{"id":7535,"date":"2019-06-08T10:16:58","date_gmt":"2019-06-08T09:16:58","guid":{"rendered":"http:\/\/areopage.net\/blog\/?p=7535"},"modified":"2019-06-11T17:20:18","modified_gmt":"2019-06-11T16:20:18","slug":"malscience-chevassus-au-louis-2016","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/areopage.net\/blog\/2019\/06\/08\/malscience-chevassus-au-louis-2016\/","title":{"rendered":"Malscience (Chevassus-au-Louis, 2016)"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><a href=\"https:\/\/amzn.to\/2My6Oq7\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/areopage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/060619.png?resize=229%2C334\" alt=\"\" class=\"wp-image-7536\" width=\"229\" height=\"334\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/areopage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/060619.png?w=342 342w, https:\/\/i0.wp.com\/areopage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/060619.png?resize=206%2C300 206w\" sizes=\"auto, (max-width: 229px) 100vw, 229px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>On pourrait croire que tous les sujets ont \u00e9t\u00e9 abord\u00e9s dans <em><a href=\"http:\/\/areopage.net\/blog\/2019\/05\/26\/la-souris-truquee-broad-wade-1987\/\">La souris truqu\u00e9e<\/a><\/em><a href=\"http:\/\/areopage.net\/blog\/2019\/05\/26\/la-souris-truquee-broad-wade-1987\/\"> de Broad et Wade (1987)<\/a> sur la fraude scientifique et les d\u00e9rives de la recherche dont elle rend compte. Mais trente ans apr\u00e8s, Nicolas Chevassus-au-Louis (docteur en biologie, historien, journaliste) en rajoute une couche actualis\u00e9e dans un volume d\u00e9licieux, <em><a href=\"https:\/\/amzn.to\/2My6Oq7\">Malscience &#8211; De la fraude dans les labos<\/a><\/em><a href=\"https:\/\/amzn.to\/2My6Oq7\"> (Seuil, 2016)<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il sera int\u00e9ressant de comparer les deux \u00e9poques, et, non sans humour, Chevassus-au-Louis entame son <strong>avant-propos<\/strong> en filant comme ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, la m\u00e9taphore de la pathologie qu&rsquo;il reprend d&rsquo;un article de A. Casadevall et F.C. Fang, publi\u00e9 dans <em>Microbe <\/em>: o\u00f9 l&rsquo;on voit des malheureux myst\u00e9rieusement atteints d&rsquo;<em>amnesia originosa<\/em> (incapacit\u00e9 \u00e0 rendre compte de la paternit\u00e9 r\u00e9elle d&rsquo;une id\u00e9e), de <em>nob\u00e9lite <\/em>(\u00ab\u00a0trouble rare mais invalidant, qui ne frappe que les scientifiques les plus reconnus (&#8230;) par des hallucinations auditives en cas d&rsquo;appel t\u00e9l\u00e9phonique de personnes ayant un accent su\u00e9dois\u00a0\u00bb, p.7-8), pathologie pouvant \u00eatre accompagn\u00e9e de maux non moins inqui\u00e9tants, \u00e0 savoir l&rsquo;<em>hyperpromotionnite<\/em>, l&rsquo;<em>areproductibilit\u00e9<\/em>, ou encore l&rsquo;<em>impactite<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Or, \u00e0 pratiquer les laboratoires en observateur depuis une quinzaine d&rsquo;ann\u00e9es, apr\u00e8s les avoir fr\u00e9quent\u00e9s en qualit\u00e9 d&rsquo;apprenti chercheur le temps d&rsquo;une th\u00e8se, nous constatons que cet <em>habitus <\/em>est bien mal en point. A vrai dire, nous ne reconnaissons plus gu\u00e8re ces lieux que nous avons aim\u00e9s. On y parle certes (encore) de science, mais bien moins que de strat\u00e9gies de publication, de financements, de recrutement, de comp\u00e9tition, de visibilit\u00e9, de reconnaissance, et, pour reprendre les termes locaux, de \u00ab\u00a0<em>principal investigator<\/em>\u00ab\u00a0, de \u00ab\u00a0<em>leading project<\/em>\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0<em>first deliverables<\/em>\u00ab\u00a0. (p.9)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;auteur, le milieu scientifique est toujours tenu par cette ancienne devise, <em>publish or perish<\/em>, et gangren\u00e9 par une \u00ab\u00a0explosion de la fraude scientifique\u00a0\u00bb (p.10). Oh certes, il y a de tr\u00e8s nombreux r\u00e9sistants, des scientifiques int\u00e8gres, qui tentent de gripper la machine effroyable \u00e0 broyer. Mais le mal est l\u00e0, et Chevassus-au-Louis entend le d\u00e9crire sans complaisance.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Certains relecteurs de ce manuscrit nous ont fait grief de trop noircir le tableau, de brosser un portrait accablant d&rsquo;un mont scientifique qui, s&rsquo;il compte un nombre croissant de tricheurs et de fraudeurs, n&rsquo;en reste pas moins attach\u00e9 collectivement aux valeurs de probit\u00e9 et d&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle. Nous entendons ce reproche, mais ne pouvons y souscrire. Qui aime bien, ch\u00e2tie bien, dit-on: mais il n&rsquo;est pas question ici de ch\u00e2tier, seulement de d\u00e9crire ; et en tout cas, malgr\u00e9 tout, d&rsquo;aimer. (p.10)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li><em><strong>Fraudeurs en s\u00e9rie<\/strong><\/em><\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Ce chapitre \u00e9voque quelques cas de fraudes, r\u00e9els ou suspect\u00e9s. Le premier concerne la tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre affaire initi\u00e9e par une jeune chercheuse cor\u00e9enne, <strong>Haruko Obokata<\/strong>, qui publie en 2014 dans <em>Nature <\/em>une m\u00e9thode r\u00e9volutionnaire sens\u00e9e transformer un lymphocyte en cellule-source pluripotente (ce qui en mati\u00e8re de th\u00e9rapie \u00e9quivaut \u00e0 rien de moins que le Graal) ; h\u00e9las il s&rsquo;agit d&rsquo;une fraude et le superviseur de la chercheuse, Yoshiki Sasai, qui a cosign\u00e9 l&rsquo;article sans vraiment le superviser de pr\u00e8s, finit par se suicider. Le second cas concerne un sujet connexe int\u00e9ressant le clonage th\u00e9rapeutique humain, survenu plus t\u00f4t et dans le m\u00eame pays : un chercheur nomm\u00e9 <strong>Wook-Suk Hwang<\/strong> publie deux articles dans <em>Science <\/em>(2004) o\u00f9 il pr\u00e9tend avoir r\u00e9ussi \u00e0 cloner un embryon humain \u00ab\u00a0pour en obtenir des lign\u00e9es de souches indispensables (&#8230;) \u00e0 la m\u00e9decine r\u00e9g\u00e9n\u00e9rative\u00a0\u00bb (p.13). Fraude l\u00e0-encore, car certains r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9s, et des images, retouch\u00e9es. Troisi\u00e8me affaire \u00e9voqu\u00e9e, celle <strong>Diederik Stapel<\/strong>, concerne des travaux de psychologie ; parmi les diff\u00e9rentes publications, l&rsquo;une surprenait par un r\u00e9sultat trop net, trop tranch\u00e9, en un mot trop \u00ab\u00a0beau\u00a0\u00bb, selon lequel \u00ab\u00a0les pr\u00e9jug\u00e9s raciaux deviennent plus fr\u00e9quents lorsque la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique s&rsquo;accro\u00eet\u00a0\u00bb (p.15). L&rsquo;id\u00e9ologie, on le voit, n&rsquo;est pas loin de la science, mais l&rsquo;individu est rattrap\u00e9 par les faits en 2011, et doit r\u00e9tracter 55 de ses 130 articles. Le quatri\u00e8me cas provient d&rsquo;une discipline qu&rsquo;on pourrait croire davantage \u00e0 l&rsquo;abri, la physique.<strong> Jan Hendrik Sch\u00f6n<\/strong>, sp\u00e9cialiste de la mati\u00e8re condens\u00e9e, pr\u00e9tend en effet que le silicium des semi-conducteurs pourrait \u00eatre remplac\u00e9 par des mat\u00e9riaux cristallins organiques. Les applications industrielles sont potentiellement vertigineuses, et ses \u00ab\u00a0innombrables articles (jusqu&rsquo;\u00e0 sept par mois !)