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Sep 20 21

Dystopie covidique

by areopage

« La vérité est la seule autorité
L’autorité n’est pas la vérité. » – Sadhguru

   Nous vivons dans un monde dominé par le mensonge (1Jo 5.19, Joh 8.44). On a attribué à Malraux l’idée que le XXIe siècle serait spirituel ou ne serait pas. Jusqu’à présent, force est de constater qu’il n’y a pas grand-chose de spirituel dans ce XXIe siècle, car la divinité, c’est l’argent, l’idole, c’est le ventre (Mat 6.24, Luk 16.13, Phi 3.19). Aussi est-il cocasse de constater qu’il existe encore des gens pour croire que le pouvoir séculaire, l’État, agit dans l’intérêt du peuple : l’État est Providence. Il remplace la Providence.

Citation de Romains 13.3 (Césarée Maritime)

Mosaïque citant Rom 13.3 (Césarée Maritime). Source. Biblio : Graves 2020, 239.

   Les chrétiens – qui ne font pas partie du monde (Joh 15.19, Joh 17.14, Joh 17.16, Joh 18.36) parce que leur politeuma, leur communauté civique, est céleste (Phi 3.20) – se soumettent bien volontiers à l’autorité séculaire (Rom 13.1), dans le cadre fixé par Jésus (Luk 20.25). Ils se conforment, en quelque sorte, à cet adage qu’on peut lire sur une mosaïque retrouvée à Césarée : ΘΕΛΕΙΣ ΜΗ ΦΟΒΙΣΘΑΙ ΤΗΝ ΕΞΟΥΣΙΑΝ ΤΟ ΑΓΑΘΟΝ ΠΟΙΕΙ. Veux-tu ne pas craindre l’autorité ? Fais le bien ! Il s’agit d’une citation de Rom 13.3, frappée au coin du bon sens, suggérant que la pratique du bien écarte des tribunaux et de la répression publique. Ce qui est bien vrai. Mais… pas toujours.

   Quand le pouvoir est tyrannique, on peut le craindre même et surtout quand on pratique le bien. Ainsi les lanceurs d’alerte modernes ont à craindre non seulement la dangereuse vindicte des groupes d’intérêts privés qu’ils dénoncent, mais aussi très souvent l’État lui-même, qui est d’emblée plus prompt à protéger les intérêts financiers des grands groupes que l’intérêt public. En France, sommes-nous encore dans une démocratie ? La question se pose, et la réponse est évidemment négative (Polony 2021). Le concept de démocrature me paraît plus approprié, et c’est pourquoi l’idée d’un État Providence est naïve. Les chrétiens devraient en avoir conscience, et adopter vis-à-vis du monde politique une distance critique de tous les instants, spécialement en matière de santé.

   La devise de ce blog est tirée de 1Th 5.21 : πάντα δὲ δοκιμάζετε, τὸ καλὸν κατέχετε· Examinez (procédez à un examen critique de) toutes choses, retenez ce qui est bon. La crise de la Covid19 nous donne hélas le loisir de mettre en application, plus que jamais, cette devise. Dans ce qui suit, je vais m’écarter d’une stricte neutralité, et du cadre de ce blog. A décharge, je fais valoir que le silence est un parti-pris, et puisque ne dire mot, c’est consentir, mieux vaut dire ce qu’on pense. N’étant absolument pas une autorité pour m’exprimer dans le domaine sanitaire, il va de soi que les idées exprimées ne valent qu’à la mesure du crédit que vous portez aux « autorités » (références bibliographiques) mentionnées en vis-à-vis. En préambule, mon conseil est le suivant : Réfléchissez, examinez, vérifiez !

  • Échec du discours scientifique. C’est un problème que j’ai déjà signalé – en détail – dans deux billets de ce blog : La souris truquée et Malscience.  La fraude est bien plus répandue qu’on ne pense : qu’elle soit motivée par des raisons de carrière (publish or perish) ou par l’appât du gain (considérable), elle a envahi le milieu scientifique jusqu’au point de non-retour : la plupart des études scientifiques, particulièrement dans le milieu médical, ne sont tout simplement pas de la science. Pilotées par l’industrie pharmaceutique, les études ne servent que l’intérêt de leurs financeurs. Qu’il s’agisse d’introduire un nouveau médicament, de fixer un seuil médical ou d’influencer un taux de remboursement, la pression des labos s’exerce à tous les niveaux, et dans la plus totale opacité/impunité. BMJ 2020;371:m4425Sismondo 2021Posons-nous cette question : devrions-nous faire confiance à la « science » de l’industrie pharmaceutique ? –  Kassirer 2005Even 2015Gøtzsche 2019Raoult 2021Gingras et Kelfaoui 2020Courtois 2021aCourtois 2021b –  Borch-Jacobsen 2013 – Foucart 2013Le Monde Diplomatique : Vérités et mensonges au nom de la Science (n°179, 10-11/2021)

  • Échec des instances de régulation. OMS, FDA, EMA, ANSM, États… toutes ces instances sont faillibles et ont failli. Particulièrement dans le cadre des traitements précoces, elles n’ont pas voulu laisser aux médecins leur liberté de prescrire (cf. Courtois 2021c, d), et ce faisant ont occasionné une perte de chance pour des dizaines de milliers de malades. Le dénigrement du protocole de Didier Raoult, en particulier, défie l’entendement. On a accordé une recommandation temporaire d’utilisation (ANSM, EMA, Commission européenne) à une molécule nouvelle (et hors de prix), le Remdesivir, mais refusé cette même recommandation à une molécule ancienne, sûre et bon marché, l’hydroxycloroquine (en association avec l’azithromycine). Les résultats de l’étude DisCoVeRy, tombés récemment (14/09/2021, Ader et al. 2021 : « No clinical benefit »), confirment ce que les auditeurs de Didier Raoult (IHU) savaient depuis longtemps : le Remdesivir ne soigne pas et il est toxique. Pire, il est mutagène. Par contre il est très efficace pour les profits du laboratoire Gilead, et par ruissellement pour toutes celles et ceux que ce laboratoire arrose Bazin 2021, 27-84 –  L’ANSM refuse une RTU à l’HCQ…Covid-19 (diagnostic, traitements, vaccin): panorama d’une escroquerie (retweeté par Didier Raoult, ce qui a fait grincer quelques dents chez les spécialistes en procès d’intention mais non en examen du fond) – Remdesivir, pour quelques dollars de plus.

  • Échec des politiques. L’évolution de l’épidémie est décorrélée des mesures de politique sanitaire, en tous cas dans les pays les plus riches. Masques, protocoles, confinements (Gøtzsche 2021, 95-143), politique vaccinale, et autres nuisances… Toutes ces mesures liberticides ne sont pas fondées sur des études scientifiques sérieuses, et sont inefficaces comme l’ont démontré les différentes « vagues ». On ne confine pas des personnes saines avec des personnes malades : il faut isoler les malades, et laisser libres ceux qui ne le sont pas… C’est un principe assez ancien appelé « quarantaine ». Les confinements ont des effets dévastateurs sur l’économie, la santé mentale individuelle et la santé publique. On ne préconise pas de Paracétamol pour la Covid – c’est dangereux (Bazin 2021, 130-136). On ne refuse ni soin, ni espoir, aux patients en leur expliquant qu’il n’y a pas de traitement : on laisse faire ceux dont c’est le métier, les médecins. Au pire, ils prescriront un traitement inutile – ce qu’il font souvent – mais le patient aura été pris en charge, a minima par un effet placebo. Au mieux, ils prescriront le protocole de Raoult, ou l’ivermectine – traitements controversés mais qui ont fait leurs preuves dans quelques pays – à côté d’une supplémentation en vitamine D, C, zinc, et quercétine notamment (ex. Name 2020). On se concerte sur l’utilisation du Rivotril, que certains considèrent comme de l’euthanasie active. On ne prend pas de décisions à l’emporte-pièce, comme celle interdisant l’usage de l’hydroxycloroquine. En tout cas on remarquera que le classement de l’hydroxycloroquine comme « substance vénéneuse » a favorablement avantagé la course aux vaccins, laquelle nécessitait qu’aucun traitement ne soit disponible. Ce lien trouble entre décision politique et intérêts industriels interroge. Le scandale du Lancet (LancetGate) n’a fait qu’illustrer par l’ignominie à quel point le monde de l’édition scientifique est corrompu ou aveugle, mais pas seulement : l’interdiction élyséenne n’ayant pas été levée, ni l’hydroxycloroquine été réhabilitée, on a rajouté un scandale politique au scandale scientifique.  Douste-Blazy 2020, Perronne 2020 et 2021.

  • Échec des syndicats et des ordres. Non seulement la liberté de prescrire des médecins a été bafouée, mais on a aussi vu une multiplication d’actions menées par l’Orde national des médecins (ordre fondé singulièrement sous le régime de Vichy) visant, ni plus ni moins, à bafouer également la liberté des médecins de s’exprimer ! Avec l’obligation vaccinale pour les professions de santé et l’introduction du pass « sanitaire », un grand nombre de secteurs ont été mis sous pression, avec un piétinement inédit et disproportionné des libertés individuelles et du droit du travail – et ce dans un mutisme à peu près complet des syndicats. La France, pays des Lumières ?

  • Échec des médias. Croyant « faire nation » les médias, à la solde d’une poignée de milliardaires défendant des intérêts privés, ont unifié leurs discours dans un terrifiant chœur dystopique. Des journalistes aux compétences douteuses s’auto-proclament « fact-checkers » et héros de la « désinfox » (« ceux qui sont dans la cale et qui ne voient jamais rien » d’après l’analogie de l’inénarrable D. Raoult). Il est vrai que notre époque se caractérise par une explosion dramatique de la désinformation. Faut-il pour autant pourchasser et faire taire les hérétiques, comme au temps de l’Inquisition ? En matière scientifique, l’explosion de la désinformation est un échec cuisant de la société scientiste qui est imputable à la perte totale de crédibilité des savants. Ce manque de crédibilité, je l’ai dit, a atteint un point de non-retour : absence d’éthique, conflits d’intérêts, fraudes, ont fait déborder le vase (pour les liens ou conflits d’intérêts, des sites comme Base Transparence Santé ou Euros For Docs donnent une petite idée, édifiante, de la situation). Le public ne croit plus en l’idole « science ». C’est un problème très fâcheux car, dit-on, « l’ignorance tue ». Certes. Mais ce n’est ni par la censure, ni par un autoritarisme fasciste et totalitaire que l’on parviendra à guérir la société de ce mal lancinant – bien au contraire. Oubliant leur rôle de contrepouvoir, les médias agissent désormais en parfaits petits soldats du gouvernement – ce qui serait logique si nous étions « en guerre ». Mais de guerre, il n’est point, et l’épidémie exigerait une approche moins opaque (sans Conseil de défense sanitaire !), et plus démocratique, c’est-à-dire ouverte aux voix critiques et dissidentes, surtout quand elles émanent de scientifiques reconnus (les Raoult, Perrone, Henrion-Caude, Montagnier, Mallone…). Courtois 2021e, Vidal 2021, Colon 2021.

