{"id":1343,"date":"2014-02-01T19:29:06","date_gmt":"2014-02-01T18:29:06","guid":{"rendered":"http:\/\/areopage.net\/blog\/?p=1343"},"modified":"2014-02-02T21:27:40","modified_gmt":"2014-02-02T20:27:40","slug":"le-christ-juif-boyarin-2013","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/areopage.net\/blog\/2014\/02\/01\/le-christ-juif-boyarin-2013\/","title":{"rendered":"Le Christ juif (Boyarin, 2013)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/2204099589\/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2204099589&amp;linkCode=as2&amp;tag=encyclopaed09-21\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-1344\" alt=\"3101141\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/areopage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/3101141.png?resize=150%2C150\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/areopage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/3101141.png?resize=150%2C150 150w, https:\/\/i0.wp.com\/areopage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/3101141.png?resize=144%2C144 144w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/2204099589\/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2204099589&amp;linkCode=as2&amp;tag=encyclopaed09-21\"><em>Le Christ juif<\/em><\/a> de <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Daniel_Boyarin\">Daniel Boyarin<\/a> (Cerf, 2013) est la traduction fran\u00e7aise d&rsquo;un ouvrage paru en 2012 sous le titre <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/1595588787\/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=1595588787&amp;linkCode=as2&amp;tag=encyclopaed09-21\"><em>The Jewish Gospels<\/em>.\u00a0<\/a><i><a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/1595588787\/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=1595588787&amp;linkCode=as2&amp;tag=encyclopaed09-21\">The Story of the Jewish Christ<\/a>.\u00a0<\/i>J&rsquo;ai achet\u00e9 cet ouvrage \u00e0 sa sortie il y a quelques mois, mais je ne me suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 le lire que r\u00e9cemment. C&rsquo;est que j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 crois\u00e9 les publications de Boyarin \u00e0 quelques reprises dans mes recherches autour des origines du christianisme, sans \u00eatre le moins du monde emball\u00e9 par ses th\u00e8ses, sinon r\u00e9volutionnaires, du moins apparemment innovantes. Il a d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 difficile d&rsquo;ignorer la sortie de ce titre, tant les \u00e9tales de certaines librairies sp\u00e9cialis\u00e9es (comme La Procure, \u00e0 Paris) en ont \u00e9t\u00e9 envahies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le propos de Boyarin est clairement indiqu\u00e9 en vis-\u00e0-vis du titre : \u00e0 la recherche des origines. L&rsquo;auteur tente de montrer qu&rsquo;une christologie haute existait au sein m\u00eame du juda\u00efsme, qu&rsquo;un Messie divin \u00e9tait une id\u00e9e parfaitement concevable et acceptable pour le juda\u00efsme, et qu&rsquo;ainsi le christianisme est un d\u00e9riv\u00e9 juif et purement juif du juda\u00efsme. J\u00e9sus est donc \u00e0 situer au sein du juda\u00efsme, plus particuli\u00e8rement dans sa fange conservatrice, et sa divinisation n&rsquo;est pas choquante d\u00e8s lors qu&rsquo;on accepte l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il soit le Messie. Il faudrait donc reconsid\u00e9rer, en quelque sorte, la mani\u00e8re dont on appr\u00e9hende le christianisme du Ier si\u00e8cle et admettre qu&rsquo;il n&rsquo;aurait rien apport\u00e9 de nouveau qui ne fut d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent dans la tradition juive, particuli\u00e8rement la tradition apocalyptique. Comme l&rsquo;indique la quatri\u00e8me de couverture (<em>idem<\/em>, pp. 13-14), il faudrait aborder l&rsquo;approche du J\u00e9sus historique et des d\u00e9veloppements du christianisme sous cet angle :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question n&rsquo;\u00e9tait pas : \u00ab\u00a0Un Messie divin doit-il venir ?\u00a0\u00bb mais elle \u00e9tait seulement : \u00ab\u00a0Ce charpentier de Nazareth est-il Celui que nous attendons ?\u00a0\u00bb Certains Juifs ont dit oui et d&rsquo;autres non, ce qui n&rsquo;est gu\u00e8re surprenant.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous avez remarqu\u00e9 l&rsquo;expression \u00ab\u00a0Messie <strong><em>divin<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb (cf.p.8, p.70) C&rsquo;est en cela que Boyarin interpelle, puisque pour le suivre il faut imaginer un juda\u00efsme au monoth\u00e9isme plus large qu&rsquo;on ne le per\u00e7oit ordinairement. Un juda\u00efsme <em>binitaire<\/em>, qui, en plus de conna\u00eetre une grande vari\u00e9t\u00e9 de figures ang\u00e9liques, connaissait \u00e9galement une <em>deuxi\u00e8me<\/em> figure divine, intimement li\u00e9e au P\u00e8re. Sa Sagesse, sa Memra ? C&rsquo;est \u00e0 cette figure divine que Boyarin tente d&rsquo;apporter de la consistance. \u00c0\u00a0ces lignes, j&rsquo;ai pens\u00e9 imm\u00e9diatement \u00e0 l&rsquo;ouvrage de <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/0664253954\/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=0664253954&amp;linkCode=as2&amp;tag=encyclopaed09-21\">M. Barker<\/a>, mais il ne m&rsquo;a pas sembl\u00e9 le voir cit\u00e9 (j&rsquo;y reviendrai dans un post ult\u00e9rieur).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Boyarin a g\u00e9n\u00e9ralement re\u00e7u bon accueil, un ph\u00e9nom\u00e8ne qui a \u00e9t\u00e9 amplifi\u00e9 par le fait que cet ouvrage est d&rsquo;abord ais\u00e9 au non initi\u00e9. Mais il faut en pr\u00e9alable souligner un fait essentiel : en fait, rien de ce qu&rsquo;il avance n&rsquo;est nouveau pour les sp\u00e9cialistes. La vision binitaire qu&rsquo;il d\u00e9fend n&rsquo;est pas nouvelle. Elle a \u00e9t\u00e9 mise en \u00e9vidence par d&rsquo;autres, comme Hurtado ou Barker. La matrice juive des \u00e9vangiles a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 abondamment d\u00e9crite par une pl\u00e9thore de savants qu&rsquo;il serait vain d&rsquo;\u00e9num\u00e9rer. Comme le souligne le Pr. <a href=\"http:\/\/www.newrepublic.com\/article\/103373\/books-and-arts\/magazine\/jewish-gospels-christ-boyarin\">Sch\u00e4fer <\/a>dans une critique :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">One would expect Boyarin to jump at these and similar traditions and join in with the growing research literature on this significant topic. But he does nothing of the sort. He does not even bother to mention the relevant literature. Instead he pretends to have invented this wheel, and attributes the discovery of the pre-Christian binitarian Jewish theology to himself.