02/07/2013

ἀλλά… ἀλλά

Jean 15.19 : faut-il traduire par mais… mais, ou mais… et ?
εἰ ἐκ τοῦ κόσμου ἦτε si vous étiez du monde
ὁ κόσμος ἂν τὸ ἴδιον ἐφίλει le monde aimerait ce qui est sien
ὅτι δὲ ἐκ τοῦ κόσμου οὐκ ἐστέ mais parce que vous n’êtes pas du monde
ἀλλʹ ἐγὼ ἐξελεξάμην ὑμᾶς ἐκ τοῦ κόσμου mais parce que je vous ai choisis du monde
διὰ τοῦτο μισεῖ ὑμᾶς ὁ κόσμος voilà pourquoi le monde vous hait
Pour comprendre l’usage qui est fait de la conjonction ἀλλά en Jean 15.19, il faut rappeler qu’elle peut servir (entre autres) :
* au retour du positif après une négation (ex. ne pas… mais) : οὐδὲν ἐσθιει, ἀλλὰ πολὺ πίνει Il ne mange pas mais boit beaucoup
* compléter une idée négative οὐκ ἐθέλει μάχεσθαι ἀλλὰ φεύγει : il ne veut pas se battre et s’enfuit (ce qui est sémantiquement équivalent en français à l’emploi du « mais », mais stylistiquement plus approprié)
Sur ces deux exemples, cf. J. Bertrand, Nouvelle grammaire grecque, Ellipses, 2e éd., 2002, pp.222-223.
En Jean 15.19, il y a deux propositions principales :
– ὁ κόσμος ἂν τὸ ἴδιον ἐφίλει
– διὰ τοῦτο μισεῖ ὑμᾶς ὁ κόσμος
Ces deux propositions principales sont introduites respectivement par εἰ et ὅτι δὲ… ἀλλʹ (3 propositions subordonnées). En somme Jean développe la même idée deux fois : le monde ne vous aime pas parce que vous n’en faites pas partie (Son raisonnement est le suivant : 1/ Il aime ce qui est sien or il ne vous aime pas, et le répète sous une forme différente : 2/ Il vous hait parce que vous n’êtes pas sien). Il précise le motif : parce que je vous ai choisis (voir aussi Jean 15.16). C’est un thème fondamental chez Jean (cf. Jean 17.14, 16).
Bien que ἐγὼ ἐξελεξάμην ὑμᾶς ἐκ τοῦ κόσμου soit précédé d’un ἀλλά qui est bel et bien adversatif, les deux propositions ne s’opposent mais s’explicitent l’une l’autre:
ὅτι δὲ ἐκ τοῦ κόσμου οὐκ ἐστέ ἀλλʹ ἐγὼ ἐξελεξάμην ὑμᾶς ἐκ τοῦ κόσμου διὰ τοῦτο mais parce que vous n’êtes pas du monde mais parce que je vous ai choisis du monde, voilà pourquoi
C’est-à-dire (en meilleur français) : MAIS parce que vous n’êtes pas du monde ET que je vous ai choisis du monde… VOILA POURQUOI…
C’est une consécution. La conjonction complète l’idée négative en explicitant sa cause (ou pourrait même mettre PUISQUE/CAR). Cela ne remet pas en cause le caractère adversatif de ἀλλά, cette conjonction sert juste, ici, de prolongement à l’idée précitée. Cf. l’exemple de Bertrand n°2 plus haut.
>> Le segment qui porte l’opposition c’est ὅτι δὲ (mais parce que…): le ἀλλά ne fait que compléter cette idée négative (vous n’êtes pas du monde… car je vous ai choisis). Ce qui est « négatif » (ne…pas), ce n’est pas que Jésus ait choisi des disciples (ça, c’est un élément factuel « positif »), c’est qu’il fasse partie du monde (élément factuel « négatif » – sans jugement de valeur en l’occurrence).