A quel genre de prudence ces considérations invitent-elles ?

   Les médias et politiques agissent comme si les scandales sanitaires n’avaient jamais existé. Ou bien comme si ces scandales ne pouvaient plus survenir, puisque les leçons en auraient été tirées. Mediator, Diane 35, Vioxx, statines, Dépakine, Distilbène, sang contaminé, vaccins contre la dengue, vaccins H1N1, opioïdes… la liste (ici non exhaustive) est longue, mais l’affaire du Remdesivir + LancetGate montre qu’au contraire rien a changé. Il existe toujours des scientifiques – appelés key opinion leaders – prêts à vendre corps et âme aux labos. Il existe toujours des instances de « régulation » qui ne régulent pas grand-chose. Par exemple, entre 2001 et 2010, un tiers des médicaments approuvés comme « sûrs et efficaces » par la FDA ont été à l’origine de problèmes de sécurité sérieux, nécessitant retrait ou mise en garde (Downing et al. 2017). Certains verront dans ce constat alarmant l’indication que le processus de surveillance fonctionne normalement. Mais les esprits chagrins – et les victimes – y verront surtout la preuve que lorsqu’une institution décrète qu’un médicament est « sûr et efficace », la réserve non seulement est légitime, mais nécessaire : la proportion est énorme et discrédite complètement les processus de validation (normaux et plus encore ceux qui sont très accélérés comme dans le cas des vaccins !). Sur les scandales sanitaires  D.-M. Courtois et P. Courtois 2016, Simon 2006, 53-79, Gøtzshe 2019, Even et Debré 2011.

   Alors que penser de l’hystérie vaccinale, promue en chœur par les politiques, les médias et les instances de régulation ? « La vaccination, ça ne se discute pas » avait lancé Marisol Touraine, une ancienne ministre de la Santé. Voilà qui n’est ni démocratique, ni scientifique, mais au vu des circonstances exceptionnelles entourant la Covid19, ne peut-on pour une fois (mais ce ne serait pas la première fois) déroger au dialogue civilisé et au débat contradictoire, et obliger les imbéciles, les marginaux, les ignares, les complotistes, les crasseux, les sans-dents, les gueux, les farfelus, les égoïstes, les cheveux longs, les cheveux sales et les gens qui ne sont rien à se faire vacciner ? Avant de répondre à cette question, il convient de rappeler quelques faits.

   En premier lieu, le dénigrement des traitements précoces est un scandale qui jette un doute irrémédiable sur l’intérêt (et le désintéressement !) des vaccins. Pourquoi avoir interdit aux médecins de prescrire librement ? Pourquoi avoir interdit des traitements inoffensifs et potentiellement efficaces ? Pourquoi n’avoir pas fait une promotion intensive de l’hygiène de vie pour stimuler les défenses immunitaires ? Il n’est ici pas utile de recourir à une quelconque théorie du « complot » : incompétence et surtout corruption permettent d’apporter toutes les réponses requises. En second lieu, l’exonération de responsabilité des laboratoires pour les effets indésirables des vaccins, en toute opacité, est un scandale qui jette aussi un doute irrémédiable sur l’innocuité des vaccins : les États sont placés dans la position de juge et partie : responsables de l’indemnisation, mais chargés de la pharmacovigilance ! Situation d’autant plus perverse que le signalement des effets secondaires doit idéalement passer par les professionnels de santé – ceux-là même qui sont impliqués dans la propagande et la vaccination de masse, et grassement payés pour ce faire ! En dernier lieu, l’innovation technologique majeure introduite par les vaccins OGM ou ARNm jette encore un doute irrémédiable sur l’innocuité des vaccins. Non seulement les études cliniques ont été raccourcies et présentent des défauts méthodologiques ahurissants (ex. de Lorgeril 2021, Classen 2021) mais la technologie elle-même a de quoi susciter quelques appréhensions, qu’il faut lever par des études approfondies incompatibles avec l’urgence (Vélot 2020, 2021).

   Faut-il rejeter la vaccination, sous prétexte du principe de précaution ? Comme l’explique fort bien Didier Raoult dans son ouvrage La Vérité sur les vaccins (Michel Lafon Poche, 2021), se poser la question d’être pour ou contre la vaccination n’a pas de sens. C’est l’indication qui compte : pour qui ? où ? à quel moment ? Une politique vaccinale cohérente devrait cibler son public, informer, et s’abstenir de contraindre. Commentant la politique française au sujet des 11 vaccins obligatoires depuis 2018, Raoult écrit :

Comment imaginer qu’une injonction rétablisse la confiance ? J’ai bien peur que cet autoritarisme n’amplifie au contraire la défiance vis-à-vis de la vaccination et nous fasse courir un risque grave en cas de pandémie. Dans les quinze pays européens qui ont opté pour la recommandation vaccinale à la place de l’obligation vaccinale, il n’y a pas plus de morts. Aucune étude ne montre l’efficacité de la contrainte vaccinale, d’autant qu’elle sape l’effort pédagogique des médecins sur l’intérêt de la vaccination et ravive l’hystérie des anti-vaccins. (pp.116-117)

   Il y avait déjà des réticences immenses pour des vaccins qui ont fait, peu ou prou, leurs preuves. Que dire dans ce cas de vaccins nouveaux, développés hâtivement, avec des technologies inédites, et qui sont toujours en phase III d’essais cliniques ? Opposer aux réticents le miracle scientiste de la vaccination est indécent. Les deux vaccins les plus injectés actuellement (Pfizer et Moderna) n’ont plus grand-chose à voir avec la technique de Pasteur – et ne viennent pas du « pays de Pasteur » relégué en 3e division dans de bien nombreux domaines – et leur nouveauté suscite de nombreuses interrogations et de vives inquiétudes (Seneff et Nigh 2021, Muchielli et al. 2021). Par exemple, Robert Malone, un des pionniers de l’ARNm déclare que la protéine Spike, induite par les vaccins, est toxique. Quand on consulte les bases de pharmacovigilance/vaccinovigilance, comme VAERS ou EudraVigilance, on est effaré : il semble que les vaccins soient impliqués dans une mortalité inédite (interview), qui ne saurait systématiquement être le fruit du hasard (synthèse ici). Dans ces conditions, la question du principe de précaution revient dans la boucle avec d’autant plus d’acuité. Chacun doit se demander si le bénéfice excède le risque encouru. Le bénéfice est de réduire le risque de faire une forme sévère de la maladie, et de se prémunir de l’ostracisation. La question des doses complémentaires indique que le bénéfice est temporaire (quelques mois seulement, hors variant). Le risque, outre l’ostracisation, est de faire une forme grave… On voit donc que le bénéfice sanitaire ne concerne que la maladie sous sa forme sévère puisque de l’aveu unanime, les « vaccins » ne protègent ni de la contamination, ni des symptômes, ni de la propagation. Or les individus ne sont pas tous égaux vis-à-vis du risque de forme sévère. La stratégie vaccinale doit donc – comme toujours en fait – être concertée, ciblée, consentie. Si l’on met de côté les leçons de morale des bons citoyens altruistes (ceux qui – entre deux cigarettes et une boisson sucrée – se jettent sur les paquets de pâtes et de PQ à la moindre alerte), que faire ?

On ne peut appliquer partout notre principe de précaution, parce que le rapport entre le coût et le bénéfice n’est pas le même partout. Personne n’a voulu financer d’essais sur cent mille volontaires pour le vaccin contre Ebola, pourtant on utilise aujourd’hui cette vaccination parce que la mortalité est élevée. Mais quand le risque est faible, c’est l’inverse : la certitude de l’innocuité du vaccin doit être très forte et les études de sécurité le plus poussées possible. (Raoult, La vérité sur les vaccins, pp.127-128 ; je souligne)

Il faut évidemment se demander le risque que l’on a de faire une forme sévère et de mourir de la Covid. Ce risque est élevé chez les personnes  âgées (> 65 ans), les immunodéprimés, les personnes obèses ou cancéreuses, mais plus modeste voire infime dans les autres catégories de la population, tout particulièrement chez les moins de 30 ans, où le risque de mourir du vaccin l’emporte (Bourdineaud 2021, 9 ; cf. RéinfoCovid pour les < 45 ans). Quid alors des 85% de non-vaccinés qui encombreraient les hôpitaux ? de la réduction de 95% des formes sévères ? de la réduction d’un facteur 12 de la transmission du virus chez les personnes vaccinées ? « Les chiffres, cela ne se discute pas », a-t-on souvent asséné.

Voici encore une affirmation péremptoire, suffisante, autoritaire. Pas sûr que Bill Gates, « le plus grand acteur privé de santé publique au monde » (Raoult 2021, 108), soit d’accord avec nos éminences grises ! Car les chiffres, bien entendu, se discutent et se trafiquent comme le reste, surtout lorsqu’il s’agit de modélisations hors-sol (Institut Pasteur, Inserm), ou de données tronquées (DREES) – sans parler des cas de conflits d’intérêts. Décoder l’éco : Le dessous des chiffres du Ministère de la SantéStatistiques officielles, « oublis » : la Drees a-t-elle reconnu son erreur ?… – Analyses of the french president Macron’s scientific assertions by Prof. Peter McCullough. – Importantes limites scientifiques de la modélisations… (Institut Pasteur)Projections des entrées l’hôpital…(Inserm)Des chiffres et des faits : les leçons à tirer d’Israël (vidéo) – Vaccin en Israël : des chiffres troublants !