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame si cet ouvrage a des qualit\u00e9s ind\u00e9niables &#8211; parce qu&rsquo;il soul\u00e8ve des questions int\u00e9ressantes et aborde quelques passages qui peuvent \u00eatre m\u00e9connus du grand-public &#8211; il me laisse sur un sentiment tr\u00e8s mitig\u00e9. D&rsquo;abord parce que Boyarin se r\u00e9p\u00e8te souvent, et qu&rsquo;il est parfois difficile de suivre le fil. Il faut r\u00e9guli\u00e8rement s&rsquo;arr\u00eater et se demander <em>o\u00f9<\/em> il veut en venir et\u00a0<em>ce<\/em> qu&rsquo;il veut d\u00e9montrer&#8230; Ensuite, parce qu&rsquo;il part d&rsquo;une id\u00e9e qu&rsquo;il pr\u00e9sente comme contest\u00e9e (la matrice du christianisme par ex. et pour simplifier), avant d&rsquo;en d\u00e9fendre la validit\u00e9&#8230; Mais on ne peut le suivre que si l&rsquo;on accepte que l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il d\u00e9fend est \u00e0 d\u00e9fendre. Enfin, il a tendance \u00e0 des moments cruciaux de son expos\u00e9 &#8211; au moment pr\u00e9cis o\u00f9 ses all\u00e9gations auraient besoin d&rsquo;exemples \u00e9tay\u00e9s et d\u00e9velopp\u00e9s &#8211; \u00e0 renvoyer \u00e0 la litt\u00e9rature secondaire, g\u00e9n\u00e9ralement anglo-saxonne, et g\u00e9n\u00e9ralement difficile d&rsquo;acc\u00e8s au profane. Frustrant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Introduction<\/em> <\/strong>(pp.13-36)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Boyarin esquisse le contexte historique permettant de saisir l&rsquo;attente messianique des Juifs du Ier si\u00e8cle. Puis il interroge la rupture \u00ab\u00a0nette\u00a0\u00bb entre Juifs et Chr\u00e9tiens qui aurait eu lieu en 70 AD (mais si l&rsquo;on est bien inform\u00e9, on sait que les sp\u00e9cialistes n&rsquo;ont pas une vision aussi tranch\u00e9e des faits). Dans la foul\u00e9e, il d\u00e9clare \u00e0 propos de la diversit\u00e9 entre Juifs et Chr\u00e9tiens qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 abolie avec le \u00ab\u00a0pr\u00e9tendu\u00a0\u00bb concile de Yavn\u00e9 (p.24). Mais l\u00e0 encore, il remet en question de vieilles conceptions qui n&rsquo;ont plus cours depuis longtemps. C&rsquo;est donc d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat limit\u00e9. Il va jusqu&rsquo;au IVe si\u00e8cle et s&rsquo;arr\u00eate un temps sur J\u00e9r\u00f4me, et sa fameuse \u00e9vocation des <em>minim<\/em> (lat. <em>minei<\/em>) et des Nazar\u00e9ens qui ne sont \u00ab\u00a0ni juifs ni chr\u00e9tiens\u00a0\u00bb (p.28 sq). Pour Boyarin, cela prouve que la distinction entre Juifs et Chr\u00e9tiens n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 aussi claire qu&rsquo;on le croit. Pour moi, c&rsquo;est surtout le signe qu&rsquo;au IVe si\u00e8cle encore subsistaient des jud\u00e9o-chr\u00e9tiens n&rsquo;acceptant pas le credo de Nic\u00e9e. Cependant, Boyarin a raison de souligner que la distinction de J\u00e9r\u00f4me entre chr\u00e9tiens orthodoxes et Juifs est un peu forc\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un autre aspect de ces prol\u00e9gom\u00e8nes est la th\u00e8se de Boyarin selon laquelle, si tous reconnaissent la juda\u00eft\u00e9 effective de J\u00e9sus et de ses disciples, moins nombreux sont ceux qui connaissent ou reconnaissent leur \u00ab\u00a0christologie haute\u00a0\u00bb (p.34) :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais dans quelle mesure les id\u00e9es qui constituent ce que nous appelons la christologie, l&rsquo;histoire de J\u00e9sus en tant que Messie divino-humain, \u00e9taient \u00e9galement une part (et peut-\u00eatre m\u00eame un \u00e9l\u00e9ment) de la diversit\u00e9 juive du temps, voil\u00e0 ce qui est moins reconnu.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Boyarin se propose donc de passer en revue les traits les plus saillants de ce qui fait, soit disant, le christianisme&#8230; pour en montrer l&rsquo;enracinement dans la plus pure tradition juive. Il termine son introduction par un propos qui ne manque pas d&rsquo;intriguer (p.36) :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;une des id\u00e9es les plus enracin\u00e9es sur la diff\u00e9rence absolue entre juda\u00efsme et christianisme est celle-ci : les chr\u00e9tiens croient que J\u00e9sus \u00e9tait le Fils de Dieu. Commen\u00e7ons donc par l\u00e0 notre parcours.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Chapitre 1 : De Fils de Dieu \u00e0 Fils de l&rsquo;homme<\/em><\/strong><em>\u00a0<\/em>(pp.37-90)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Boyarin s&rsquo;attaque \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle l&rsquo;expression \u00ab\u00a0Fils de Dieu\u00a0\u00bb d\u00e9signerait la nature divine de J\u00e9sus, et \u00ab\u00a0Fils de l&rsquo;homme\u00a0\u00bb, sa nature humaine (p.38-39 ; voir aussi p.42, p.70) :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">(&#8230;) dans le cas de l&rsquo;\u00e9vangile de Marc, c&rsquo;est <em>presque l&rsquo;oppos\u00e9<\/em> : \u00a0\u00ab\u00a0Fils de Dieu\u00a0\u00bb s&rsquo;y r\u00e9f\u00e8re au roi d&rsquo;Isra\u00ebl, le roi terrestre de la maison de David, tandis que \u00ab\u00a0Fils de l&rsquo;homme\u00a0\u00bb renvoie \u00e0 une figure c\u00e9leste et pas du tout \u00e0 un \u00eatre humain.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et l\u00e0 je formule deux observations : d&rsquo;abord, Boyarin n&rsquo;est pas du tout convaincant (voire s\u00e9rieux) quand il cite une version <em>dynamique<\/em> (la <em>Common English Bible<\/em>) qui a fait le mauvais choix de traduire \u00ab\u00a0Fils de l&rsquo;Homme\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0\u00eatre humain\u00a0\u00bb (p.37) pour caract\u00e9riser un consensus, ou <em>a minima<\/em> une position traditionnelle concernant la nature du Fils de l&rsquo;Homme&#8230; Ensuite, il reconna\u00eet une limite s\u00e9rieuse \u00e0 son travail, puisqu&rsquo;il confine sa puissante affirmation au seul \u00e9vangile de Marc. On est donc d&#8217;embl\u00e9e frustr\u00e9 par une all\u00e9gation aussi intrigante \u00e9tay\u00e9e de mani\u00e8re aussi restrictive. Je ne pr\u00e9juge donc pas de la justesse de l&rsquo;id\u00e9e &#8211; en effet l&rsquo;id\u00e9e me para\u00eet fort int\u00e9ressante, peut-\u00eatre bien fond\u00e9e, en tout cas \u00e0 creuser plus avant &#8211; mais je regrette la m\u00e9thode un peu l\u00e9g\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Boyarin