. Oui, vraiment, je vous le dis : Si vous demandez quelque chose au Père, il vous le donnera en mon nom. Jusqu’à présent, vous n’avez rien demandé en mon nom. Demandez et vous recevrez, pour que votre joie devienne complète. » – Jn 16:23, 24. C’est bien le Père qui fait l’objet des prières.

    Enfin, votre « courte analyse » sur la capacité qu’a Jésus de lire les cœurs est peu convaincante. S’il lit les cœurs c’est qu’il entend les prières affirmez-vous. Entendre la prière ce n’est pas forcément en être l’objet. Comme répondre à la prière. Vous amalgamez tout et vous confondez tout le monde.

    Je note par ailleurs que vous n’avez pas pu répondre à ma demande : citer un texte biblique, un seul qui soit sans ambiguïté et qui invite à adresser des prières à Jésus directement.

    Et pour cause, il n’y en a pas !

  17. … la leçon « me » apparaît in-vraisemblable …

  18. Alexandre Salomon permalink

    C’est amusant de lire votre introduction, je l’avoue. Si vous étiez juge, nul doute que des personnes innocentes auraient été mises derrières les barreaux sans grands efforts. Mais bon, allons à l’essentiel.

    • Vous écrivez : « En gros votre principal reproche c’est que je nierais « l’évidence manuscrite » en Jn 14:14 quand je remets en question la présence du pronom « me ». Vous me reprochez aussi de me déterminer en me basant sur le contexte, dont vous vous gardez bien de discuter d’ailleurs. »

    Recctifions le tir : mon « principal reproche » envers vous, ce n’est ni une question d’ « évidence manuscrite » en Jn 14 :14 ni de contexte dudit verset. Non, c’est que vos bagages doctrinaux pèsent lourdement dans votre approche analytique et vous obstruent une visibilité objective des données. En ce qui concerne le contexte, je me suis bel et bien prononcé : Jésus évoque, certes, son « rôle de médiateur », mais cela n’exclut pas celui de récipiendaire – puisqu’il est « dans le Père » et vice-versa (ὅτι ἐγὼ ἐν τῷ Πατρὶ καὶ ὁ Πατὴρ ἐν ἐμοί, vv. 10-11). Et puis, je vous rappelais aussi que toutes choses sont « par l’intermédiaire de » Dieu (δι’ αὐτοῦ […], Rom 11 : 36 ; Héb. 2 : 10), et aussi « pour lui » – tout comme Christ (εἰς αὐτὸν, comp. Col. 1 : 17 et 1 Cor. 8 : 6).

    Pourquoi feignez-vous de ne pas comprendre pour me faire un faux procès ?

    • Vous écrivez : « L’ouvrage que vous citez en référence recommande « d’établir les mots d’un ancien auteur » avant d’interpréter son texte, qui dira le contraire ? Mais, Alexandre, êtes-vous parvenu en Jn 14:14 à établir le texte ? Qui plus est, cette leçon, que vous défendez avec beaucoup de zèle, est-elle établie au point de parler « d’évidence manuscrite » et d’en exclure les autres ? »

    La question que vous soulevez, loin de mériter une réponse, fait plutôt appel à une réflexion que je vous soumets : le texte du NT est-il établi ? (Je souligne au passage que cet article de Jean-Marc Berthoud pourrait vous aider à répondre. Simple suggestion !)

    Pour ma part, lorsqu’on examine l’ensemble des données disponibles, la leçon que je défends « avec beaucoup de zèle » et contre laquelle vous vous acharnez farouchement, reflète de loin la leçon originale. En effet, principe élémentaire de la critique textuelle : « The more difficult reading is always the reading which is more likely to be original. » (William Barclay, in JESUS AS THEY SAW HIM: NEW TESTAMENT INTERPRETATIONS OF JESUS, 1962, p. 23).

    Que l’on soit d’accord avec ce principe ou pas, c’est le même qui a conduit au choix ὁ μονογενὴς θεὸς en Jn 1 : 18 (et bien d’autres versets) ; leçon que la WT considère comme attestée par « les MSS les plus fiables de Jean », « les plus anciens et les meilleurs » (Cf. ÉTUDE PERSPICACE, vol. II, pp. 19, 1126).

    Alors, quelles sont les variantes en Jn 14 :14 ? D. Fontaine a eu la gentillesse de les énumérer (cf. supra). Les plus importantes sont les suivantes :

    1) Présence de με
    2) Absence de με
    3) Absence du verset
    4) Présence de τὸν πατέρα

    Il ne faut pas tourner en rond : la « lectio difficilior » (leçon difficile) est bien le n°1. Vos réactions le confirment. Cette leçon explique aisément la suppression du pronom (n°2) et/ou sa substitution par τὸν πατέρα (n°4) voire la suppression pure et simple du verset (« à moins que ce soit une haplographie », ajoute D. Fontaine). Ainsi, la WT a maintenu le pronom dans « la meilleure version interlinéaire du Nouveau Testament » (cf. Jason BeDhun in TG, 01/02/98, p. 32) : « If ever anything you should ask ME in the name of me… » (KIT, 1969, p. 499; 1985, p. 483). Je rappelle encore concernant la KIT qu’« au-dessous de chaque mot grec a été indiquée sa signification fondamentale, selon sa construction grammaticale, qu’elle soit ou non en accord avec la TMN » (cf. TG 01/03/70, p. 148 § 10).

    • Vous écrivez : « … le texte de Jn 14:14 fait réellement difficulté à la critique textuelle. »

    Sur quoi vous appuyez-vous pour tirer une telle conclusion ? Simplement parce qu’il y a des avis contraires et « pas d’unanimité » ? Si tel est le cas, je me demande pourquoi vous ne tiendrez pas le même langage concernant Jn 1 :18 par exemple où « μονογενὴς θεὸς is never used elsewhere » ? (cf. Brian J. Wright, in REVISITING THE CORRUPTION OF THE NEW TESTAMENT, 2011, p. 248 ; édité par D. B. Wallace). Ou pourquoi pas 1 Tim. 3:16 qui a fait dire au bibliste Albert Barnes : « Probably there is no passage in the New Testament which has excited so much discussion among critics as this, and none in reference to which IT IS SO DIFFICULT TO DETERMINE THE TRUE READING. […] and, after all that has been done to ascertain the exact truth in regard to it, STILL THE QUESTION REMAINS UNDECIDED. […] The question which has excited so much controversy is, whether the original Greek word was Θεὸς Theos, « God, » or whether it was ὅς hos, « who, » or ὁ ho, « which. » […] The « probability » in regard to the correct reading here, as it seems to me, is, that the word, as originally written, was Θεός Theos – « God. » At the same time, however, THE EVIDENCE IS NOT SO CLEAR THAT IT CAN BE PROPERLY USED IN AN ARGUMENT.» (cf. Barnes’ Notes on the Bible) ?

    • Vous écrivez: « Le bibliste Thomas Whitelaw commente Jn 14:14 dans son ouvrage Commentary on John et fait état du problème : 2 leçons possibles. D’un côté insertion de « me » : Tischendorf, Wescott and Hort, Milligran et autres. Il faut alors y voir une pensée nouvelle : Jésus est l’objet de la prière. De l’autre en faveur de l’exclusion : Luthardt, Meyer, Godet, Alford, et autres. La lecture du verset est alors « plus lisse » et la pensée n’a rien de singulier. »

    C’est là une preuve qu’en plus de ne pas être « fin spécialiste de critique textuelle », vous ne vous souciez même pas de la justesse des informations que vous reléguez. Premièrement, certes, T. Whitelaw n’évoque que « 2 leçons » (insertion ou exclusion de « me », en prenant le soin de mentionner aussi quelques MSS supportant l’une et l’autre) ; pourtant, vous n’êtes pas sans ignorer qu’il n’y a pas que « 2 leçons possibles », mais au moins 4. Quand il a été question de la leçon que je défends « avec beaucoup de zèle », vous me reprochiez justement d’ « exclure les autres ». Alors, comment expliquez-vous le raccourci pour arriver à 2 ?

    Deuxièmement, Whitelaw déclare en commentant le 13 :

    « that will I (not the Father) do. Thereby, Christ shows (1) that prayer adressed to the Father is the same as prayer adressed to Himself and prayer answered by Himself the same as prayer answered by the Father […] which could only arise out of His essential onessess with the Father…» (COMMENTARY ON JOHN, 1993, p. 306).