\u00a0\u00bb (p.17) paraissent tant dans <em>Nature <\/em>que dans <em>Science<\/em>. Le chercheur finit cependant par \u00eatre d\u00e9masqu\u00e9, est d\u00e9chu de son doctorat, et 17 de ses articles sont r\u00e9tract\u00e9s : \u00ab\u00a0il recourait \u00e0 des fonctions math\u00e9matiques g\u00e9n\u00e9rant des r\u00e9sultats plausibles pour des exp\u00e9riences qu&rsquo;il ne menait jamais\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.). Le cinqui\u00e8me cas concerne les travaux d&rsquo;<strong>Igor et Grichka Bogdanoff<\/strong>. Chevassus-au-Louis soutient qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;inepties t\u00e9moignant d&rsquo;une faille dans le processus de relecture par les pairs. Mais il ne s&rsquo;attarde pas sur les minutes de l&rsquo;affaire, qui selon moi sont scandaleuses \u00e0 bien des niveaux (surtout en termes d&rsquo;opacit\u00e9 des processus d&rsquo;\u00e9valuation). L&rsquo;auteur semble regretter que les articles des deux jumeaux fassent encore \u00ab\u00a0partie de la litt\u00e9rature scientifique\u00a0\u00bb, et qu&rsquo;il serait vain de les r\u00e9futer (\u00ab\u00a0perdr[e] son temps [de] r\u00e9futer de telles inepties\u00a0\u00bb, p.20). Belle illustration de l&rsquo;esprit scientifique, qui me force \u00e0 \u00e9mettre la plus vive r\u00e9serve : les articles n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9tract\u00e9s, ni les doctorats d\u00e9chus. Serait-ce la crainte du proc\u00e8s que brandit l&rsquo;auteur ? Il s&rsquo;agirait alors d&rsquo;un cas bien particulier, illustrant une autre faille du milieu : l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9masquer clairement des imposteurs&#8230; Mais jusqu&rsquo;\u00e0 <em>preuve <\/em>du contraire, il faut suspendre son jugement. Et je vois ces deux-l\u00e0, comme <a href=\"http:\/\/areopage.net\/blog\/2016\/06\/26\/la-petite-histoire-des-impostures-scientifiques-harpoutian-2016\/\">Harpoutian<\/a> avec plus de sympathie que d&rsquo;aigreur (voir l&rsquo;ouvrage <em><a href=\"https:\/\/amzn.to\/2Z9ukeA\">L&rsquo;\u00e9nigme Bogdanov<\/a><\/em> de Luis Gonzales-Mestres ou celui de Lubos Motl, <em><a href=\"https:\/\/amzn.to\/2MzTUrI\">L&rsquo;\u00e9quation Bogdanov<\/a><\/em>, pour un \u00ab\u00a0proc\u00e8s\u00a0\u00bb plus \u00e9quitable).<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux cas suivants concernent des \u00ab\u00a0recordmen internationaux\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0ont fait entrer l&rsquo;art de la fraude \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge industriel\u00a0\u00bb (p.21) : les protagonistes en sont le japonais <strong>Yoshitaka Fujii<\/strong> (183 articles r\u00e9tract\u00e9s) et l&rsquo;allemand <strong>Joachim Boldt <\/strong>(88 articles r\u00e9tract\u00e9s), tous deux m\u00e9decins anesth\u00e9sistes, dont le tort est, encore une fois, l&rsquo;invention de r\u00e9sultats d&rsquo;essais cliniques n&rsquo;ayant jamais eu lieu.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>2. Grands fraudeurs, petits menteurs<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres cas sont \u00e9voqu\u00e9s (Summerlin, Burt, Spector, Darsee). Mais le chapitre se consacre plus particuli\u00e8rement \u00e0 la d\u00e9finition de la fraude ou du manquement \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 scientifique, en \u00e9voquant les diff\u00e9rents essais de d\u00e9finition qui ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9s. La d\u00e9finition europ\u00e9enne sp\u00e9cialement \u00e9largit le concept \u00e0 des pratiques critiquables assez larges :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>conflits d&rsquo;int\u00e9r\u00eats, choix s\u00e9lectif et biais\u00e9 des donn\u00e9es pr\u00e9sent\u00e9es dans les articles, auteurs fant\u00f4mes ajout\u00e9s sur une publication \u00e0 laquelle ils n&rsquo;ont pas particip\u00e9, non-communication des donn\u00e9es exp\u00e9rimentales brutes aux coll\u00e8gues en faisant la demande, exploitation du personnel technique dont la contribution n&rsquo;est parfois pas reconnue dans les publications, harc\u00e8lement moral des \u00e9tudiants ou des subordonn\u00e9s, ou encore non-respect des r\u00e9glementations sur l&rsquo;exp\u00e9rimentation animale ou sur les essais cliniques. (p.30-31)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Avec ce type de d\u00e9finition, il y a de quoi faire en effet, et selon l&rsquo;auteur, ces manquements sont de plus en plus fr\u00e9quents. Un milieu particuli\u00e8rement infect\u00e9 para\u00eet \u00eatre celui de&#8230; la biologie. Marginale avant les ann\u00e9es 80, la r\u00e9traction d&rsquo;articles a depuis explos\u00e9, et a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9e par 11 entre 2001 et 2010 (p.34 ; chiffre excluant les <em>serial <\/em>fraudeurs !). Certes vu la gigantesque litt\u00e9rature scientifique, ces r\u00e9tractations restent minimes en proportion (par ex. 0,05% des articles publi\u00e9s dans <em>Nature<\/em>). Mais c&rsquo;est inqui\u00e9tant tout de m\u00eame, d&rsquo;autant que le milieu m\u00e9dical est particuli\u00e8rement touch\u00e9 : \u00ab\u00a0les publications dans ce domaine repr\u00e9sentent 40% du corpus \u00e9tudi\u00e9, mais 52% des r\u00e9tractations\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.). Dans les eaux troubles de la litt\u00e9rature biom\u00e9dicale (et sur ce sujet, voir le d\u00e9capant <a href=\"https:\/\/amzn.to\/31drMOr\">Even 2010<\/a>), il n&rsquo;est pas toujours ais\u00e9 de distinguer l&rsquo;erreur scientifique de la fraude parmi les articles r\u00e9tract\u00e9s, le motif de r\u00e9tractation n&rsquo;\u00e9tant pas toujours r\u00e9v\u00e9l\u00e9. Une \u00e9tude portant sur 2047 articles r\u00e9tract\u00e9s \u00e9tablit la proportion suivante : 21% erreur de bonne foi, 43% fraude, 14% article \u00ab\u00a0dupliqu\u00e9\u00a0\u00bb, 9% plagiat, et 13% des conflits entre auteurs. (p.37) Pire, il existe une corr\u00e9lation entre le facteur d&rsquo;impact d&rsquo;une revue (entendre par-la, son prestige) et son taux de r\u00e9tractation pour fraude ou erreur.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Et la France ? Elle n&rsquo;appara\u00eet m\u00eame pas dans l&rsquo;article, signe, peut-\u00eatre, que sa contribution \u00e0 la recherche en biom\u00e9decine est devenue n\u00e9gligeable \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale. A moins (&#8230;) que la culture nationale ne rende les chercheurs fran\u00e7ais plus r\u00e9ticents \u00e0 reconna\u00eetre leurs torts ? (p.37 ; pour supprimer le \u00ab\u00a0peut-\u00eatre\u00a0\u00bb, cf. l\u00e0-encore, <a href=\"https:\/\/amzn.to\/31drMOr\">Even 2010<\/a>).<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est ici qu&rsquo;est cit\u00e9e une \u00e9tude assez connue, qu&rsquo;il vaut la peine de d\u00e9tailler. Il s&rsquo;agit de celle d&rsquo;un sociolgue des sciences, Daniele Fanelli, qui a synth\u00e9tis\u00e9 des enqu\u00eates men\u00e9es aupr\u00e8s de milliers de chercheurs entre 1986 et 2005.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Ses conclusions ? De l&rsquo;ordre de 2% des scientifiques admettent avoir une fois dans leur carri\u00e8re fabriqu\u00e9 ou falsifi\u00e9 des r\u00e9sultats&#8230; soit cent fois plus que le taux de r\u00e9tractation d&rsquo;articles pour fraude. (&#8230;) De fait, 14% des scientifiques d\u00e9clarent avoir connaissance de coll\u00e8gues fraudeurs&#8230; soit sept fois plus que ceux qui reconnaissent avoir un jour fraud\u00e9. [Et si l&rsquo;on s&rsquo;int\u00e9ressait moins \u00e0 la fraude proprement dite qu&rsquo;\u00e0 l\u2019accommodation du r\u00e9sultat ou de la m\u00e9thode], le taux d&rsquo;admission s&rsquo;envole \u00e0 34%. (p.38)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Autrement dit, l\u00e0 o\u00f9 la mesure bibliom\u00e9trique fait \u00e9tat d&rsquo;une proportion de fraude \u00e0 0,02%, les enqu\u00eates sociologiques concluent \u00e0 un taux cent fois plus important : 2%.