rappelle que dans l&rsquo;antique Isra\u00ebl, le messie \u00e9tait un <em>humain<\/em> <em>oint<\/em> pour devenir roi (cf. 1 Samuel 10.1,16.3, 1 Rois 1.34, 19.16, 2 Rois 11.12, 23.30). Le texte central de<strong> Psaume 2.2, 6-7<\/strong> est cit\u00e9 (p.39-40) pour \u00e9tablir le lien entre le Messie (l&rsquo;Oint de Dieu) et sa filiation (par adoption) : quand Dieu d\u00e9clare qu&rsquo;il <em>engendre<\/em> un roi, cela signifie qu&rsquo;il l&rsquo;<em>intronise <\/em>(p.40). Un renvoi crucial est fait vers l&rsquo;ouvrage de <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/0802807720\/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=0802807720&amp;linkCode=as2&amp;tag=encyclopaed09-21\">Adela Y. Collins et J.J. Collins, <em>King and Messiah as Son of God : Divine, Human, and Angelic Messianic Figures in Biblical and Related Literature<\/em><\/a>\u00a0(<em>review<\/em> <a href=\"http:\/\/www.bookreviews.org\/pdf\/7034_7637.pdf\">ici<\/a>). C&rsquo;est l&rsquo;un des nombreux renvois qui invitent \u00e0 \u00e9tendre les investigations, mais laissent le lecteur sur sa faim. Dans sa perspective, l&rsquo;engendrement est purement symbolique et le \u00ab\u00a0roi davidique\u00a0\u00bb ne fait \u00ab\u00a0aucune allusion \u00e0 l&rsquo;incarnation de la divinit\u00e9 dans le roi : <em>Je serai pour toi comme un p\u00e8re, et tu seras pour moi comme un fils<\/em>\u00a0\u00bb (p.41). Ainsi, ce n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0Fils de Dieu\u00a0\u00bb qui est une affirmation spectaculaire au sujet de J\u00e9sus dans les \u00e9vangiles, mais bien \u00ab\u00a0Fils de l&rsquo;Homme\u00a0\u00bb. Et mieux, Boyarin se propose de \u00ab\u00a0faire comprendre comment des Juifs monoth\u00e9istes, en racontant l&rsquo;histoire du Fils de l&rsquo;Homme, ont pu voir en J\u00e9sus Dieu\u00a0\u00bb (p.42).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier texte fondamental cit\u00e9 par Boyarin est <strong>Daniel 7.9-14<\/strong> : dans ce texte un personnage \u00ab\u00a0comme un fils d&rsquo;homme\u00a0\u00bb est intronis\u00e9 par \u00ab\u00a0l&rsquo;Ancien des Jours\u00a0\u00bb pour un royaume \u00e9ternel. Identifi\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus par les chr\u00e9tiens, cette notion de divinit\u00e9 \u00e0 figure humaine n&rsquo;\u00e9tait pas conception \u00e9trang\u00e8re au juda\u00efsme (pp.44 sq). En Marc 14.61-62, J\u00e9sus s&rsquo;applique clairement ce titre. Boyarin examine l&rsquo;histoire de l&rsquo;interpr\u00e9tation de ce titre, son apparition dans le NT (quoique le sujet pourrait \u00eatre facilement plus d\u00e9velopp\u00e9), avant de conclure (p.55) :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Messie-Christ existait dans la pens\u00e9e juive bien avant que J\u00e9sus ne naisse \u00e0 Bethl\u00e9em. Autrement dit : l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un second Dieu, vice-roi de Dieu le P\u00e8re, est l&rsquo;une des plus anciennes id\u00e9es th\u00e9ologiques en Isra\u00ebl.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il n&rsquo;examine pas ni la date du livre de Daniel (une des plus anciennes id\u00e9es, vraiment ?), ni son contexte historique et litt\u00e9raire (sur ce point, je vous conseille <a href=\"http:\/\/books.google.fr\/books\/about\/Le_Livre_de_Daniel.html?id=ZfkbAAAAMAAJ\">M. Delcor, <em>Le Livre de Daniel<\/em><\/a>, Gabalda, 1971 ; Boyarin cite \u00e9galement souvent celui de <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/0800660404\/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=0800660404&amp;linkCode=as2&amp;tag=encyclopaed09-21\">J.J. Collins<\/a>, que je ne connais pas, bien qu&rsquo;il soit sur une de mes \u00e9tag\u00e8res&#8230;). L&rsquo;id\u00e9e ne me choque pas, au contraire je trouve l&rsquo;id\u00e9e plut\u00f4t s\u00e9duisante (\u00e0 mettre en parall\u00e8le avec l&rsquo;Ange de J\u00e9hovah, cf. mon <a title=\"\u05de\u05b7\u05dc\u05b0\u05d0\u05b7\u05da\u05b0 \u05e4\u05b8\u05bc\u05e0\u05b8\u05d9\u05d5 = L\u2019ange de sa face ? (Isa\u00efe 63.9)\" href=\"http:\/\/areopage.net\/blog\/2014\/01\/22\/%d7%9e%d6%b7%d7%9c%d6%b0%d7%90%d6%b7%d7%9a%d6%b0-%d7%a4%d6%b8%d6%bc%d7%a0%d6%b8%d7%99%d7%95-lange-de-sa-face-isaie-63-9\/\">pr\u00e9c\u00e9dent post<\/a>). Mais cette id\u00e9e gagnerait \u00e0 \u00eatre examin\u00e9 plus scrupuleusement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand Boyarin d\u00e9clare \u00ab\u00a0Et le reste n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e9vangile\u00a0\u00bb (p.55), le propos n&rsquo;est pas anodin. Le traducteur fait l&rsquo;affront d&rsquo;en pr\u00e9ciser le lien avec l&rsquo;adage \u00ab\u00a0et le reste n&rsquo;est que litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, mais ce qui m&rsquo;interpelle, c&rsquo;est l&rsquo;esp\u00e8ce de pr\u00e9somption m\u00e9prisante qui s&rsquo;en d\u00e9gage vis-\u00e0-vis du christianisme. Certes on peut se cantonner \u00e0 y voir l&rsquo;affirmation que le reste, c&rsquo;est-\u00e0-dire tout ce qui n&rsquo;\u00e9pouse pas la th\u00e8se du Fils de l&rsquo;Homme divin, n&rsquo;est que litt\u00e9rature (ce qui est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9somptueux). Mais, en y regardant de plus pr\u00e8s, j&rsquo;y vois plus : l&rsquo;\u00e9vangile serait la litt\u00e9rature venue se greffer \u00e0 cette tradition bien r\u00e9elle du juda\u00efsme. Peu respectueux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s ce point somme toute fondamental \u00e0 sa th\u00e8se, Boyarin brode un peu, entre r\u00e9p\u00e9titions et affirmations (par ex. il r\u00e9p\u00e8te presque mot pour mot en p.57 ce qu&rsquo;il dit en p.44). Il en vient \u00e0 une sous-rubrique intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Comment des Juifs en sont venus \u00e0 croire que J\u00e9sus \u00e9tait Dieu\u00a0\u00bb. Encore une fois, cela para\u00eet innovant voire spectaculaire, mais pour moi c&rsquo;est du r\u00e9chauff\u00e9. Il commence par attaquer l&rsquo;ancienne vue selon laquelle la divinit\u00e9 de J\u00e9sus proc\u00e9derait d&rsquo;une \u00ab\u00a0paganisation\u00a0\u00bb tardive du christianisme (p.68), avant de reconna\u00eetre qu&rsquo;il y a quand m\u00eame une seconde approche plut\u00f4t populaire qui d\u00e9c\u00e8le cette divinit\u00e9 d\u00e8s le \u00ab\u00a0contexte religieux juif\u00a0\u00bb (p.69 ; ce qui n&rsquo;est ni plus ni moins que sa th\u00e8se, il n&rsquo;est donc besoin de s&rsquo;appesantir !). L\u00e0, il fait allusion \u00e0 un autre ouvrage important de la discipline, <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/1602581827\/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=1602581827&amp;linkCode=as2&amp;tag=encyclopaed09-21\">D.B. Capes, <em>Israel&rsquo;s God and Rebecca&rsquo;s Children : Christology and Community in Early Judaism and Christianity<\/em><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la rubrique sur le \u00ab\u00a0blasph\u00e8me du Fils de l&rsquo;Homme\u00a0\u00bb (pp.70-73), Boyarin traite d&rsquo;un sujet int\u00e9ressant en soi (le parall\u00e8le entre Daniel 7 et Marc 2.5-11), mais qui, comme bien d&rsquo;autres sections ou consid\u00e9rations, n&rsquo;est pas toujours \u00e9vident \u00e0 relier au th\u00e8me central ou \u00e0 la th\u00e8se d\u00e9fendue (au mieux, c&rsquo;est redondant voire lassant).