    Ainsi, même en considérant l’absence du pronom (n°2, cf. supra) comme « a smoother reading… no more singular or difficult », Whitelaw n’objecte pas que Christ soit « objet de prière » en ce verset ─ non pas à cause du « me », mais de « je le ferai » (je reviendrai sur cette expression). La position de Henry Alford est sensiblement la même :

    « αἰτήσητε, scil. τὸν πατέρα: so ch. John 15:16; John 16:23. But this does not exclude, but distinctly includes, PRAYER TO CHRIST; so blended are these two (as the ὁρᾶν, John 14:9), that we have not ποιήσει, but ποιήσω, and, John 14:14, emphatically ἐγὼ ποιήσω. HE WHO PRAYS TO THE FATHER, PRAYS TO THE SON. » (GREEK TESTAMENT CRITICAL EXEGETICAL COMMENTARY; c’est moi qui souligne).

    • Vous écrivez: « Fait remarquable : la réserve de Whitelaw quand il mentionne Wescott et Hort, il accole un point d’interrogation « (?) ». En fait dans la version originale de leur texte grec, le pronom « me » est entre crochet, ce qui signale un doute de la part de Wescott et Hort sur l’authenticité de ce mot, du moins à l’époque de Whitelaw. C’est bien plus tard que les crochets disparaîtront. »

    Cette déclaration m’a glacé le sang. Vous parlez avec tellement de conviction comme si c’était vrai, alors que… Alors que si on se réfère à leur ouvrage THE NEW TESTAMENT IN THE ORIGINAL GREEK, il est indiqué dans la série de « Notations » :

    « A secondary reading consisting in the Omission of words retained in the primary reading is marked by simple brackets [ ] in the text. Thus in Matt. vii 24 τοὺς λόγους τούτους is the primary reading, τοὺς λόγους without τούτους the secondary reading.” ─ “NOTATION, Alternative Readings”, p. 563.

    Or, faut-il le rappeler à propos de Matthieu 7: 24 qu’ils citent en exemple, le mot τούτους est mis entre crochets. A vous suivre, ils mettent ce mot entre crochets en raison d’un doute, alors qu’en réalité, c’est parce qu’ils la considèrent comme « the primary reading » ! D’ailleurs, Wescott lui-même, dans l’un de ses ouvrages, après avoir fait remarqué que « les autorités les plus anciennes ajoutent ‘me’ », ajoute : « La prière doit être adressée, non seulement au nom de Christ […] mais aussi à Christ. » (THE GOSPEL ACCORDING TO ST. JOHN, 1892, p. 205).

    • Vous écrivez : « Dans son article intitulé « Praying « In My Name » », Curtis Mitchell, professeur et théologien, affirme que la critique textuelle est partagée en Jn 14 :14 … Si l’on admet « me », observe-t-il, ce serait la seule autorisation de la part de Jésus de prier quelqu’un d’autre que le Père. La seule… en plus de contenir un hapax, ça commence à faire beaucoup ne trouvez-vous pas ? Mittchell cite aussi R. V. G. Tasker, professeur d’Exégèse du Nouveau Testament au King’s College London, qui donne une raison aux variantes des MSS de Jn 14:14 tout en indiquant que « la plupart » contienne le pronom. Pour ce dernier, l’inclusion « me » relève d’une inférence avec le « je le ferai » de Jésus. Les copistes ont introduit ce pronom pour préciser le propos supposant à tort que celui qui répond à la prière (en l’occurrence Jésus) est nécessairement celui qui reçoit la prière. Tasker considère que la pratique uniforme de la prière et l’enseignement des quatre Évangiles « soutient puissamment » l’exclusion du pronom en Jn 14:14. Je suis bien sûr de cet avis.»

    Et il y a de quoi. Mais, prêtons une attention particulière aux arguments de Mitchell & Tasker.

    Tasker affirme ─ ce avec quoi Curtis est d’accord ─ que le pronom με « was left out of the text on the evidence of A D, most late Greek MSS., and the old Latin. » Il parle même de « its later insertion… » (CRITICAL THEORY AND SOCIAL JUSTICE 4 :3, juillet 1998, p. 22). Et pourtant, la présence du pronom ne peut pas être une « later insertion » comparativement aux MSS l’omettant puisqu’il est attesté dans les plus anciens MSS de l’Évangile de Jean (P66 & P 75 : 200-250 de notre ère etc.) Et comme le souligne la TG du 1er/oct/2009, pp. 18-20 : « Bien entendu, le manuscrit le plus ancien n’est pas automatiquement le plus fidèle au texte original. Toutefois, la comparaison du Codex Vaticanus avec d’autres manuscrits s’est révélée très utile pour déterminer le contenu du texte original. » Fort heureusement, le Vaticanus (4e siècle) confirme la présence du pronom.

    L’argument d’inférence entre « me » et « je le ferai » collée aux copistes ne tient pas la route pour deux raisons : d’abord, la présence du pronom n’est pas « tardive » ; ensuite, le « je le ferai » est suffisant pour attester ─ non pas l’inclusion de « me », mais ─ que « celui qui répond lui-même [le Père ou le Fils] est nécessairement celui qui reçoit la prière. » (cf. ma conclusion). Mitchell lui-même brosse le parallèle mais sans entrer dans les détails : « The Lord instructs the disciples to direct their requests specifically to the Father and in this instance [cf. Jn 15 : 16] the Father will grant the request. This differs from John 14:13, where Christ expedites our prayer requests. Thus, WE SEE BOTH CHRIST AND THE FATHER GRANTING THE BELIEVERS’ REQUESTS. » (P. 23; c’est moi qui souligne).

    • Vous écrivez: « Par ailleurs, une note de l’éditeur nuance le propos de Tasker quand il parle de « la plupart des MSS »: « Actually, it is not « in most mss. » See the apparatus to the Majority Text, which indicates a division within the Majority text family here. The Majority Text does not include µε. » L’éditeur fait référence à l’édition du texte grec de Hodges and Farstad une référence parmi d’autre dans la critique textuelle. On ne le trouve d’ailleurs pas non plus dans English Majority Text Version de Paul Esposito. A cela ajoutons que si le texte grec de Robinson-Pierpoint introduit « me », ce mot est là aussi entre crochets, montrant par-là que l’on peut douter de la présence du pronom en Jn 14:14. »

    Là encore, vous glissez sur une peau de banane. Ce que vous ne dites pas à propos de l’édition du texte grec de Hodges and Farstad, c’est que :

    « Unlike most critical editions, that of Hodges and Farstad does not attempt to reconstruct the original text on the basis primarily of the earliest manuscripts. Rather, it assumes that the Byzantine Majority text is the original text, and reconstructs this text. […] It should be noted that Hodges and Farstad did not assemble their text based on manuscript collations; rather, for the most part they simply followed Von Soden’s K text and its subgroups (which, in their edition, is denoted M when entirely unified and M when a portion of the type defects). Thus the edition may not always represent the actual majority text. »
    (http://www.skypoint.com/members/waltzmn/CriticalEds.html).

    Concernant la English Majority Text de Paul Esposito, je vous rappelle qu’elle dit aussi en 1 Timothée 3 : 16 : « And confessedly, great is the mystery of godliness: GOD WAS MANIFESTED IN THE FLESH, justified in the Spirit, seen by angels, proclaimed among the Gentiles, believed on in the world, and was received up in glory. » Ceci n’est d’ailleurs qu’un exemple… Le texte grec de Robinson-Pierpoint est essentiellement basé sur la majorité des textes BYZANTINS…

    Franchement, cette énumération de « textes grecs » est pauvre. Et vous vous en rendez compte vous-mêmes !

    • Vous écrivez: « Tout cela m’amène à penser que « l’évidence manuscrite » n’existe pas pour ce verset. Non, il n’y a pas d’évidence manuscrite, Alexandre. »

    C’est ce que vous étiez censé prouver, mais sans succès jusque là. Et, s’il n’y a pas d’évidence manuscrite pour Jn 14 :14, y’en a-t-il pour le reste du NT ou pour le « contexte » que vous invoquez?