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>3. Raconter, frauder ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce chapitre ressemble un peu au septi\u00e8me chapitre de <a href=\"http:\/\/areopage.net\/blog\/2019\/05\/26\/la-souris-truquee-broad-wade-1987\/\">Broad &amp; Wade 1987<\/a>, \u00ab\u00a0Le mythe de la logique\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agirait pour un chercheur de r\u00e9soudre une \u00e9nigme en formulant une hypoth\u00e8se, puis en concevant un test capable d&rsquo;en mesurer la validit\u00e9. La pr\u00e9sentation \u00ab\u00a0arch\u00e9typale\u00a0\u00bb r\u00e9pond au sch\u00e9ma suivant : introduction (pourquoi il y a un probl\u00e8me) > mat\u00e9riel et m\u00e9thode (comment y r\u00e9pondre) > r\u00e9sultats (contenu des exp\u00e9riences) > discussion (interpr\u00e9tation des r\u00e9sultats). La m\u00e9canique est belle&#8230; trop peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Ce plan est, peu ou prou, celui des millions d&rsquo;articles scientifiques publi\u00e9s chaque ann\u00e9e dans le monde. Il a le m\u00e9rite de la clart\u00e9, la solidit\u00e9 de sa logique. Il semble transparent exempt de tout pr\u00e9suppos\u00e9. Dans le r\u00e9el, rien ne s&rsquo;est produit comme le d\u00e9crit l&rsquo;article scientifique. (&#8230;) D&rsquo;une certaine mani\u00e8re, un article repose donc sur une mystification. (p.39)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pour \u00e9tayer son propos, Chevassus (que l&rsquo;on m&rsquo;excuse d&rsquo;abr\u00e9ger son nom \u00e0 rallonge) cite quelques auteurs scientifiques illustrant l&rsquo;artificialit\u00e9 de ce sch\u00e9ma (voire sa dangerosit\u00e9), et \u00e9voque en passant les travaux de <strong>Mendel<\/strong>. Ce chercheur ignor\u00e9 de son temps avait raison. Mais les exp\u00e9riences qu&rsquo;il a men\u00e9es ne lui permettait mat\u00e9riellement pas (ou alors, avec 7 chances sur 100 000) d&rsquo;atteindre le chiffre qu&rsquo;il avan\u00e7ait. C&rsquo;est donc un cas probable d&rsquo;arrangement des r\u00e9sultats, conscient ou non, par lui ou un collaborateur. Cet arrangement proc\u00e9dait d&rsquo;une intuition, qu&rsquo;il a eu la chance d&rsquo;avoir bonne&#8230; ce qui n&rsquo;est pas le cas, moralit\u00e9, de tous les chercheurs (par ex. Millikan, cf. p.43-44).<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres petits bricolages plus ou moins fautifs sont indiqu\u00e9s, notamment la retouche d&rsquo;image, ou la valorisation de certains r\u00e9sultats. G\u00e9n\u00e9ralement sans grande incidence, certains cas n\u00e9anmoins induisent en erreur et conduisent \u00e0 l&rsquo;annulation pure et simple d&rsquo;une \u00e9tude (cf. p.47).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>4. La recherche qui trouve<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il n&rsquo;est pas de bon ton de publier un article pour d\u00e9crire une impasse, il ne l&rsquo;est pas davantage de formuler une hypoth\u00e8se de travail qui ne serait pas pleinement confirm\u00e9e. Mais qu&rsquo;entend par \u00ab\u00a0pleinement\u00a0\u00bb ? Rien de moins (et c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 pas mal) qu&rsquo;elle fasse \u00e9tat d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne non d\u00fb au hasard. Soit. Mais o\u00f9 commence le hasard ? Ici entre en jeu une probabilit\u00e9 statistique not\u00e9e \u03c1, et fix\u00e9e arbitrairement \u00e0 \u03c1 &lt; 0,05, c&rsquo;est-\u00e0-dire 1 chance sur 20. On ne discutera pas de la n\u00e9cessit\u00e9 conventionnelle d&rsquo;un seuil (ce qui signifie pourtant que des \u00e9tudes \u00ab\u00a0dans les clous\u00a0\u00bb d\u00e9crivent des ph\u00e9nom\u00e8nes inexistants). Ce qui est plus intriguant, c&rsquo;est la mani\u00e8re subtile par laquelle ce type de seuil peut \u00eatre vicieusement contourn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Deux psychologues nord-am\u00e9ricains ont eu l&rsquo;astucieuse id\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudier les valeurs de \u03c1 rapport\u00e9es dans les exp\u00e9riences d\u00e9crites dans quelque 3557 publications parues en 2008 dans trois revues respect\u00e9es de psychologie exp\u00e9rimentale. Ils ont observ\u00e9 que les valeurs de \u03c1 comprises entre 0,045 et 0,050 soit juste sous le seuil retenu pour faire d&rsquo;une exp\u00e9rience une observation digne d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9e, sont surrepr\u00e9sent\u00e9es. Avec un pic particuli\u00e8rement net entre 0,04875 et 0,05000, qui incite fortement \u00e0 penser que les donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 arrang\u00e9es pour passer juste sous le seuil fatidique, \u00e0 la mani\u00e8re de ces candidats au baccalaur\u00e9at rep\u00each\u00e9s par un jury charitable qui obtiennent si souvent la note moyenne de 10,01. (p.52)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>L&rsquo;informatique moderne permet de trafiquer cette valeur, au besoin, de mani\u00e8re tr\u00e8s ais\u00e9e, ce qui explique peut-\u00eatre pourquoi on observe un taux d&rsquo;\u00e9tude statistiquement significative de plus en plus important, qui fait dire \u00e0 Chevassus (cf. graphique p.55) : \u00ab\u00a0Les chercheurs de 2005 semblent \u00e9tonnamment plus performants que leurs a\u00een\u00e9s\u00a0\u00bb. Le taux de confirmation d&rsquo;une hypoth\u00e8se de d\u00e9part est lui aussi en croissance constante, voire douteuse (cf. p.56-57).<\/p>\n\n\n\n<p>Les chercheurs modernes seraient-ils meilleurs que ceux des g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes ? Il faut plut\u00f4t souligner plusieurs faits : les recherches sont de nos jours de bien plus grande ampleur qu&rsquo;auparavant, ce qui peut consolider la pertinence statistique des r\u00e9sultats ; on ne publie de surcro\u00eet que ce qui marche, et l&rsquo;on se garde bien d&rsquo;indiquer aux concurrents les impasses. En fait il n&rsquo;y a que les \u00ab\u00a0belles histoires\u00a0\u00bb, les hypoth\u00e8ses \u00e9l\u00e9gantes qui ont le bon go\u00fbt d&rsquo;\u00eatre confirm\u00e9es, qui sont publi\u00e9es. Les r\u00e9sultats dits n\u00e9gatifs deviennent alors invisibles, les revues s&rsquo;\u00e9tant risqu\u00e9 \u00e0 la man\u0153uvre n&rsquo;ayant pas connu l&rsquo;int\u00e9r\u00eat escompt\u00e9. Plus subtile, ou tortueux, l&rsquo;hypoth\u00e8se peut \u00eatre formul\u00e9e <em>apr\u00e8s <\/em>connaissance des r\u00e9sultats : dans ce cas il s&rsquo;agit de la r\u00e9\u00e9criture d&rsquo;une d\u00e9marche &#8211; ce que les anglo-saxons appellent joliment le <em>HARKing <\/em>(Hypothesing After the Results Are Known, cf. p.58).<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>5. Cuisine industrielle<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Par nature, l&rsquo;exp\u00e9rimentation scientifique se doit d&rsquo;\u00eatre reproductible. Mais comme on l&rsquo;a vu, il n&rsquo;y a pas toujours int\u00e9r\u00eat \u00e0 le faire, et m\u00eame ce peut \u00eatre carr\u00e9ment impossible (ex. s&rsquo;il faut mobiliser un acc\u00e9l\u00e9rateur de particules qui n&rsquo;existe qu&rsquo;en un seul exemplaire). Ceci \u00e9tant dit, Chevassus alerte sur une v\u00e9ritable crise de reproductibilit\u00e9, sp\u00e9cialement dans le milieu biom\u00e9dical.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2011 par exemple, des chercheurs de la firme pharmaceutique Bayer ont examin\u00e9 67 projets de recherche internes, fond\u00e9s sur des articles de la litt\u00e9rature scientifique. Leurs investigations leur ont permis de constater que seulement 21% des articles \u00e0 l&rsquo;origine des projets contenaient des donn\u00e9es enti\u00e8rement reproductibles, 7% reproductibles \u00ab\u00a0dans les grandes lignes\u00a0\u00bb, et 4% partiellement. Autrement dit, \u00ab\u00a0les deux tiers des \u00e9tudes \u00e9taient impossibles \u00e0 reproduire\u00a0\u00bb  (p.63). Autre \u00e9tude, autre firme, avec un r\u00e9sultat de 11% d&rsquo;\u00e9tudes reproductibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Une vari\u00e9t\u00e9 de raisons expliquant cette crise sont avanc\u00e9es. Dans la recherche biom\u00e9dicale, tout y passe : l&rsquo;areproductibilit\u00e9 peut s&rsquo;expliquer par des conditions de pics d&rsquo;ozone, de saison, de gants manipulateurs&#8230; Quand une renomm\u00e9e prestigieuse est attach\u00e9e \u00e0 une exp\u00e9rience non reproductible, les choses se g\u00e2tent, ce qui est qui arriv\u00e9 dans un laboratoire de neurosciences marseillais, o\u00f9 deux camps s&rsquo;opposaient.