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec la rubrique \u00ab\u00a0Le Fils de l&rsquo;Homme est ma\u00eetre m\u00eame du sabbat\u00a0\u00bb (pp.73-90), Boyarin aborde les affinit\u00e9s qu&rsquo;on peut d\u00e9celer, ou imaginer, entre l&rsquo;enseignement de J\u00e9sus (on peut sauver une vie le jour du sabbat, cf. Marc 2.23-28, 12.5-6) et l&rsquo;enseignement des sages d&rsquo;Isra\u00ebl. La conclusion est qu&rsquo;en Marc, il n&rsquo;y a pas \u00ab\u00a0un J\u00e9sus qui abolit la Torah mais un J\u00e9sus qui accomplit la Torah\u00a0\u00bb (p.82). Le fil t\u00e9nu de cet autre exemple avec la th\u00e8se d\u00e9fendue est cependant explicit\u00e9 : J\u00e9sus proclame \u00ab\u00a0qu&rsquo;il est le Fils de l&rsquo;Homme disposant de l&rsquo;\u03b5\u0314\u03be\u03bf\u03c5\u03c3\u03b9\u03b1\u0301 (<strong><em>sic!<\/em><\/strong>) en vertu de Daniel 7,14, il devient enti\u00e8rement plausible qu&rsquo;il revendique \u00e9galement la seigneurie sur le shabbat. (&#8230;) Cela ne veut certainement pas dire (&#8230;) que (&#8230;) la Loi serait invalide (&#8230;) Il s&rsquo;agit plut\u00f4t de souligner que David, type du Messie, jouit de la libert\u00e9 \u00a0souveraine d\u2019\u00e9carter certaines parties de la Loi et qu&rsquo;il en va donc de m\u00eame pour J\u00e9sus, le nouveau David, le Messie.\u00a0\u00bb (pp.85-86)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>Chapitre 2 : Le Fils de l&rsquo;Homme dans le 1er livre d&rsquo;H\u00e9noch et le 4e livre d&rsquo;Esdras : d&rsquo;autres Messies juifs du 1er si\u00e8cle<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s&rsquo;agit \u00e0 pr\u00e9sent pour Boyarin d&rsquo;examiner la post\u00e9rit\u00e9 (ou peut-\u00eatre les <em>ramifications<\/em> d\u00e9pendantes ou non) de cette seconde figure divine dans d&rsquo;autres corpus juifs. Mention est faite de l&rsquo;<em>Exagoge d&rsquo;Ez\u00e9kiel le trag\u00e9dien<\/em> (p.91), et surtout de la figure d&rsquo;H\u00e9noch (p.93 sq ; cf. <strong><em>H\u00e9n.<\/em> 46.1-3, 48.1-10, 69.26-29, 70.1<\/strong> ; Gen\u00e8se 5.21-24), de son\u00a0\u00bbapoth\u00e9ose\u00a0\u00bb (p.101 sq), et de son \u00e9tonnante qualification de \u00ab\u00a0Fils de l&rsquo;Homme\u00a0\u00bb (p.104 sq).<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous pouvons donc voir deux traditions parall\u00e8les se d\u00e9velopper \u00e0 partir de <em>1 H\u00e9n<\/em> 14 et de Dn 7 : la tradition d&rsquo;un humain divinis\u00e9 et exalt\u00e9 d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, et de l&rsquo;autre, la tradition d&rsquo;un R\u00e9dempteur qui est semblable \u00e0 un second Dieu et descend pour sauver Isra\u00ebl. (p.107)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour en arriver \u00e0 ce point, Boyarin a des longueurs inutiles. Mais ce qui est pire, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;a pas clairement montr\u00e9 (pas du tout, si je ne m&rsquo;abuse)<em> en quoi<\/em> ce \u00ab\u00a0comme un fils d&rsquo;homme\u00a0\u00bb est un R\u00e9dempteur. Roi oui, figure divine oui, mais R\u00e9dempteur ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De tout fa\u00e7on, les sources restreintes qu&rsquo;il cite, bien que probantes, n&rsquo;apportent pas grand-chose puisque, de son aveu m\u00eame, elles d\u00e9pendent toutes de Daniel 7 (cf. par ex. p.112, p.118). On peut donc tracer la post\u00e9rit\u00e9 de Daniel 7 dans quelques textes, mais d&rsquo;o\u00f9 vient cette figure, est-elle partie int\u00e9grante du monoth\u00e9isme, \u00e9tait-elle identifi\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment, la trouve-t-on dans des traditions ind\u00e9niablement ind\u00e9pendantes, voil\u00e0 qui devrait au c\u0153ur de la discussion, mais para\u00eet contourn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s H\u00e9noch, Boyarin \u00e9voque <strong>4 Esdras 13.1-13<\/strong>. (pour le texte, cf. Pl\u00e9iade, <em>\u00c9crits intertestamentaires<\/em>, pp.1399-1465, sp. 1454). Cette <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Apocalypse_d'Esdras\">apocalypse<\/a> fait \u00e9tat de la vision par Esdras, impressionnante, d&rsquo;un \u00ab\u00a0\u00eatre comme un homme\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0comme une image d&rsquo;homme\u00a0\u00bb d&rsquo;apr\u00e8s les versions syriaque et \u00e9thiopienne, cf. Pl\u00e9iade, p.1455, note) dont la voix fait fondre les ennemis, et la bouche projette un \u00ab\u00a0flot de feu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Boyarin y voit une \u00ab\u00a0combinaison entre le divin Fils de l&rsquo;Homme et le R\u00e9dempteur ou Messie\u00a0\u00bb (p.118), mais n&rsquo;explique pas pourquoi. N&rsquo;\u00e9tant pas familier de<em> 4 Esdras<\/em>, je ne peux donc pas le suivre avec certitude sur cette identification. Il rel\u00e8gue cependant en note (p.118 note 1) un texte qui aurait m\u00e9rit\u00e9 un examen plus approfondi, <em>4 Esdras 12.32<\/em>, o\u00f9 il est question du Messie, issu de la race de David, qui viendra pour la fin des jours d\u00e9noncer les impi\u00e9t\u00e9s. Il aurait pu citer 4 Esdras 13.26 qui \u00e9tablit le caract\u00e8re sot\u00e9riologique de la vision, ou encore 13.32 o\u00f9 Dieu parle de \u00ab\u00a0Mon Fils\u00a0\u00bb au sujet de cette vision. En fait, les vv.25-53 constituent l&rsquo;interpr\u00e9tation de la vision, mais ne sont pas \u00e9voqu\u00e9s par Boyarin, qui, peut-\u00eatre en la supposant aller de soi, encha\u00eene brusquement sur des all\u00e9gations trop fortes pour n&rsquo;\u00eatre pas douteuses : \u00ab\u00a0Cet Homme est le Seigneur. Si J\u00e9sus est Dieu, il en va de m\u00eame de cet Homme selon le m\u00eame raisonnement.