Concernant l’efficacité de la vaccination, nous avons plus d’éléments. Ici, à Marseille, fin juin, nous avons eu près de 600 cas diagnostiqués de gens infectés malgré une vaccination (complète ou incomplète). Les gens infectés ont fait des formes aussi graves (en termes d’hospitalisation, de réanimation ou de mort) que les gens qui n’avaient pas reçu de vaccin. Très fréquemment, pour des raisons que je ne m’explique pas, ces personnes ont fait des infections dans les quinze jours qui ont suivi la vaccination. Cette réaction n’avait d’ailleurs pas du tout été évaluée dans les essais cliniques. (Raoult 2021, 219)

   Bien que Didier Raoult s’évertue à réhabiliter la vaccination contre les « délires complotistes » et « l’hystérie des anti-vaccins », il met aussi en garde contre une politique vaccinale contrainte, et répète à l’envi la nécessité d’un recours raisonné aux vaccins, lesquels ne constitueront jamais une « baguette magique ». Son discours porte essentiellement sur les vaccins qui étaient déjà en circulation avant la crise sanitaire, puis il consacre un épilogue succinct à la Covid19 (pp.213-220). Il y souligne plusieurs éléments désormais bien connus : le secteur scientifique est dépendant de l’industrie ; les enjeux financiers sont colossaux ; les vaccins basés sur la Spike exercent une pression de sélection sur les virus [ = créent des variants ! Idem Vélot 2021] ; ils sont condamnés à ne plus être efficaces à terme et sont mis à mal par le variant Delta ; et il n’est enfin pas démontré qu’ils empêchent la circulation du virus.

Ces vaccins [à ADN ou ARNm] n’avaient jamais été utilisés chez l’homme et, d’une manière intéressante, dans une période où le principe de précaution est entré dans la Constitution, celui-ci n’a absolument pas été appliqué dans le domaine du COVID, aussi bien sur les stratégies thérapeutiques (le Remdesivir est aussi un analogue des bases qui servent à construire l’ARN) que sur le plan du vaccin, où, au contraire, les choix ont été délibérément de préférer le principe d’innovation au principe de précaution. (p.214 ; je souligne).

En définitive, l’un des meilleurs si ce n’est le meilleur spécialiste français peine à convaincre ou à rassurer, non pas sur la vaccination, qu’il encense comme il se doit, avec les petites réserves qui vont bien çà et là, mais plutôt sur le sujet qui brûle toutes les lèvres : la politique de vaccination anti-Covid tous azimuts ! En filigrane je pense avoir compris – moins dans son ouvrage que dans ses vidéos – qu’il ne la recommande que pour les sujets à risque (et les personnels de santé affectés aux soins). Ah, ce Didier Raoult, d’une si agaçante logique !

   De fait, la vaccination est un sujet devant faire l’objet d’un consentement libre et éclairé, qui ne saurait être dicté par des considérations sociales, politiques, ou financières. A cet égard, il importe de comprendre qu’une politique sanitaire est avant tout une politique. Y mêler le dieu Science revient à introduire le droit divin dans la sphère publique. Si le pouvoir est de droit divin, qui peut contester ? Qui peut contredire un dieu, un chiffre ? Puisque ça ne se discute pas, taisez-vous ! Démocrature…

   Bon nombre de décisions touchant à la santé publique sont prises au niveau européen, où sévissent au moins 11 800 lobbies (24 894 équivalents temps plein ; selon d’autres, 26 500 lobbies/37 300 personnes) ! Il est naïf de penser que les décisions s’intéressent toujours au bien commun. Il faut donc se garder de prendre le discours politique, spécialement quand il se drappe des apparats de la science, pour argent comptant. Par ailleurs, l’absence d’éthique au plus au niveau de l’État ne fait aucun doute. On peut l’illustrer par le recours au cabinet McKinsey (dit « la Firme » comme dans un James Bond) par l’Elysée pour sa campagne vaccinale. Cette firme très influente a été poursuivie aux États-Unis pour ses tactiques de marketing « cyniques » – d’autres diraient « criminelles » puisqu’elles ont occasionné des dizaines de milliers de morts – dans la crise des opioïdes aux États-Unis et au Canada, et a dû payer 573 millions de dollars pour solder les poursuites judiciaires qui la visait. De même, peut-on accorder le moindre crédit au laboratoire Pfizer, condamné à de multiples reprises pour fraude et corruption ? On trouve sur le site de du Parlement européen (je souligne) :

L’Agence européenne des médicaments a octroyé une autorisation de mise sur le marché conditionnelle pour le vaccin de Pfizer/BioNTech sur la foi des données transmises par Pfizer. La Commission a négocié une option d’achat pour 2,3 milliards de doses de plusieurs candidats vaccins, mais seuls ceux de Pfizer/BioNTech et Moderna ont été autorisés sur le marché européen à ce jour.

​Or, Pfizer a été condamné à de multiples reprises aux États-Unis pour falsification de données, corruption active et versement de commissions occultes. En 2016, le laboratoire a été également condamné en Angleterre à une amende de 84,2 millions de livres pour la surfacturation du prix de son traitement contre l’épilepsie. En 1996, Pfizer avait aussi été accusé d’avoir provoqué au Nigeria la mort de 11 enfants et des dommages physiologiques sur beaucoup d’autres en testant sur eux un antibiotique. Wikileaks a révélé en 2010 que Pfizer aurait essayé de trouver des preuves de corruption contre le ministre de la justice nigérian pour le contraindre à abandonner ses poursuites​.

Ce passif et les méthodes de Pfizer ont-ils été pris en compte par la Commission lors des négociations?

J’ignore s’il s’agit d’une question oratoire et quelle réponse lui a été officiellement apportée. Par contre, on sait bien que ce passif n’a pas été pris en compte puisque les clauses du contrat sont extrêmement favorables, tellement que cela est « anormal« . On sait aussi que l’allégation des 95% d’efficacité du vaccin Pfizer est une publicité mensongère qui ne trompe que le public peu informé du jargon des essais cliniques : dans « l’essai mené durant l’automne 2020, 99,1% des non-vaccinés N’ONT PAS EU la Covid-19 contre 99,96% des vaccinés. L’efficacité absolue du vaccin Pfizer est donc de 0,86%. » (RéinfoCovid ; voir ici) : soit une efficacité relative de 95%, mais une efficacité absolue de 0.86% ! Much ado

Pour conclure

   L’histoire n’est pas terminée et il n’y a pas de conclusion. Il faut pouvoir se poser et réfléchir. Manifestement le discours politique se radicalise dans une posture autoritaire, parfois tyrannique. Le discours scientifique a failli, ici par orgueil, là par avidité. Les béotiens dont je suis, sans jamais se piquer de scientificité, doivent naviguer dans les eaux tumultueuses de la propagande à la recherche d’îlots de vérité. Sur le navire, en proie aux bourrasques et aux ressacs, mieux vaut écouter ceux qui sont à la vigie (les scientifiques éminents, même décriés) plutôt que ceux qui sont dans la cale (journalistes et autres fact-checkers). J’ai cité en exergue un certain Sadghuru, qui rappelle judicieusement : La vérité est la seule autorité. L’autorité n’est pas la vérité. 

Malheureusement, on confond trop souvent autorité et vérité. Ce n’est pas la même chose. Ce n’est pas parce qu’une personne détient une autorité, qu’elle soit religieuse, politique ou scientifique, qu’il détient la vérité. La vérité vaut pour elle-même, c’est un joyau qui se mérite. Quant à ceux qui sont parés de l’autorité, ils ne peuvent exiger la confiance. Ils doivent la mériter.

Quelques lectures de base pour tenter d’y voir plus clair, et surtout réfléchir…

Mai 29 21

The Cambridge Greek Lexicon (Diggle et al. 2021)

by areopage

Ce n’est pas tous les jours qu’un nouveau lexique de grec ancien est publié. Après une remarquable grammaire parue en 2019, l’Oxford University Press ajoute donc à sa collection The Cambridge Greek Lexicon (2021) éditée par J. Diggle et al.

The Cambridge Greek Lexicon is based upon principles differing from those of existing Greek lexica. Entries are organised according to meaning, with a view to showing the developing senses of words and the relationships between those senses. Other contextual and explanatory information, all expressed in contemporary English, is included, such as the typical circumstances in which a word may be used, thus giving fresh insights into aspects of Greek language and culture. The editors have systematically re-examined the source material (including that which has been discovered since the end of the nineteenth century) and have made use of the most recent textual and philological scholarship. The Lexicon, which has been twenty years in the making, is written by an editorial team based in the Faculty of Classics in Cambridge, consisting of Professor James Diggle (Editor-in-Chief), Dr Bruce Fraser, Dr Patrick James, Dr Oliver Simkin, Dr Anne Thompson, and Mr Simon Westripp.

Les deux principales promesses sont les suivantes :

une organisation selon le sens

une lexicographie ab ovo par l’examen des sources primaires

Le projet a été initié par le célèbre Dr Chadwick en 1997, avec pour but initial de réviser l’Intermediate Greek-English Lexicon. Mais l’on s’est bien vite rendu compte que c’est plus qu’une révision qui était nécessaire, les sciences philologiques ayant significativement progressé depuis le XIXe s., sans parler des nombreuses découvertes épigraphiques ou papyrologiques effectuées depuis. Décision fut prise de réaliser un lexique tout à fait indépendant, fondé sur un réexamen des sources. Cet objet louable et ambitieux s’inspire des travaux de Lee 2003, lequel a dénoncé les insuffisances de la plupart des lexiques de grec disponibles sur le marché : ils sont tributaires de leurs prédécesseurs à un degré indécent, font généralement peu progresser la lexicographie, pérennisent des erreurs, proposent des gloses plutôt que de véritables définitions, et procèdent parfois d’une logique plus commerciale que scientifique. Dans ce contexte, le besoin d’outils fondés sur des méthodes modernes, et un réexamen minutieux des textes anciens, est plus que nécessaire, mais représente naturellement un travail herculéen.

