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Du bon usage des numéros Strong

by areopage on novembre 16th, 2014

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Les numéros Strong donnent l’impression de démocratiser l’accès aux langues originales. Si cela peut contribuer à les faire aimer, et apprendre, c’est une excellente chose. Cependant, à peu de frais, peu de résultats, et il est bien certain qu’il ne suffit pas de piocher dans une concordance pour comprendre ce que signifie tel mot dans tel contexte. J’ai déjà signalé quelques inconvénients du recours aux numéros Strong dans mon Du bon usage des numéros Strong. J’y signales les problèmes connus : James Strong travaillait en anglais sur le texte de la King James, fondé sur le Texte Reçu. Donc, on ne pourra pas trouver d’équivalence parfaite avec les éditions françaises, à plus forte raison les éditions récentes qui ont un texte éclectique (en général basé sur le GNT4 ou le NA27). On trouve des exemples du genre d’erreurs auxquelles cela peut conduire en Luc 18.25 ou Jean 9.8. De plus, les textes encodés avec le système des numéros Strong ne le sont pas intégralement, et certains mots sont laissés de côté : toute extraction de données à des fins statistiques aura donc une pertinence limitée.

Je n’avais toutefois pas abordé un autre volet des problèmes liés aux numéros Strong : la pseudo-exégèse, sujet un peu vaste à mon goût, et que des personnes comme Romerowski ont déblayé avec brio. Je suis donc ravi de voir qu’une personne s’y est attelée en cinq parties : How NOT to Use Strong’s Concordance – How NOT to Use Strong’s Concordance/2 – How to Properly Use Strong’s ConcordanceStrong’s Concordance – A Good ExampleIs Strong’s Concordance Reliable ?

Je vous recommande instamment d’en prendre connaissance !

Mais s’il faut résumer en quelques mots :

1. La concordance de Strong n’est pas un dictionnaire. Elle ne définit pas les mots mais propose de courtes gloses, sorties de leur contexte. Or un mot sorti de son contexte a peu, voire pas, de sens. Quand il y a plusieurs gloses, comment choisir ? Qui ne connaît pas la langue, ou n’a pas une compréhension fine du passage, ne pourra choisir efficacement. L’intérêt est donc nul et le danger, que j’ai souvent observé, c’est de choisir au hasard ce qui convient mieux au sermon préparé. On pioche donc à l’envi, sans rigueur. Et plus c’est anecdotique, étymologique, cocasse ou inhabituel… mieux c’est. Ce peut être amusant, mais en aucun cas sérieux.

2. Le recours à Strong incite à tenter des rapprochements étymologiques fallacieux (sur ce point, voir Carson, Silva, Romerowski, Cotterell et Turner, Black, Barr, etc.). Décomposer un mot en ses unités historiques ne revient pas à redécouvrir un sens « primitif »qui expliquerait son usage actuel. Au mieux, c’est inutile. Au pire, c’est un contresens.

3. Doté d’un tel corpus pratique, l’analyse statistique est tentante. Mais étudier la fréquence d’un mot n’est pas étudier le concept qu’il désigne (accidentellement çà et là) dans son entier. D’où l’importance d’étudier le sens plutôt que le vocable utilisé (et à sa manière, Logos 6 commence à contribuer à cette approche avec Sense Lexicon et ses Cultural Concepts ; en français le Dictionnaire des Mots et des Expressions de la Bible par J. Cochrane aux DEQ peut rendre de bons services).

Ne noircissons cependant pas le travail extraordinaire opéré par J. Strong : il est utile, encore aujourd’hui, et tous les logiciels bibliques du marché fonctionnent, en totalité ou en partie, grâce à son système ou à un système directement dérivé (Goodrick-Kohlenberger). Cependant, il faudra toujours se fier en premier lieu à des outils de recherche lemmatique (dans lesquels le lemme est recherché plutôt qu’un numéro Strong), à moins d’être assuré de la fiabilité de l’encodage. Parmi les initiatives appréciables, celles de Tauber pour le texte grec de Tishendorf (8e éd.) et de la SBL. Le site de Unbound propose également de nombreux textes encodés (NT, LXX, versions anglaises). Et pour l’hébreu, Zefania fournit une belle sélection également.