    • Vous écrivez : « Non, il n’y a pas de prière à Jésus. Lui-même n’envisage pas d’être sollicité directement par ses apôtres dans la prière. »

    Ce n’est en tout cas pas ce que stipule Jn 16 : 23 que vous citez. Il y est question de ne pas lui « poser de question » (ἐρωτήσετε οὐδέν, TMN). Le verbe employé ici a le sens général de poser une question ou de demander une information (cf. Jn 1:19, 21, 25; 5:12; 9:2, 15, 19, 21, 23; 16:19, 30; 18:19). De fait, la clause ἐν ἐκείνῃ τῇ ἡμέρᾳ (« en ce jour-là ») se rattache à la promesse de sa résurrection faite au verset précédent : « je vous verrai de nouveau et votre cœur se réjouira… »
    Donc, s’il s’agissait de « sollicitation dans la prière », vous ne devriez pas omettre de préciser que la négation est projetée « en ce jour-là ». Seriez-vous en train de dire que, jusque-là (avant ce jour-là), les disciples avaient la possibilité de « solliciter Jésus dans la prière » ?

    CONCLUSION

    • Vous écrivez : « Enfin, votre « courte analyse » sur la capacité qu’a Jésus de lire les cœurs est peu convaincante. S’il lit les cœurs c’est qu’il entend les prières affirmez-vous. Entendre la prière ce n’est pas forcément en être l’objet. Comme répondre à la prière. Vous amalgamez tout et vous confondez tout le monde. »

    J’admets qu’il y a effectivement « amalgame » et « confusion ». Mais de la part de qui ? De vous, bien évidemment, comme on a tous deux pu le constater jusqu’ici. A propos de ma « courte analyse », je me rends compte que je vous dois des informations complémentaires.

    En effet, comme le reconnait la TG du 1er/nov/2009, p. 23 : « les rédacteurs des Évangiles ont écrit en grec ce que Jésus a dit dans une forme de la langue hébraïque ».

    Or, dans le langage hébreu, le verbe shama‛ (שָׁמַע) est le plus souvent utilisé pour « entendre », « écouter », « obéir à », « exaucer » une déclaration ou une requête (cf. ÉTUDE PERSPICACE, vol. II, p. 428 ; Strong’s Concordance).

    L’AT ne laisse planer aucun doute : Celui qui « entend /écoute /exauce / réponds à » la prière des saints, donc le récipiendaire, c’est Dieu (cf. Ps. 4 : 1 ; 5 : 1-2 ; 27 : 7 ; 65 : 2-6 ; 130 : 2, etc. TMN) » La déclaration de Jésus « je le ferai » sous-entend qu’il « répond / exauce » la prière et ainsi, qu’il l’ « entend ». En tenant compte de ce background, Jésus ne peut qu’être récipiendaire de la prière à l’instar du Père « en qui il est » (Jn 14 : 11).

    D’ailleurs, la WT fait un intéressant commentaire :

    « Celui qui entend la prière n’a pas changé. Il prend plaisir aux prières de ses adorateurs. Ceux qui placent leur foi et leur confiance en lui peuvent avoir cette assurance : “ Quoi que ce soit que nous demandions selon sa volonté, il nous entend. ” — 1 Jean 5:14. » (TG 1er/10/2010, p. 23).

    Ce verset cité en appui (1 Jn 15 : 14), je l’ai démontré, se réfère au Fils, Jésus Christ. Qu’en avez-vous fait ? Tuer le poussin dans l’œuf !

    Quelle n’a été ma stupéfaction de vous entendre dire :

    « Je note par ailleurs que vous n’avez pas pu répondre à ma demande : citer un texte biblique, un seul qui soit sans ambiguïté et qui invite à adresser des prières à Jésus directement. Et pour cause, il n’y en a pas ! »

    Soyons sérieux : Dites plutôt que vos présupposés doctrinaux vous empêchent de voir. Et puis, j’ai répondu en vous renvoyant à Jn 14 : 14, le verset qui nous concerne ici. J’ai même, en guise de parallélisme, glissé 1 Jn 5 : 14. En dépit de vos efforts considérables, vous ne réussissez toujours pas à déraciner le pronom με de Jn 14 :14 ni à indiquer clairement la personne visée en 1 Jn 5 : 14.

  19. Alexandre Salomon permalink

    Jean-Marc Berthoud, « Faut-il avoir peur de la critique textuelle ? (2) »: http://larevuereformee.net/articlerr/n216/faut-il-avoir-peur-de-la-critique-textuelle-2.

  20. Mon jugement serait abusif… Si je voulais faire du mauvais esprit, je vous renverrai à l’exemple que vous donniez précédemment : Jésus et les Pharisiens qu’il n’a pas ménagés, les mettant face à leur contradiction 😉

    Vous niez que notre principal désaccord tient à ce que, contrairement à vous, je ne considère pas le texte de Jn 14 :14 comme une « évidence manuscrite ». Mais peu après avoir évoqué ce que vous ne considériez pas comme le « but de cette discussion », vous écriviez « Disons plutôt que, vous n’avez pas encore été capable d’avancer quelque chose de solide qui pourrait renverser l’évidence manuscrite ». Le moins que l’on puisse dire c’est que vous avez le goût de la contradiction.

    Sur le contexte du verset : vous évacuez un peu vite le sujet.

    – Vous invoquez l’idée que Jésus est « dans » le Père pour soutenir que Jésus est récipiendaire des prières (Jn 14:10, 11), en bref, qu’il y a unité d’être. Il suffit de lire Jn 14:20 pour discerner la faiblesse de ce raisonnement. Jésus dit qu’il est « dans » le Père mais il dit aussi que ses disciples seront « dans » lui. Qu’est-ce à dire ? Suivant votre raisonnement, les disciples seraient eux-aussi récipiendaires de la prière. Absurde. Evidemment Jésus parle d’une unité de pensée et d’action, pas d’une unité d’être. Quant à vos références, Rom 11:36, Hé 2:10, Co 1:17, 1 Cor. 8 : 6, qu’essayez-vous de prouver au juste ? Pourquoi ne pas expliquer en quoi ces références soutiennent votre point de vue ?

    – Une idée principale se dégage du chapitre 14 dans lequel s’insère le verset 14 : Jésus est appelé à jouer un rôle de médiateur entre ses disciples et le Père une fois de retour au ciel. La prière illustre comment Jésus jouera ce rôle précisément : les demandes se font ‘en son nom’, c’est-à-dire par son intermédiaire. Médiateur. De plus, dans ce même chapitre, Jésus insiste sur sa subordination au Père : « je ne les dis pas en tirant de mon propre fonds », « que le Père soit glorifié au sujet du Fils », « la parole que vous entendez n’est pas de moi, mais du Père », « le Père est plus grand que moi » et « le Père m’a donné ordre » (14:10, 13, 24, 28, 31). Tout lecteur scrupuleux en conviendra : dans ce contexte, faire de Jésus l’égal de Dieu dans la prière est difficilement supportable. Enfin, si c’est Jésus lui-même qu’il faut prier et que c’est de Jésus lui-même qu’il faut attendre une réponse, en quoi est-il ‘le chemin qui mène au Père’ ? Comment sa fonction de médiateur s’exprime-t-elle au chapitre 14 ? Inutile de m’opposer Jn 14:10 et 11 pour la raison que j’ai donnée. Autre point : au v. 14 vous voyez une prière au Fils mais au verset 13 ? Quand le « Père » est glorifié à qui la demande est-elle adressée : au Père ou au Fils ? Vous ne le dites pas…

    J’ai déjà répondu au sujet de Jn 1:18 pourquoi revenir sur le sujet ? Vous vous étonnez que la leçon de « certains manuscrits parmi les plus anciens et les meilleurs » ne soit pas toujours retenue. De nouveau : ce n’est pas parce que des manuscrits sont jugés fiables en général, qu’ils le sont en tous points et qu’il faille renoncer à y porter un regard critique. Idem pour une recension qu’elle soit de Wescott et Hort ou de Nesle-Aland.