Les éditeurs du Cambridge Greek Lexicon (CGL) se sont attelés à cette tâche immense ces 20 dernières années. Le résultat consiste en deux volumes de belle facture, agréables à consulter. Il ne s’agit pas d’un dictionnaire sensé couvrir l’ensemble de la langue, mais d’un lexique, ce qui signifie qu’une sélection s’est opérée. C’est là où l’excitation première retombe un peu. Les éditeurs indiquent avoir couvert la période depuis Homère jusqu’au début du IIe s. (plus précisément, jusqu’au Vies parallèles de Plutarque, i.e. 100-120 AD, cf. p.vii). De ce fait, on serait en droit d’attendre une prise en compte de  l’ensemble des lexèmes du NT, mais ce n’est hélas pas le cas. Par exemple ἁρπαγμός y est absent, quoiqu’il figure dans le NT (c. 60-62 AD au plus tard pour l’épître aux Philippiens). On en comprend la raison en consultant le corpus des oeuvres citées dans le lexique : pour le NT, seuls les Évangiles et les Actes ont été pris en compte (cf. p.xv et xvii ; d’après le texte du NA28). Pour la LXX, rien. Cela ne signifie pas que le CGL sera totalement inutile pour la LXX, puisque nombre de vocables chez des auteurs classiques se trouvent aussi dans la LXX.

Il faut donc aborder le CGL pour ce qu’il est : un outil complémentaire, destiné aux études classiques, et qui peut éventuellement avoir un intérêt, par sa méthode nouvelle, pour les études bibliques. Ce ne sera toutefois pas la panacée ; l’ouvrage devra faire son nid parmi de grands noms, spécialement le BDAG, le GE, le LEH, le LSJ et le GELS pour ne citer que les plus connus. Je propose dans ce qui suit de donner un échantillon de ce lexique, en le comparant avec les trois dictionnaires/lexiques qui lui sont le plus proches : le BDAG, le LSJ et le GE, et ce pour le verbe ἡγέομαι.

CGL I, 656-657 LSJ 763 BDAG 434

GE 901-902

Le premier constat qu’on peut faire est que le CGL est plus concis, plus lisible que ses pairs… car il est beaucoup plus succinct. Cela s’explique en grande partie en raison de son choix de ne pas donner de référence exacte : seul est mentionné le nom de l’auteur où figure un sens allégué. Il n’y a pas non plus d’exemples d’illustration. On est donc, d’emblée, dépaysé, pour ne pas dire décontenancé – car il faut faire confiance à l’éditeur…

Pour le verbe ἡγέομαι le CGL fournit 6 sens :

1. lead the way, act as guide ; take the lead in, lead
2. take the lead, play the leading role
3. lead, be at the head, be in command
4. be in power, rule, be in control, hold the hegemony
5. lead, guide; lead, invite
6. consider, believe, think

Le LSJ, beaucoup plus touffu (772 mots) et fourmillant d’exemples divisés à l’envi, en propose 4 :

1. precede, to go before on the way, drive, to be antecedent, leading principle, to be one’s leader in, advanced
2. lead, command, rule, have dominion, abbess, principal
3. believe, hold, hold or regard, to believe in
4. pass. being led

Le BDAG, raisonnablement dense (608 mots), propose sobrement 2 définitions :

1. to be in a supervisory capacity, lead, guide
2. to engage in an intellectual process, think, consider, regard

Quant au GE, le plus complet de tous (1048 mots), il propose 3 sens :

1. to guide, lead, go before ; to be antecedent or prior, to precede
2. to lead, command ; to have the power or supremacy, rule, have dominion; to be at the head, direct, preside
3. to believe, regard, hold, think; to esteem, regard; to deem necessary, think fit

Ce bref échantillon permet de formuler les remarques suivantes (qui ne valent que pour ἡγέομαι) :

  • c’est le CGL qui est le plus succinct, mais c’est aussi le lexique qui donne le plus de sens différents au verbe ἡγέομαι,
  • le CGL a, comparé au LSJ et au GE, une bonne lisibilité,
  • la valence du verbe est plus clairement compréhensible dans le CGL,
  • le CGL ne remplit pas vraiment a promesse de proposer de véritables définitions, contrairement au BDAG.

Concernant la première remarque, on peut souligner – à décharge – que le CGL indique en début d’entrée : « There are two basic senses: (1-5) lead, (6) consider ». Cela vaut aussi pour le GE, qui, quoique très touffu à la manière du LSJ, possède un encart grisé en début d’article qui permet d’aller à l’essentiel de la même manière. On est malgré tout surpris de cette prolifération de sens. Pour la comprendre, il faut se reporter aux indications des éditeurs : « Entries are organised no primarly according to chronological or grammatical criteria, but according to meaning, with a view to showing the developing senses of words and the relationships between thoses senses. » Cet objectif me laisse sceptique car il suppose un travail inouï, et son intérêt concret (par exemple pour des traducteurs qu’importe peu l’histoire du sens d’un mot) me paraît limité ; dans les faits, la perception du « développement du sens » d’un vocable et les diverses « relations » d’un sens à l’autre seront plus subjectives qu’objectives (car pour parler objectivement il faudrait une étude de fond pour chaque lexème, ce qui n’est pas réalisable, même en 20 ans). Pour le cas de ἡγέομαι, les nuances ou différences dans les rubriques 1-5 sont peu évidentes.

Dans le cas du verbe ἡγέομαι, la définition la plus efficace reste, et de loin, celle du BDAG. Non seulement les deux principaux sens sont clairement mis en relief, mais de plus une réelle définition est proposée. Le LSJ reste incontournable pour les points de détail ou comme clé d’entrée dans un corpus choisi d’exemples, de même que le GE et pour les mêmes raisons, lequel ne démérite pas à la fois pour sa clarté (encart initial), et son exhaustivité. La plus touffue et imbuvable est sans conteste celle du LSJ. Et la plus concise, quoique très compartimentée, celle du CGL.

En somme le CGL apparaît, pour les personnes souhaitant s’en servir aux fins d’études bibliques (ce qui est le détourner un peu de son usage premier), comme un outil complémentaire et intermédiaire. Ce n’est pas un lexique avancé, et il présente quelques inconvénients fâcheux comme l’absence de citations de ses sources exactes, et son étendue, osons le mot, réduite (on aimerait d’ailleurs bien savoir le nombre de lexèmes retenus). Mais il a des qualités importantes, à savoir sa (relative) indépendance de la tradition lexicographique commune (à vérifier à l’usage, mais à première vue perceptible), et son exergue sur les constructions grammaticales. Sa concision en fait outil de consultation rapide, plus complet et moderne que l’Intermediate LSJ, moins exhaustif bien entendu que le LSJ, mais beaucoup efficace par sa clarté.

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Mar 16 21

Nouveaux fragments grecs (Nahal Hever)

by areopage

La nouvelle est en train de faire le tour du monde : l’Israel Authority Antiquity a annoncé ce mardi 16 mars avoir mis au jour de nouveaux fragments des manuscrits de la mer Morte. Il s’agit en l’occurrence d’environ 80 fragments des douze petits prophètes (notamment Zacharie 8.16–17 et Nahum 1.5-6), datés du tournant de notre ère. Ils font probablement partie d’un manuscrit bien connu le 8HevXIIgr (publié dans le DJD 8 ; cf. ici) qui a la particularité de transcrire le nom divin en paléo-hébreu, et que l’on considère comme témoin d’une « révision hébraïsante » :

Les fouilles visent à préserver le secteur des pilleurs d’antiquités, comme celui que vous pouvez apercevoir sur ces images 😉

Les archéologues ont par ailleurs sorti de terre divers artéfacts très anciens (paniers), ainsi qu’un squelette d’enfant (d’où le nom de la « cave des horreurs » car on y avait déjà trouvé bon nombre d’autres restes humains), et quelques objets de l’époque de la révolte de Bar Kokhba (132-136 AD).

Sources : The Times of IsraelLe MondeAPNewsETC – INN

Mar 14 21

UBS MARBLE : SDGNT/SDBH

by areopage

C’est un problème bien connu des exégètes : les gloses proposées dans les dictionnaires de grec ou d’hébreu/araméen bibliques sont un pis-aller. D’une langue à l’autre, les « mailles » ne correspondent pas nécessairement et l’usage des gloses est de ce fait problématique à bien des égards : Lee, A History of New Testament Lexicography (2003) l’a bien montré pour le NT, et c’est bien entendu valable pour l’AT. Pour pallier à cette insuffisance, le seul moyen est de produire un réel dictionnaire : c’est-à-dire un ouvrage proposant des définitions plutôt que des équivalents de traduction plus ou moins contestables.

   Louw et Nida, en pionniers, ont publié le fameux Greek-English Lexicon of the New Testament based on semantic domains (1988), qui a été la première tentative en ce sens. Ce n’est pas l’alpha et l’oméga des dictionnaires de grec biblique, mais son approche va dans le bon sens et est restée pratiquement sans équivalent. On ne peut guère mentionner que deux initiatives comparables, mais de moindre ampleur : le Dictionnaire grec français du Nouveau Testament (2016, 2e éd.) de Cochrane (bien plus modeste), et une série de fascicules parus sous la houlette de l’Université de Cordóba et dirigés par J. Mateos et J. Peláez, Diccionario Griego-Espanol del Nuevo Testamento (2002 ss) (en cours et bien loin d’être terminé). Les auteurs ont l’ambition de proposer une méthode scientifique d’analyse sémantique ; ils l’ont décrite dans deux ouvrages, qui ont été traduits en anglais et réunis dans le volume New Testament Lexicography (2018). C’est une méthode assez sophistiquée, et ingénieuse, qui a un mérite notoire : sortir de l’approximatif et de l’arbitraire. Pour l’hébreu, la seule initiative en ce sens est celle initiée en 2000 et dirigée par de Blois, Semantic Dictionary of Biblical Hebrew.