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>S&rsquo;ensuit une d\u00e9t\u00e9rioration de l&rsquo;ambiance au sein de l&rsquo;institut, chaque camp \u00e9tant enclin \u00e0 accuser l&rsquo;autre de fraudes ou de tricheries. Faute de s&rsquo;en remettre au verdict de l&rsquo;exp\u00e9rience, qui ne peut \u00eatre rendu, on s&rsquo;en remet aux r\u00e9putations des uns et des autres : si tel chercheur a \u00e9t\u00e9 form\u00e9 par tel ma\u00eetre r\u00e9put\u00e9 pour sa rigueur, il n&rsquo;a pu manquer \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 scientifique. L&rsquo;argument est utilis\u00e9 dans le deux camps [o\u00f9 des int\u00e9r\u00eats commerciaux importants sont par ailleurs en jeu ; p.65]<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de la difficult\u00e9 technique \u00e0 reproduire des exp\u00e9riences, une pratique courante consiste \u00e0 taire les menus d\u00e9tails pouvant aider la concurrence.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;industrie, qui r\u00e9pond \u00e0 des logiques bien diff\u00e9rentes, exige \u00e9videmment une reproductibilit\u00e9 parfaitement fiable, avant d&rsquo;engager des sommes colossales dans la production d&rsquo;un m\u00e9dicament par exemple. Mais elle peut aussi se jouer finement du syst\u00e8me, notamment quand des \u00e9tudes alertent sur la dangerosit\u00e9 potentielle d&rsquo;une technologie rentable (ex. OGM) ; dans ce cas il ne sera pas rare de voir une \u00e9tude scientifique, financ\u00e9e par l&rsquo;industrie, se d\u00e9soler de son incapacit\u00e9 \u00e0 reproduire une exp\u00e9rience&#8230; d\u00e9rangeante (cf. p.69-70).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em> 6. Concurrence libre et tr\u00e8s fauss\u00e9e<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comment expliquer la d\u00e9gradation des pratiques ? Une hypoth\u00e8se optimiste (<a href=\"https:\/\/journals.plos.org\/plosmedicine\/article?id=10.1371\/journal.pmed.1001563\">Fanelli 2013<\/a>) avance que la vigilance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des manquements est de plus en plus grande. Ce \u00e0 quoi Chevassus ne peut souscrire :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Rien n&rsquo;incite \u00e0 penser que les relecteurs des revues soient devenus de plus en plus critiques. Sinon, comment expliquer que les revues qui ont les taux de rejet des manuscrits soumis les plus \u00e9lev\u00e9s, ce qui laisse \u00e0 penser qu&rsquo;elles sont les plus exigeantes, soient aussi celles qui ont les taux de r\u00e9tractations d&rsquo;articles pour fraude les plus \u00e9lev\u00e9s ? (p.74)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il faut chercher ailleurs l&rsquo;origine des \u00ab\u00a0malversations\u00a0\u00bb : sans doute plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de la \u00ab\u00a0comp\u00e9tition internationale\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9valuation des chercheurs selon le seul crit\u00e8re du prestige de leurs publications\u00a0\u00bb (p.75).<\/p>\n\n\n\n<p><em>The winners takes all<\/em>, le vainqueur prend tout. Il faut donc arriver le premier, l&rsquo;enjeu n&rsquo;\u00e9tant rien moins que la gloire pr\u00e9sente, et le passage \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9. C&rsquo;est d&rsquo;autant plus difficile qu&rsquo;on ne dialogue plus dans un s\u00e9rail de quelques pays : Br\u00e9sil, Afrique du Sud, Inde, et Chine bien s\u00fbr, entrent dans la danse et produisent des chercheurs en nombre. Pour se faire une id\u00e9e, Chevassus indique que \u00ab\u00a0les articles d&rsquo;auteurs chinois (dans les revues index\u00e9es par Web of Science) \u00e9taient au nombre de 41 417 en 2002 et de 193 733 en 2013\u00a0\u00bb (p.76). La Chine est ainsi pass\u00e9e de la cinqui\u00e8me puissance scientifique (nombre d&rsquo;articles publi\u00e9s), \u00e0 la seconde, apr\u00e8s les Etats-Unis. Elle pourrait passer \u00e0 la premi\u00e8re place d&rsquo;ici \u00e0 2022. Pour l&rsquo;instant cette progression est plus quantitative que qualitative (ce que l&rsquo;on mesure au taux de citation). La donne pourrait cependant changer. Dans ce contexte, on le comprend, la pression est forte, la concurrence est rude.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <em>nombre <\/em>de publications, et parfois le facteur d&rsquo;impact, d\u00e9termine directement la niveau de r\u00e9mun\u00e9rations ou le recrutement dans des institutions prestigieuses. Voil\u00e0 encore \u00ab\u00a0un puissant facteur fraudog\u00e8ne\u00a0\u00bb (p.79). Pour ne rien arranger, les plus grands financeurs (comme le NIH aux Etats-Unis) rejettent de plus en plus de demandes de subventions, dotant toujours plus&#8230; les chercheurs les plus dot\u00e9s (le fameux \u00ab\u00a0effet Matthieu\u00a0\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>La France ne fait pas exception. (&#8230;) Pour lancer une exp\u00e9rience, tester une hypoth\u00e8se, voire, de plus en plus souvent, recruter le personnel n\u00e9cessaire, un chercheur fran\u00e7ais doit aujourd&rsquo;hui passer sous les fourches caudines de l&rsquo;Agence nationale de la recherche (ANR), qui lui accordera, ou non, un financement. Avec un taux de succ\u00e8s, l\u00e0 encore, qui ne cesse de d\u00e9cro\u00eetre : 26% \u00e0 la cr\u00e9ation de l&rsquo;ANR en 2005, 9% en 2014. (p.80 ; nous y reviendrons avec <a href=\"https:\/\/amzn.to\/2Wl2ZUW\">S\u00e9galat 2009<\/a>)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pour \u00eatre financ\u00e9 au fond, il faut publier. Plus la liste des publications d&rsquo;un chercheur s&rsquo;allonge, plus ses chances d&rsquo;obtenir un financement augmentent. C&rsquo;est cette \u00ab\u00a0hyperproductivit\u00e9\u00a0\u00bb malsaine qui explique pourquoi les chercheurs d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, sur le papier, cherchent mieux et trouvent plus que leurs a\u00een\u00e9s. En la mati\u00e8re &#8211; c&rsquo;est m\u00eame un sport &#8211; certains chercheurs surclassent de loin les autres : parmi les exemples cit\u00e9s, deux plut\u00f4t amusants sont fournis : R. <strong>Katritzky <\/strong>(qui a cosign\u00e9 2215 articles entre 1953 et 2010, soit un tous les dix jours) et D. <strong>Raoult <\/strong>(1252 articles entre 1996 et 2011, et 800 de plus depuis).<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Comment croire qu&rsquo;un scientifique puisse participer r\u00e9ellement \u00e0 des recherches d\u00e9bouchant sur quasiment une publication par semaine ? De deux choses l&rsquo;une. Soit, mandarinat aidant, il ajoute son nom \u00e0 tout travail issu du laboratoire qu&rsquo;il dirige, une pratique h\u00e9las banale. Soit ses articles peuvent \u00eatre l\u00e9gitimement suspect\u00e9s d&rsquo;\u00eatre b\u00e2cl\u00e9s. L&rsquo;un n&rsquo;exclut du reste pas l&rsquo;autre. Dans les deux cas, on ne peut que s&rsquo;inqui\u00e9ter de cette inflation du nombre de publications par chercheur, dont le cas Didier Raoult, qui reconna\u00eet du reste ne pas relire les manuscrits comportant sa signature avant soumission, n&rsquo;est que l&rsquo;exemple le plus \u00e9norme. (p.82-83)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p><em><strong>7. Comment publier sans chercher<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La course \u00e0 la publication est ainsi encourag\u00e9e, pour ainsi dire, par un syst\u00e8me complaisant et passablement absurde. Chevassus d\u00e9crit alors quatre mani\u00e8res pour un chercheur d&rsquo;allonger la liste de ses publications : \u00ab\u00a0plagier, voler, sous-traiter et m\u00e9caniser\u00a0\u00bb (p.85).