    J’ajoute qu’en matière de critique textuelle, l’âge du manuscrit n’est pas nécessairement un critère déterminant dans le choix d’une variante, comme l’explique un ouvrage de référence: « L’autorité qu’on accorde volontiers à un ancien codex repose sur une base qui parfois est trompeuse: la proximité de l’original. Ce qui pèse d’un plus grand poids, c’est le nombre et surtout la qualité des copies exécutées entre l’original et ce manuscrit. D’un mot, c’est l’âge du texte et non l’âge du codex qui doit entrer en ligne de compte. Des manuscrits relativement récents ont un texte très ancien; des manuscrits anciens ont un texte très corrompu » – Initiation à la critique textuelle; L. Vaganay, C. B. Amphoux, p. 100

    De plus, d’autres versions, traduites à partir d’éditions diverses du texte grec, celles de Westcott et Hort, de Nestle-Aland ou d’autres encore qui contiennent ce pronom, ont opté pour une leçon excluant « me ». C’est, par exemple, le cas de The Bible in modern English (Ferrar Fenton), l’American Standard Version, la Revised Standard Version, la New Living translation, la version Darby, La Sainte Bible de L. Segond (1910), etc. A. Chouraqui, dont la traduction repose sur la 3° édition du texte grec édité par Aland, Black et Martini (1983), texte où le pronom personnel « me » apparaît en Jean 14:14, rend ce verset de la manière suivante: « Si vous demandez quoi que ce soit en mon nom, je le ferai ». Si certaines versions, à l’instar de la TMN, omettent de rendre le pronom « me » dans ce passage, c’est parce que certains anciens manuscrits ne le contiennent pas. Comme le précise l’édition 1995 de la Traduction du monde nouveau, avec notes et références, ce pronom est absent du codex Alexandrinus (Ve s.), du codex de Bèze (Ve et VIe s.), de la Vieille Version Latine (IIe au IVe s.). Il n’apparaît pas non plus dans les versions coptes, bohaïriques et sahidiques, ainsi que dans la plupart des manuscrits byzantins.

    Quand la critique textuelle n’est pas d’accord, la critique interne peut se révéler utile et même aider à résoudre le problème. C’est ma démarche en Jn 14:14.

    J’affirme que ce verset fait difficulté et vous vous demander encore pourquoi. J’ai répondu, vous-même y répondez en partie : parce qu’il y a des « avis contraires ». Alexandre, si nous étions dans « une évidence manuscrite », que la leçon « me » « reflète de loin la leçon originale », pourquoi une tel désaccord parmi les biblistes ? D’ailleurs comment vous pouvez affirmer que la leçon « me » « reflète de loin la leçon originale », avez-vous eu entre les mains la version originale du texte biblique ? Vous soutenez que Westcott et Hort n’avaient aucun doute sur la leçon retenant « me » en Jn 14:14. Peut-être. Il n’en reste pas moins que, contrairement à vous, ces biblistes sont plus nuancés, car s’ils croient à une lecture principale du texte biblique, ils acceptent une lecture secondaire de Jn 14:14, ce que vous soulignez sans pourtant assouplir votre position.

    Sur la citation de Whitelaw, vous cherchez la petite bête en me faisant le reproche de parler de 2 leçons au lieu de 4. Reproche étonnant venant de votre part. Depuis des semaines vous vous accommodez de ma façon de présenter le problème et voilà que maintenant vous y trouver à redire. Seriez-vous à cours d’argument pour vous montrer si tatillon ? L’insertion de « au Père » (point 4) n’est pas révolutionnaire puisqu’elle répète le verset 13. Il apparait que cette leçon plus celle où le verset est supprimé (point 3) s’accordent avec la leçon excluant « me », puisque dans chacune c’est le Père qui est prié, d’où que Whitelaw fasse état de 2 leçons en opposition. J’ai par ailleurs fait référence à cet auteur parce qu’il résume bien le problème dans son commentaire sur l’Evangile de Jean, pas pour ses croyances religieuses. Qu’il considère que Jésus doit être prié importait peu dans le raisonnement. Et vous récidivez avec Paul Esposito, puis Wescott et Hort, en précisant qu’ils sont favorables à la prière à Jésus. Vous disiez : « le sujet abordé dans ce forum est « critique textuelle, Jean 14.14, Jean 16.23. Il ne s’agit pas de discuter si Jésus peut ou non être prié EN LONG ET EN LARGE. » Finalement vous montrez que c’est bien l’intérêt de cette discussion, savoir si Jésus peut être prié ou non, et j’en conviens, mais pourquoi donc l’avoir nié jusque-là ?

    La recension de Hodges and Farstad représentatifs d’une partie de la critique textuelle, avait pour but de montrer qu’il n’y a pas d’évidence manuscrite en Jn 14:14 contrairement à ce que vous affirmez. Quand à votre citation de 1 Ti 3:16, l’argument est médiocre. En quoi cela soutient l’insertion du pronom « me » ? Le traducteur qualifierait Jésus de « Dieu » dans un verset déconnecté de Jn 14:14 et c’est pour vous un argument en faveur de l’insertion « me » ? Vous vous dispersez. Aussi, ce n’est pas parce que le texte grec de Robinson-Pierpoint est basée en majorité sur les textes « BYZANTINS » qu’il n’est pas digne d’intérêt. Leur recension démontre aussi qu’il n’y a pas d’ « évidence manuscrite » comme vous le soutenez. Enfin, ce qui est pauvre ce n’est pas l’énumération de recensions qui ne vont pas dans votre sens mais c’est comment vous réagissez à la contradiction. Vous craignez tellement de perdre du terrain dans ce débat que vous vous employez à discréditer ceux qui, au sein de la critique textuelle, optent pour une autre leçon. Si votre argumentation était vraiment solide vous n’auriez pas besoin de minimiser la position adverse.

    J’apporte une autre précision : je n’ai pas soutenu que la critique textuelle soutenait plus l’exclusion « me » que son introduction en Jn 14:14. Vous avez parlé d’ « évidence manuscrite » en critique textuelle et les faits vous ont contredit. J’ai pour ma part donné les raisons pour lesquelles la leçon « me » semblait vraisemblable : des manuscrits, et le plus concluant, le contexte. La critique interne à laquelle j’ai recours en Jn 14:14 vous dérange parce que vous savez pertinent que le contexte n’est pas en faveur de votre thèse. Les chapitres 14, 15 et 16 de Jean vont dans le sens de la prière exclusive au Père. Je rappelle que c’est pour cette raison que des auteurs comme Tasker postulent l’insertion tardive du pronom personnel dans certains MSS. Vous cherchez désespérément à circonscrire la discussion à la critique textuelle et non content de cela vous refusez d’admettre que la critique textuelle est partagée. Exclure arbitrairement une lecture alternative de ce verset, contre la méthode de ceux qui vous servent d’appui (Wescott et Hort), cela ne correspond pas réellement à une démarche scientifique.

    En Jean 16:23, Jésus montre à ses disciples qu’un changement interviendra après sa mort et sa résurrection:  » Ainsi, en ce jour-là, vous ne m’interrogerez plus sur rien. En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera. » – TOB. Les disciples qui, jusqu’à présent, avaient l’habitude d’interroger Jésus sur la signification de son enseignement (voir Jean 16:19), devraient dorénavant,  » en ce jour-là  » (après sa mort et sa résurrection), s’adresser au Père « en son nom ». Commentant ces paroles, A. Barnes écrit: « [les disciples] n’avaient pas [encore] cherché Dieu par son intermédiaire, en tant que Médiateur, mais ils s’étaient directement adressés au Sauveur lui-même. Il [Jésus] leur dit maintenant que leurs requêtes seraient dorénavant adressées à Dieu en son nom (…) L’accent, dans ce verset, est placé sur le mot « m’ » [dans l’expression ‘ vous ne m’interrogerez plus ‘]. Leurs requêtes ne seraient plus adressées à lui [Jésus], mais au Père » – Barnes New Testament notes; Jean 16:23. C’est pourquoi, nous lisons au verset 24: « Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en mon nom : demandez et vous recevrez (…) ».

    Ainsi, eu égard à ce qui précède, il est raisonnable de penser que la leçon originale de Jean 14:14 ne contenait pas le pronom personnel « me ». Car, dans le cas contraire, comment comprendre la tournure « si vous me demandez quelque chose en mon nom » ? Comment s’adresser directement à Jésus tout en le faisant « en son nom » ? Comme le montre la « critique littéraire » de Jean 14:14, demander « au nom de Jésus » signifie s’adresser au Père, par l’intermédiaire de son Fils, le « seul médiateur entre Dieu et les hommes » (1 Tim. 2:5), le « chemin » par lequel les disciples ‘viennent vers le Père’ (Jean 14:6).