   Pour l’hébreu on connaissait donc le Semantic Dictionary of Biblical Hebrew (SDBH) depuis quelques temps déjà, puisque l’UBS l’avait mis en ligne, le mettant à jour au fur et à mesure de sa progression. Or voilà qu’un projet dit MARBLE, Modular Aggregation of Resources on the Bible, a eu la bonne idée d’y adjoindre le Louw-Nida (sous l’appellation : Semantic Dictionary of the Greek New Testament, SDGNT), en profitant de l’occasion pour moderniser significativement l’interface, et, oh bonheur, d’en livrer une version française relativement bien aboutie !

Le SDGNT se consulte soit directement depuis le texte biblique du Nouveau Testament, soit depuis un encart dédié. On remarquera avec joie que l’interface propose en fait le texte grec de l’UBS4 ainsi que le texte français de la NBS lemmatisés. Un survol du curseur sur le texte grec ou français déclenche la surbrillance (en rouge) du terme grec/français parallèle. La lemmatisation est de bonne qualité et n’est pas fondée sur les numéros Strong comme trop souvent, mais bien sur les lemmes.

Le NT se parcourt par chapitres, et l’outil propose parfois de visualiser des images en lien avec le passage en cours. Par exemple en Eph 3.1 il est possible de consulter un visuel en rapport avec l’apôtre Paul.

Cette fonctionnalité n’est pas sans rappeler l’ouvrage édité par l’UBS, R. Pritz, The Works of Their Hands – Man-made Things in the Bible (2009) qui vise à munir les traducteurs d’informations pratiques sur les realia des temps bibliques. Outil à ne pas négliger !

Il est aussi possible de consulter le SDGNT directement. Pour cela il faut passer par l’onglet Rechercher, puis saisir le mot grec en Unicode.

Et là, merveille ! Il s’agit d’une définition du Louw-Nida, en français. On peut alors cliquer sur le domaine principal ou le sous-domaine (ici « Musical Instruments » qui n’est pas traduit) pour explorer les différents termes d’un même champ sémantique. La recherche directement par domaines sémantiques ne semble pas fonctionner en français, mais elle est disponible en anglais.

C’est le même principe qu’avec le SDGNT ; l’outil propose en plus l’analyse morphologique.

Cet outil extrêmement réjouissant n’est hélas pas complet. Lorsqu’une entrée manque, seule l’analyse morphologique est fournie. Le système de surbrillance permet aller de déterminer un sens de base.

Le texte biblique est de même relié à des visuels.

C’est aussi le cas du Dictionnaire lui-même, par ex. pour les termes גמל et קב.

On ne peut que souhaiter longue vie et prospérité à cet outil extraordinaire. Il constitue pour moi la substantifique moelle de ce que doit être une consultation biblique profitable : une connexion directe entre le sens lexical des termes et les realia qu’ils désignent.

Nov 8 20

A Biblical Hebrew & Aramaic Lexicon (Matheus, 2020)

by areopage

   Comme il n’y a pas tant de dictionnaires d’hébreu biblique sur le marché, la sortie d’un nouvel ouvrage suscite toujours une certaine curiosité. En l’occurrence l’éditeur GlossaHouse vient de faire paraître l’ouvrage de Frank Matheus, A Biblical & Aramaic Lexicon (GlossaHouse, 2020), qui est la traduction de l’ouvrage allemand PONS Kompaktwörterbuch Althebräisch-Deutsch (Pons GmbH, 2015). J’ai déjà présenté un des titres de cette maison d’édition spécialisée dans les langues bibliques, à savoir le petit manuel de vocabulaire visuel According to their kinds, et j’avais évoqué leur série sur les livres bibliques illustrés que je n’ai pas eu l’occasion de présenter formellement, mais qui est d’un réel intérêt (aussi bien ludique que pédagogique). C’est ce même éditeur qui propose le Koine Greek Grammar de F. Long, que j’ai également signalé dans un précédent billet.

Frank Matheus’s A Biblical Hebrew and Aramaic Lexicon (BHAL) is a comprehensive dictionary based upon his PONS Kompaktwörterbuch Althebräisch-DeutschBHAL utilizes modern lexical approaches, is extremely clear, and offers efficient access to the information that users need. With nearly 10,000 entries, BHAL covers the entire biblical vocabulary, including the Aramaic portions. Moreover, it offers numerous forms that help the user to find the word she or he is looking for quickly in its specific grammatical form.

   Ce nouveau dictionnaire hébreu/araméen – anglais est destiné à une consultation rapide et prétend avoir bénéficié d’une approche lexicale moderne. Les sources utilisées incluent effectivement les références lexicographiques du moment (cf. p.viii), où cependant, curieusement, les ouvrages de Clines manquent à l’appel (DCH, CDCH). L’objectif annoncé est de fournir de manière exhaustive mais simple l’ensemble des termes figurant dans l’Ancien Testament (hébreu et araméen), soit un peu moins de 10 000 mots. Sont également fournies les différentes formes d’un mot, surtout les verbes, mais aussi les noms suffixés, en vue d’aider le lecteur à retrouver le mot recherché. Mais cet objectif est étonnant dans la mesure où les formes ne sont pas ventilées au fil du lexique, mais sous la rubrique seule du lemme ; si bien que les formes ne se consultent qu’une fois la racine trouvée. Ces formes ne servent donc pas à retrouver une racine, mais plutôt à informer sur les différentes flexions et leur nature.

   La présentation est claire et aérée. La police de caractère utilisée n’est pas la plus gracieuse qu’on connaisse mais reste parfaitement lisble. L’ouvrage ne présente en fait pas de grande originalité, son but premier semble être la praticité pour les apprentis hébraïsants (i.e. trouver rapidement une glose relativement fiable). Quelques entrées discutent les difficultés de traduction, les difficultés textuelles, ou fournissent des données à caractère encyclopédique (notice précédée d’un <i>) – et ce sera là, à mon avis, la seule particularité de ce manuel.

   Pour vous donner une idée, je le compare avec le DHAB de Ph. Reymond, et le CHAL de W.L. Holladay.

Sens : BHAL – DHAB – CHAL

ברא

ידע

   

חסד

תנה

   Comme on peut le constater, le BHAL est plus concis que les deux autres, mais on y trouve l’essentiel. Difficile de dire, sans l’avoir pratiqué longuement, quelle sera la place de ce nouveau dictionnaire. Personnellement je lui préfère largement le CHAL et le DCH, plus complets et tout aussi maniables. Il se rapproche du DHAB, mais ce dernier semble un peu complet là-encore. Cet outil vaudra donc pour une consultation simple et rapide.

   On aura remarqué que pour le vocable חסד, cet outil perpétue, discrètement mais quand même, le transfert de totalité illégitime consistant à proposer, parmi les différentes gloses, celle de « fidélité ». Or la lexicographie « moderne » (qui n’a de surcroît rien découvert par rapport à la tradition lexicographique antérieure) a montré que cette méprise procède d’une erreur méthodologique : le sens de fidélité est importé de l’expression חסד ואמת (cf. χάρις καὶ ἀλήθεια), « grâce et vérité » (= bonté fidèle, en quelque sorte). Mais le vocable חסד seul n’implique en aucun cas de la « fidélité », il désigne plutôt la « grâce », la « bonté », la « faveur », la « bienveillance » ou encore l’ « amour » (voir Romerowski 2011 : 253-265 et 1990 : 89-103). Pour le terme חסד, et sans doute pour beaucoup d’autres, le BHAL hérite donc d’une tradition récente et parfois contestable. Cette bévue rappelle, s’il le fallait, que les dictionnaires linguistiques sont – presque toujours – le produit de la tradition bien plus que d’un travail ab ovo (sur ce point, voir la passionnante étude de Lee, A History of New Testament Lexicography 2003 sur la lexicographie néotestamentaire, qui vaut aussi pour l’AT).

Nov 5 20

Logos 9

by areopage

Difficile de passer à côté si vous êtes connecté(e) aux réseaux sociaux… Logos vient de publier sa neuvième version en grande pompe. Les reviews étant déjà nombreuses en ligne (voir plus bas), je ne mentionnerai que les nouveautés qui me sont les plus utiles au quotidien.

Factbook

La base de données du Factbook a été multipliée d’un facteur dix – et cela se voit. On constate d’emblée que la recherche de termes en langues originales y devient facilement possible. On peut également lancer une recherche depuis le français (mais l’ensemble n’est pas encore homogène). En fait l’outil a été amélioré significativement avec pour objectif d’en faire le cœur de Logos, la porte d’entrée d’une première recherche.  Dans cette perspective, sa consultation s’effectue désormais non seulement depuis l’encart de recherche principal en page d’accueil (le volet de suggestion classe de plus les résultats par outils disponibles)…

…mais aussi depuis les versions bibliques. Il suffit pour cela de cocher l’icône Factbook (en « français » Tout-Savoir). Les termes référencés sont alors soulignés. Un survol permet un premier niveau d’information, et un clic lance l’outil. Détail amusant et même fascinant quand on y pense (tant cela présuppose un travail gigantesque sur le texte), comme chacun des mots est relié à des « entités » (lieu, place, objet…), même une référence indirecte pointe vers l’article approprié du Factbook (ex. « renard » en Luc 13.32 pointe vers Hérode Antipas).

 

Dans le cas d’un livre biblique, le Factbook va encore plus loin, puisqu’il propose un outil (discret mais efficace) nommé « Guide sur un livre de la Bible » qui classe par thématique les ressources disponibles au sein du logiciel.

Graphiques de résultats

Plus modernes, les graphiques permettent de visualiser les résultats d’une recherche simple ou complexe. Le nombre de déclinaisons et d’options est assez impressionnant, et surtout, il est désormais possible de connaître précisément la proportion réelle compte tenu de la longueur de chaque livre (le nombre d’occurrence élevé d’un terme dans un gros corpus n’étant pas forcément significatif comparé à un nombre plus modeste dans un tout petit corpus) :

  

 

Bible Books Explorer

Bible Books Explorer permet de visualiser les données essentielles de chaque livre biblique : statistiques (nombre de chapitres, versets, lemmes, racines, hapax…), date de composition, événements, type de contenu, principaux lieux, personnages. La masse de données collectées est proprement hallucinante. Pour les dates de composition, l’outil ratisse large et consulte toutes les bibles et tous les manuels discutant de la datation, ce qui permet, en un clin d’œil (et si facilement !), de connaître les propositions hautes et basses, avec la référence.