\u00a0\u00bb (p.119). Quel raisonnement, au juste ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il aurait \u00e9t\u00e9 int\u00e9ressant de relever les mentions \u00ab\u00a0Fils de l&rsquo;Homme\u00a0\u00bb (ex. 8.44, mais elle concerne les humains) ou \u00ab\u00a0Messie\u00a0\u00bb (ex. 7.28, 29 \u00ab\u00a0Mon fils, le Messie\u00a0\u00bb x2) dans cette apocalypse. Mais non. En tout cas, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de consid\u00e9rations gratuites ou superficielles, Boyarin pointe n\u00e9anmoins un \u00e9l\u00e9ment qui n&rsquo;est pas douteux : il y avait effectivement une figure divine dans le juda\u00efsme \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque intertestamentaire. \u00a0C&rsquo;est le seul point que Boyarin parvient tant bien que mal \u00e0 illustrer : mais \u00e7a, on le savait d\u00e9j\u00e0 !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Chapitre 3 : J\u00e9sus mangeait casher <\/em><\/strong>(pp.123-152)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme le sugg\u00e8re le titre du chapitre, Boyarin entend s&rsquo;attaquer \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue et lui tordre le cou (p.123) :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">De l&rsquo;avis quasi unanime, les \u00e9vangiles sont bien s\u00fbr cens\u00e9s marquer la grande rupture d&rsquo;avec le juda\u00efsme.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si vous n&rsquo;\u00eates pas convaincu(e) par cette affirmation, le reste de la discussion sera, encore une fois, d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat limit\u00e9. Intrigante d&rsquo;ailleurs est sa remarque, p.124 : \u00ab\u00a0Contrairement \u00e0 ce que l&rsquo;on dit souvent, J\u00e9sus mangeait casher selon l&rsquo;\u00e9vangile de Marc\u00a0\u00bb. Encore Marc. Et et le reste du Nouveau Testament ? Il estime d&rsquo;ailleurs, rejoignant le consensus pour une fois, que Marc est le plus ancien \u00e9vangile (p.125). Mais je conteste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En pr\u00e9sentant les Pharisiens comme des r\u00e9formateurs au sein du peuple juif &#8211; en effet, ils voulaient ajouter \u00e0 la Torah \u00e9crite une tradition orale d&rsquo;\u00e9gale valeur, et d\u00e9centrer le culte (sacrificiel) vers, avant la lettre, une religion du Livre (p.124) &#8211; Boyarin d\u00e9crit J\u00e9sus et sa mouvance comme une r\u00e9action conservatrice (p.125) :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous cet angle, le juda\u00efsme de J\u00e9sus a repr\u00e9sent\u00e9 une r\u00e9action conservatrice contre certaines innovations radicales de la Loi apport\u00e9es par les pharisiens et les scribes de J\u00e9rusalem.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 qui pourrait \u00eatre facilement illustr\u00e9 par d&rsquo;autres \u00e9vangiles que Marc, et faire l&rsquo;objet de d\u00e9veloppements pr\u00e9cis, mais Boyarin va se concentrer essentiellement sur un exemple : <strong>Marc 7.1-23<\/strong>, et la non s\u00e9paration des chemins (\u00ab\u00a0the parting of the ways\u00a0\u00bb en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;expression consacr\u00e9e qui d\u00e9signe la s\u00e9paration des chr\u00e9tiens d&rsquo;avec les Juifs au Ier s.), cf. p.127. Ce passage est celui o\u00f9 J\u00e9sus d\u00e9clare, au sujet des ablutions et purifications des mains avant un repas, que ce n&rsquo;est pas ce qui entre dans le corps qui le souille, mais ce qui en sort. Boyarin explique que J\u00e9sus n&rsquo;est pas l\u00e0 en train de permettre la consommation de toute sorte d&rsquo;aliments &#8211; et ce faisant il pense que son interpr\u00e9tation est \u00ab\u00a0[e]n contraste avec quasiment tous les commentateurs chr\u00e9tiens\u00a0\u00bb (p.134). Pour saisir cette interpr\u00e9tation, il faut passer quelques pages de consid\u00e9rations peu utiles. Enfin, Boyarin sp\u00e9cifie qu&rsquo;en fait J\u00e9sus n&rsquo;abolit pas la Loi, mais la d\u00e9fend de l&rsquo; \u00ab\u00a0extension pharisienne\u00a0\u00bb (p.138). On s&rsquo;en serait dout\u00e9. Il propose d&rsquo;ailleurs de lire \u03c0\u03c5\u03b3\u03bc\u1fc7\u00a0en Marc 7.3, non pas \u00ab\u00a0jusqu&rsquo;au coude\u00a0\u00bb mais \u00ab\u00a0avec le poing\u00a0\u00bb (p.139 ; et de renvoyer au <em>JBL<\/em> 85, 1966 : 87-88).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Chapitre 4 : Le Christ souffrant : un midrash sur Daniel<\/em> <\/strong>(pp.153-182)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Boyarin s&rsquo;attaque enfin, logiquement, \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;un Messie souffrant ait pu \u00eatre une id\u00e9e absolument \u00e9trang\u00e8re au juda\u00efsme (p.153) :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">(&#8230;) ce qui divise le plus Juifs et chr\u00e9tiens est l&rsquo;id\u00e9e que le divin Messie pourrait souffrir et mourir. De fait, beaucoup soutiennent que cette croyance (\u00e9labor\u00e9e, suppose-t-on, apr\u00e8s coup) est le trait le plus tangible de la rupture absolue entre les Juifs et leurs nouveaux rivaux, les chr\u00e9tiens.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet l&rsquo;id\u00e9e n&rsquo;\u00e9tait pas centrale, et les savants s&rsquo;en sont rendus compte bien avant Boyarin. \u00c0\u00a0titre d&rsquo;exemple, cet \u00ab\u00a0embarrassant\u00a0\u00bb th\u00e8me du Messie souffrant a \u00e9t\u00e9 explor\u00e9 &#8211; et peut-\u00eatre m\u00eame trouv\u00e9 &#8211; dans l&rsquo;abondante litt\u00e9rature de l&rsquo;\u00e9poque par M.-J. Lagrange, <a href=\"https:\/\/archive.org\/stream\/lemessianismeche00lagruoft#page\/n7\/mode\/2up\"><em>Le Messianisme chez les Juifs<\/em><\/a> (150 av. J.-C. &#8211; 200 ap. J.-C.), 1901, sp\u00e9cialement <a href=\"https:\/\/archive.org\/stream\/lemessianismeche00lagruoft#page\/236\/mode\/2up\">pp. 235 sq<\/a>\u00a0(Lagrange montre que si l&rsquo;id\u00e9e n&rsquo;\u00e9tait certes pas centrale &#8211; on n&rsquo;attendait que trop un Messie glorieux &#8211; elle n&rsquo;\u00e9tait pas forc\u00e9ment m\u00e9connue, mais seulement peut-\u00eatre ignor\u00e9e. Un texte controvers\u00e9, s&rsquo;il \u00e9tait authentique, permettrait de r\u00e9soudre la question : c&rsquo;est le fameux <em>Pugio fidei<\/em> de R. Martin, cf. <a href=\"https:\/\/archive.org\/stream\/lemessianismeche00lagruoft#page\/242\/mode\/2up\">p.243<\/a>\u00a0sq).