    A ma demande « citer un texte biblique, un seul qui soit sans ambiguïté et qui invite à adresser des prières à Jésus directement » vous répondez : Jn 14:14 et 1 Jn 5:14. Pour soutenir votre compréhension du texte difficile de Jn 14:14, vous donnez en référence… Jn 14:14 ! Est-ce bien sérieux ? Ensuite, sur 1 Jn 5:14, les traductions de ce passage sont partagées comme cela vous a été fait remarqué, certains traducteurs voit dans « lui » une référence au Père, d’autres une référence au « Fils ». Comment donc pouvez-vous nier ce point et considérer le texte de ce verset « sans ambiguïté » ? Même Wescott, qui est favorable à la prière à Jésus, écrit au sujet de « lui » en 1 Jn 5:14 que le pronom se réfère à « Dieu » qui est « le principal sujet de ce passage » – The Epistles of St John, p. 109. Vous vous réclamez de l’autorité de Wescott en Jn 14:14 et vous vous désolidarisez de lui en 1 Jn 5:14 ? Tant mieux, c’est que vous disposez d’un esprit critique. Mais quand on a été si prompt à critiquer ma position, au prétexte que j’étais d’accord avec Wescott et Hort dans un verset et pas dans un autre, cela a de quoi faire sourire. Voyez, le jeu des autorités, dont vous avez fait votre principal argument, a ses limites et peut se retourner contre vous.

    En conclusion, admettez que vous n’êtes pas en mesure de livrer un seul texte biblique « qui soit sans ambiguïté et qui invite à adresser des prières à Jésus directement ». Pourquoi ne pas le reconnaître humblement ? Vos bagages théologiques pèseraient-ils si lourds sur vos épaules qu’ils vous empêchent d’admettre l’absence d’ « évidence manuscrite » en Jn 14 :14 ? « Chacun préfère croire plutôt que juger »… Tout cela me conduit à conclure que ce verset ne constitue pas une preuve sérieuse que Jésus est l’objet des prières. Et votre conviction n’y changera rien !

    • Alexandre Salomon permalink

      J’espérais que votre dernière intervention serait moins factice que les premières. Hélas, la durée du bois dans l’eau ne le transforme pas pour autant en poisson! Je vous aiderai à vous rendre compte de la « faiblesse » de vos arguments.

      – UNITÉ D’ÊTRE?

      Vous me reprochez d’avoir invoqué « l’idée que Jésus est « dans » le Père pour soutenir que Jésus est récipiendaire des prières (Jn 14:10, 11), en bref, qu’il y a unité d’être. » Partant de ce postulat, vous vous évertuez à démontrer le contraire en citant Jn 14:20 où les disciples sont dits être « dans » le Christ; et de conclure: « Suivant votre raisonnement, les disciples seraient eux-aussi récipiendaires de la prière. Absurde. » Vous vous interrogez également sur mes références pour savoir en quoi ils soutiennent mon point de vue.

      Il faut le reconnaître, il y a bien sûr quelque chose d’absurde ici et ce, dans votre ligne de raisonnement.

      Tout d’abord, nulle part je n’ai parlé d' »unité d’être ». C’est là votre propre imagination que vous vous donnez la peine de combattre.

      Ensuite, mon choix de traduction “dans” (14: 11, 12) ne signifie pas qu’il n’y a pas “une unité de pensée et d’action” entre le Père et Jésus. Seulement, cette unité fait ressortir un fait à ne pas mettre dans les chaussettes: Philippe venait de demander à Jésus de leur montrer le Père (14: 8). Sa réponse: « Celui qui m’a vu a vu le Père » (14:9) ne pouvait pas laisser les disciples indifférents quant au fait que dans l’AT, l’idée de voir Dieu était synonyme de mort (Ex 33:20; Jug 13: 21-22; Is 6: 5 etc.) Mais l’Ange de Jéhovah, le Messager de Sa face (cf. Is. 63:9) pouvait être vu; et le voir équivalait “à voir Jéhovah lui-même”. Or, cet Ange qui avait le Nom par excellence en lui (cf. Ex 23:21) parlait et agissait comme si c’était Dieu en personne qui le faisait. Ainsi, il est rapporté que Moïse et quelques anciens “virent” le Dieu d’Israël (cf. Ex 24: 9-11), mais il est évident que ce “Dieu d’Israël” n’est pas le Père, mais son Fils qui l’a révélé (cf. Jn 1:18; 6: 46; 1 Jn 4;12).

      Cela explique ces propos de Jésus: “The words that I say to you, I do not speak on my own initiative, but the Father residing in me performs his miraculous deeds” (14: 10, NET), ou encore dans sa prière sacerdotale au Père: “… à cause de ton nom que tu m’as donné” (17: 12, TMN). Le rapprochement tombe de lui-même: l”“unité de pensée et d’action” entre le Fils et le Père aboutit nécessairement à ce que “tous honorent le Fils comme ils honorent le Père” (Jn 5: 23). Un tel honneur inclut la prière, ne trouvez-vous pas ? (Voir Matt 15: 8-9; Marc 7:6-7).

      Enfin, à propos de mes références (cf. ; Rom 11:36, Hé 2:10, Co 1:17, 1 Cor. 8 : 6), vous faites exprès de ne pas comprendre ou quoi? J’ai indiqué, avant de les citer, que Dieu lui-même est “intermédiaire” de toutes choses comme Christ!

      UN COURS DE CRITIQUE TEXTUELLE?

      Vous prétendez que je m’étonne, moi Alexandre, “que la leçon de « certains manuscrits parmi les plus anciens et les meilleurs » ne soit pas toujours retenue.” Et de rétorquer un : “Ce n’est pas parce que des manuscrits sont jugés fiables en général, qu’ils le sont en tous points et qu’il faille renoncer à y porter un regard critique.”

      Premièrement, ce dont je m’étonne réellement, c’est le double langage. Quand j’ai évoqué le choix de la “lectio difficilior” en Jn 1: 18, j’ai cité le professeur Frederick Bruce qui soutient qu’elle est « attestée par les plus anciennes autorités, incluant les deux plus anciennes (les papyrus Bodmer 66 et 75).” (THE GOSPEL OF JOHN, p. 44). Or, je l’ai souligné, ces deux autorités “plus anciennes (les papyrus Bodmer 66 et 75)” supportent la présence du pronom “me” en Jn 14: 14. Quant au choix de l’expression “certains manuscrits parmi les plus anciens et les meilleurs”, je la dois à la WT dont le texte interlinéaire, sans doute fondé sur ces “meilleurs” MSS et qualifié d’être « la meilleure version interlinéaire du Nouveau Testament » (cf. Jason BeDhun in TG, 01/02/98, p. 32), plaide en faveur de la présence du pronom.

      Deuxièmement, parler de MSS “jugés fiables en général” me paraît être un fil beaucoup trop mince. Qui vous parle de MSS **en général**? Il est bien mentionné **certains** MSS ─ ce qui indique qu’un travail de filtrage (ce que vous appelez « un regard critique ») a été opéré.

      Vous arguez « qu’en matière de critique textuelle, l’âge du manuscrit n’est pas nécessairement un critère déterminant dans le choix d’une variante » et vous faites alors appel à Léon Vaganay. C’est pas sérieux: non seulement vous ne m’informez pas, mais en plus vous semblez n’avoir pas bien lu mon argumentation car, citant la TG du 1er/oct/2009, il est indiqué que « le manuscrit le plus ancien n’est pas automatiquement le plus fidèle au texte original » (notez la nuance!) En évoquant l’ancienneté des P66 & P75, c’était justement pour répondre à la prétention de Tasker que le pronom με était une « later insertion », ce qui est tout bonnement faux!