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le plagiat les rouages sont subtils, et il peut m\u00eame arriver qu&rsquo;un auteur s&rsquo;auto-plagie, par exemple en republiant ses r\u00e9sultats l\u00e9g\u00e8rement modifi\u00e9s, ou dans une autre langue, ou en plusieurs morceaux. D&rsquo;autres se lancent dans des \u00ab\u00a0m\u00e9ta-analyses\u00a0\u00bb (synth\u00e8se d&rsquo;un grand nombre d&rsquo;\u00e9tudes) potentiellement parasit\u00e9e par de multiples biais m\u00e9thodologiques, dans lesquelles les r\u00e9sultats d&rsquo;une \u00e9tude particuli\u00e8re peuvent potentiellement \u00eatre compt\u00e9s plusieurs fois dans les \u00ab\u00a0nouveaux\u00a0\u00bb r\u00e9sultats.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la p\u00e9riode comprise entre 1979 et 2012 (secteur biom\u00e9dical), une \u00e9tude cit\u00e9e montre que ce sont principalement la Chine, l&rsquo;Inde, le Japon et la Cor\u00e9e du Sud qui sont responsables de la moiti\u00e9 des r\u00e9tractations pour plagiat (cf. graphique p.89), ce qui trahit sans doute la pression exerc\u00e9e sur les chercheurs de ces pays pour exister \u00e0 tout-prix sur la sc\u00e8ne scientifique internationale (et rajoute une pression suppl\u00e9mentaire aux chercheurs des autres pays).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les affaires de vol ou appropriation de paternit\u00e9, quatre cas f\u00e9minins sont \u00e9voqu\u00e9s (Franklin, Bell, Gautier, Kaplan cf. p.90).<\/p>\n\n\n\n<p>Tout aussi immorale, la pratique de la sous-traitance consiste \u00e0 monnayer le traitement de r\u00e9sultats &#8211; quelle que soit leur qualit\u00e9 &#8211; ou pire, d&rsquo;acheter carr\u00e9ment sa signature dans un article \u00e0 para\u00eetre en bonne et due forme ! Mais <em>quid <\/em>du processus de relecture ?<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Nombre de revues, un rien paresseuses et rechignant \u00e0 trouver un sp\u00e9cialiste dispos\u00e9 \u00e0 expertiser le manuscrit soumis, demandent en effet aux auteurs de sugg\u00e9rer quelques noms de relecteurs possibles. Pourquoi ne pas se recommander soi-m\u00eame, sous un quelconque pseudonyme assorti d&rsquo;une adresse \u00e9lectronique cr\u00e9\u00e9e pour la cause ? Plus de 200 articles ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9tract\u00e9s depuis 2012, apr\u00e8s d\u00e9couverte qu&rsquo;ils avaient \u00e9t\u00e9 expertis\u00e9s par leurs propres auteurs, presque tous chinois ou sud-cor\u00e9ens. (p.94)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Officiellement ce type de corruption a \u00e9t\u00e9 mis sur la sellette. Qu&rsquo;il ait pu exister, ou existe encore, a de quoi laisser pantois.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin la <em>m\u00e9canisation <\/em>de la production d&rsquo;articles \u00e9l\u00e8ve un peu plus le niveau d&rsquo;audace : il s&rsquo;agit de confier la g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;un texte \u00e0 un logiciel, qui s&rsquo;acquittera de la t\u00e2che en n&rsquo;oubliant ni graphique, ni sch\u00e9ma, ni charabia jargonnant visant \u00e0 endormir le <em>referee<\/em>. Impubliable ? M\u00eame pas. Des articles g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le logiciel SCIGen ont \u00e9t\u00e9 accept\u00e9s dans des revues \u00e0 comit\u00e9 de lecture, et dans des conf\u00e9rences (p.95)&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>8. Qui paye d\u00e9cide<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En mati\u00e8re de financement, il ne faut point se leurrer : la contribution du secteur public est tr\u00e8s insuffisante. Le recours au priv\u00e9 est donc imp\u00e9ratif, et la situation est telle qu&rsquo;une pratique admise consiste \u00e0 surfacturer aupr\u00e8s des industriels pour pouvoir mener des recherches sur des projets plus personnels (p.100).<\/p>\n\n\n\n<p>Le recours au priv\u00e9 est l\u00e9gitime. Mais il a un revers, nomm\u00e9 <em>funding effect<\/em>. En \u00e9tudiant les conflits d&rsquo;int\u00e9r\u00eats, surtout dans le secteur des m\u00e9dicaments, on s&rsquo;est ainsi rendu compte qu&rsquo;un laboratoire non financ\u00e9 par une firme avait tendance \u00e0 trouver des r\u00e9sultats plut\u00f4t n\u00e9gatifs, ceux financ\u00e9s par une firme des r\u00e9sultats plut\u00f4t positifs&#8230; et ce &#8211; l\u00e0 le bas blesse ! &#8211; \u00e0 qualit\u00e9 m\u00e9thodologique \u00e9quivalente.<\/p>\n\n\n\n<p>Le prestige d&rsquo;un article paru dans une revue \u00e0 comit\u00e9 de lecture n&rsquo;en continue pas moins d&rsquo;exercer une fascination que les industriels ont bien cern\u00e9e. On s&rsquo;en est rendu compte avec acuit\u00e9 dans le secteur du tabac lorsque le Council for Tabacco Research a rendu publiques ses archives. Les millions de documents montraient une strat\u00e9gie qui fait passablement froid dans le dos. La firme Philip Moris par exemple a d&rsquo;abord <strong>1.<\/strong> financ\u00e9 des \u00e9tudes contestant le lien entre tabagisme et cancer ; mais quand la th\u00e8se s&rsquo;est vue d\u00e9savou\u00e9e de toutes parts, elle a chang\u00e9 son fusil d&rsquo;\u00e9paule et financ\u00e9 <strong>2.<\/strong> des \u00e9tudes niant les effets n\u00e9fastes du tabagisme passif ; en vain, l\u00e0 encore ; elle s&rsquo;est donc attach\u00e9 \u00e0 soutenir financi\u00e8rement <strong>3.<\/strong> les \u00e9tudes visant \u00e0 d\u00e9montrer les effets potentiellement b\u00e9n\u00e9fiques de la nicotine&#8230; (p.103)<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui s&rsquo;illustre dans le secteur du tabac fonctionne aussi pour appuyer parfois des th\u00e8ses complotistes (p.105-106), ou des sujets br\u00fblants d&rsquo;actualit\u00e9 comme les OGM (p.107-108). Moralit\u00e9, la science quand elle est financ\u00e9 par des int\u00e9r\u00eats particuliers peut r\u00e9pondre&#8230;  \u00e0 des int\u00e9r\u00eats particuliers, nonobstant les processus de v\u00e9rification par les pairs.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>9. Plaire au chef<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce chapitre repend la th\u00e9matique du chapitre huit de <a href=\"http:\/\/areopage.net\/blog\/2019\/05\/26\/la-souris-truquee-broad-wade-1987\/\">Broad &amp; Wade 1987<\/a>, \u00ab\u00a0Ma\u00eetres et apprentis\u00a0\u00bb, en y adjoignant des exemples compl\u00e9mentaires. Les diff\u00e9rents profils ou situations fraudog\u00e8nes sont \u00e9voqu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>En passant, Chevassus mentionne (p.113) l&rsquo;affaire <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jacques_Benveniste\">Benv\u00e9niste<\/a> sur la \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9moire_de_l%27eau\">m\u00e9moire de l&rsquo;eau<\/a>\u00ab\u00a0. A mon avis, ce chercheur est \u00e0 la limite de ce dont on peut raisonnablement juger. Il \u00e9tait r\u00e9put\u00e9, et s&rsquo;est pli\u00e9 aux r\u00e8gles de l&rsquo;art pour la publication du fameux article qui a mis le feu au poudre. Des atermoiements multiples avaient retard\u00e9 la publication dans <em>Nature<\/em>, et des exigences non ordinaires lui avaient \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es (notamment de tester et re-tester la reproductibilit\u00e9 <em>avant <\/em>publication &#8211; ce qui fut fait aupr\u00e8s de trois laboratoires dans le monde). Le directeur de la publication aurait pu tout bonnement refuser l&rsquo;article. Mais le processus de r\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne repoussa pas son travail (ironie de l&rsquo;histoire, parmi bien d&rsquo;autres d\u00e9rives, un des <em>referees <\/em>se muerait en d\u00e9tracteur opini\u00e2tre). Devant la lev\u00e9e de boucliers g\u00e9n\u00e9rale, on s&rsquo;offusqua bient\u00f4t de voir son travail financ\u00e9 par