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Boyarin explique qu&rsquo;on a trop souvent soup\u00e7onn\u00e9 les chr\u00e9tiens, \u00e0 tort, d&rsquo;avoir repris des textes comme\u00a0<strong>Isa\u00efe 53.10-12<\/strong>\u00a0\u00e0 leur compte, inventant de toutes pi\u00e8ces une th\u00e9ologie qui n&rsquo;existait pas ant\u00e9rieurement (p.156) :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce lieu commun doit \u00eatre enti\u00e8rement rejet\u00e9. La notion d&rsquo;un Messie humili\u00e9 et souffrant n&rsquo;\u00e9tait pas du tout \u00e9trang\u00e8re au juda\u00efsme avant la venue de J\u00e9sus et elle est demeur\u00e9e courante chez les Juifs post\u00e9rieurement, et ce jusque dans la p\u00e9riode moderne.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est une affirmation forte, surtout quand on conna\u00eet les textes apocalyptiques de l&rsquo;\u00e9poque. Sur quoi fonde-t-il cette all\u00e9gation, qui finalement soutient le dogme chr\u00e9tien ? Il renvoie derechef\u00a0\u00ab\u00a0pour de bons arguments \u00e0 ce propos\u00a0\u00bb vers l&rsquo;\u00e9tude de M. Hengel, \u00ab\u00a0The Effective History of Isaiah 53 in the Pre-Christian Period\u00a0\u00bb, dans B. Janowski et P. Stuhlmacher \u00e9d., <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/080280845X\/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=080280845X&amp;linkCode=as2&amp;tag=encyclopaed09-21\"><em>The Suffering Servant : Isaiah 53 in Jewish and Christian Sources<\/em><\/a> (Eerdmans, 2004 : 137-145). Intrigant. Mais frustrant !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plut\u00f4t que d&rsquo;illustrer et d&rsquo;\u00e9tayer ce propos, Boyarin r\u00e9p\u00e8te encore et encore qu&rsquo;il faut tordre le coup aux pr\u00e9jug\u00e9s faisant de J\u00e9sus et des chr\u00e9tiens des innovateurs (pp.156-157), et soutient que \u00ab\u00a0des Juifs avaient appris par une lecture attentive de certains textes bibliques que le Messie souffrirait et serait humili\u00e9\u00a0\u00bb (p.157). On ne demande qu&rsquo;\u00e0 prendre connaissance des t\u00e9moignages historiques (puisqu&rsquo;on se doute des textes en question). Mais Boyarin pr\u00e9f\u00e8re aborder la question sous l&rsquo;angle de la m\u00e9thodologie juive du <em>midrash<\/em>. Il cite <strong>Marc 8.27-38, 14.61b-62<\/strong> <em>in extenso<\/em> qu&rsquo;il met en parall\u00e8le avec Daniel 7.25. Pour Boyarin c&rsquo;est l&rsquo;affirmation \u00ab\u00a0Fils de l&rsquo;Homme\u00a0\u00bb qui constitue un blasph\u00e8me pour le grand-pr\u00eatre, et en r\u00e9pondant \u00ab\u00a0Je le suis\u00a0\u00bb [suite \u00e0 la question : <em>es-tu le Fils du B\u00e9ni ?]<\/em>, J\u00e9sus affirme sa divinit\u00e9 en faisant allusion au \u00ab\u00a0Je suis\u00a0\u00bb d&rsquo;Exode 3.14 LXX. Voil\u00e0 qui est tout \u00e0 fait contestable (quoique Boyarin verse dans le lieu commun \u00e0 son tour, il s&rsquo;imagine \u00eatre seul \u00e0 soutenir pareille hypoth\u00e8se). Boyarin a bien relev\u00e9 qu&rsquo;\u00e9noncer le nom de Dieu (surtout lors d&rsquo;un proc\u00e8s) constitue le blasph\u00e8me supr\u00eame pour un condamn\u00e9 (cf. note 1 p.162). Mais il ne fait pas le lien avec les <em>euph\u00e9mismes<\/em> du contexte : \u00ab\u00a0le B\u00e9ni\u00a0\u00bb, et surtout \u00ab\u00a0la Puissance\u00a0\u00bb. L&rsquo;affirmation de J\u00e9sus pr\u00e9tendant \u00eatre Fils du B\u00e9ni constitue \u00e0 mes yeux le blasph\u00e8me (cf. <strong>Jean 10.30-33<\/strong> et contexte), du moins tel que per\u00e7u par le grand-pr\u00eatre. Car en se disant Fils, J\u00e9sus revendique soit une adoption particuli\u00e8re, soit plus vraisemblablement une filiation divine, ce qui n&rsquo;est ni plus ni moins qu&rsquo;une revendication \u00e0 la <em>messianit\u00e9<\/em>. Ainsi, il y a bien le nom de Dieu au centre du proc\u00e8s de J\u00e9sus (sous forme d&rsquo;euph\u00e9misme), mais certainement pas comme Boyarin l&rsquo;entend. Et puis \u00e0 se concentrer sur cet \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne, on perd de vue le point principal : l&rsquo;auditoire a-t-il fait le lien avec le Fils de l&rsquo;Homme venant sur les nu\u00e9es de Daniel 7 ? Je pense que si J\u00e9sus avait revendiqu\u00e9 le nom de Dieu pour son propre compte, l&rsquo;allusion \u00e0 Daniel 7 aurait \u00e9t\u00e9 occult\u00e9e totalement au profit de celle \u00e0 Exode 3.14. Mais \u00e0 mon sens c&rsquo;est invraisemblable : si J\u00e9sus s&rsquo;\u00e9tait attribu\u00e9 le Nom, <em>le proc\u00e8s serait rest\u00e9 religieux<\/em>, et l&rsquo;intervention de Pilate (<em>proc\u00e8s civil<\/em>) aurait \u00e9t\u00e9 inutile. Le lien entre Fils de l&rsquo;Homme, Messie et Fils de Dieu ne pouvait alors qu&rsquo;\u00e9clater dans toute son \u00e9vidence, charge au grand-pr\u00eatre de l&rsquo;accepter ou de mettre le comble \u00e0 sa faute.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0\u00a0la page 166, Boyarin souligne que c&rsquo;est le <em>midrash<\/em> qui est \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;oeuvre\u00a0\u00bb. Personnellement, je n&rsquo;en ai pas encore vu la couleur dans son expos\u00e9 et pourtant j&rsquo;ai tent\u00e9 d&rsquo;\u00eatre attentif. Il vient de citer un passage important, Marc 8.31-32 o\u00f9 J\u00e9sus explique \u00e0 ses disciples que le Fils de l&rsquo;Homme doit souffrir et \u00eatre tu\u00e9. Mais Pierre veut reprendre J\u00e9sus sur ce point. Boyarin en conclut que J\u00e9sus se voyait bien en Fils de l&rsquo;Homme souffrant, que cela n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 apr\u00e8s coup (c&rsquo;est en effet ce que dit le texte !), mais je suis \u00e9tonn\u00e9 de voir qu&rsquo;il ne rel\u00e8ve pas la <strong><em>contradiction<\/em> <\/strong>de l&rsquo;attitude de Pierre avec la th\u00e8se qu&rsquo;il d\u00e9fend dans le chapitre. Pierre attendait-il un Messie souffrant ? Difficile d&rsquo;y croire. Que J\u00e9sus ait eu conscience de son r\u00f4le ne pr\u00e9juge pas de la connaissance et l&rsquo;acceptation par les Juifs de cette \u00e9poque de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un Messie souffrant (cf. <strong>Jean 6.15, Matthieu 26.51<\/strong>). Au contraire, les \u00e9vangiles brossent plut\u00f4t un J\u00e9sus pr\u00e9parant ses disciples \u00e0 l&rsquo;inimaginable (cf. Matthieu 26.24, 56). C&rsquo;est bien qu&rsquo;ils ne pouvaient le concevoir. Plus tard sur le chemin d&rsquo;Emma\u00fcs, des disciples formuleront bien haut ce que tous pensaient tout bas : \u00ab\u00a0Nous esp\u00e9rions que ce serait lui qui apporterait la r\u00e9demption \u00e0 Isra\u00ebl, mais avec tout cela, c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui le troisi\u00e8me jour depuis que ces \u00e9v\u00e9nements se sont produits.