      Vous affirmez que je cherche « désespérément à circonscrire la discussion à la critique textuelle » et que je refuse « d’admettre que la critique textuelle est partagée. » Vous poursuivez: « Exclure arbitrairement une lecture alternative de ce verset, contre la méthode de ceux qui vous servent d’appui (Wescott et Hort), cela ne correspond pas réellement à une démarche scientifique. »

      C’est là un jugement qui témoigne que ne pas être « fin spécialiste de critique textuelle » vous joue des tours. En fait, je ne circonscris pas la discussion à la critique textuelle, c’est déjà un fait depuis le début. Peut-être ignorez-vous que la « critique interne » (= contexte) du texte que vous prétendez défendre est elle-même un élément de la critique textuelle! De plus, dire que j’exclus « arbitrairement une lecture alternative de ce verset » me fait un peu sourire; que faites-vous lorsque vous portez votre choix sur le n°2 (« absence de με ») au détriment des autres? Selon vous, « l’insertion de « au Père » (point 4) n’est pas révolutionnaire puisqu’elle répète le verset 13. Il apparaît que cette leçon plus celle où le verset est supprimé (point 3) s’accordent avec la leçon excluant « me », puisque dans chacune c’est le Père qui est prié ». L’explication est doublement fallacieuse: 1) la lecture contenant « au Père » (n°4) ne répète pas le v. 13 ─ cf. infra; 2) la suppression du verset ne contient pas de leçon stipulant qu’il faut prier le Père. D’où vient alors l »accord »?

      Et puis, je ne cesse de vous demander pourquoi vous ne défendez pas tout simplement le n°4 ou le n°3 avec autant d’énergie que celle dédiée au n°2… ???

      Vous avancez que « si certaines versions, à l’instar de la TMN, omettent de rendre le pronom « me » dans ce passage, c’est parce que certains anciens manuscrits ne le contiennent pas. »

      Ce n’est pas là un argument sérieux. D. Fontaine a déjà exposé ce fait. On pourrait en dire autant de toutes les variantes manuscrites de la Bible et ainsi, chacun traduirait le Livre saint comme bon lui semble. Et puis, le fait de dire que « c’est parce que certains anciens manuscrits ne le contiennent pas » est un écran de fumée pour voiler le véritable motif de fond : demander à Jésus « au nom de Jésus ».

      DEMANDER A JÉSUS « AU NOM DE JÉSUS »?

      Depuis le début, ça été le même son de cloche: il est « impropre », « in-vraisemblable » voire « impossible » de s’adresser directement à Jésus « au nom de Jésus ». Dans votre dernier post, vous insistez: « Comment comprendre la tournure « si vous me demandez quelque chose en mon nom » ? Comment s’adresser directement à Jésus tout en le faisant « en son nom » ? »

      Je me rends compte que c’est l’expression « en mon nom » qui vous traumatise. Pourtant, la construction ne semble pas si singulière à la lumière d’autres paroles de Jésus (cf. Matt 10: 41, 42):

      ─ accueillir un prophète « au nom d’un prophète »
      ─ recevoir un juste « au nom d’un juste »
      ─ donner à boire à un disciple « au nom d’un disciple »

      Alors pourquoi pas demander à Jésus « au nom de Jésus »? A titre comparatif, dans le Psaume 79: 9, David supplie : « Délivre-nous et couvre nos péchés A CAUSE DE TON NOM ». Ici, David fait une requête à Jéhovah lui-même (« délivre-nous et couvre nos péchés ») et ce, « à cause de [son propre] Nom ». D’autre part, pourquoi ne trouvez-vous pas aussi « impropre », « in-vraisemblable » voire « impossible » que Jésus réponde à la prière « au nom de Jésus » (cf. 14: 13, 14, 26; 15:26; 16: 7, 23)?

      JN 14: 13: DEMANDER AU PÈRE OU AU FILS?

      Vous écrivez: « Autre point : au v. 14 vous voyez une prière au Fils mais au verset 13 ? Quand le « Père » est glorifié à qui la demande est-elle adressée : au Père ou au Fils ? Vous ne le dites pas… »

      Et pourtant, la réponse est évidente comme D. Fontaine l’a bien indiqué: « Jésus récipiendaire et acteur. » En effet, le v. 13 stipule : « … je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. » Ici, celui qui répond à la demande, c’est le Fils. La conjonction « afin que » introduit la conséquence de l’action du Fils, celle d’exaucer/entendre/ répondre à la prière, laquelle action n’est accomplie que par le récipiendaire (cf. Ps. 4 : 1 ; 5 : 1-2 ; 27 : 7 ; 65 : 2-6 ; 130 : 2, etc.)

      Or, « [le Fils] ne fait que ce qu’il voit faire au Père » et que « tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait pareillement » (Jn 5: 19). Ainsi, c’est au Fils (en qui le Père est glorifié) que la demande est DIRECTEMENT adressée. De plus, comme le montrent ces quelques références de Jean (11: 4; 12: 41; 13: 31, 32; 17: 1), ce qui est à la gloire du Fils est aussi pour la gloire du Père, et ce, « afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père » (Jn 5:23). James Dunn commente:

      « Ce qui est frappant dans tout ce décor, c’est la pensée consistante selon laquelle Jésus partage la gloire de Dieu, en manifestant cette gloire dans sa mission sur terre, en incarnant la gloire de Dieu, comme étant le moyen principal et l’agent du dessein de Dieu pour ramener sa création à la gloire, la gloire de la résurrection de Christ et de son exaltation. […] L’association de Christ avec la gloire de Dieu semble être consistante tout au long du Nouveau Testament, et la conviction selon laquelle le Christ exalté participe à la gloire de Dieu, et doit être glorifié avec Dieu ou à la gloire de Dieu, était une facette distinctive du fondement du christianisme.” ─ DID THE FIRST CHRISTIANS WORSHIP JESUS? THE NEW TESTAMENT EVIDENCE (Louisville: Westminster John Knox Press, 2010), pp. 22-24.

      LE CHEMIN DE QUOI?

      Vous estimez que « si c’est Jésus lui-même qu’il faut prier et que c’est de Jésus lui-même qu’il faut attendre une réponse, en quoi est-il ‘le chemin qui mène au Père’ ? » La réponse est toute simple: dans le **contexte**, Jésus se présente comme « le chemin », non en faisant référence à la prière, mais à l’endroit où il allait préparer une place pour ses disciples, à savoir « dans la maison de [son] Père » (14: 3-5; cf. 16: 5-7).

      Par ailleurs, si pour vous sa fonction ne se limite qu’au « chemin qui mène au Père », comment expliquez-vous qu’il soit à la fois « la porte des brebis » (qui mène à l’enclos) et en même temps le « berger » (cf. Jn 10: 1-2, 7, 9, 11)?

      .
      UNE CRITIQUE INTERNE QUI DÉRANGE?

      Vous arguez que « quand la critique textuelle n’est pas d’accord, la critique interne peut se révéler utile et même aider à résoudre le problème » et qu’ainsi « la critique interne à laquelle j’ai recours en Jn 14:14 vous dérange parce que vous savez pertinent que le contexte n’est pas en faveur de votre thèse. Les chapitres 14, 15 et 16 de Jean vont dans le sens de la prière exclusive au Père. »

      Cette affirmation est désespérée. Et pour cause! D’abord, vous ne recourez pas à la « critique interne », mais à vos préjugés doctrinaux. Ayez le cran pour le reconnaître. Ensuite, contrairement à ce que vous essayez de vous faire croire à vous-même, le contexte est en faveur de ma thèse (cf. Appendice, infra). Enfin, les chapitres 14, 15 et 16 impliquent clairement la prière au Fils (cf. Appendice). Par conséquent, la critique interne (un pendant de la critique textuelle) ne me dérange pas. Votre accusation repose, une fois de plus, sur des prémisses immatures qui ne me surprennent pas!

      PAS D’ÉVIDENCE MANUSCRITE?

      Vous écrivez: « Si nous étions dans « une évidence manuscrite », que la leçon « me » « reflète de loin la leçon originale », pourquoi une tel désaccord parmi les biblistes ? D’ailleurs comment vous pouvez affirmer que la leçon « me » « reflète de loin la leçon originale », avez-vous eu entre les mains la version originale du texte biblique ? »

      Faut-il avoir « entre les mains la version originale du texte biblique » pour dire qu’une lecture « reflète de loin la leçon originale » ? Vous m’excuserez, mais c’est tout irréfléchi comme question! Dans ce cas, que vise la critique textuelle? La TG du 01/07/85 (p. 12) répond: « La critique textuelle consiste à comparer les manuscrits anciens de la Bible afin d’en déterminer la leçon originale. »

      B. Ehrman explique:

      « None of the autographs of the NT writings survives. The texts of these works must therefore be reconstructed on the basis of surviving evidence, which comprises (a) Greek manuscripts produced in later centuries, (b) copies of ancient translations into other languages (i.e., the Versions), such as Latin and Syriac, and (c) NT quotations found in Christian authors, specially Greek and Latin. The discipline of textual criticism works to establish the wording of the text as originally produced and to determine where, when, how, and why the text came to be changed over the course of its transmission. » ─ STUDIES IN THE TEXTUAL CRITICISM OF THE NEW TESTAMENT, p. 1.

