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Nombres 12.15 ou le singulier collectif en hébreu biblique

by areopage on septembre 11th, 2013

Comme dans un certain nombre d’autres langues, l’hébreu biblique emploie le singulier pour désigner un objet unique, mais aussi souvent un ensemble d’objets, une collectivité ou une espèce. La plupart de ces singuliers collectifs sont au féminin (avec de notables exceptions comme עַם, le peuple ou בָּקָר, le troupeau), cf. Joüon §134o, 135b ou Gesenius §122s. C’est d’ailleurs le contexte qui permet de déterminer, parfois, si un terme désigne une entité unique, ou un groupe, par ex. עֵץ, arbre ou groupe d’arbres, bois. (cf. Williams 2007 §2).

On ne s’étonne donc pas de voir des verbes commandés par un singulier collectif conjugués au pluriel, puisque c’est là leur sens. On appelle cela l’accord ad sensum (cf. Williams 2007 §226, Joüon §150e, Gesenius §145b-g)

Ainsi :

1 Rois 18.14b : וַיַּעַן כָּל־הָעָם וַיֹּאמְרוּ טֹוב הַדָּבָר׃, et tout le peuple répondit (singulier) et dit (pluriel) : « C’est d’accord ! »

1 Rois 20.20 : וַיָּנֻסוּ אֲרָם, les Syriens (singulier) prirent la fuite (pluriel).

Job 1.14 : הַבָּקָר הָיוּ חֹרְשֹׁות, les bœufs (singulier) étaient en train de labourer (pluriel)

1 Samuel 17.46וְיֵדְעוּ כָּל־הָאָרֶץ כִּי יֵשׁ אֱלֹהִים לְיִשְׂרָאֵל,  et toute la terre (singulier) saura (pluriel) qu’Israël a un Dieu

Dans le Manuel d’exégèse de l’Ancien Testament (éd. Bauks et C. Nihan, p.32), Jan Joosten cite le cas de Nombres 12.15 qui est intéressant à plusieurs titres.

09091314

Dans la seconde partie de ce verset, on lit dans le texte massorétique : והעם לא נסע, et le peuple ne partit pas. Le verbe נסע est conjugué au singulier, et son sujet est עם, ce fameux singulier collectif. La Septante rejoint cette leçon (καὶ ὁ λαὸς οὐκ ἐξῆρεν), de même que la Vulgate (et populus non est motus de loco illo) ou les Targums (cf. infra). Or, le Pentateuque samaritain conjugue le verbe au pluriel. Cela fait dire à Joosten :

La construction des noms collectifs au pluriel est une caractéristique de l’hébreu biblique tardif, ce qui indique que le tradition samaritaine est secondaire dans le présent verset.

Il est vrai que le Pentateuque samaritain a tendance a être plus pointilleux sur la grammaire (cf. Genèse 13.6, 30.42, 49.15, 49.20, Exode 17.12, 18.20, Nombres 9.6 ; cf. Tov 2001 : 91). Ici, on peut donc légitimement soupçonner cette variante. D’ailleurs Joosten ne cite pas la seconde variante, qui suit immédiatement (האסף vs האספה) et qui est du même ordre (mise au féminin, pour l’accord avec מרים). Mais ce qui est intéressant avec le Pentateuque samaritain, c’est qu’il n’est pas toujours fautif. Des 6000 instances environ où il diffère avec le texte massorétique, il s’accorde 1900 fois avec la Septante (cf. Supplément au Dictionnaire de la Bible, XI, col. 768 ; certains disent « au moins 1600 », cf. Wegner 2006 : 170). Et là son témoignage devient vraiment intéressant. Sur ce blog, je reviendrai régulièrement sur ces variantes TM vs PS vs LXX vs DSS (Manuscrits de la Mer Morte), car elles constituent une riche information concernant la formation du texte et du canon de l’Ancien Testament.

Nombres 12.15 dans les Targums

3 Comments
  1. queinnec permalink

    bonjour
    retraitée et étudiante en 3émé année de licence d hebreu ,par correspondance à ll INACO paris
    je suis interessée par tout ce qui est hébreu biblique, mishnique (et moderne )

  2. Shonin permalink

    Ce singulier collectif m’a fait penser aux théories trinitaires sur echad et yachid.

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