\u00a0\u00bb (Luc 24.21). Donc certes on \u00e9tait dans l&rsquo;attente d&rsquo;une r\u00e9demption (cf. p.166 \u00ab\u00a0Au temps de J\u00e9sus, les Juifs attendaient un R\u00e9dempteur\u00a0\u00bb), mais d&rsquo;une r\u00e9demption <em>temporelle<\/em> du royaume d&rsquo;Isra\u00ebl ! C&rsquo;est le silence de Boyarin sur bon nombre de textes de ce genre qui agacent et \u00e9tonnent, et m\u00eame le peu de textes cit\u00e9s n&rsquo;appuient pas toujours l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du propos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b><i>\u00c9pilogue<\/i><\/b><strong><em>, L&rsquo;\u00e9vangile juif <\/em><\/strong>(pp.183-186)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Boyarin conclut que le christianisme n&rsquo;est pas une \u00ab\u00a0appropriation\u00a0\u00bb ni une \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e9ration\u00a0\u00bb de l&rsquo;Ancien Testament (p.183), mais qu&rsquo;au contrairement il est \u00ab\u00a0plus profond\u00e9ment enracin\u00e9 dans la pens\u00e9e et la vie juives de l&rsquo;\u00e9poque du Second Temple que beaucoup ne l&rsquo;avait imagin\u00e9\u00a0\u00bb (<em>ibidem<\/em>). Il conteste que le christianisme ait \u00e9labor\u00e9 son messianisme <em>ex eventu<\/em>. M\u00eame l\u00e0, je ne suis pas s\u00fbr de le suivre&#8230; Une de ses conclusions en particulier me para\u00eet \u00e9tonnante (p.185) :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ses disciples l&rsquo;ont peut-\u00eatre vu ressuscit\u00e9, mais s\u00fbrement parce qu&rsquo;ils disposaient d&rsquo;un r\u00e9cit qui les conduisait \u00e0 s&rsquo;attendre \u00e0 de telles apparitions, non parce que les apparitions auraient donn\u00e9 naissance \u00e0 un tel r\u00e9cit.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il renvoie aussit\u00f4t \u00e0 une note de clarification :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que l&rsquo;on me permette d&rsquo;\u00eatre ici tr\u00e8s clair : je ne nie aucunement la validit\u00e9 de la conception chr\u00e9tienne de la question. Il s&rsquo;agit certainement d&rsquo;une mati\u00e8re de foi et non de recherche. Je la nie comme une explication historique, scientifique et critique.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous une apparence scientifique, ces d\u00e9clarations sont un peu absurdes. Est-il vraiment scientifique de se borner \u00e0 accepter l&rsquo;historicit\u00e9 d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement parce que ses protagonistes \u00e9taient <em>psychologiquement pr\u00eats<\/em>\u00a0\u00e0 le vivre ? Non. Que l&rsquo; \u00ab\u00a0historien en [lui]\u00a0\u00bb (p.185) refuse d&rsquo;\u00e9mettre un jugement sur la validit\u00e9 du r\u00e9cit \u00e9vang\u00e9lique comme t\u00e9moin de l&rsquo;Histoire, c&rsquo;est tout naturel. Mais il pr\u00eate \u00e0 sourire lorsqu&rsquo;il d\u00e9clare que les disciples s&rsquo;attendaient \u00e0 de telles apparitions, alors que les \u00e9vangiles (sur lesquels son expos\u00e9 scientifique s&rsquo;est fond\u00e9 en grande partie) indiquent plut\u00f4t<strong><em> le contraire<\/em><\/strong> ; et je dirais m\u00eame plus : toute l&rsquo;histoire de J\u00e9sus a pu \u00eatre relue et repens\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;une compr\u00e9hension nouvelle, <em>ex eventu <\/em>(cf. <strong>Jean 12.16, 2.22, 7.39, 14.26, 16.4, Luc 24.6, 8<\/strong> ; 12.33, 18.32, 21.19). Que les Juifs aient \u00e9t\u00e9 conscients ou non du sens messianique des \u00c9critures au fil des \u00e2ges pourrait alors \u00eatre un sujet&#8230; secondaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>En guise de remarques finales<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Boyarin se r\u00e9p\u00e8te et c&rsquo;est aga\u00e7ant. Il n&rsquo;\u00e9taie pas assez son propos, sur lequel il a tendance \u00e0 trop lourdement insister. Il cite <em>in extenso<\/em> des passages tr\u00e8s int\u00e9ressants, ce qui est avenant, puis il les analyse longuement &#8211; mais m\u00eame dans ses longueurs, il parvient \u00e0 omettre des points fondamentaux !\u00a0L&rsquo;int\u00e9r\u00eat du <em>Christ juif<\/em> de Daniel Boyarin n&rsquo;est donc pas tant ce qu&rsquo;il a \u00e0 dire du sujet, mais surtout la r\u00e9flexion \u00e0 laquelle il engage, sur J\u00e9sus, sa messianit\u00e9, et sa qualit\u00e9 de Fils de l&rsquo;Homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pour aller plus loin : <a href=\"http:\/\/www.newrepublic.com\/article\/103373\/books-and-arts\/magazine\/jewish-gospels-christ-boyarin\">Sch\u00e4fer<\/a>,\u00a0<a href=\"http:\/\/larryhurtado.wordpress.com\/2012\/06\/01\/schafers-review-of-boyarins-the-jewish-gospels\/\">Hurtado<\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Christ juif de Daniel Boyarin (Cerf, 2013) est la traduction fran\u00e7aise d&rsquo;un ouvrage paru en 2012 sous le titre The Jewish Gospels.\u00a0The Story of the Jewish Christ.\u00a0J&rsquo;ai achet\u00e9 cet ouvrage \u00e0 sa sortie il y a quelques mois, mais je ne me suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 le lire que r\u00e9cemment. C&rsquo;est que j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 crois\u00e9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[9,294],"tags":[447,445,444,443,446],"class_list":["post-1343","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lectures","category-reflexions","tag-daniel-7","tag-daniel-boyarin","tag-fils-de-dieu","tag-fils-de-lhomme","tag-judaisme-binitaire"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p3MfBZ-lF","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":6162,"url":"http:\/\/areopage.net\/blog\/2017\/06\/11\/enquete-sur-le-jesus-historique-hutchinson-2017\/","url_meta":{"origin":1343,"position":0},"title":"Enqu\u00eate sur le J\u00e9sus historique (Hutchinson, 2017)","author":"areopage","date":"11\/06\/2017","format":false,"excerpt":"Enqu\u00eate sur le J\u00e9sus historique - De nouvelles d\u00e9couvertes sur J\u00e9sus de Nazareth confirment les r\u00e9cits des\u00a0\u00c9vangiles, de Robert J. Hutchinson (Salvator, 2017), est une traduction du populaire\u00a0Searching for Jesus paru en 2015. Contrairement \u00e0 ce que le titre pourrait sugg\u00e9rer, il ne s'agit pas d'un \u00e9ni\u00e8me ouvrage anecdotique sur\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;arch\u00e9ologie&quot;","block_context":{"text":"arch\u00e9ologie","link":"http:\/\/areopage.net\/blog\/category\/archeologie\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/areopage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/1106171-196x300.png?resize=350%2C200","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":1548,"url":"http:\/\/areopage.net\/blog\/2014\/04\/13\/la-bibbia-prima-del-dogma-f-arduini-s-pizzorni-s-frattini-2013\/","url_meta":{"origin":1343,"position":1},"title":"La Bibbia prima del dogma (F. Arduini, S. Pizzorni, S. Frattini, 2013)","author":"areopage","date":"13\/04\/2014","format":false,"excerpt":"Review disponible en PDF. Cet ouvrage paru fin 2013\u00a0int\u00e9ressera toutes les personnes intrigu\u00e9es par les probl\u00e8mes\u00a0de traduction de la Bible. Le titre \u00e9voque \u00e0 dessein un\u00a0ouvrage de M.