Notez que désormais Bible Parser prend le partie de ne jamais dissocier un verset de son contexte dans la consultation biblique. Le survol d’un mot permet instantanément d’en saisir le sens de base (et pour les amateurs, le numéro Strong reste indiqué). Mais une fonction en option permet d’afficher une traduction plus « contextuelle » (celle de Louis Segond pour le segment considéré), et l’on a tôt fait de comprendre que les sens proposés par Strong (double-clic) nécessitent une prise en compte du contexte…

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Les nouveaux Dictionnaires, actuellement en développement, permettront de balayer toutes les références et tous les outils simultanément : concordance lemmatique, dérivés, équivalents hébreux ou grecs, synonymes, expressions idiomatiques ou consacrées, famille sémantique, etc., avec notamment quelques graphiques illustrant les emplois (usage/signification), les instances, les formes… Il n’y aura plus d’excuse à l’exégèse approximative, ou au recours à Strong seul…

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4 Comments
  1. Florent permalink

    C’est un point très secondaire par rapport à votre analyse, pour ne pas dire hors sujet, mais je me demandais comment traduire le mot « Baal », que l’on retrouve beaucoup rattaché à des noms de lieux ou même à Dieu lui-même dans le livre de Jérémie.

    Qu’est ce qui semble le plus pertinent ?

    • areopage permalink

      Bonjour,
      Le terme בעל est un terme qui peut signifier, selon le contexte, maître, mari, seigneur. Son sens principal est ‘propriétaire’. Il peut aussi désigner le nom propre d’une fausse divinité. Et on le trouve même appliqué à יהוה (cf. Osée 2.18-19). Tout dépend vraiment des contextes. De surcroît, il peut y avoir procédé littéraire ou jeu de mots (pour opposer fausse divinité vs vrai Seigneur). Sur Jérémie 23.27, cf. mon ouvrage 2007 : 304.

      • Florent permalink

        Je n’ai pas lu votre ouvrage de 2007 mais je songe à me le procurer.

        De plus, ce que vous dites me rappelle que j’ai eu l’occasion de discuter dernièrement avec des personnes contestant le recours au nom Jéhovah pour préférer « l’Éternel » ou Yahvé en Gen 22:14, ils offraient la traduction Segond 21.

        Yahvé ou Jéhovah, je n’ai pas lu d’ouvrage sur la question depuis un moment, mais il m’apparaît clair que le nom divin contient significativement la voyelle o, quand on considère tous les noms juifs commençant par Jo ou Jeho en hébreu dans la Bible.

        Cependant, sans rentrer dans ce débat-là, car, d’une part, je crois que vous avez le même avis que moi sur la question, et d’autre part, que d’autres articles ont déjà largement évoqué la question de la prononciation du nom divin dans les commentaires associés, ce qui me chagrine le plus c’est le fait de remplacer ce nom par un autre et je crois que le pire est certainement seigneur, car il jette la confusion sur la distinction père-fils.

        C’est pourquoi j’ai trouvé intéressante votre remarque sur Baal en Jérémie 23:27, car si Baal peut-être traduit en français par seigneur (ou propriétaire, on comprend l’idée d’appartenance et d’autorité), on pourrait lire ainsi ce passage :
        « Avec les songes qu’ils se racontent l’un à l’autre, ils s’ingénient à faire oublier mon Nom à mon peuple; ainsi leurs pères ont-ils oublié mon Nom au profit de « Seigneur » ! » (Bible de Jérusalem)

        Ce que je trouve fort, en développant, c’est que ça revient à réaliser que Dieu nous met en garde sur le fait de remplacer son nom par seigneur… et donc qu’il tient à ce que nous soyons attachés au texte qui renvoie le tétragramme en hébreu là où les traductions modernes mettent autre chose.

        • areopage permalink

          Oui ce point est si crucial que c’est ainsi que je termine mon ouvrage
          Oui on remplace le nom par Baal, par Seigneur. C’est grave.

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