      Et pour vous, l’absence de « me » reflète quoi?

      Si j’assume que le pronom « reflète de loin la leçon originale », c’est comme le précise Ehrman, « as in a court of law, some textual witnesses are more reliable than others » (p. 5) et « the general rule of thumb for most critics is that readings attested only in Byzantine or only in Western witnesses are highly suspect; readings found among the Alexandrian witnesses, on the other hand, are more likely to be given the benefit of the doubt, especially when these are also attested by witnesses of the other two groups » (p. 6).

      Et c’est le cas concernant le « me »: présent dans les « Alexandrian witnesses » et attesté « by witnesses of the other two groups. »

      Évidemment, « la recension de Hodges and Farstad représentatifs d’une partie de la critique textuelle », n’est pas une preuve « qu’il n’y a pas d’évidence manuscrite en Jn 14:14 » puisque « évidence manuscrite » ne veut pas dire qu’il n’existe pas de variante, tout comme « leçon originale », expressions propres à la critique textuelle. Mais je peux comprendre que vous ignoriez cela.

      En outre, vous me reprochez de craindre « tellement de perdre du terrain dans ce débat que [je m’emploierais] à discréditer ceux qui, au sein de la critique textuelle, optent pour une autre leçon. » C’est une accusation non fondée: vous confondez à tord les traducteurs et commentateurs de la Bible avec les critiques textuels. Et puis, il ne s’agit pas d’opter « pour une autre leçon » arbitrairement ─ je l’ai indiqué, chacun traduirait alors le texte biblique suivant la leçon qui l’arrange. Et si je discrédite ceux qui « au sein de la critique textuelle optent pour une autre leçon », que faites-vous donc, vous, de ceux qui optent pour « me »?

      J’ai pris exemple de 1 Tim. 3: 16 pour justement illustrer cet état de fait. Dire que mon argument est « médiocre », « déconnecté de Jn 14:14 » et que je me disperse, c’est témoigner ô combien vous n’avez rien compris! Comme l’explique la WT : « La raison en est que des traductions anciennes ont rendu ce passage comme suit: “Dieu a été manifeste dans la chair.” Cependant, qu’indiquent les manuscrits grecs les plus sûrs? Tous portent le pronom “Il”, et non “Dieu”. Les spécialistes de la critique textuelle reconnaissent aujourd’hui que l’insertion de “Dieu” dans ce verset est due à une faute de copiste. » (TG 15/01/90, p. 12).

      La critique textuelle entre ici en ligne de compte; s’il fallait faire son choix sous le prétexte que « la critique textuelle est partagée », le traducteur opterait alors pour la leçon qui le conforte…

      1 JEAN 5:14 ─ LE PRONOM « LUI »

      Vous écrivez: « Sur 1 Jn 5:14, les traductions de ce passage sont partagées comme cela vous a été fait remarqué, certains traducteurs voit dans « lui » une référence au Père, d’autres une référence au « Fils ». Comment donc pouvez-vous nier ce point et considérer le texte de ce verset « sans ambiguïté » ? »

      Je vous ai démontré que le mot « Dieu » présent dans certaines versions (p.ex. Jérusalem) n’apparaît pas dans le texte grec. Se référer à des « traductions de ce passage », c’est fuir la question. Vous savez bien que ce texte se réfère au « Fils de Dieu » mais vous voulez vous voiler la face en vous cachant derrière « Wescott, qui est favorable à la prière à Jésus », clamant que je me réclame « de l’autorité de Wescott en Jn 14:14 et [que je me désolidarise] de lui en 1 Jn 5:14. » Eh bien, ma référence à Wescott et Hort est basée sur les propos de la WT qui les considère comme des autorités « reconnues pour leur rigueur », dont le texte grec « fait autorité » et « a servi de base pour la traduction des Écritures grecques chrétiennes en anglais de la TMN » (cf. TG 01/02/70, p. 96 ; TOUTE ÉCRITURE, p. 318).

      Et c’est leur texte qui a aussi servi de base à la KIT, ce qui indique que le « me » à sa place en Jn 14: 14! Et tenez-vous bien: il est précisé qu’« au-dessous de chaque mot grec a été indiquée sa signification fondamentale, selon sa construction grammaticale, QU’ELLE SOIT OU NON EN ACCORD AVEC LA TMN. » (cf. TG, 01/03/70, p. 148 § 10). Le fait donc que la KIT ne soit pas en accord avec la TMN en ce verset ne saurait guère surprendre!

      Pour rester dans la même cadence, vous vous étiez réclamez de l’autorité de Whitelaw en Jn 14:14, mais pas en 14: 13. Votre seul argument? « J’ai par ailleurs fait référence à cet auteur parce qu’il résume bien le problème dans son commentaire sur l’Evangile de Jean, pas pour ses croyances religieuses. Qu’il considère que Jésus doit être prié importait peu dans le raisonnement. »

      Pourquoi? Parce que cet auteur qui « résume bien le problème… pas pour ses croyances religieuses » soutient un fait qui vous dérange. Dans ce cas, son propos devient de peu d’importance… Avouez-le et personne ne vous en voudra pour cette franchise : 1 Jn 5: 14 se réfère au Fils de Dieu.

      AUTRES AFFIRMATIONS GRATUITES

      ─ Vous écrivez: « Finalement vous montrez que c’est bien l’intérêt de cette discussion, savoir si Jésus peut être prié ou non, et j’en conviens, mais pourquoi donc l’avoir nié jusque-là ? »

      Réalisez-vous ce que vous dites là? Vous me citiez pourtant: « Il ne s’agit pas de discuter si Jésus peut ou non être prié EN LONG ET EN LARGE. » Les mots en italiques, les avez-vous ignorez?

      ─ Vous écrivez: « En Jean 16:23, Jésus montre à ses disciples qu’un changement interviendra après sa mort et sa résurrection. »

      Oui et ce changement n’est pas lié à la possibilité ou non de le prier, mais de l’interroger sur des questions énigmatiques: « Ses disciples lui dirent : “ Voici, maintenant tu parles ouvertement et tu n’emploies aucune parabole. Maintenant, nous savons que… tu n’as pas besoin que personne t’interroge. » (16: 29, Segond 1910).

      ─ Vous écrivez: « A ma demande « citer un texte biblique, un seul qui soit sans ambiguïté et qui invite à adresser des prières à Jésus directement » vous répondez : Jn 14:14 et 1 Jn 5:14. Pour soutenir votre compréhension du texte difficile de Jn 14:14, vous donnez en référence… Jn 14:14 ! Est-ce bien sérieux ? »

      Bien sûr que c’est sérieux puisque je vous parle en français: « Il ne s’agit pas de discuter si Jésus peut ou non être prié EN LONG ET EN LARGE. » Si vous voulez une discussion du genre, demandez à D. Fontaine d’ouvrir un nouvel intitulé portant le thème « citer un texte biblique, un seul qui soit sans ambiguïté et qui invite à adresser des prières à Jésus directement » et nous en discuterons pleinement.

      ─ Vous écrivez: « Voyez, le jeu des autorités, dont vous avez fait votre principal argument, a ses limites et peut se retourner contre vous. »

      Je n’ai pas fait du « jeu des autorités » mon principal argument. Le fait de citer des auteurs pour appuyer ou discréditer une pensée n’a rien de nouveau sous les cieux. Renseignez-vous avant de parler…

      ─ Vous écrivez: « En conclusion, admettez que vous n’êtes pas en mesure de livrer un seul texte biblique « qui soit sans ambiguïté et qui invite à adresser des prières à Jésus directement ». Pourquoi ne pas le reconnaître humblement ? Vos bagages théologiques pèseraient-ils si lourds sur vos épaules qu’ils vous empêchent d’admettre l’absence d’ « évidence manuscrite » en Jn 14 :14 ? »

      Comme c’est curieux: seriez-vous en train de faire une confession ? Depuis le début, toute personne qui nous suit saura que c’est VOUS qui transportez vos bagages doctrinaux pour approcher le texte biblique. Et que peut-on faire pour quelqu’un qui se refuse d’ouvrir les yeux, mais qui préfère se consoler dans ses fantasmes interprétatifs ?