Cela va plus loin encore, puisqu’il est possible d’explorer l’intertextualité, à savoir les citations, les allusions et les échos que les livres du NT font à l’AT. Par exemple pour l’épître aux Philippiens, on peut découvrir les citations scripturaire (aucune), les allusions (quelques livres bibliques dont Isaïe), et les échos (Isaïe). On peut ensuite se demander par quels livres du NT Isaïe est cité… etc.

Counseling Guide

Cet outil Counseling Guide, pas très heureusement traduit Guide de relation d’aide, met à disposition des thématiques liées à l’encouragement et le réconfort en puisant, là-encore, dans toutes les ressources disponibles de manière structurée. Les mots sont tantôt disponibles en français, tantôt en anglais. Les sujets sont organisés par concepts, ce qui permet d’approfondir efficacement une thématique à partir d’un simple mot-clé au départ.

   

Guide de Passage

La rubrique Commentaires du Guide de Passage a été relookée pour plus de lisibilité, avec la possibilité de classer les ressources par titre, auteur ou genre. Le repérage d’un commentaire particulier devient beaucoup plus facile.

 

Un autre outil fort intéressant nommé Concepts culturels permet de parcourir thématiquement plus de 1000 sujets (80 000 mots-clés).

Research Lexicons

Peu mise en avant, cette nouveauté est pour moi la plus excitante et de loin. Elle capitalise sur le Bible Sense Lexicon pour proposer, pour le NT grec, l’AT hébreu/araméen, et de manière plus restreinte l’AT grec, des dictionnaires inédits : classement et illustration des sens, références dans de nombreux corpus.

  • Lexham Research Lexicon of the Greek New Testament

Les entrées comportent : la définition (glose) du terme, son usage décomposé par sens avec quelques exemples d’illustration depuis une version interlinéaire, les occurrences dans la LXX et dans des corpus classiques, et, plus original, la discussion du terme dans des commentaires (base consultée : 8300 commentaires !) et revues (base : 3700 revues !) de référence (outil encore en phase d’amélioration).

 

  • Lexham Research Lexicon of the Hebrew Bible

  • Lexham Research Lexicon of the Aramaic Portions of the Hebrew Bible

  • Lexham Research Lexicon of the Septuagint

Rick Brannan concepteur de ces outils les présente sur une page de son blog : Logos 9 : Lexham Research Lexicons.

Autres nouveautés

Les autres nouveautés concernent surtout la préparation des sermons, avec l’amélioration du Sermon Builder, et la création d’un nouvel outil facilitant la préparation et la gestion des sermons : Sermon Manager. Des petits « gadgets » sont à signaler : le « Dark Mode » bien connu des développeurs, et la possibilité de basculer d’un compte Logos à un autre. Les Notes permettent par ailleurs d’incorporer des visuels ; il est aussi possible de créer des plans de lecture pour n’importe quel ouvrage, et ce très facilement. Par ailleurs, et c’est loin d’être négligeable, l’application web et les applications mobiles ont été grandement améliorées, notamment pour la rapidité, la recherche, et l’incorporation du Factbook. Pour le détail des nouveautés : Logos 9.

Autre nouveauté : un nouveau manager des produits français, Francis Rouvinez (voir le Blog français de Logos), a été engagé par Logos, avec pour objectif le développement de Logos en français. On peut donc espérer un nouveau départ en la matière, avec, je l’espère, un élargissement significatif du catalogue, et davantage de ressources académiques.

En résumé

Parvenu à un tel niveau d’excellence, le logiciel biblique Logos ne connaît pas de révolution majeure lors de ses mises à jour de version. Ce n’est pas la révolution copernicienne à chaque nouveauté, car le logiciel, du moins pour son contenu, est très régulièrement mis à jour. En termes de fonctionnalités, rien de fondamentalement révolutionnaire. On apprécie l’amélioration et l’intégration significative du Factbook, ainsi que les librairies de ressources nouvelles qui vont avec. En fait c’est un tout : ce sont les ressources + les outils nouveaux ou améliorés qui créent une évolution sensible qui fait que l’investissement en vaut la peine. Bien entendu tout cela n’a de sens que si votre librairie est suffisamment conséquente. En tout cas l’éditeur Lexham me paraît aller dans le bon sens, et propose très souvent des titres innovants, d’excellente facture, et surtout, parfaitement intégrés à l’écosystème Logos. Si l’application mobile (que j’utilise sur iPad/iOS) est devenue vraiment intéressante (mais toujours moins que celle d’Accordance), le logiciel fixe continue d’être un peu lourdaud, en mise à jour et indexation quasi permanente (parmi les 4091 ouvrages de ma librairie, il y en a toujours une petite dizaine ou vingtaine qui trouvera à se mettre à jour, ralentissant ainsi et la recherche en cours, et le PC tout entier). En tout cas il n’a pas la réactivé d’Accordance 13 et ne constitue pas, pour moi, le premier endroit pour effectuer une recherche ou une consultation simple (Accordance ou Bible Parser s’y prêtent bien mieux). En revanche il rattrape son retard dès qu’il s’agit de mener une étude un peu plus poussée (à titre d’exemple, sa lemmatisation du corpus grec de Perseus, même imparfaite, est un atout majeur sur Accordance; sans parler des Guides exégétique ou de passage qui donnent accès à une multitude d’informations inégalée). Il vaut donc d’investir dans ce logiciel, et la version 9 en est une belle occasion.

Pour en savoir plus : Site officielVidéos : New Features in Logos 9 | Logos 9 Bible Software Review | Logos 9 : new features and how to use them | Overview of New Features in Logos 9 Bible Software | Blog : Seeking the Kingdom : Logos 9 is here | Et en bonus : le livre gratuit du mois, LogosVerbum

Nota : cette review n’est le fruit d’aucun partenariat et ne me rapporte rien, hormis une certaine satisfaction à présenter un logiciel aussi puissant 😉

Sep 2 20

Rendering the Divine Name in Romans 10:13 (Span et al. 2020)

by areopage

   J’ai déjà longuement évoqué la traduction de Rom 10.13 dans un précédent billet. A mon avis il est indispensable de bien comprendre pourquoi l’hypothèse d’un tétragramme dans ce passage particulier – et dans les épîtres pauliniennes plus généralement – n’est pas crédible. A défaut, la christologie du Nouveau Testament peut devenir totalement hermétique. Bien que partisan de l’hypothèse de G. Howard (1977), dans une certaine mesure, mon étude de 2007 était déjà parvenue à la conclusion que le nom divin devait plutôt avoir été l’apanage des toutes premières copies non gentiles des Évangiles, des Actes, et de la Révélation (2007 : 302, 306). C’est que, sous la plume paulinienne, les citations de l’Ancien Testament prennent un tour des plus théologique, qu’il ne faudrait pas minimiser.

   Dans le visuel ci-dessus je reproduits Rom 10.13 dans deux traductions, The Scriptures (TS, 2009) et New World Translation of the Holy Scriptures (NWT, 2013) qui toutes deux insèrent le nom divin dans ce verset, la première en hébreu, sous la forme יהוה et la seconde par le nom propre Jehovah. Je n’avais cependant pas remarqué un petit « détail » dans la NWT : le nouveau paragraphe en Rom 10.11. Travaillant principalement avec une version électronique qui ne reproduit pas la mise en page, ce détail m’avait échappé. Enfin détail. Il s’agit d’un choix des traducteurs qui est – pour le moins – contestable. En effet il tente de rompre l’unité de tout le passage de Rom 10:9-15 dans lequel le référent principal est Jésus.

Rom 10:9-15 dans la NWT (Source).

 Span, A.T., Rochester, S.T. & Van Rensburg, F.J., 2020, ‘Rendering the Divine Name in Romans 10:13’, In die Skriflig 54(1), a2560. (2020) (voir ici), reviennent sur ce passage, en considérant les facteurs documentaire et contextuel. Sans surprise leur conclusion est la suivante (je souligne) :

An original Tetragrammaton lacks documentary and contextual support in Romans 10:13. However, the application of a Divine Name passage to Jesus through the κύριος predicate has great significance. The high honours ascribed to Jesus were not the product of later scribal corruption, but form an integral part of Paul’s argument. Jesus is ‘Lord’ in the highest sense possible, and his connection to the Divine Name in Romans 10:13 is unmistakable.

Bien que cette étude s’intéresse peu à la méthode midrashique de Paul, elle en cerne certains aspects, et notamment le recours christologique à l’AT, et recoupe donc bien ma propre analyse. L’étude vaudra surtout pour sa contribution sur une analyse des thèmes théologiques développés par Paul (Christ comme pierre d’achoppement et moyen de salut), et la mise en exergue des éléments contextuels permettant d’affirmer l‘unité de Rom 10:9-15 (ce qui me paraissait évident, encore faut-il le dire et le démontrer).

 

Juin 27 20

4 Évangiles – Les Films (en ligne)

by areopage

   J’ai évoqué en décembre dernier la sortie du coffret des DVD 4 Évangiles – Les Films, aux Éditions Bibli’O. Ils sont désormais disponibles en ligne gratuitement sur le site Bible.is, un un formet des plus pratiques. Il est ainsi possible, chapitre par chapitre, et même péricope par péricope, de visualiser une scène des quatre évangiles.

   Voici pour exemple Matthieu, chapitre 11. Notez que l’outil propose aussi un passage controversé comme le pericope adulterae, en Jean, chapitre 8. Si je ne suis pas un grand amateur de la version Parole de Vie, très « dynamique », trop peut-être, elle a du moins l’avantage d’être agréable à entendre. Ces vidéos permettront de trouver facilement un passage, et peut-être aussi, de capter quelques détails propres à faciliter l’exégèse d’un verset. Le site propose par ailleurs bien d’autres ressources visuelles et sonores, dans une multitude langues.

Juin 10 20

Les peaux de vache de Qumrân (Anava et al. 2020)

by areopage

   Une étude publiée le 2 juin 2020 dans le magazine Cell (Anava et al., 2020, Cell 181, pp.1-14) vient d’apporter un nouvel éclairage à la question controversée de la provenance des manuscrits dits de la mer Morte.