des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s (et l\u00e0, mauvais coup pour lui, il s&rsquo;agissait des laboratoires Boiron, producteurs d&rsquo;hom\u00e9opathie). On a dit \u00ab\u00a0\u00e0 la limite\u00a0\u00bb car c&rsquo;\u00e9tait de notori\u00e9t\u00e9 publique, et de surcro\u00eet une pratique courante dans l&rsquo;institut o\u00f9 il travaillait (INSERM). Encore de nos jours, faudrait-il frapper d&rsquo;ostracisme tous les chercheurs financ\u00e9s par le priv\u00e9 ? Comme on l&rsquo;a dit, c&rsquo;est inconcevable. Le trublion, au verbe haut, s&rsquo;est finalement fait&#8230; excommunier (oui c&rsquo;est le terme, voir <a href=\"https:\/\/www.jp-petit.org\/science\/gal_port\/Benveniste.htm\">ici<\/a>) de la communaut\u00e9 scientifique. A mon humble avis d&rsquo;observateur, je ne pense pas que Benv\u00e9niste ait \u00e9t\u00e9 un imposteur. Mais il s&rsquo;est fait griller (obstination ou pers\u00e9v\u00e9rance ?) pour n&rsquo;avoir pas tenu compte du fait&#8230; que cela sentait quand m\u00eame bien le soufre autour de lui (et son exp\u00e9rience d\u00e9licate difficile \u00e0 reproduire, et le changement ou l&rsquo;\u00e9volution paradigmatique potentiellement induits) ! Sur ce cas passionnant, cf. <a href=\"https:\/\/amzn.to\/2WVwXTG\">Benv\u00e9niste  2005<\/a>, <a href=\"https:\/\/amzn.to\/31g6UGh\">Schiff 1994<\/a>, <a href=\"https:\/\/amzn.to\/2QSEKMJ\">Lance 2005<\/a> ; de <a href=\"https:\/\/amzn.to\/2WiFyeY\">Pracontal 2005<\/a> et <a href=\"https:\/\/amzn.to\/2KA3Iza\">1990<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>10. Litt\u00e9rature toxique<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Bien entendu la fraude a un co\u00fbt non n\u00e9gligeable : d&rsquo;abord parce qu&rsquo;elle fait suite \u00e0 des financements publics ou priv\u00e9s qui ne produisent donc pas de connaissances. Ensuite parce qu&rsquo;il faut aussi pour la d\u00e9busquer mobiliser des experts, qui peuvent y passer des mois, et si la fraude est av\u00e9r\u00e9e, une suspicion plus ou moins l\u00e9gitime peut alors s&rsquo;abattre sur une revue, une \u00e9quipe, voire un pan entier de la recherche. Enfin, ce qui n&rsquo;est pas d\u00e9masqu\u00e9 peut ralentir le progr\u00e8s, sous forme d&rsquo;assise th\u00e9orique bancale.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Interrogez n&rsquo;importe quel chercheur et il vous citera dans son domaine de nombreux exemples d&rsquo;articles que d&rsquo;aucuns tiennent pour un faux. Au mieux, b\u00e2cl\u00e9s, entach\u00e9s d&rsquo;erreurs grossi\u00e8res. Au pire, frauduleux. Sans m\u00eame \u00e9voquer les articles, plus nombreux encore, qui ne pr\u00e9sentent strictement aucun int\u00e9r\u00eat scientifique, r\u00e9dig\u00e9s pour obtenir une promotion, justifier aupr\u00e8s des bailleurs de fonds une collaboration entre laboratoires, ou tout simplement parce que leurs auteurs manquaient d&rsquo;inspiration, ne faisant que r\u00e9p\u00e9ter des choses connues de longue date. (p.118)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Insipides, inutiles ou frauduleux, de nombreux articles polluent donc la litt\u00e9rature. Aujourd&rsquo;hui la plupart des documents \u00e9tant disponibles num\u00e9riquement, on ne peut que regretter le fait que certaines bases de donn\u00e9es ne r\u00e9f\u00e9rencent pas toujours les articles r\u00e9tract\u00e9s &#8211; la r\u00e9tractation pouvant ne para\u00eetre que dans la version papier, des mois ou des ann\u00e9es apr\u00e8s&#8230; (p.119). Par exemple une \u00e9tude montre que sur les 5500 citations de 180 articles r\u00e9tract\u00e9s entre 2000 et 2010 (secteur biom\u00e9dical toujours), seulement 7% semblaient inform\u00e9s de leur r\u00e9tractation ! (<em>ibid<\/em>.) Les autres b\u00e2tissaient donc sur du sable&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Chevassus d\u00e9taille ensuite le \u00ab\u00a0flou sur les r\u00e9tractations\u00a0\u00bb : non seulement il n&rsquo;est pas ais\u00e9, et long, de proc\u00e9der \u00e0 une r\u00e9tractation, mais dans l&rsquo;immense majorit\u00e9 des cas la d\u00e9marche n&rsquo;aboutit qu&rsquo;\u00e0 une \u00ab\u00a0s\u00e9rieuse suspicion\u00a0\u00bb (p.121), ce qui t\u00e9moigne, une fois de plus, de la fragilit\u00e9 du sacro-saint concept de reproductibilit\u00e9, qu&rsquo;on peut opposer \u00e0 certains, mais pas \u00e0 d&rsquo;autres. Quand l&rsquo;article est bel et bien r\u00e9tract\u00e9, on ne saura pas toujours pourquoi, les revues n&rsquo;\u00e9tant pas friandes sur la publicit\u00e9 des motifs (fraude, plagiat ou erreur), question de prestige oblige.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Il arrive m\u00eame que (&#8230;) certains articles disparaissent du site de la revue (&#8230;) sans pour autant avoir fait l&rsquo;objet d&rsquo;une r\u00e9tractation officielle. (p.122)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Opacit\u00e9 quand tu nous tiens&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>11. Frauder tue<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Mais le plus grave est que la fraude scientifique, du fait qu&rsquo;elle s&rsquo;exerce de mani\u00e8re particuli\u00e8rement marqu\u00e9e dans le domaine biom\u00e9dical, a des cons\u00e9quences concr\u00e8tes sur la sant\u00e9. Pour le dire cr\u00fbment, elle peut tuer. Et a parfois tu\u00e9. (p.125)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Parmi plusieurs exemples atterrants, mentionnons une \u00e9tude publi\u00e9e, au Royaume-Uni, autour des dangers du vaccin Rougeole Oreillons Rub\u00e9ole (ROR), dont les cons\u00e9quences furent une chute drastique des vaccin\u00e9s dans ce pays, avec pour corollaire une envol\u00e9e des cas de rub\u00e9oles, et des cas de rougeoles mortelles (p.129). En enqu\u00eatant sur le sujet, on d\u00e9couvrit que les patients enr\u00f4l\u00e9s dans l&rsquo;\u00e9tude avaient \u00e9t\u00e9 man\u0153uvr\u00e9s, massivement, par des groupes de pression antivaccination&#8230; Le mal \u00e9tant fait, la \u00ab\u00a0suspicion envers la vaccination ROR n&rsquo;est jamais retomb\u00e9e\u00a0\u00bb (p.130).<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>12. Dans la jungle de l&rsquo;\u00e9dition scientifique<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce chapitre tout particuli\u00e8rement int\u00e9ressant s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie des revues \u00e9ditrices. Jusque r\u00e9cemment, leur mod\u00e8le consistait \u00e0 financer le syst\u00e8me par l&rsquo;abonnement des biblioth\u00e8ques ou la contribution des laboratoires. Avec l&rsquo;apparition de l&rsquo;acc\u00e8s libre et gratuit, les choses ont chang\u00e9 : une bonne chose pour la diffusion du savoir assur\u00e9ment, un peu moins bonne cependant pour la qualit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale des contenus.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a fallu inverser la machine : ce n&rsquo;est plus au lecteur de payer, mais \u00e0 l&rsquo;auteur&#8230; Il est ainsi commun de demander \u00e0 un chercheur d\u00e9sirant publier un article de <em>payer <\/em>sa place dans les colonnes d&rsquo;une revue (cela peut co\u00fbter 3000$, cf. p.133) Des fonds sont d&rsquo;ailleurs pr\u00e9vus dans les financements publics \u00e0 cette fin.<\/p>\n\n\n\n<p>On l&rsquo;imagine sans difficult\u00e9 : avec un tel syst\u00e8me, les d\u00e9rives sont nombreuses. D&rsquo;abord l&rsquo;affaire est extr\u00eamement rentable, et les revues ont donc tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 publier un maximum d&rsquo;articles. Ensuite, le chercheur en mal de publication peut y voir, \u00e0 bon droit, une aubaine, pour peu que la revue ait un petit vernis de respectabilit\u00e9. Enfin, plus grave encore, les fonds publics sont <em>doublement siphonn\u00e9s<\/em> : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 pour financer le chercheur (sa recherche <em>et <\/em>l&rsquo;achat de sa publication), de l&rsquo;autre pour acheter la revue on\u00e9reuse et la mettre \u00e0 disposition en biblioth\u00e8que (pour de rares lecteurs initi\u00e9s).