      Alors, doit-on s’étonner que vous écriviez parfois sans comprendre:

      « J’ai pour ma part donné les raisons pour lesquelles la leçon « me » semblait VRAISEMBLABLE : des manuscrits, et le plus concluant, le contexte. »

      Là, je suis d’accord: « me » est attesté par MSS + contexte!

      APPENDICE: JÉSUS LE MÉDIATEUR PAR EXCELLENCE

      1) Le Médiateur

      Votre argument (« idée principale ») est unique: « Jésus est appelé à jouer un rôle de médiateur entre ses disciples et le Père une fois de retour au ciel. La prière illustre comment Jésus jouera ce rôle précisément : les demandes se font ‘en son nom’, c’est-à-dire par son intermédiaire. Médiateur. […] Comme le montre la « critique littéraire » de Jean 14:14, demander « au nom de Jésus » signifie s’adresser au Père, par l’intermédiaire de son Fils, le « seul médiateur entre Dieu et les hommes » (1 Tim. 2:5), le « chemin » par lequel les disciples ‘viennent vers le Père’ (Jean 14:6). »

      Pour vous, si Jésus joue « un rôle de médiateur », alors il ne saurait être récipiendaire de la prière. Examinons attentivement cette affirmation.

      ─ Col. 3: 17 (TMN): « Et ce que vous faites en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, remerciant PAR LUI Dieu le Père. »

      Il faut remercier Dieu le Père « par l’entremise de » Jésus. Cela exclut-il la possibilité de remercier Jésus directement (cf. 1 Tim 1: 12)?

      ─ Héb. 13: 15: « PAR SON INTERMÉDIAIRE offrons toujours à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire le fruit de lèvres qui font une déclaration publique pour son nom. »

      Le sacrifice de louange = le fruit des lèvres est pourtant aussi adressé à Jésus lui-même (cf. Rév. 5: 9, 12-14; 7: 9-10).

      ─ Jn 1:17: « … la faveur imméritée et la vérité sont venues PAR Jésus Christ ». Est-ce à dire que la faveur immérité (« grâce ») ne vient-elle pas aussi de Jésus (cf. Rom. 1: 7; 1 Cor. 1:3; 16: 23; 2 Cor. 1: 2; Gal. 1:3; 6: 17 etc.)

      ─ Rom 16: 27: « …à Dieu, seul sage, soit la gloire, PAR Jésus Christ, pour toujours. Amen. »

      Or, la gloire est aussi rendue à Jésus directement (2 Tim. 3: 18; 2 Pi 3: 18).

      Ces quelques versets soulignent, il est vrai, le rôle médiateur de Jésus, comme « intermédiaire » (cf. Jn 1: 3; Col. 1: 16; 1 Cor. 8: 6) mais n’excluent pas que ce qui est offert à Dieu « par son entremise » puisse lui être également adressé personnellement. De fait, qu’est-ce qu’un « médiateur »? L’ouvrage ÉTUDE PERSPICACE explique:

      « Médiateur: Personne qui s’entremet pour réconcilier deux parties en désaccord ; intercesseur ; intermédiaire, négociateur. Dans les Écritures, ce terme est appliqué à Moïse et à Jésus, les médiateurs, respectivement, de l’alliance de la Loi et de la nouvelle alliance. » ─ Vol. II, p. 244.

      Étant au centre, le médiateur (M) constitue le pont entre les parties A (les humains) et B (Dieu). « Ceux qui s’avancent vers Dieu » (partie A vers partie B) le font « par son intermédiaire » (= M) car c’est lui qui est censé « solliciter pour eux » (cf. Hébreux 7: 25). Cela implique que c’est aux pieds du M que la partie A soumet ses requêtes; et lui, parce qu’il « a souffert lui-même » « peut venir au secours de ceux qui sont mis à l’épreuve » (Héb. 2: 18; cf. 4: 15, 16), en intercédant auprès de la partie B en leur faveur.

      Or, comme la partie B ne refuse rien au M qui s’est livré lui-même en sacrifice propitiatoire pour la partie A (cf. Jn 9: 31; 11: 22, 42; Matt 26: 53 etc.), alors la réponse favorable provenant de la partie B est transmise par le M à la partie A, d’où son : « Je le ferai » (cf. Jn 14: 13, 14). La réconciliation est alors accomplie (cf. 2 Cor. 5: 19).

      On s’aperçoit que le « rôle de médiateur » n’exclut pas que les humains puissent s’adresser directement à Jésus. Bien au contraire. De fait, à l’époque de Moïse, « les Israélites étaient dans l’incapacité d’avoir accès auprès de Dieu par une alliance. Ils avaient besoin d’un médiateur. Leur faiblesse ressortit d’ailleurs de ce qu’ils demandèrent à Moïse : “Parle avec nous, toi, et que nous écoutions, mais que Dieu ne parle pas avec nous, de crainte que nous ne mourions.” (Ex 20:19 ; Hé 12:18-20). Miséricordieux, Jéhovah constitua donc Moïse médiateur de l’alliance de la Loi et fit offrir des sacrifices d’animaux pour la valider. Évidemment, Moïse était lui aussi imparfait et pécheur… » (ÉTUDE PERSPICACE, vol. II, p. 245).

      Or, contrairement à Moïse, le Médiateur par excellence, Jésus, est parfait et sans péché. De plus, il n’a pas à offrir de sacrifice sans cesse pour les péchés; il s’est offert lui-même. Aussi est-il entré, non dans un Tabernacle humain, mais dans le ciel même, à la droite de Dieu (Héb. 9: 11-28; 10: 1, 11-13, 19-22; 1 Jn 2: 1-2 etc.) Par conséquent, comme les Israélites parlaient à Moïse pour intercéder auprès de Dieu, les chrétiens aussi s’adressent à Christ afin qu’il « sollicite pour nous » ─ à la différence que notre Médiateur n’est pas sur terre, mais au ciel.

      Comme le soulignait Charles T. Russell: « It is undoubtedly proper enough for us to address petitions to our Redeemer and Advocate, who loved us and gave himself for us. […] it evidently could not be unproper so to do; for such a course is nowhere prohibited, and the disciples worship him. […] However, it would be a serious to suppose that we ought to address our petitions to our Lord Jesus and not to the Father… » ─ ZION’S WATCH TOWER, 15/05/1892, p. 157.

      Greg Stafford, auteur du livre JEHOVAH’S WITNESSSES DEFENDED, renchérit :

      “Ainsi, bien qu’il puisse y avoir quelque différence, et quoique suivant le modèle nous approchons le Père par l’entremise du Fils, nous pouvons aussi nous adresser directement au Fils. Tel est l’enseignement du NT, et nous obéissons aux enseignements du NT où l’enseignement est clair.” ─ Christian Witness of Jah Chat # 260 | 27 janvier 2008.

      2) Contradiction avec « demander au Père »?

      Jésus a évoqué le fait de « demander au Père » (cf. Jn 15: 16; 16: 23 etc.) Cette demande se fait « au nom de Jésus », et selon vous, « demander « au nom de Jésus » signifie s’adresser au Père, par l’intermédiaire de son Fils ». Cela indique implicitement que la demande n’est pas « directement » adressée au Père, mais « indirectement » puisqu’elle passe d’abord par Jésus. Or, la tournure « si vous ME demandez quelque chose » rend explicite ce qui est ailleurs implicite: la demande adressée « indirectement » au Père est « directement » adressée au Fils; et pour le fait que cela se fasse « en [son propre] nom » (cf. supra: DEMANDER A JÉSUS « AU NOM DE JÉSUS »?)

  21. Alexandre,
    J’ai lu votre longue tirade : explications très laborieuses et pour tout vous dire je crois que cela est révélateur d’un raisonnement qui atteint ses limites. Je vous laisserait donc le mot de la fin. Suffisamment d’éléments ont été présentés pour se forger une opinion sur cette question de Jn 14:14 et il ne me semble pas utile de consacrer davantage de temps à ce débat qui tourne en rond.
    Cordialement
    CK

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