The discovery of the 2,000-year-old Dead Sea Scrolls had an incomparable impact on the historical understanding of Judaism and Christianity. “Piecing together” scroll fragments is like solving jigsaw puzzles with an unknown number of missing parts. We used the fact that most scrolls are made from animal skins to “fingerprint” pieces based on DNA sequences. Genetic sorting of the scrolls illuminates their textual relationship and historical significance. Disambiguating the contested relationship between Jeremiah fragments supplies evidence that some scrolls were brought to the Qumran caves from elsewhere; significantly, they demonstrate that divergent versions of Jeremiah circulated in parallel throughout Israel (ancient Judea). Similarly, patterns discovered in non-biblical scrolls, particularly the Songs of the Sabbath Sacrifice, suggest that the Qumran scrolls represent the broader cultural milieu of the period. Finally, genetic analysis divorces debated fragments from the Qumran scrolls. Our study demonstrates that interdisciplinary approaches enrich the scholar’s toolkit. [Source]

On avait tout envisagé : de la composition ou la copie sur place à l’importation de l’extérieur de la communauté, de la bibliothèque propre à la secte au dépôt précipité de textes pour les préserver des ravages de la guerre des Juifs contre les Romains en 66-73 AD. Pour « jeter un éclairage scientifique sur un débat théologique » (source), une équipe internationale de chercheurs, menée par O. Rechavi, a donc analysé l’ADN de fragments de ces manuscrits. Étude longue et délicate : il a fallu sept ans, et encore, 13 textes seulement ont été passés au peigne fin (sur les 900 manuscrits et 25 000 fragments que compte ce corpus).

Nous avons découvert en analysant des fragments de parchemins que certains textes ont été écrits sur des peaux de vache et de moutons alors qu’auparavant nous estimions que tous étaient écrits sur des peaux de chèvres – Pnina Shor (IAA) [source]

Ainsi les manuscrits ne viennent pas tous du désert ont ils ont été trouvés (où l’on trouve peu de vaches, n’est-ce pas), et ce point est d’une grande importance pour caractériser l’état du texte biblique entre le II/IIIe s. av. JC et le Ier s. ap. JC.

En particulier des fragments (livre de Jérémie) qu’on pensait appartenir à un même manuscrit se sont avérés de provenance différente (les uns composés sur des peaux de chèvre, et les autres sur des peaux de vache).

The different animal source of the Jeremiah scrolls (with 4Q71 and 4Q72a deriving from sheep and 4Q70 and 4Q72b from cow; Figure S3A; Table S5) was shown above to stand in relation to their textual diversity (as 4Q71 and 4Q72a match the short text of the Septuagint, 4Q72b matches the long text of the Masoretic tradition, and 4Q70 reflects an originally independent textual tradition brought closer to the long text). This leads to the conclusion that they represent not only a secluded sect but, rather, the broader cultural milieu of Judea in the Second Temple period. Our analyses of variations in the nuclear genome suggest that a similar pattern of textual plurality applies generally to other scrolls as well because some of them can be identified as brought from elsewhere. Anava et al. 2020 : 9

Or provenance et type de texte (affinités avec la Septante, le texte massorétique, ou tradition indépendante ; voir ici) sont de nature à éclairer, non seulement l’histoire du texte biblique, mais aussi le judaïsme de l’époque du Second Temple. Ainsi l’explique le professeur Mizrahi :

Since late antiquity, there has been almost complete uniformity of the biblical text. A Torah scroll in a synagogue in Kiev would be virtually identical to one in Sydney, down to the letter. By contrast, in Qumran we find in the very same cave different versions of the same book. But, in each case, one must ask: Is the textual ‘pluriformity,’ as we call it, yet another peculiar characteristic of the sectarian group whose writings were found in the Qumran caves? Or does it reflect a broader feature, shared by the rest of Jewish society of the period? The ancient DNA proves that two copies of Jeremiah, textually different from each other, were brought from outside the Judean Desert. This fact suggests that the concept of scriptural authority — emanating from the perception of biblical texts as a record of the Divine Word — was different in this period from that which dominated after the destruction of the Second Temple. In the formative age of classical Judaism and nascent Christianity, the polemic between Jewish sects and movements was focused on the ‘correct’ interpretation of the text, not its wording or exact linguistic form. [source]

Prof. Oded Rechavi (à gauche) et Prof. Noam Mizrahi.

Si des formes différentes du livre de Jérémie ont été importées à Qumrân, on en déduit notamment : 1) que ces formes diverses du texte ne sont pas propres à la secte, 2) qu’elles caractérisent un judaïsme plus large, et 3) que l’interprétation (sectaire ou non) comptait plus que l’exacte lettre (puisqu’elle différait chez les uns et chez les autres).

   L’étude suggère un constat comparable avec les fragments des Chants pour l’holocauste du sabbat (4Q403), oeuvre mystique très populaire à Qumrân dont on pouvait se demander si elle était une idiosyncrasie qumrânienne (11 copies trouvées, ce qui est plus que certains livres bibliques) : « The fact that only Mas1k belongs to haplogroup A wherease the Qumran copies of the work belong to haplogroup B suggests that the work was known beyond Qumran caves » (p.10). Comme on le voit les résultats de cette longue, fastidieuse et très-technique analyse sont très prometteurs, car ils pourront sans doute lever le voile sur la provenance (voire le « milieu ») des manuscrits, mais aussi, pourquoi pas, questionner de précédentes reconstitutions.

   Jusqu’à présent, ce qu’on appelle la QSP (Qumran Scribal Practice), la Pratique Scribale de Qumrân, était caractérisée par des informations essentiellement calligraphiques et linguistiques (cf. p.9 et Tov 2004). On pourra désormais y ajouter, avec prudence et surtout patience, la paléogénomique.

En savoir plus : Étude originale : en ligne, PDF | Info chrétienne | RTBF | France Info | Times of Israel | The Jerusalem Post | Libération | Science Daily | Live Science | AF-Tel Aviv | Géo | Breakingnews | Science Daily

Mai 27 20

Bearing YHWH’s Name at Sinai (Joy Imes, 2018)

by areopage

   Bearing YHWH’s Name at Sinai – A Reexamination of the Name Command of the Decalogue (Bulletin for Biblical Research Supplement 19, Eisenbrauns, 2018) de Carmen Joy Imes, est le fruit d’une thèse de doctorat soutenue au Wheaton College en 2016, sous la direction de Daniel I. Block et Sandra L. Richter.

Encore une monographie sur le nom divin ?

Il est vrai que le Nom suscite de nombreuses études, toutes plus passionnantes les unes que les autres. Citons parmi les plus récentes : Gertoux 2002, McDonough 2011, Shaw 2014, Willkinson 2015, Surls 2017, Furuli 2018, Evans 2019 (voir ici la thèse de 2006). Il en est quelques-unes dont je n’ai pas encore pris connaissance (oui, les prix sont souvent dissuasifs et tancent les ardeurs) : Lepesqueux 2019 et Ben-Sasson 2019. Sans compter les travaux déjà parus sous forme de thèse, mais non encore publiés dans leur forme définitive, au premier rang desquels la magistrale étude de Meyers 2017 (la plus intéressante de toutes à mon avis), et qui paraîtra en septembre prochain. Comme on le constate, les études de abondent – et il s’agit là d’une goutte dans un immense océan – ce qui montre bien à quel point le sujet d’étude est important et passionnant.

The Name Command (NC) is usually interpreted as a prohibition against speaking Yhwh’s name in a particular context: false oaths, wrongful pronunciation, irreverent worship, magical practices, cursing, false teaching, and the like. However, the NC lacks the contextual specification needed to support the command as speech related. Taking seriously the narrative context at Sinai and the closest lexical parallels, a different picture emerges—one animated by concrete rituals and their associated metaphorical concepts. The unique phrase ns’ shm is one of several expressions arising from the conceptual metaphor, election as branding, that finds analogies in high-priest regalia as well as in various ways of claiming ownership in the Ancient Near East, such as inscribed monuments, the use of seals, and the branding of slaves. The NC presupposes that Yhwh has claimed Israel by placing Yhwh’s own name on her. In this light, the first two commands of the Decalogue reinforce the two sides of the covenant declaration: “I will be your God; you will be my people.” The first expresses the demand for exclusive worship and the second calls for proper representation. As a consequence, the NC invites a richer exploration of what it means to be a people in covenant with Yhwh—a people bearing his name among the nations. It also points to what is at stake when Israel carries that name “in vain.” The image of bearing Yhwh’s name offers a rich source for theological and ethical reflection that cannot be conveyed nonmetaphorically without distortion or loss of meaning.

L’étude de Joy Imes s’inscrit dans se cadre, et s’intéresse de près – de très près – au commandement du décalogue contenu en Exo 20.7 (cf. Deu 5.11) : לֹא תִשָּׂא אֶת שֵׁם יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לַשָּׁוְא. On traduit généralement ce commandement (appelé NC par l’auteur pour Name Command) par : tu ne prendras pas le nom de Jéhovah ton Dieu en vain. Mais sait-on bien ce que signifie l’expression תשא שם ? C’est principalement à cette question que la copieuse étude de Joy Imes tente d’apporter une réponse, qui bouscule quelque peu la traduction conventionnelle de ce passage.

Les deux premiers chapitres abordent la question de la méthode, de l’objectif, et dressent un historique des interprétations. D’emblée Joy Imes fait remarquer que l’expression est plutôt rare et n’exprime pas forcément l’idée d’une énonciation du Nom (comme dans un serment). Ainsi l’expression נשא שם se retrouve dans un passage où il est question pour le grand-prêtre de porter le nom des 12 tributs d’Israël – c’est-à-dire de représenter la nation entière – et de bénir ce peuple destiné à devenir une « royaume de prêtres » (Exo 19.6) parce qu’il est béni et qu’il porte le nom divin en lui (Num 6.23-27).

Car il y a bien des manières de comprendre l’expression תשא שם : la première est de considérer que l’expression est elliptique : « élever le nom… » + expression sous-entendue.