<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Le secteur de l&rsquo;\u00e9dition scientifique affiche une sant\u00e9 insolente avec un taux de profit de l&rsquo;ordre de 30% par an ! Il est vrai que rarissimes sont les industries qui ne payent ni leur mati\u00e8re premi\u00e8re (les articles scientifiques) ni une partie de leur main-d&rsquo;oeuvre (les r\u00e9dacteurs qui expertisent les manuscrits soumis) p.135-136.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte on assiste \u00e0 une l&rsquo;\u00e9mergence de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;\u00e9dition scientifique multipliant \u00e0 tous crins les revues en libre-acc\u00e8s. Une estimation faite en 2015 a d\u00e9nombr\u00e9 11 000 revues pr\u00e9datrices de ce genre (400 000 articles publi\u00e9s en 2014).<\/p>\n\n\n\n<p>Un canular mont\u00e9 par un journaliste de <em>Science <\/em>illustre la gravit\u00e9 de la situation : il r\u00e9digea un faux article, sous le pseudonyme Ocorrafoo Cobange, et pr\u00e9tendit travailler au Wassee Institute of Medicine d&rsquo;Asmara (\u00c9rythr\u00e9e). Le nom ne correspond \u00e0 aucun chercheur, et l&rsquo;institut est factice. De surcro\u00eet le journaliste parsema son article d&rsquo;erreurs flagrantes (\u00ab\u00a0d\u00e9tectables par n&rsquo;importe quel \u00e9tudiant en biologie\u00a0\u00bb p.139).<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Pourtant, 157 des 304 revues en acc\u00e8s libre auxquelles ce pseudo-article a \u00e9t\u00e9 soumis ont accept\u00e9 de le publier. Y compris certaines \u00e9dit\u00e9es par des \u00e9diteurs ayant pignon sur rue, en particulier Reeds-Elsevier. (p.137)<\/p><cite><br><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\nUn autre canular a pouss\u00e9 le concept un peu plus loin&#8230;\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"934\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/areopage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/060619b-2.jpg?resize=1024%2C934\" alt=\"\" class=\"wp-image-7570\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/areopage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/060619b-2.jpg?resize=1024%2C934 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/areopage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/060619b-2.jpg?resize=300%2C274 300w, https:\/\/i0.wp.com\/areopage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/060619b-2.jpg?resize=768%2C701 768w, https:\/\/i0.wp.com\/areopage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/060619b-2.jpg?w=1162 1162w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong><em>13. Apr\u00e8s le d\u00e9ni<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Chevassus fait r\u00e9f\u00e9rence explicite au travail de Broad &amp; Wade 1987 dans ce chapitre, indiquant :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Ce livre \u00e9tait le premier, et \u00e0 ce jour encore l&rsquo;un des rares, \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 la fraude scientifique. S&rsquo;y replonger aide \u00e0 prendre la mesure du chemin parcouru en trois d\u00e9cennies. Pour le r\u00e9sumer, la fraude n&rsquo;est plus ni\u00e9e comme elle l&rsquo;\u00e9tait alors, mais la communaut\u00e9 scientifique reste impuissante \u00e0 trouver les moyens d&rsquo;en enrayer la progression. Le corps du livre, la description solidement document\u00e9e de plusieurs cas de fraude scientifique survenus aux Etats-Unis dans la d\u00e9cennie 1970 (voir chapitre 2), n&rsquo;a pas pris une ride. (p.143)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est avec moins de surprise, explique Chevassus, qu&rsquo;on d\u00e9couvre les d\u00e9veloppements de Broad et Wade sur la nature pas toujours rationnelle de l&rsquo;activit\u00e9 scientifique : entre-temps de nombreuses \u00e9tudes sociologiques n&rsquo;ont fait que la confirmer. Puis Chevassus r\u00e9sume certains points de l&rsquo;ouvrage et informe des \u00e9volutions, notamment la cr\u00e9ation d&rsquo;instances ind\u00e9pendantes, au sein des grandes structures, charg\u00e9es d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 scientifique des chercheurs (ex. l&rsquo;Office for Reasearch Integrity, ORI, pour le National Institutes of Health am\u00e9ricain, NIH). Leur efficacit\u00e9, ou du moins leur pouvoir de nuisance pour la carri\u00e8re d&rsquo;un scientifique, a de quoi dissuader la fraude (cf. p.147), car apr\u00e8s \u00ab\u00a0mise \u00e0 l&rsquo;index\u00a0\u00bb, souvent un chercheur ne peut plus gu\u00e8re publier, et quitte le monde scientifique. C\u00f4t\u00e9 europ\u00e9en, on s&rsquo;est aussi dot\u00e9 de structures idoines, quoiqu&rsquo;en ordre tellement dispers\u00e9 qu&rsquo;il a fallu organiser des conf\u00e9rences de mises au point, dont une, \u00e0 Singapour, a permis de mettre en place une charte de r\u00e9f\u00e9rence (reproduite par Chevassus en annexe, p.189-191).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais si efficace que puisse \u00eatre leur action, encore faut-il saisir ces instances, et leur bilan semble assez d\u00e9risoire au regard du ph\u00e9nom\u00e8ne qu&rsquo;elles sont sens\u00e9es endiguer. Il sera bien entendu extr\u00eamement facile \u00e0 un mandarin d&rsquo;\u00e9carter un fraudeur soup\u00e7onn\u00e9, qu&rsquo;\u00e0 un th\u00e9sard, ou post-doc, de faire \u00e9tat de manquements \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 si ces manquements visent un chercheur r\u00e9put\u00e9&#8230; Les interlocuteurs ne sont pas toujours clairement identifi\u00e9s, et la pratique est assez risqu\u00e9e (il faudra le prouver, et \u00eatre capable de se prot\u00e9ger ;  p.148-152).<\/p>\n\n\n\n<p>Devant les risques individuels encourus, certains chercheurs tentent de se faire justice eux-m\u00eames, en se regroupant par exemple en collectif anonyme ; mais la d\u00e9marche anonyme n&rsquo;aboutit que rarement aupr\u00e8s des revues. Plus efficace, la cr\u00e9ation de portails d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la discussion des travaux scientifiques douteux, conna\u00eet un franc succ\u00e8s. Par exemple le site PubPeer publie des commentaires critiques qui plus d&rsquo;une fois ont permis de lancer l&rsquo;alerte sur des r\u00e9sultats ou des pratiques suspicieuses (p.152-153).<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>14. Omerta fran\u00e7aise ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut une affaire retentissante de fraude en France (p.155-156) pour que certains instituts se dotent d&rsquo;organes de surveillance (ex. INSERM \/ D\u00e9l\u00e9gation \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 scientifique ; Pasteur \/ Comit\u00e9 de veille d\u00e9ontologique ; CNRS \/ m\u00e9diateur, comit\u00e9 d&rsquo;\u00e9thique ; INRA \/ d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9ontologie).<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9ni semble donc appartenir au pass\u00e9, mais les affaires instruites sont marginales en nombre ; int\u00e9ressant toutefois, certaines structures ont un p\u00e9rim\u00e8tre assez \u00e9tendu, sp\u00e9cialement sur le probl\u00e8me des conflits d&rsquo;int\u00e9r\u00eats et des cosignatures.<\/p>\n\n\n\n<p>Exception fran\u00e7aise oblige, certains tabous subsistent et l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re sanctionner durement un contrevenant et\/ou \u00e9touffer une affaire plut\u00f4t que faire de la pr\u00e9vention.