-E. Boismard,\u00a0A l'aube du christianisme, avant la naissance des dogmes\u00a0(1998) - ce\u00a0qui, pour moi, est plut\u00f4t avenant. Quant au sous-titre, il pose la\u00a0Traduction\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;actualit\u00e9s&quot;","block_context":{"text":"actualit\u00e9s","link":"http:\/\/areopage.net\/blog\/category\/actualites\/"},"img":{"alt_text":"0904141","src":"https:\/\/i0.wp.com\/areopage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/0904141.jpg?resize=350%2C200","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":8600,"url":"http:\/\/areopage.net\/blog\/2020\/05\/10\/%e1%bc%90%ce%b3%e1%bd%bc-%ce%ba%ce%b1%e1%bd%b6-%e1%bd%81-%cf%80%ce%b1%cf%84%e1%bd%b4%cf%81-%e1%bc%95%ce%bd-%e1%bc%90%cf%83%ce%bc%ce%b5%ce%bd-jn-10-30\/","url_meta":{"origin":1343,"position":2},"title":"\u1f10\u03b3\u1f7c \u03ba\u03b1\u1f76 \u1f41 \u03c0\u03b1\u03c4\u1f74\u03c1 \u1f15\u03bd \u1f10\u03c3\u03bc\u03b5\u03bd (Jn 10.30)","author":"areopage","date":"10\/05\/2020","format":false,"excerpt":"\u00a0\u00a0\u00a0\"Moi et le P\u00e8re nous sommes un\" (Joh 10.30). Cette puissante affirmation ne laisse pas d'\u00e9tonner, car elle semble fissurer ce qui est un dogme sacro-saint dans la religion isra\u00e9lite (qui ne compte gu\u00e8re de dogmes que celui-l\u00e0), \u00e0 savoir l'unicit\u00e9 divine : \u05e9\u05c1\u05b0\u05de\u05b7\u0596\u05e2 \u05d9\u05b4\u05e9\u05c2\u05b0\u05e8\u05b8\u05d0\u05b5\u0591\u05dc \u05d9\u05b0\u05d4\u05d5\u05b8\u05a5\u05d4 \u05d0\u05b1\u05dc\u05b9\u05d4\u05b5\u0596\u05d9\u05e0\u05d5\u05bc \u05d9\u05b0\u05d4\u05d5\u05b8\u05a5\u05d4 \u05c0 \u05d0\u05b6\u05d7\u05b8\u05bd\u05d3\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;grec biblique&quot;","block_context":{"text":"grec biblique","link":"http:\/\/areopage.net\/blog\/category\/grec-biblique\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/areopage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/0305201-300x92.png?resize=350%2C200","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":4902,"url":"http:\/\/areopage.net\/blog\/2016\/04\/26\/bible-parser-et-les-expressions-regulieres\/","url_meta":{"origin":1343,"position":3},"title":"Bible Parser et les expressions r\u00e9guli\u00e8res","author":"areopage","date":"26\/04\/2016","format":false,"excerpt":"La r\u00e9daction de la Documentation de Bible Parser a d\u00e9marr\u00e9 \u00e0 l'occasion de la v.723 qui sort ce soir. Cette Documentation sera pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e en fait d'un ensemble de vid\u00e9os courtes d\u00e9taillant syst\u00e9matiquement toutes les fonctionnalit\u00e9s du logiciel, avec de petites combines bien utiles. Leur format permet \u00e0 ces vid\u00e9os d'\u00e9voluer\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;actualit\u00e9s&quot;","block_context":{"text":"actualit\u00e9s","link":"http:\/\/areopage.net\/blog\/category\/actualites\/"},"img":{"alt_text":"","src":"","width":0,"height":0},"classes":[]},{"id":6229,"url":"http:\/\/areopage.net\/blog\/2017\/06\/18\/dialogue-de-timothee-et-aquila-morlet-2017\/","url_meta":{"origin":1343,"position":4},"title":"Dialogue de Timoth\u00e9e et Aquila (Morlet, 2017)","author":"areopage","date":"18\/06\/2017","format":false,"excerpt":"On ne disposait pas jusqu'\u00e0 pr\u00e9sent d'une traduction fran\u00e7aise de ce dialogue du VIe s. - c'est d\u00e9sormais chose faite : S. Morlet, Dialogue de Timoth\u00e9e et Aquila (Les Belles Lettres, 2017). La pol\u00e9mique religieuse repr\u00e9sente une page importante dans l\u2019histoire des relations entre juifs et chr\u00e9tiens. L\u2019Antiquit\u00e9 en a\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;actualit\u00e9s&quot;","block_context":{"text":"actualit\u00e9s","link":"http:\/\/areopage.net\/blog\/category\/actualites\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/areopage.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/1706171-191x300.png?resize=350%2C200","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":938,"url":"http:\/\/areopage.net\/blog\/2013\/10\/18\/le-peuple-juif-et-ses-saintes-ecritures-dans-la-bible-chretienne\/","url_meta":{"origin":1343,"position":5},"title":"Le peuple Juif et ses Saintes \u00c9critures dans la Bible chr\u00e9tienne","author":"areopage","date":"18\/10\/2013","format":false,"excerpt":"La Commission Biblique Pontificale a publi\u00e9, en 2001, un trait\u00e9 intitul\u00e9 Le peuple Juif et ses Saintes \u00c9critures dans la Bible chr\u00e9tienne\u00a0(que je mets \u00e0 disposition ici, source\u00a0ici, \u00e9dition papier ici). Le propos est int\u00e9ressant, bien document\u00e9, et fait \u00e9tat des diff\u00e9rentes lectures op\u00e9r\u00e9es sur la Bible au fil des\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;lectures&quot;","block_context":{"text":"lectures","link":"http:\/\/areopage.net\/blog\/category\/lectures\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.editionsducerf.fr\/html\/livre\/couverture\/5\/couv5548g_200.jpg?resize=350%2C200","width":350,"height":200},"classes":[]}],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/areopage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1343","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/areopage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/areopage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/areopage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/areopage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1343"}],"version-history":[{"count":11,"href":"http:\/\/areopage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1343\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1353,"href":"http:\/\/areopage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1343\/revisions\/1353"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/areopage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1343"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/areopage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1343"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/areopage.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1343"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}