Si on considère que l’expression est elliptique (il faut, pour la comprendre, sous-entendre quelques mots), divers sens émergent (cf. p.10) : élever le nom (sur la main) = jurer, élever le nom (sur les lèvres) = prononcer ou en appeler à. Avec לשוא, cela donne donc : 1. jurer faussement, 2. énoncer le nom divin futilement (de manière futile ou non nécessaire, que ce soit pour un vœu, un serment, ou de manière irrévérencieuse), 3. énoncer le nom divin avec malveillance (pour une malédiction, de la magie), 4. en appeler au nom pour de la futilité (i.e. l’idolâtrie), 5. en appeler au nom divin futilement (hors-propos ou avec hypocrisie).

Chacun des sens se recommandent, sans nécessairement s’exclure les uns les autres. En particulier l’idée de serment trompeur a largement été plébiscitée depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, car elle n’est pas sans parallèles bibliques (Lev 19.12, Exo 23.1, Psa 16.4, Psa 24.4, Hos 4.2, Zac 5.4, Jer 9.7-10 etc). Mais considérer que l’expression נשא שם signifierait « jurer par le nom » pose en fait des problèmes rédhibitoires : 1. il ne s’agit pas d’une expression consacrée figurant dans les contextes de vœux ou serments dans la Bible hébraïque, 2. on ne la rencontre pas non plus dans la littérature du Proche-Orient Ancien dans ce contexte-là, 3. le commandement du décalogue exclut explicitement tout acquittement en cas de transgression ; or Lev 6.1-7 fournit le cadre d’un acquittement pour les parjures [ici précisons quand même que le texte ne dit rien de l’emploi ou non du nom divin]. D’autres problèmes lexicaux ou exégétiques empêchent de retenir ce sens (cf. pp.22-23). Il en va de même pour le sens de prononcer/énoncer le nom divin. Bien que la révérence pour le Nom semble remonter haut dans l’histoire d’Israël (cf. p.25 et note 86), la Bible atteste sans ambiguïté que l’usage du Nom n’était pas interdit :  il était courant dans les bénédictions (Num 6.24-27), et même nécessaire dans les serments (Deu 6.13) ! En fait il convenait d’en faire « mention » (Exo 20.24) ; a contrario il fallait proscrire la mention (= la prononciation) du nom des idoles (Exo 23.13). Sur les sens d’idolâtrie ou de magie, cf. pp.31-34.

Au vrai l’expression נשא שם pourrait désigner… l’ensemble. Puisqu’un nom n’est pas nécessairement quelque chose qui est prononcé – le « nom » désigne aussi une personne et sa réputation – « élever/porter un nom » signifie alors « porter une réputation« , et dans ce cas « dire le nom » ou « jurer par le nom » sont des hyponymes d’une sens plus large : « élever/porter le nom (sur/dans sa propre personne) » = porter la réputation, représenter la personne désignée par le nom (cf. schéma p.38). Dans ce cas la tournure n’est pas elliptique, et il faut lui reconnaître un sens plein, et particulier (cf. p.39).

Cette interprétation non elliptique se trouve dans certains écrits rabbiniques (ex. b. Sabb 33a, b. Ber 6a, b. Pesah 53b ; cf. pp.38-40), mais aussi chez les premiers chrétiens  (ex. Herm. Sim. 9.19.2; 9.13.2 ; 9.28.2 ; 90.2 ; 96.2 ; 105.2 ; cf. p.41).

A partir du chapitre 3, Joy Imes entre plus avant dans la démonstration de sa thèse. En examinant à la loupe des passages comme Exo 20.7 // Deu 5.11, 2Sa 12.28, 2Sa 6.2, 1Ch 13.6, 1Ki 8.43 // 2Ch 6.33, Jer 7.9-12 (cf. Jer 7.14, Jer 7.30), Jer 32.34, Jer 25.29, Deu 28.9-10, Isa 63.19, Jer 14.7, Jer 14.9, 2Ch 7.14, Amo 9.12, Gen 48.5-6, Gen 48.16, Ezr 2.61 // Neh 7.63, Isa 43.7, Deu 7.24, Deu 26.1-2, Deu 12.5, 1Ki 23.27 et quelques autres, elle montre l’importance de bien saisir le sens d’expressions comme שם יהוה נקרא על ou לשכן שמו שם, le nom de Jéhovah est « invoqué » sur / faire résider son nom dans un lieu. Elle en conclut qu’il s’agit d’une revendication de propriété. Le peuple qui est bénéficiaire représente alors Dieu, et toute transgression rejaillit sur le nom divin, et peut le profaner (חלל את-שם ; cf. Lev 20.2-3).

C’est d’ailleurs en analysant minutieusement comment le peuple d’Israël est susceptible de profaner le nom (pp.77-85, cf. Lev 21.1, Lev 21.5-6, Lev 22.32, Amo 2.6-8, Eze 36.20, Mal 1.6-7, Lev 24.14, Lev 24.15-16, Pro 30.8-9, Psa 74.10, Isa 52.5) que Joy Imes illustre ce que signifie réellement le vocable « nom » (שם) (p.85) :

This exploration of the mistreatment of YHWH’s name sheds light on the current study. YHWH’s name (sometimes metonymic for YHWH himself or his reputation) was disparaged both inside and outside the cultic apparatus, through violations involving a range of both words and actions. Especially significant is the association between Israel’s behavior, Israel’s fate, and YHWH’s reputation. When Israel acted badly, YHWH was mocked. Perhaps the expression נשא שם לשוא participates in this field of discourse wherein the close association between YHWH and Israel put YHWH’s « name » at risk because of Israel’s covenant unfaithfulness.

A contrario, la sanctification du Nom peut résulter du bon comportement du peuple de l’alliance (cf. Eze 36.22-23 ; p.86).

Après avoir mis en lumière toutes les nuances induites par le terme שם, Joy Imes s’intéresse à la partie la plus délicate, mais aussi la plus intéressante, à savoir le sens de נשא : ou plutôt ses sens, car les emplois, idiomatiques ou non, sont assez variés : 1. élever/porter (Exo 25.14, Deu 14.24); 2. prendre (Num 16.15), 3. porter (un habit) (1Sa 2.28, 1Sa 14.3, 1Sa 22.18), 4. être l’objet d’une notion intangible (« bearing intangible objects » p.87) : porter/recevoir une bénédiction, malédiction, honneur, etc. Un autre sens relativement courant concerne le fait d’ « élever la voix » (pour parler, pousser un cri, pleurer, etc ex. Gen 21.16, Num 14.1, 2Ki 9.25, Jer 7.29, Job 27.1). Les usages idiomatiques sont quant à eux nombreux : נשא יד, נשא עיני, נשא ראש, נשא פנה, מתנשא, נשא נפש/לב, נשא נפש, נשא אשה, נשא ממלכה (cf. p.89). Pour ce qui est de l’expression au centre des investigations, נשא שם, une énonciation est en vue dans le contexte précis de Psa 16.4 (en raison du segment על-שפתי). Par contre les textes d’Exo 28.12 et Exo 28.29 montrent très clairement que l’expression seule « porter le nom », dans son sens absolu, signifie agir en représentant.

Après avoir étudié le sens que prend l’expression « porter le nom » dans la Septante, les Targums, et la Vulgate notamment, l’auteur conclut (p.100) :

In the Hebrew Bible, נשא never refers to oath taking, and never refers to speech with explicit contextual cues.

Ce ne sont ainsi ni l’usage magique, ni l’usage idolâtrique, ni les vœux non tenus qui sont en vue en Exo 20.7, mais bien plutôt l’idée de porter le nom divin en tant que représentant de Dieu parmi les nations. D’autres considérations permettent d’étayer cette analyse, comme le contexte large dans lequel figure le décalogue (chapitre 4) ou même le cas précis de la symbolique des vêtements du grand-prêtre (cf. Exo 28 ; chapitre 5, cf. pp.58sq). C’est par le peuple choisi que les nations peuvent être bénies (Gen 12.2-3), car c’est au sein du peuple choisi, du peuple de l’alliance, que réside le Nom, et ce peuple a été consacré et séparé des autres nations pour devenir un bien particulier de Dieu (Lev 20.26 ; cf. Deu 26.18-19, Deu 28.9-10).

En résumé

L’étude de Joy Imes (résumée et simplifiée dans cet autre ouvrage) ne dépareille pas la collection Bulletin for Biblical Research Supplement qui fournit, volume après volume, des études d’une impressionnante sagacité. Toujours de haute volée, extrêmement bien documentées, ces monographies permettent de faire le point sur un sujet. Celle de Surls est éminemment recommandable. Celle de Heim n’est pas sans intérêt. Celle de Evans non plus. Celle de Joy Imes, comme on la vu, questionne l’interprétation traditionnelle d’Exo 20.7 – verset pourtant bien connu, s’il en est !

On dit souvent que c’est une interprétation excessive de ce commandement qui est à l’origine du scrupule entourant la seule prononciation du nom divin. On dit aussi que les serments non tenus sont visés dans ce passage. Tout cela est possible, mais ne rend pas pleinement justice, il faut bien le reconnaître, à l’expression נשא שם.

D’abord l’usage du nom divin n’est en rien proscrit dans le Décalogue, puisqu’il y figure 8 fois (cf. Fontaine 2007 : 16). Ensuite l’idée d’un serment par le nom divin ne pose aucun problème, car la Bible même y invite (ex. Deu 6.13, Deu 10.20). L’étude de Joy Imes rappelle donc à-propos que, sans exclure ces sens possibles, l’expression נשא שם יהוה a un sens qui signifie bien davantage que prononcer le nom, ou prononcer le nom divin dans un serment mensonger, ou encore prononcer le nom divin dans le cadre d’un culte idolâtrique. Quand on y regarde de plus près, on comprend que Dieu, qui a choisi un peuple pour y placer son Nom, qui y a établi une prêtrise portant littéralement son Nom (et celui du peuple), qui considère son Nom profané quand son peuple élu n’est pas à la hauteur, véhicule par le commandement d’Exo 20.7 un précepte autrement plus important que l’usage futile ou inopérant de son Nom.

Le peuple porte le Nom, le peuple représente Dieu. Cette responsabilité est telle qu’elle ne tolère aucun écart (cf. Exo 23.21), mais porte en elle le germe d’une bénédiction sans pareille : celle de pouvoir, par son comportement vertueux, glorifier le saint Nom (Eze 36.23).