<\/p>\n\n\n\n<p>Un rapport command\u00e9 par le minist\u00e8re de la Recherche en 2007, et remis en 2010, semble avoir \u00e9mis des r\u00e9serves assez s\u00e9rieuses sur l&rsquo;efficacit\u00e9 des m\u00e9thodes fran\u00e7aises, et sugg\u00e9r\u00e9 des pistes d&rsquo;am\u00e9liorations. Mais le rapport n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 rendu public, et Chevassus n&rsquo;a pu en obtenir la communication (p.159). Le rapporteur est connu et a indiqu\u00e9 que \u00ab\u00a0rien\u00a0\u00bb n&rsquo;avait chang\u00e9 \u00ab\u00a0du point de vue de l&rsquo;action minist\u00e9rielle\u00a0\u00bb suite aux recommandations dudit rapport. On peut ainsi douter, \u00e0 bon droit, \u00ab\u00a0des efforts fran\u00e7ais de lutte contre la fraude\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.)<\/p>\n\n\n\n<p>Chevassus illustre les doutes par le cas de deux acad\u00e9miciens, dont les travaux ont \u00e9t\u00e9 mis remis en question pour importantes anomalies, voire r\u00e9sultats impossibles. Les instances charg\u00e9es du contr\u00f4le se r\u00e9v\u00e8lent alors bien incapables de trancher les affaires, et, de mani\u00e8re tr\u00e8s scandaleuse, se r\u00e9fugient \u00e0 l&rsquo;envi derri\u00e8re des pr\u00e9textes de confidentialit\u00e9 ou des subtilit\u00e9s juridiques (p.162-166). Il ressort qu&rsquo;en France on pr\u00e9f\u00e9rera sanctionner lourdement apr\u00e8s une proc\u00e9dure opaque plut\u00f4t que proc\u00e9der en toute transparence et sanctionner en proportion (cf. p.166).<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>15. D\u00e9linquance scientifique ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une fausse bonne id\u00e9e consisterait \u00e0 p\u00e9naliser la fraude, en portant syst\u00e9matiquement les affaires en justice. Compte-tenu de la nature des d\u00e9bats scientifiques, l&rsquo;exp\u00e9rience montre toutefois que cela peut virer au fiasco : dans les cas graves cit\u00e9s par Chevassus, les chercheurs incrimin\u00e9s soit sont acquitt\u00e9s, soit le tribunal se d\u00e9clare incomp\u00e9tent pour en juger. Dans tous les cas, l&rsquo;acquittement ou le non-lieu sont difficilement synonymes de r\u00e9habilitation r\u00e9elle.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>16. Pour une science lente<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On ne saurait aborder le probl\u00e8me de la fraude sous l&rsquo;angle juridique, en y voyant qu&rsquo;une d\u00e9linquance en col blanc.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>(&#8230;) il est illustoire de croire que des solutions techniques (logiciels de d\u00e9tection de plagiats, de retouches d&rsquo;images, contr\u00f4le statistique accru&#8230;) ou institutionnelles (voir chapitres 13 et 14) permettront de r\u00e9duire l&rsquo;ampleur de la fraude. Ce sont bel et bien les structures sociales de la science qu&rsquo;il faut modifier si l&rsquo;on veut attaquer le probl\u00e8me \u00e0 sa racine. Ces structures sociales fraudog\u00e8nes sont de deux types: celles qui sont internes \u00e0 la communaut\u00e9 scientifique, notamment le fonctionnement du syst\u00e8me de publication ; et celles qui sont (en partie) externes, en particulier l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;activit\u00e9 des chercheurs acad\u00e9miques men\u00e9e par leurs employeurs, universit\u00e9s ou instituts de recherche. (p.177)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Mais comment am\u00e9liorer les \u00ab\u00a0structures sociales\u00a0\u00bb ? Plusieurs approches sont possibles. La premi\u00e8re concerne ce que Chevassus (apr\u00e8s Merton) nomme le <em>communalisme<\/em>, qui consiste au partage des donn\u00e9es. Certaines branches de la recherche l&rsquo;ont fait de longue date ; mais les int\u00e9r\u00eats financiers colossaux ralentissent le processus. Pour autant, ce partage de donn\u00e9es brutes, inh\u00e9rent du point de vue th\u00e9orique \u00e0 une pratique sens\u00e9e de la science, permettrait \u00e0 tout chercheur de v\u00e9rifier la validit\u00e9 d&rsquo;exp\u00e9riences publi\u00e9es, ce qui b\u00e9n\u00e9ficierait \u00e0 l&rsquo;ensemble du secteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Les probl\u00e8mes de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle (42%), ou la crainte de se faire voler les r\u00e9sultats (26%) sont all\u00e9gu\u00e9s en premier lieu. Mais parmi les motifs all\u00e9gu\u00e9s, entre les deux, figure le fait que l&rsquo;institution scientifique dont d\u00e9pend un chercheur \u00ab\u00a0ne l&rsquo;exige pas\u00a0\u00bb (36%). Voil\u00e0 qui est bien surprenant et devrait changer bien vite ! (cf. p.179) C&rsquo;est d&rsquo;autant plus imp\u00e9ratif que des fonds publics \u00e9tant engag\u00e9s, les r\u00e9sultats devraient \u00eatre publics.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>L&rsquo;article, cette belle histoire (&#8230;) n&rsquo;a plus d&rsquo;avenir s&rsquo;il n&rsquo;est pas appuy\u00e9 sur une mise en ligne des donn\u00e9es ayant servi \u00e0 l&rsquo;obtenir. (p.180)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Une autre approche consiste \u00e0 r\u00e9former profond\u00e9ment l&rsquo;\u00e9valuation des chercheurs, sp\u00e9cialement en \u00e9cartant un syst\u00e8me d\u00e9fectueux, la \u00ab\u00a0facteur d&rsquo;impact\u00a0\u00bb (i.e. \u00ab\u00a0la moyenne sur les deux derni\u00e8res ann\u00e9es du nombre de citations des articles parus dans une revue\u00a0\u00bb p.182). Chevassus cite cinq raisons pour lesquelles ce facteur n&rsquo;est pas un bon indicateur (p.183). Les \u00ab\u00a0mesures\u00a0\u00bb concernant le prestige d&rsquo;une revue ou d&rsquo;une institut de recherche souffrent, elles aussi, de biais passablement absurdes (p.184).<\/p>\n\n\n\n<p>En fait on per\u00e7oit avec acuit\u00e9 \u00e0 quel point s\u00e9vit une dictature des indicateurs, qui profite surtout \u00e0 l&rsquo;industrie de l&rsquo;\u00e9dition, extr\u00eamement rentable. Publier moins, mais mieux, permettrait assur\u00e9ment d&rsquo;endiguer la progression de la fraude ; partager les donn\u00e9es brutes, d&rsquo;am\u00e9liorer les contenus ; \u00e9valuer plus \u00e9quitablement, de pr\u00e9venir tentations et d\u00e9rives.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Impressions<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ouvrage de Chevassus actualise les donn\u00e9es de <a href=\"http:\/\/areopage.net\/blog\/2019\/05\/26\/la-souris-truquee-broad-wade-1987\/\">Broad &amp; Wade<\/a> et se lit plus facilement ; il t\u00e9moigne d&rsquo;une exp\u00e9rience \u00ab\u00a0de l&rsquo;int\u00e9rieur\u00a0\u00bb, et s&rsquo;il s&rsquo;int\u00e9resse moins \u00e0 la structure de la science dans son ensemble, il \u00e9met des suggestions fort utiles, notamment pour ce qui touche \u00e0 la \u00ab\u00a0litt\u00e9rature toxique\u00a0\u00bb et au fl\u00e9au des \u00ab\u00a0revues pr\u00e9datrices\u00a0\u00bb. Les sujets abord\u00e9s sont parfois techniques, mais on consultera avec profit ce volume pour se faire une id\u00e9e de l&rsquo;\u00e9tat actuel de la science et de la malscience.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On pourrait croire que tous les sujets ont \u00e9t\u00e9 abord\u00e9s dans La souris truqu\u00e9e de Broad et Wade (1987) sur la fraude scientifique et les d\u00e9rives de la recherche dont elle rend compte. Mais trente ans apr\u00e8s, Nicolas Chevassus-au-Louis (docteur en biologie, historien, journaliste) en rajoute une couche actualis\u00e9e dans un volume d\u00e9licieux, Malscience &#8211; [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-7535","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualites"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p3MfBZ-1Xx","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":7435,"url":"http:\/\/areopage.net\/blog\/2019\/05\/26\/la-souris-truquee-broad-wade-1987\/","url_meta":{"origin":7535,"position":0},"title":"La souris truqu\u00e9e (Broad &#038; Wade, 1987)","author":"areopage","date":"26\/05\/2019","format":false,"excerpt":"Beaucoup de scientifiques admettent que la science n'est autre qu'un syst\u00e8me organis\u00e9 de croyances. 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